----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ---------------------------------------------------------------------------- --VAYIGACH JOSEPH, LE NOUVEL APOTRE DU SILENCE Joseph a 17 ans lorsqu'il est vendu aux Egyptiens. C'est donc contraint et forcé qu'il quitte le foyer paternel. A trente ans, il se présente devant le Pharaon, et c'est à 39 ans qu'il se révèle à ses frères pour leur demander d'annoncer à Jacob qu'il est bel et bien vivant. Pourquoi et comment Joseph, ce fils si choyé, a-t-il pu laisser durant vingt-deux longues et pénibles années son vieux père Jacob sans nouvelles? Dans l'absolu, il lui aurait suffi d'envoyer une simple missive d'Egypte, où il fut d'abord préposé à l'intendance au domicile de Putiphar puis, plus tard, ni plus ni moins que le vice-roi du pays. Peut-on imaginer une seule seconde que le second personnage du royaume d'Egypte n'ait pas eu la possibilité ou l'occasion de faire parvenir un signe de vie à son père affligé? N'aurait-il pas pu lui éviter toutes ces années de peine et de deuil superflus ? Nos Sages se sont longuement penchés sur ces interrogations, et de nombreuses explications ont été élaborées pour tenter d'expliquer cette apparente indifférence. L'une d'entre elles retient particulièrement notre attenion: Joseph a agi de la sorte pour ne pas avoir à révéler à son père l'inadmissible conduite de ses frères au cours du dramatique épisode qui le vit d'abord précipité dans un puits infesté de serpents, et ensuite vendu aux Ismaéliens . Joseph estimait que si Jacob avait eu connaissance des méfaits de ses frères à son égard, il aurait été encore plus bouleversé que lorsqu'il avait appris sa disparition Jacob ne pouvait en effet concevoir que ses fils fussent des assassins, même potentiels. Pour lui, cette découverte aurait tout simplement marqué la mort "spirituelle" de ses fils. Après avoir pesé le pour et le contre, Joseph a donc opté pour cette attitude d'apparence très dure tout en sachant délibérément qu'elle allait plonger sa famille dans une terrible peine. Il a donc préféré que son père soit plongé dans une profonde tristesse en croyant qu'il était mort, plutôt qu'il ne devine que ses fils aient pu être impliqués dans un complot d'assassinat ou de rapt aussi sordide. Néanmoins, mentionne notre célèbre commentateur Rachi, Jacob refusait de se résigner à la perte de son fils puisque le corps de Joseph n'avait pas été retrouvé. Dans son for intérieur, il était convaincu que Joseph était vivant (Genèse, XXXVL 35). Et lorsque le père retrouva son fils après vingt-deux années de séparation, ils ne firent que s'embrasser et Joseph se garda bien de raconter ce qui lui était arrivé tout au long de cette période. Et nous constatons aussi dans la suite du texte, qu'il ne révèle pas non plus à son père les circonstances qui lui permirent de passer d'humble berger qu'il était à 17 ans, au statut élevé de vice-roi d'Egypte. Nos Sages mentionnent même, que soucieux d'éviter ce délicat sujet, Joseph organisa sa rencontre avec Jacob de telle sorte qu'il n'ait pas à se retrouver en tête-à-tête avec lui. Et de son côté, Jacob évita lui aussi en public de poser à Joseph des questions sur cette affaire. Cette hypothèse est également renforcée par le déroulement de la rencontre entre Joseph et ses frères. Lorsque Joseph se révéla à eux avec les simples mots "Je suis Joseph" (Genèse, XLV, 3), ses frères furent frappés de stupeur et de consternation au point de ne savoir quoi répondre. Ils redoutèrent que de colère, Joseph ne se venge, comme il est écrit: "Et Joseph dit à ses frères: Je suis Joseph. Mon père vit-il encore 1.. ' Mais ses frères ne purent lui répondre car ils étaient consternés devant lui" (ibid.). Ayant prévu une telle réaction, Joseph avait auparavant pris soin de faire sortir toutes les personnes étrangères de la salle où il siégeait: "Et Joseph ne put se contenir devant ceux qui se tenaient là. Il s'écria: 'Faites sortir tout le monde de devant moi !' Et nul homme ne fut présent lorsque Joseph se fit connaître à ses frères" (Genèse, XLV, 1). Rachi explique que Joseph ne pouvait supporter que des Egyptiens assistent à cette révélation et voient l'humiliation de ses frères. Les Tossaphistes, dans leur commentaire sur la Tora énoncent une interprétation plus fine encore de cet épisode: "Joseph continua à parler à ses frères: 'Approchez-donc de moi' Et ils s'approchèrent. Il reprit: 'Je suis votre frère Joseph que vous avez vendu pour l'Egypte' " (ibid, 4) Les Tossapbistes s'interrogent justement sur le fait que Joseph demanda à ses frères de se rapprocher alors qu'il n'y avait plus personne dans cette salle. Et d'expliquer que les Egyptiens avaient la mauvaise habitude d'écouter aux portes ! Un fait est certain: Joseph ne voulait en aucun cas que son entourage au palais puisse entendre que ses frères l'avaient eux- mêmes vendu en Egypte. Il reprit: "Et maintenant ne vous affligez point, ne soyez pas irrités contre vous-mêmes de m'avoir vendu pour ce pays, car c'est pour la subsistance que l'Eternel m'y a envoyé avant vous" (ibid., 6). Rachi insiste: "Lorsqu'il les vit reculer, il tenta de les rapprocher de lui. Et voyant qu'ils étaient remplis de honte, il tenta de les consoler en leur expliquant qu'il restait quant à lui toujours leur frère". Le Joseph de la médisance a donc disparu pour laisser la place à un Joseph repenti qui fait tout pour pouvoir éviter de révéler à son entourage le mal que lui avaient fait ses frères. On se rappelle que dans la section shabbatique Vayechev, Joseph s'employait sans cesse à rapporter toutes les médisances familiales à son père (Genèse, XXXVII, ). Ayant largement depassé le stade de l'adolescence et fort d'une vie pour le moins riche en expérience, ce Joseph-là s'est donc repenti au point de justement en arriver, lui le vice-roi d'Egypte, à parler à voix basse pour éviter soigneusement de faire de la médisance en public. On remarquera que cet exemple de discrétion a été suivi après par Benjamin, le frère cadet de Joseph. Ce dernier savait en effet pertinemment que Joseph avait été vendu par ses autres frères, mais il s'était gardé de le révéler à son père et avait préféré se murer dans un profond silence. D'ailleurs, selon une explication de nos Sages, le nom de la pierre précieuse incrustée sur le pectoral du Cohen Gadol (le Grand prêtre servant dans le Temple de Jérusalem) qui est attribuée à la tribu de Benjamin, est en hébreu le "Yashpé", vocable qui est interpreté homilétiquement par l'expression "Yesh Péh" - [ y a une bouche]. En d'autres termes: Benjamin a bel et bien une bouche: s'il ne parle pas, ce n'est pas parce qu'il n'a rien à dire, mais parce que son haut niveau de moralité lui impose le silence. Une autre version de nos Sages rapporte que Joseph a lui-même appelé Benjamin pour lui demander ce que ses frères avaient argué lorsqu'il avait disparu. Benjamin raconta donc que ses frères avaient rapporté à Jacob la tunique bigarrée couverte de sang, disant qu'ils l'avaient trouvée ainsi. Joseph répondit alors que c'était bel et bien la réalité. Ce récit apporte une nouvelle fois la preuve que Joseph avait donc refusé de révéler au jeune Benjamin les méfaits de ses frères alors qu'il aurait pu le faire sans la moindre difficulté. Ainsi Joseph a-t-il bien mérité l'attribut de "Juste" qui l'accompagnera dorénavant .