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--VAYIGACH

JOSEPH, LE NOUVEL APOTRE DU SILENCE

Joseph a 17 ans lorsqu'il est vendu aux Egyptiens. C'est donc
contraint et forcé qu'il quitte le foyer paternel. A trente ans, il se
présente devant le Pharaon, et c'est à 39 ans qu'il se
révèle à ses
frères pour leur demander d'annoncer à Jacob qu'il est bel et bien
vivant.

Pourquoi et comment Joseph, ce fils si choyé, a-t-il pu laisser durant
vingt-deux longues et pénibles années son vieux père
Jacob sans
nouvelles?

Dans l'absolu, il lui aurait suffi d'envoyer une simple missive d'Egypte,
où il fut d'abord préposé à l'intendance au
domicile de Putiphar puis, plus
tard, ni plus ni moins que le vice-roi du pays. Peut-on imaginer une seule
seconde que le second personnage du royaume d'Egypte n'ait pas eu la
possibilité ou l'occasion de faire parvenir un signe de vie à
son père
affligé? N'aurait-il pas pu lui éviter toutes ces
années de peine et de deuil
superflus ?

Nos Sages se sont longuement penchés sur ces interrogations, et de
nombreuses explications ont été élaborées pour
tenter d'expliquer cette
apparente indifférence. L'une d'entre elles retient
particulièrement notre
attenion: Joseph a agi de la sorte pour ne pas avoir à
révéler à son père
l'inadmissible conduite de ses frères au cours du dramatique
épisode qui le
vit d'abord précipité dans un puits infesté de
serpents, et ensuite vendu aux
Ismaéliens .

Joseph estimait que si Jacob avait eu connaissance des méfaits de ses
frères à son égard, il aurait été encore
plus bouleversé que lorsqu'il avait
appris sa disparition Jacob ne pouvait en effet concevoir que ses fils
fussent des assassins, même potentiels. Pour lui, cette
découverte aurait
tout simplement marqué la mort "spirituelle" de ses fils.

Après avoir pesé le pour et le contre, Joseph a donc
opté pour cette
attitude d'apparence très dure tout en sachant
délibérément qu'elle allait
plonger sa famille dans une terrible peine. Il a donc
préféré que son père
soit plongé dans une profonde tristesse en croyant qu'il
était mort, plutôt
qu'il ne devine que ses fils aient pu être impliqués dans un
complot
d'assassinat ou de rapt aussi sordide. Néanmoins, mentionne notre
célèbre
commentateur Rachi, Jacob refusait de se résigner à la perte
de son fils
puisque le corps de Joseph n'avait pas été retrouvé.
Dans son for intérieur,
il était convaincu que Joseph était vivant (Genèse,
XXXVL 35).

Et lorsque le père retrouva son fils après vingt-deux
années de
séparation, ils ne firent que s'embrasser et Joseph se garda bien de
raconter
ce qui lui était arrivé tout au long de cette période.
Et nous constatons
aussi dans la suite du texte, qu'il ne révèle pas non plus
à son père les
circonstances qui lui permirent de passer d'humble berger qu'il
était à 17
ans, au statut élevé de vice-roi d'Egypte.

Nos Sages mentionnent même, que soucieux d'éviter ce
délicat sujet,
Joseph organisa sa rencontre avec Jacob de telle sorte qu'il n'ait pas
à se
retrouver en tête-à-tête avec lui. Et de son
côté, Jacob évita lui aussi en
public de poser à Joseph des questions sur cette affaire.

Cette hypothèse est également renforcée par le
déroulement de la
rencontre entre Joseph et ses frères. Lorsque Joseph se
révéla à eux avec
les simples mots "Je suis Joseph" (Genèse, XLV, 3), ses frères
furent
frappés de stupeur et de consternation au point de ne savoir quoi
répondre.
Ils redoutèrent que de colère, Joseph ne se venge, comme il est
écrit: "Et
Joseph dit à ses frères: Je suis Joseph. Mon père vit-il
encore 1.. ' Mais
ses frères ne purent lui répondre car ils étaient
consternés devant lui"
(ibid.). Ayant prévu une telle réaction, Joseph avait
auparavant pris soin de
faire sortir toutes les personnes étrangères de la salle
où il siégeait: "Et
Joseph ne put se contenir devant ceux qui se tenaient là. Il
s'écria:
'Faites sortir tout le monde de devant moi !' Et nul homme ne fut présent
lorsque Joseph se fit connaître à ses frères"
(Genèse, XLV, 1).

Rachi explique que Joseph ne pouvait supporter que des Egyptiens
assistent à cette révélation et voient l'humiliation
de ses frères.

Les Tossaphistes, dans leur commentaire sur la Tora énoncent une
interprétation plus fine encore de cet épisode: "Joseph
continua à parler à
ses frères: 'Approchez-donc de moi' Et ils s'approchèrent. Il
reprit: 'Je
suis votre frère Joseph que vous avez vendu pour l'Egypte' " (ibid, 4)
Les Tossapbistes s'interrogent justement sur le fait que Joseph demanda à
ses frères de se rapprocher alors qu'il n'y avait plus personne dans cette
salle. Et d'expliquer que les Egyptiens avaient la mauvaise habitude
d'écouter aux portes ! Un fait est certain: Joseph ne voulait en
aucun cas
que son entourage au palais puisse entendre que ses frères l'avaient eux-
mêmes vendu en Egypte.

Il reprit: "Et maintenant ne vous affligez point, ne soyez pas irrités
contre vous-mêmes de m'avoir vendu pour ce pays, car c'est pour la
subsistance que l'Eternel m'y a envoyé avant vous" (ibid., 6). Rachi
insiste: "Lorsqu'il les vit reculer, il tenta de les rapprocher de lui. Et
voyant qu'ils étaient remplis de honte, il tenta de les consoler en leur
expliquant qu'il restait quant à lui toujours leur frère". Le
Joseph de la
médisance a donc disparu pour laisser la place à un Joseph
repenti qui fait
tout pour pouvoir éviter de révéler à son
entourage le mal que lui avaient
fait ses frères.

On se rappelle que dans la section shabbatique Vayechev, Joseph
s'employait sans cesse à rapporter toutes les médisances
familiales à son
père (Genèse, XXXVII, ). Ayant largement depassé le stade de
l'adolescence et fort d'une vie pour le moins riche en expérience, ce
Joseph-là s'est donc repenti au point de justement en arriver, lui
le vice-roi
d'Egypte, à parler à voix basse pour éviter
soigneusement de faire de la
médisance en public.

On remarquera que cet exemple de discrétion a été
suivi après par
Benjamin, le frère cadet de Joseph. Ce dernier savait en effet
pertinemment que Joseph avait été vendu par ses autres
frères, mais il
s'était gardé de le révéler à son
père et avait préféré se murer dans un
profond silence.

D'ailleurs, selon une explication de nos Sages, le nom de la pierre
précieuse incrustée sur le pectoral du Cohen Gadol (le Grand
prêtre
servant dans le Temple de Jérusalem) qui est attribuée
à la tribu de
Benjamin, est en hébreu le "Yashpé", vocable qui est
interpreté
homilétiquement par l'expression "Yesh Péh" - [ y a une
bouche]. En
d'autres termes: Benjamin a bel et bien une bouche: s'il ne parle pas, ce
n'est pas parce qu'il n'a rien à dire, mais parce que son haut niveau de
moralité lui impose le silence.

Une autre version de nos Sages rapporte que Joseph a lui-même
appelé
Benjamin pour lui demander ce que ses frères avaient argué
lorsqu'il avait
disparu. Benjamin raconta donc que ses frères avaient rapporté
à Jacob la
tunique bigarrée couverte de sang, disant qu'ils l'avaient
trouvée ainsi.
Joseph répondit alors que c'était bel et bien la
réalité. Ce récit apporte une
nouvelle fois la preuve que Joseph avait donc refusé de
révéler au jeune
Benjamin les méfaits de ses frères alors qu'il aurait pu le
faire sans la
moindre difficulté.

Ainsi Joseph a-t-il bien mérité l'attribut de "Juste" qui
l'accompagnera
dorénavant .