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VAYICHLAH

LE COMBAT FINAL

Après vingt ans de séparation, Jacob s'apprête à
retrouver son frère
Esaü qui avait juré de le tuer. Pour se préparer
à cette rencontre
cruciale, il tente de rassembler tous les atouts de son côté.

Le texte biblique est très explicite sur ce point: Jacob se met en
condition à trois différents niveaux. Avant tout, il se
prépare
spirituellement et, pour ce faire, il prie. Politiquement, il prend ses
dispositions en préparant de somptueux cadeaux destinés
à Esaü et aux
siens. Enfin, envisageant le pire, il prend toutes les mesures de
sécurité qui
s'imposent en mettant au point un stratagème militaire qui devra
assurer la
protection de sa nombreuse famille.

Pourtant, malgré ces intenses préparatifs et ces nombreuses
précautions, Jacob se retrouve seul en pleine nuit et va livrer un
long et
difficile combat: "Jacob étant resté seul, un homme lutta avec lui
jusqu'au lever de l'aube" (Genèse, XX, 25). Cet homme rencontré sur
le chemin tente de vaincre Jacob, mais, alors que le jour se lève, il
admet
qu'il ne peut venir à bout du patriarche: "Voyant qu'il ne pouvait le
vaincre, il le toucha à la hanche, et la hanche de Jacob se luxa tandis
qu'il luttait avec lui" (ibid, 26).

Quel est donc cet homme mystérieux qui tente de déstabiliser
Jacob ?
Le commentaire traditionnel, mentionné par Rachi, precise qu'il ne s'agit
pas d'un simple mortel, mais plutôt d'une figure surhumaine, qui serait
l'ange d'Esau", ce que nous pourrions également traduire par le "genie
national d'Esaü". Nous constatons donc qu'il s'agit là d'un
conflit entre
deux cultles, deux civilisations, deux nations.

Cette lutte n'est pas nouvelle: Rivka, alors qu'elle était enceinte de
Jacob et d'Esaü, savait déjà que "les enfants
s'entrepoussaient dans son
sein...", et que "deux nations se ramifieront [dans son sein], et deux
peuples forts, un peuple sera plus fort que l'autre et l'aîné
obéira au plus
jeune" (Genèse, XXV, 22-23). Ayant compris l'envergure de la lutte qui se
déroulait dans ses entrailles, Rivka n'alla pas chez un
médecin mais alla
consulter Dieu. Ce combat, c'est en fait celui de la nation
hébraïque face au
monde romain-chrétien, berceau de la civilisabon occidentale. La Tora
veut ainsi nous expliquer que ce combat entre Jacob et l'lnconnu se
poursuit encore et qu'il se perpétuera pendant toute la nuit de l'exil.

En fait, I'homme qui lutte contre Jacob tente de déraciner et de faire
dlsparaître le peuple d'Israël. Le rav Shimshon Rafaël
Hirsh écrit ainsi que
pendant cette lutte nocturne, I'adversaire de Jacob n'a qu'un seul objectif:
empêcher le patriarche de poursuivre sa vie sur terre. Mais
constatant qu'il
ne parviendrait pas à réussir dans cette voie, il tente dans
un ultime effort
de le frapper et de le déséquilibrer. C'est ainsi qu'il le
heurte à la hanche et
endommage son nerf sciatique - de telle sorte que Jacob, père de la nation
juive, soit pour toujours boiteux.

La lutte dans laquelle Jacob s'est engagé préfigure
magistralement celle
à laquelle sa descendance sera mêlée tout au long de
son histoire
mouvementée. En effet, au cours des générations
d'extermination (en
hebreu: "Chemad '), Israël sera mutilé, diminué dans sa
vitalité et offensé
dans sa chair, mais il ne succombera jamais.

Ainsi, sur ce point, le commentateur Nahmanide reste fidèle à son
célèbre principe selon lequel les actions des ancêtres
sont une préfiguration
de celles de leurs descendants "Maassé Avot Siman lebanim". Selon lui,
cette lutte avec l'ange est une allusion à l'histoire de la
descendance de
Jacob. Car viendra une gérération au cours de laquelle
Esaü parviendra
presque à prendre le dessus sur Jacob, au point de faillir l'exterminer.

S'il n'est malheureusement pas trop difficile de trouver de telles
époques dans notre histoire, une évidence s'impose cependant:
après avoir
subi à plusieurs reprises, cette pénible expérience,
nous l'avons toujours
surmontée, comme il est écrit: "Et Jacob arriva
intègre" (Genèse, 18,
XXXIII), guéri de sa blessure.

Malgré tant d'épreuves et de pérégrinations,
notre patriarche arriva
intègre en terre d'Israël. A la fin de ce combat "surnaturel",
on assiste à un
renversement de situation. Cet homme qui est, en fait, plus qu'un homme -
le génie d'Esaü - implore Jacob :"Il lui dit: 'Laisse-moi
partir, car l'aube
est venue'. Il répondit: 'Je ne te renverrai point avant que tu ne me
bénisses' ." (Genèse, XXXIl:, 27).

Après cette longue nuit d'exil, I'ange d'Esaü ressent que sa fin
approche
et que la délivrance du peuple juif est proche. Le livre du Zohar nous
explique pourquoi cette délivrance est comparée à
l'aurore d'une nouvelle
journée: "Il est écrit dans le Cantique des Cantiques: 'Qui
est celle qui
apparaît comme l'aube, belle comme la lune, brillante comme le soleil,
terrible conme une citadelle ? ' C'est Israël, lorsque Dieu le
relèvera et le
sortira de l'exil: la délivrance grandira, et ensuite Dieu lui
ouvrira les
'Portiques d'en haut' ouverts aux quatres coins du monde".

Il s'avère donc que la délivrance n'apparaît pas
soudainement, mais
progressivement, et étape par étape. Il y existe donc des
situations
intermédiaires où l'obscurité et la lumière se
disputent la souveraineté des
mondes: parfois la lumière progresse, parfois elle est
freinée, mais, en fin
de compte, elle est appelée à s'étendre partout et
à vaincre ! Rien, ni
personne ne pourra entraver ce processus en marche.

C'est pourquoi la délivrance est comparée à l'aurore,
comme il est écrit:
"Et alors ta lumière jaillira comme l'aurore" (Midrach Choher Tov,
psaume 18). Tout au long des générations, ces enseignements de nos
Sages se sont transmis avec une grande fidélité, toujours
accompagnés de
la certitude absolue que la nuit de l'exil ne serait pas éternelle et que
finalement, la lumière d'Israël - le nouveau nom de Jacob
après son combat
victorieux - jaillirait.

Or ces évènements se réalisent aujourd'hui sous nos
yeux. Mais à
présent, nous sommes précisément au stade du combat
final: il faut donc
savoir que si nos ennemis parviennent à nous "déhancher" et
à nous
destabiliser, ce ne sont là que les dernières tentatives des
tenants de
l'obscurité face aux partisans de la lumière.

Dans une telle situation, il ne faut surtout pas désespérer
mais, au
contraire, tenir et se renforcer: ne sommes-nous pas convaincus de l'issue
finale ?

Cette fable lueur qui a commencé à éclairer la terre
d'Israël, voilà cent
ans avec le début du Retour à Sion, s'est transformée,
au cours des
demières années, en lumière éclatante: n'est-ce
pas là le signe évident que
nous approchons à grands pas de la délivrance totale ?