ISRAEL KOSCHITZKY BEIT MIDRASH VIRTUEL(BMV)

INTRODUCTION A LA PENSEE DU RAV KOOK

par Rav Hillel Rachmani

Cours # 1: Le Fruit et l'arbre

Il est souvent difficile de parler d’hommes de grand esprit de part l'écart qui nous sépare d’eux. Nous nous confrontons souvent à cet écart lorsque nous commençons à étudier l’oeuvre du Rav Kook. Pour illustrer sa stature spirituelle dominante et pour discuter de ses effets sur notre compréhension de ses écrits.

La description du Rav Soloveitchik de « l’homme religieux » va servir de description appropriée pour le Rav Kook. Même le prix Nobel israelien de littérature, Shai Agnon, qui n'était pas aisément impressionné, a exprimé une admiration enthousiaste pour le Rav Kook.

Il y a une histoire connue sur Rav Kook qui le décrit si bien et qui le rendait si unique. Quand le Rav Kook se déplaçait en Israël , il avait la charge de grand rabbin de Yaffo; ce travail incluait aussi les rapports avec les Sionistes laïcs dans les implantations agricoles. Un été, le Rav Kook et ses collègues entrepenaient le tour des implantations agricoles dans une tentative d’encourager les pionniers à observer plus les mitzvot , et surtout les lois concernant l’agriculture et les produits de la terre. Leur campagne n’avait rencontrée qu’un minimum de réussite. Une nuit, vers la fin du voyage, le Rav Y.M. Charlop, qui partageait la chambre avec le Rav Kook, fût réveillé par le bruit de son maître qui arpentait leur petite chambre. Comme il regardait de plus près, il remarquait que le visage du Rav Kook était tout rouge de passion et d’exaltation. Le Rav Kook qui l’avait remarqué s’approcha lentement de son disciple, plaçant sa mains glaciale sur le Rav Charlop. "Qu'est-ce qui ne va pas, maître ?" demandait le Rav Charlop. Le Rav Kook lui a répondu,"je suis consommé d’un amour brûlant pour Dieu." Kadish Luz, un non - religieux membre d'un kibboutz rendait visite souvent au Rav Kook, et ultérieurement orateur à la Knesset, dit des années après," Quand nous voyions le Rav Kook, nous sentions comme une boule de feu qui s’était détachée du Mt. Sinaï et vennait sur nous." .

Cette histoire décrit l'essence du Rav Kook. Sa personnalité entière était portée sur la devekut (attachement) à Dieu. Il lui était insuportable de de gêner son prochain dans sa vie quotidienne. Nous traitons clairement d'un homme assez supérieur à la moyenne. Tandis que pour nous il est difficile de se lever le matin pour aller à la prière, le Rav Kook trouvait difficile de prier en utilisant les standards de la prière qui à son sens "emprisonnaient" les mots. Cette spiritualité intense, par instants, crée un écart entre nous et le Rav Kook.

Le Rav Kook n'écrivait pas dans un style habituel. Son écriture coulait d'inspiration; il essayait de capturer ses expériences puissantes dans des mots. Lorsqu’il écrivait sa main était conduite par les émotions qui lui venaient en masse. Dès qu'il commençait à écrire, il ne s’arrêtait pas. Des fois il ne remarquait même pas qu'il avait atteint la fin de la page et qu’il avait continué sur la table. Il préférait même le crayon à la plume, parce que la plume devait constamment être trempée dans l'encrier, interrompant ainsi son écriture passionnée. Malgré la spontanéité de son expression , nous ne trouvons jamais de mots biffés ou effacés dans ses manuscrits. Non seulement ses pensées coulaient, mais elles coulaient correctement dès la première fois. Dans ceci il est comparable à Mozart, qui composait une symphonie en une seule fois, comme à l’opposer de Beethoven, qui s’arrêtait sur chaque annotation, pesant les différentes options jusqu'à obtenir la meilleure.

Certains érudits croient que dans sa prose chaleureuse, le Rav Kook exprimait seulement des idées générales, utilisant la langue de la Cabbala comme un moyen poétique pour exprimer son expérience. Par contre, les disciples proches du Rav Kook maintiennent que, malgré l’abondance, d’un language fleurie, il choisissait attentivement chaque mot. Son fils, le Rav Zvi Yehuda Kook, et le "Nazir," le Rav David HaCohen (qui a édité le magnum opus du Rav Kook, "Orot HaKodesh" - Les Lumières de Sainteté) fournit les sources du Rav Kook issues des idées de la littérature Cabbalistique, démontrant ainsi que les concepts et le language que le Rav Kook a employé se réfère à des idées spécifiques. Le Rav Kook n’écrivait pas simplement par exaltation. En regardant par exemple le "Netzach Hod Tiferet" ce n'est pas une description poétique aléatoire. Chaque mot est lié à une « sefira » spécifique de la Cabbala; si le Rav Kook mettait ces trois mots dans cet ordre, c’est que cela est liŽ à une réalité métaphysique dans des mondes superieurs.

Dans les chapitres suivants, nous analyserons le Rav Kook du point de vue du Rav Zvi Yehuda et du " Nazir," en supposant que l’oeuvre du Rav Kook comprent un système détaillé de pensée, qui prend des références spécifiques aux concepts de la Cabbala. Le poète Israélien, Y.Z. Rimon qui était un proche du Rav Kook, décrit son oeuvre comme de la poésie. A la lumière de cette déclaration, le « Nazir » demanda au Rav Kook, « Mais n’y a-t-il pas aussi une méthode dans votre travail ? ». Le Rav Kook répondait par l’affirmatif. Personnellement, je ressens une méthode non seulement dans les idées exprimées par le Rav Kook, mais aussi dans son language et les termes choisis.

Tandis qu'il y n’a aucun doute que l’oeuvre du Rav Kook était régie par l'inspiration personnelle, les inspirations adhèrent à un modèle ordonné de lois. Nietzsche maintenait que cela était vrai de toutes inspirations artistiques. Vous pouvez croire que les règles que votre professeur de piano vous enseigne ne sont que pour les débutants, et que quand vous deviendrez un virtuose vous pourrez évoluer libre de toute contrainte, créant votre musique propre. Cela, cependant, n'est pas le cas. Même le maître le plus créatif et révolutionnaire emploie les vieilles règles, assimilées, comme des blocs pour construire des maisons. C'est vrai aussi bien pour le Rav Kook. Ses "règles" sont issues du système cabbalistique du Zohar et du Ari (Rav Yitzchak Luria, 16ème siècle). Quoi que l'état d'extase spirituelle a suscité son inspiration, il l’exprime selon un système fondamental. Même si, nous nous sommes justifiés en interprétant l’oeuvre du Rav Kook à la lumière d’un système classique cabbalistique. Il reste néanmoins la question à quel degré doit-on analyser chaque mot et chaque nuance. Cela ne peut être seulement résolu en étudiant chaque thème individuellement.

Dans ce cours, nous ferons deux choses. La première, nous explorerons des passages individuels de l’oeuvre du Rav Kook, en essayant de comprendre sa vue générale des concepts majeurs de la pensée Juive. Nous explorerons les bases des prises de position du Rav Kook sur des sujets spécifiques.

Nous développerons un système qui nous permettra de classer les idées en phrases clés.

Alors, ensuite, nous serons capables d'aller de l'avant et de discuter de l’attitude du Rav Kook sur des sujets spécifiques tels que la Terre D'Israël, les juis laïcs, la science, etc.

« Au début de la Création il était destiné que l'arbre ait le même goût que le fruit. Toutes les actions qui ont un but spirituel élevé devaient être ressenties par l’âme avec le même sentiment d’élévation , d'allégresse et de délice que ce que nous imaginons du but lui-même. Mais l’existence terrestre, l'instabilité de la vie, la lassitude de l'esprit lorsqu’il est enfermé dans la corporalité, ont ammené à ne goûter que le fruit de la réalisation du but final, qui incarne l’idéal primaire, et de ne ressentir que dans la finalité le plaisir et la splendeur. Mais les arbres qui portent des fruits, avec tout ce qui est nécessaire à la croissance du fruit sont devenus de la matière ordinaire et ont perdu leur goût. Ceci est la faute de la terre par laquelle elle fût maudite, lorsque Adam fût lui aussi maudit“. (Orot Hatechouva 6,7) 

Dans ce passage, le Rav Kook traite du célèbre midrash ( Genèse Rabba 5,9) où il est question de la faute de la Terre pendant les Six Jours de la Création. Au troisième jour, le Saint, bénit soit-Il ordonna : « Que la Terre produise des végétaux ... des ‘arbres-fruits’, portant des fruits. » . La terre a désobei à l'ordre originel et n’a produit que des "arbres qui donnent des fruits". Dans les yeux des Sages, la terre a fauté en ne produisant pas des "arbres-fruits". Quels sont donc , ces arbres auxquels l'écorce et les branches avaient eux-mêmes un goût de fruit ? Nous connaissons uniquement les arbres dont l'extérieur brun est employé pour le bois de chauffage, tandis que seul le fruit offre un bon goût.

Ce midrash nous intrigue. Comment des objets inanimés peuvent-ils fauter ? Est-ce que la terre a le choix délibéré, comme l’homme, de se révolter contre son Créateur ? Dans une de ses lettres, le Rav Kook explique que le midrash emploie le mot "faute" pour décrire un défaut de la nature. Ce défaut, qui semble être un phénomène naturel, est le sujet dont le Rav Kook faisait mention précédement.

Le Rav Kook explique le midrash par une parabole:

« Nous connaissons tous le phénomène qui veut que lorsqu’on comtemple quelque chose d'une haute nature spirituelle, nous nous remplissons d’une certaine sensation d’« allégresse et de joie ». Imaginons que nous sommes le Grand Prêtre entrant dans le Saint des Saints à Yom Kippur. Ce serait surement une expérience très enrichissante. Mais nous savons tous qu'il n'est pas si facile d’atteindre ce niveau de spiritualité. La préparation nécessaire est énorme. Et c’est précisément pendant ce processus de préparation fastidieux qu'il est si facile de perdre l'inspiration représentée par le but à atteindre. »

Par exemple, imaginez un professeur qui sort de l'université. Il est plein de rêves d’éducation des jeunes de classes sociales défaforisées, voulant fournir aux enfants une chance de réussir dans ce monde. Mais dès le début il est confronté aux réalités pénibles et banales de l’enseignement. Les copies à corriger s’entassent sur son bureau. Son travail devient une corvée. Le faible reflet de son but est la seule chose qui le retient.

C’est dans cette situation que le Rav Kook voit le résultat de la faute de la Terre. Dans la parabole le Fruit c’est le but, le gôut correspond à l’inspiration et l’arbre représente les moyens de réaliser le but.

A l'origine, les moyens d'arriver au but étaient supposés être remplis des mêmes sens de plaisir et inspiration que le résultat final. La satisfaction de la fin pénétrait le processus qui y menait. Cependant, le péché de la Terre était de garder toute l'inspiration dans le but, laissant aux moyens un goût insipide.

« Mais chaque défaut est destiné à être réparé. Ainsi nous sommes assurés que le jour viendra où la Création retournera à son état originel, et l’arbre aura le goût du fruit. Alors la terre se repentira de sa faute et il n’y aura plus d’obstacles aux délices de la lumière idéale, qui sera soutenue par des moyens appropriés sur la voie de la réalisation et stimulera son émergence de potentialité vers la réalité“. (Orot Hatechouva 6,7)

Il y a un espoir pour le monde malgré la faute de la terre. Le Rav Kook dit que chaque faute tôt ou tard sera réparée, même celle de la terre. Aujourd'hui déjà, nous commençons à voir les débuts de ce « Tikkun » (réparation).

Les hommes idéalistes qui éprouvent le plaisir de la finalité dans les moyens servent d’exemple. Il y a 15 ans de cela, j'étais un des membres fondateur de la ville d’Ofra. Nous avions commencé dans un campement de barraquements provisoires. Toute la journée nous faisions des travaux extrêmement durs, afin de poser des clôture sur les montagnes environnantes. Mes compagnons avaient le feu dans leurs yeux. Chaque mètre parcouru avait autant de signification pour eux que le résultat final de leur labeur. Ils avaient rapproché l'écart qui éxistait entre la finalité et les moyens.

Ce passage a servi de modèle à la pensée du Rav Kook en matière de finalité et de moyens. Cela va nous permettre d’identifier maintenant ces idées d’arbre et de fruit et de finalité et de moyens avec un nouvel ensemble de concepts : le Kodesh et le Chol (le sacré et le profane). Les concepts de finalité et de moyens du Rav Kook vont nous servir de base à la compréhension du rapport entre le Kodesh et le Chol.

Le Kodesh est l'intérieur, "le goût" de la réalité; il est la signification de l'existence. Le Chol qui est détaché du Kodesh devient ainsi fade et neutre, sans aucune signification. C'est, bien sûr là, une formulation extrême. Il n'y a pratiquement rien dans le monde qui n'ait pas une certaine forme de sens. Cependant, nous décrivons le Kodesh et le Chol comme ayant des niveaux différents de sens .

A la lumière de cette définition nous découvrons que le rapport entre le "fruit et l'arbre" peut être aborder de façons différentes. Plus les moyens, représentés par l’arbre, s’identifiront au but à atteindre, le fruit, plus ils auront du goût et du sens (les deux traductions du mot Hébreu « ta'am »). Et inversement, plus les moyens se détacheront de ce qui doit être le but ultime, plus il deviendront insipides, superficiels et vides de sens. Le judaïsme essaie de nous éduquer à sanctifier nos vies, ou autrement dit, à mettre le goût du fruit dans l'arbre. Il est de notre devoir de relier tous les éléments profanes et matériels, de la vie aux buts spirituels qui reflètent la signification absolue de l'existence, donc à Dieu Lui-même.

Cette conference a ete préparée par:Simmy Mirvis

Traduction & adaptation française par:Dan Klajmic

Cette page est maintenue par Dan Klajmic, Derni&egravere mise à jour le 29 Janvier 1997

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