ISRAEL KOSCHITZKY BEIT MIDRASH VIRTUEL(BMV)

INTRODUCTION A LA PENSEE DU RAV KOOK

par Rav Hillel Rachmani

Cours #5 - La Tolérence I

Introduction:

A la lumière des événements récents et tragiques en Israël (Ce cours fût donné, la semaine de l’assassinat du premier ministre israelien Isthak Rabin z »l. N.d.T), cette conférence ne continuera pas sur les sujets de conférences passées , "Kodesh et Chol", mais nous traiterons plutôt du sujet de la tolérance. Néanmoins, nous découvrirons que ces sujets s’adaptent très bien aux modèles dont nous avons discuté les cours précédents. La tolérance est un thème fréquent dans l’oeuvre du Rav Kook, mais c’est aussi un des thèmes les plus durs à comprendre chez lui. Notre première source sera « Orot Ha-Techiya, chapitre 18 », qui se trouve dans le livre « Orot » du Rav Kook.

Dans ce passage, le Rav Kook décrit les trois forces fondamentales qui peuvent être trouvées dans toutes les cultures et dans chaque individu, indépendamment de la période historique ou de l’emplacement géographique. Ces trois forces sont le fondement de l’esprit de l’homme, et elles sont, à leur tour, nourries de cet esprit.

Les Trois Forces

La première force est la force religieuse, sacrée. Cette force qui concerne le rapport entre l'homme et Dieu - autrement dit, l'aspect spirituel de la vie de l’homme. La seconde est la force nationaliste, qui conduit des personnes à poursuivre la promotion de leur pays et leur communauté propre par rapport à d’autres groupes. La troisième est l’hummanisme, la force éthique, universelle. Cette force ne connaît pas de limite d'état, elle met l’accent sur l'importance et l’égalité et de l’humanité. Dans l’idéal, ces forces devraient coexister dans un équilibre harmonieux des forces. Chaque force peut contribuer à l’amélioration des deux autres. Ces forces exécutent aussi un rôle important en se limitant l’une l’autre, et gardant chacune son contrôle. Malencontreusement, ces forces tendent souvent à ne pas s’unir, mais à s’opposer. Quand nous voyons cet évènement, il est de notre devoir de le décrier et d’essayer de rectifier la situation. Cependant, nous devons en premier comprendre la source de ce conflit.

Le Conflit

Chaque force est par sa nature incomplète, et qui a l’aspect d’une texture à trois dimensions de l'esprit de l'homme. Si un groupe particulier dans la société accentu une force spécifique par rapport aux deux autres, par exemple, le nationalisme, alors un autre groupe dans la société, les humanistes, s’avancera et critiquera les nationalistes. Toute force peut aisément trouver le défaut dans son voisin parce qu'on ne peut pas bâtir une société ou un individu équilibré avec juste une force comme on ne peut pas peindre tableau entier avec juste une couleur. Ce qui nécessite, alors, une balance et un équilibre. Dans cette affaire, il n'y a aucune différence entre le "sacré" la force de spiritualité et les "laïcs" les forces de nationalisme et d’humanisme. Il y a aucune place pour ce qui est souvent appelé le " frumkeit," qui ignore les deux autres forces.

A la fin du passage, le Rav Kook explique que ces trois forces peuvent être unies dans une sainteté supérieure (kodesh elyon), connue aussi comme le sacré des sacrés (kodesh kodashim), qui est aussi la source de ces forces. Ici aussi, le Rav Kook emploie la structure hiérarchique nous avons vu dans le chapitre précédent pour montrer comme des tendances apparemment opposées peuvent être unies:

Sainteté supérieure (kodesh kodashim)

I I

profane sacré

I I I

nationalisme humanisme religieux

Le Problème

Quand une force prend position toute seule, elle existe à part son environnement naturel, c’est à dire avec les deux autres forces. Ces trois forces fondamentalement, et par leur nature même, ont besoin de co-exister avec les autres, et quand elles sont enlevées de cet environnement, elles se flétrissent, se contractent, et s’affaiblissent, devenant une faillite de créativité. déjà, nous connaissons par expérience que ces forces ne sont pas faibles ou passives, mais plutôt agressives et venimeuses, même quand elles existent dans leurs formes distillées isolées! Cette énergie est différente, cependant. Ce n'est pas une énergie constructive, créative, mais plutôt une énergie qui est dérivée de la négation des autres forces. Alors, la source de la solidité de la force, isolée , extraite de l’ensemble des forces et vidée d'esprit -développe des sensations destructives vers les autres. La vérité, l’amour de vérité, et l’aspiration vers la vérité disparaît lorsque des personnes forment des groupes centrés autour d’une force particulière et s’engage à abaisser leurs rivaux.

En résumé : Trois forces - religion, humanisme et nationalisme -existe dans l'esprit humain, et se font concurence, l’engagement et l’énergie. Tout groupe ou volonté individuelle, si elle est permise, tend vers une force particulière, qui entraîne un conflit et non pas l'harmonie. Pour réussir et pour prospérer nous devons reconnaître l'importance des trois forces. Tandis qu'on peut être en droit de s’occuper d’une force particulière, en ignorant les autres à son propre péril. Nous devons apprendre des trois forces et les valoriser.

Alors que nous avons mentionné, cette approche correcte de la perspective de la vie intérieure décrite comme "kodesh elyon", la sainteté la plus haute, qui trouve la divinité non seulement dans le beit - midrash, mais encore dans tous les grands mouvements créés par l'esprit humain.

Tant pour la théorie -comme le fait le camp Religieux - Sioniste (qui se réclame de l’inspiration du Rav Kook) s’adapte-t-il à ce plan? Il aspire certainement à un mélange idéal de toutes ces trois forces, dont le résultat est une sainteté supèrieure, mais ce but est-il réellement réalisé ? Si nous imaginons que chacune des forces est comme une couleur primaire - rouge, verte, et bleu - est que la communauté Religieux - Sioniste "est le parfait" mélange représenté par le blanc, symbolisant le supérieur, le niveau unifiant ? Peut-être plutôt est-il que simplement un autre ton dans l'arc-en-ciel de couleurs trouvées dans les royaumes d’en-bas du sacré et du profane ?

Dans l'un ou l'autre des cas, comment est-ce que cela peut être lié au sujet de ce chapitre sur la tolérance? Si cette communauté est au même niveau que les autres groupes dans la société, il est facile de comprendre pourquoi il devrait être tolérant. Si, cependant, il est véritablement" blanc " dans la comparaison aux autres rouge, vert, et bleu, alors peut-être il devrait être autorisé à rejeter les autres groupes aussi inférieurs ou incomplets, acceptant seulement sa communauté propre comme légitime!

Pour comprendre pleinement ce problème, nous devons examiner un deuxième essai du Rav Kook. Cet éssai est intitulé " La Guerre d'opinions et de croyances ", où il est question de la lutte du Rav Kook avec l'assimilation d'attitudes apparemment étrangères au judaïsme. Cet essai se trouve dans la section 6 de Zer'onim et aussi dans "Orot".

Monotheisme contre Polytheisme

Monotheisme

Nous commencerons en utilisant une analogie pour nous aider à comprendre la source de l’intolerance.Une des exigences fondamentales d'une théorie scientifique est qu'elle explique un nombre de phénomènes. Lorsqu’une théorie se développe et s’améliore, elle peut être tentée d’expliquer plus de phénomènes, par une théorie extrème qui veut expliquer tous les phénomènes. Une et une seule pour tous les phénomènes - En généralisant la théorie pour convaincre les observateurs que la théorie est vraie et que les autres théories sont fausses. Ceci est vraie pour toute généralisation d'idée: Cette généralisation puise sa force dans la pratique, plus les gens croient dans cette vérité, plus elle représente l’unique vérité.

Ce principe peut être étendu à l’"idée de Dieu". Certains croyants pensent non seulement qu'ils possèdent une vision véridique et unique de Dieu, mais ils sont aussi ses gardiens uniques; toutes autres croyances étant incorrectes. C’est cela qui peut traverser l’esprit et entrainer le "zèle" (kana'ut), qui caractérise souvent le monothéisme. Ce zèle est apparent dans sa forme la plus extrême lors des guerres de religions, qui est l'emploi de la force pour obliger les autres groupes à accepter votre vérité.

Polytheisme

Les sociétés polythéistes, par contre, ne sont pas représentées par ce type de zèle et d’intolérance. Bien que des groupes peuvent partir en guerre, ils n'essaient pas d’augmenter par la force, l’influence et l’autorité de leurs dieux individuels. Dans une société polythéiste, l’adoration d’un éventail de dieux peut être tolérée, et il y a aucun stigmate au fait de changer de dieux. Si un polythéiste devaient aller dans une synagogue, il n’aurait pas de scrupules pour prier Dieu, aussi.

Le Rav Kook appelle ce type de tolérance trouvé dans les sociétés pluralistes, une"tolérance faible". Cette tolérance a comme dogme central "Vous faites ce que vous faites, Je ferai ce que je fais"- autrement dit, n'importe quoi va. Alors en quoi cette tolérance est-elle faible? Parce qu'elle est une tolérance de limitation, une tolérance résultant d'une perspective étroite. Pour revenir à l'analogie des couleurs, vous êtes, par exemple, rouge. La personne suivante est bleue. Cette tolérance faible signifie que vous ne luttez pas, vous reconnaissez que bien que vous êtes différents, vous êtes équivalant. La faiblesse, cependant, en fait n’est que mensonge car il n'y a aucune unité, aucun but partagé; en ignorant les autres, vous ne vous pouvez apprécier une vérité suprême. Vous ne voyez seulement qu’une perspective, la vôtre.

Autant une telle société peut générer la tolérance, autant elle peut aussi produire de l'intolérance - ce que Le Rav Kook nomme le "zèle pernicieux". C'est le pire rapport possible qui peut exister entre des groupes dans la société: Je suis rouge, et je suis dans le droit chemin. Tout les bleus et les verts sont dans l’erreur, et tous doivent être rouge comme moi. Il est pernicieux dans le sens qu'il est destructif; comme nous avons déjà vu, une société saine nécessite un mélange de rouge, de bleu et de vert (les diverses forces) et elle ne peut pas survivre autrement. Le fanatique pernicieux n'a aucune base morale pour exiger des autres qu’ils adoptent sa position - finalement, objectivement, il n’est en rien plus valable que les autres, il est juste différent.

L’idéal

Les rapports de groupes idéaux, donc, ne sont pas basés sur une tolérance faible, mais sur une tolérence forte, une "tolérance zélée"ou un " zèle tolérant ". Vous reconnaissez que même que vous êtes rouge et votre voisin est bleu, vous êtes tous les deux également importants, en tant que différents aspects du blanc.

Une fois que vous reconnaissez que tout est baigné dans cette lumière blanche supérieure d'unité qui descend d'un Dieu unique et qui est à l'origine de votre rouge et du bleu de votre voisin, alors il est possible pour des groupes différents de la société à vivre côte à côte, sans conflit, et dans l'unité - unité d'origine, unité de but, unité d'essence. Ces modèles différents de tolérance peuvent être illustrés par l’idée de multiplicité d’un orchestre. Chaque personne a un instrument particulier sur lequel il est excelent. Un violoniste qui serait en proie à un "zèle pernicieux" exigerait que tout le monde joue du violon et emploie sa partition. Il n'y aurait aucune harmonie ou variété instrumentale s'il réussissait ; plutôt, il y aurait un grand conflit si les autres musiciens résistaient, en exigeant que se soit leur instrument qui domine. Ce n'est guère un scénario désirable. Un flûtiste qui est "faible" tolérant jouerait ce qu'il veut, tandis que simultanément chacun munis de boules Quiès jouerait ce qu’il désirerait. Chaque membre de l'orchestre n'attaque pas l’autre (ils ont tous des boules Quiès), mais rien n'a été réalisé d'un point de vue musical. Mais, si tous les joueurs reconnaissent que devant eux il y a un chef d’orchestre, et que sous sa direction ils peuvent travailler ensemble vers l’unité, un but commun, alors ils peuvent jouer chacun d’instruments différents et partitions différentes dans l’harmonie, chacun peut utiliser son aptitude et talent individuel tandis que l’ensemble forme une belle symphonie. L’essence de cette tolérance forte est l’unité.

. Cette conference a ete préparée par:Benjamin Ellis

Traduction & adaptation française par:Dan Klajmic

Cette page est maintenue par Dan Klajmic, Derni&egravere mise à jour le 29 Janvier 1997

Klajmic@FranceNet.Fr