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Karmitz refuse de programmer "La Passion du Christ" qu’il juge "fasciste"
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| 31-07-2010 |
jeudi 25 mars 2004, 20h19 PARIS (AFP) - Marin Karmitz, patron de la société MK2, a refusé de programmer dans son réseau de salles "La Passion du Christ" de Mel Gibson, qu’il juge "fasciste", "antisémite" et "d’une violence inouïe", dans une interview jeudi à l’AFP.
"Voir un homme torturé pendant deux heures avec un pot de pop corn à la main, est quelque chose qui me révulse", a-t-il déclaré.
Le film sur les dernières heures de la vie du Christ, qui approche les 300 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis, sort le 31 mars en France dans plus de 520 salles. La Commission de classification a recommandé une inter-diction aux moins de 12 ans.
Dans une interview à Télérama, qui a suscité un flot de mails d’insultes mais aussi de félicitations, Marin Karmitz affirmait que derrière cette Passion, "on peut apercevoir toute une internationale de l’intégrisme religieux, un martyrologue fondé sur la violence, le mépris des corps et la haine de l’humain".
"Le danger de cette violence et son fascisme" vient de "la disparition de la parole, dit-il à l’AFP. C’est un film aphasique. Si on doit le résumer, c’est l’histoire d’un pauvre homme qu’on pique dans une forêt, et qu’on torture pendant deux heures. On ne sait rien d’autre de lui. Il ne dit rien. On entend des vociférations et des cris".
"Pour moi et les gens qui travaillent avec moi, le cinéma ne peut pas être un instrument de propagande fasciste. Je ne souhaite pas me prêter à ce type de manipulation".
"Dans le fascisme, il y a plusieurs éléments, précise-t-il. Le premier est la violence en tant que spectacle, la banalisation de la violence. Cette atteinte au corps est pour moi quelque chose d’extraordinairement nuisible et pernicieux". "Le deuxième aspect, c’est le révisionnisme. Des spécialistes plus compétents que moi ont relevé des erreurs. On voit une caricature de Romains et, évidem-ment, des juifs. Un détail qui m’a surpris, dit-il, c’est comment la couronne d’épines se transforme en couronne de fils de fer barbelés".
Le troisième aspect, c’est l’antisémitisme "car les responsables de cette violence sont très nettement désignés. Ce sont les juifs dans leur ensemble puisqu’on voit le peuple,hurlant et caricaturé, demandant la peau de ce pauvre homme aux Romains. Donc on désigne un bouc émissaire, responsable de ce massacre". Enfin pour Marin Karmitz, ce film est "lamentable sur le plan du cinéma".
Il souligne que ce n’est pas la première fois qu’il refuse de sortir des films, citant "Féroce", "Yamakazi", Wasabi" ou "Fight Club", même s’il a programmé les sulfureux "Irréversible" et "Baise-moi".
"Ils étaient interdits aux moins de 16 ans et il y avait une discussion possible. Il n’y a aucune discussion possible sur "La Passion", c’est à prendre ou à laisser. Depuis le début, les distributeurs mènent campagne en disant : "nous sommes censurés, nous sommes des martyrs". C’est une campagne très proche de celle que mène Le Pen".