Un groupe de militants juifs a constaté que certains problèmes vécus comme individuels reflètent en fait la situation de la majorité des Juifs de France. Ils se heurtent à une présentation uniquement religieuse du judaïsme.


Cette vision méconnaît les problèmes concrets de notre monde en grande partie agnostique. Elle méconnaît la place de la femme dans la société. Elle réécrit l'histoire juive et se situe hors du vécu juif majoritaire. Elle conduit de nombreux Juifs de naissance à rejeter la totalité de leur patrimoine. De ce fait, ils ne s'affilient à aucune organisation. La survie des juifs a souvent été due à leur capacité de faire évoluer la tradition (la Halakha vient d'une racine hébraïque signifiant mouvement).

Or l'exclusion de beaucoup d'entre eux par les instances religieuses au nom d'une interprétation figée de la Halakha conduit, au-delà des drames individuels, à un suicide démographique.

De manière concrète, dans un pays de tradition patrilinéaire où le taux de mariages mixtes atteint la moitié des familles, sont exclus :
Les enfants de père juif, même si rien ne les distingue des autres juifs. Cette exclusion des juifs non halakhiques constitue un problème objectif et destructeur et non pas une réaction individuelle et épidermique de ceux qui en sont les victimes.
Ceux, parmi les conjoints qui, agnostiques, ne se sentent pas concernés par une définition religieuse.
L'attitude générale consiste à refuser de traiter explicitement ces problèmes pourtant connus de tous. Nous voulons rompre, en toute fraternité, la loi du silence. Ainsi les membres de notre groupe ont créé une " association Loi de 1901 " dénommée " LIBERTE DU JUDAISME - Pour un Judaïsme de l'accueil ".
Nous considérons que la religion est incluse dans la tradition juive et non l'inverse.

Beaucoup de juifs sont désormais agnostiques ou athées. Des passerelles doivent être aménagées sans exclusive entre croyants et non-croyants dans un esprit de reconnaissance et de tolérance mutuelle.

Sur ces bases s'est établi parmi nous un accord entre les juifs croyants traditionnels et les juifs laïcs agnostiques ou athées sur deux lignes d'activités :
La célébration des fêtes et rites de passage d'une manière quasi traditionnelle.
L'étude des différents aspects de l'histoire, de la culture et de la civilisation juives et de leurs relations avec la tradition.
Nos activités sont d'ordre convivial et culturel et orientées de manière à favoriser la transmission.

De ce fait, est nôtre la définition de " qui est juif " exprimée par la Résolution adoptée par la seconde conférence internationale de la FEDERATION INTERNATIONALE DES JUIFS HUMANISTES ET LAIQUES (Bruxelles, Belgique 30 septembre-1er octobre 1988).
Au-delà de nos activités propres, notre stratégie consiste à encourager la formation d'autres groupes proche du nôtre, de constituer une fédération informelle et même éventuellement explicite, de rassembler, en un mot, les exilés du judaïsme.

Notre action se traduira par un engagement auprès des instances non religieuses du judaïsme.

Pour nous, être humaniste c'est favoriser l'épanouissement de la femme et l'homme juif au sein de leur communauté.

manifeste rédigé en octobre 1988