-----------------------------------------------------------------
-------------
																					©Tout droits réservés

							Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël

											Communauté On-Line : WWW.COL.FR
----------------------------------------------------------------------------
--VAYIKRA

UNE FLAMME CELESTE DANS LES COEURS

"Et les enfants d'Aaron mettront un feu sur l'autel" (Lévitique, I, 7).
Tout sacrifice suppose l'existence d'un feu et d'une flamme. Et il est
également écrit: "Un feu brûlera en permanence sur
l'autel". Le feu
de l'autel n'a pas pour simple finalité de consumer les sacrifices, mais
il constitue également un commandement en soi, comme l'explique
textuellement la Tora.

Un enseignement historique particulier précise que lorsqu'un sacrifice
était agréé dans le Temple, une flamme céleste
descendait le consumer.
Toutefois, ce "miracle quotidien" ne dispensait nullement les prêtres
d'allumer cette flamme en un acte symbolisant l'effort humain. En d'autres
termes, l'intervention divine ne peut en aucun cas dispenser l'homme
d'agir .

Ainsi nos Sages affirment-ils clairement que même si "le feu descend
du Ciel', le commun des mortels a bel et bien le devoir d'apporter "une
flamme profane" (Traité talmudique Yoma p. 21/b).

C'est également l'avis de Maïmonide "Il existe un commandement
positif qu'un feu brûle constamment sur l'autel comme il est
écrit: 'Un
feu permanent brulera sur l'autel' Bien que le feu brûle sur l'autel
[venant du ciel],il y a une mitzva particulière qu'un feu y soit
allumé par
un 'homme simple' ..." (Lois sur les sacrifices permanents et additifs,
chapitre II, alinéa 1).

Le Sefer ha-Hinoukh qui détaille l'ensemble des 613 commandements,
insiste sur le fait qu'il existe une mitzva (une prescription)
particulière de
placer le feu sur l'autel, indépendamment de sa
nécessité pour les sacrifices
( 132). De même, dans son commentaire de la Tora, le Rav Naftali Tsvi
Yéhoula Berlm écrit qu'il est indispensable que soit
placé sur l'autel un feu
permanent même lorsqu'aucune affrande ne s'y trouve. Bien qu'il ne soit
pas à l'usage des sacrifices, ce feu doit être l'objet de
soins particuliers
(Haamek Davar sur Vayikra, Vl, 6).

Nahmanide dit quant à lui dans son commentaire qu'il existe un
commandement de conserver ce feu: la Tora ne nous a-t-elle pas ordonné
de disposer le bois de telle sorte que le feu brûle en permanence sar
jamais s'éteindre ? Si les prêtres, par "paresse" ou
négligence, avaient
laissé le feu s'éteindre, ils auraient alors immanquablement
transgressé un
commandement négatif - c'est-à-dire une interdiction formelle
de la Tora
(apud Vayikra Vl, 2).

Evidemment, on peut s'interroger et se demander pourquoi doit ainsi
exister dans le Temple, un feu permanent.

L'explication la plus simple et la plus immédiate consiste à
dire que le
commandements ordonnés par Dieu permettent d'élucider
certaines action
des hommes. Ainsi est-il possible de découvrir la
personnalité d'un être
humain au travers des actes qu'il accomplit, mais uniquement lorsqu'il
sont conformes à la volonté et à l'enseignement divins.

Cette analyse confirme l'affirmation générale du Sefer ha-Hinoukh
généralement attribuée à Rabbi Aaron
Halévi de Barcelone, selon laquelle,
à force d'être répétés, les actes
créent un impact sur les structures intimes
de la personnalité et ont une inlfluence pénétrante
dans le monde de la
pensée et de la foi Lorsque, justement, I'homme s'occupe du feu de
l'autel,
il est ensuite béni par ce feu. Mais que symbolise en fait ce feu,
si ce n'est
la nature profonde et ardente de l'être humain ?

Nous le savons, I'un des quatre éléments qui composent
l'homme, c'est
le feu. Il est d'ailleurs le plus important, celui qui donne à la
personne
humaine la force d'agir. Voilà pourquoi nous avons besoin de cette
bénédicbon particuliere prodiguée par le feu de l'autel.

Dans son analyse, Rabbi Aaron Halevi de Barcelone utilise des termes
empruntés aux règles ancestrales de la physique traditionnelle qui
expliquaient que le monde était fait de quatre
éléments fondamentaux: le
feu, I'air, I'eau et la terre. Mais Rabbi Aaron Halévi donne de
cette règle
une réinterprétation nettement plus "moderne": selon lui, le
feu n'est autre
que l'énergie naturelle de la personne humaine, cette force
naturelle qui lui
permet d'agir quotidiennement Sous toutes ses formes, le feu est donc
l'énergie par excellence. C'est elle qui permet au monde et aux
êtres de se
mouvoir et d'entrer en action. Voilà pourquoi il existe une interdiction
d"'éteindre" ce feu. En fait, celui qui se trouve sur l'autel du Temple
représente l'énergie vitale lovée au plus profond de
chacun d'entre nous.

"Un feu se trouvera sur l'autel il brûlera et ne sera point
éteint":
d'après nos Sages, cette répétition vient nous indiquer
que les prêtres ne
sont pas les seuls à être soumis à l'interdiction
d'éteindre ce feu: le peuple
tout entier doit la respecter !
Dans son ouvrage Torat Moshe, le Rabbin Moshé Sofer de Presbourg -
surnommé le Hatam Sofer - explique quant à lui que ce feu
brûle de
manière permanente dans le coeur de chaque homme d'Israël
possédant un
fond inténeur saint: cette flamme qui brûle en lui est donc
d'origine divine.
Et ce sont les prêtres, les prophètes et les Sages
érudits de la génération
qui l'entretiennent - chacun dans son domaine - afin qu'elle
s'élève et
retourne à nouveau vers Dieu.

Cette flamme est donc constituée de deux dimensions: I'une divine et
l'autre humaine. Dans chaque homme d'Israël, existe une flamme divine
faite d'une étincelle de divinité. Or, même si les
fautes les plus graves sont
commises, cette flamme ne saurait s'éteindre ! Elle est donc par
excellence
une flamme que l'on peut ranimer, alors que ses braises peuvent paraître
complètement éteintes... La seconde dimension est plus
liée à la
quotidienneté humaine: elle vise à faire apparaître
cette flamme dans la vie
des hommes.

Les deux feux présents sur l'autel - I'un amené par l'homme,
I'autre
venu du Ciel - ont donc pour vocation de se rencontrer. Le rav Kook
écrit à
ce propos: "La soif de Dieu brûle dans le coeur des hommes: on n'a pas
le droit de l'éteindre ! Et il faut toujours ajouter au feu de l'homme
simple' le feu divin afin que cette flamme s'elève grâce
à la sagesse
humaine et la réflexion de la lumière de la Tora, et
grâce au candélabre
des commandements. Et ce, afin que la flamme monte et s'élève avec
force et puissance dans tous les degrés de la vie humaine, des cieux les
plus élevés jusqu'aux tréfonds de la terre" (Orot
ha-Kodesh, volume III,
p. 210)

Dans un poème d'une rare élévation, Rabbi Elazar
Azkari, qui vivait
voilà quatre siècles à Safed, écrivait ceci:
"Dans mon coeur, je construirai
un sanctuaire à la splendeur divine. Et dans ce sanctuaire
j'élèverai un
autel à la splendeur de Sa Gloire. Puis je prendrai une lumière
permanente du feu du sacrifice d'lsaac et je sacrifierai mon âme unique!"