----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ------------------------------------------------------------------------------ VAYICHLAH LE COMBAT FINAL Après vingt ans de séparation, Jacob s'apprête à retrouver son frère Esaü qui avait juré de le tuer. Pour se préparer à cette rencontre cruciale, il tente de rassembler tous les atouts de son côté. Le texte biblique est très explicite sur ce point: Jacob se met en condition à trois différents niveaux. Avant tout, il se prépare spirituellement et, pour ce faire, il prie. Politiquement, il prend ses dispositions en préparant de somptueux cadeaux destinés à Esaü et aux siens. Enfin, envisageant le pire, il prend toutes les mesures de sécurité qui s'imposent en mettant au point un stratagème militaire qui devra assurer la protection de sa nombreuse famille. Pourtant, malgré ces intenses préparatifs et ces nombreuses précautions, Jacob se retrouve seul en pleine nuit et va livrer un long et difficile combat: "Jacob étant resté seul, un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aube" (Genèse, XX, 25). Cet homme rencontré sur le chemin tente de vaincre Jacob, mais, alors que le jour se lève, il admet qu'il ne peut venir à bout du patriarche: "Voyant qu'il ne pouvait le vaincre, il le toucha à la hanche, et la hanche de Jacob se luxa tandis qu'il luttait avec lui" (ibid, 26). Quel est donc cet homme mystérieux qui tente de déstabiliser Jacob ? Le commentaire traditionnel, mentionné par Rachi, precise qu'il ne s'agit pas d'un simple mortel, mais plutôt d'une figure surhumaine, qui serait l'ange d'Esau", ce que nous pourrions également traduire par le "genie national d'Esaü". Nous constatons donc qu'il s'agit là d'un conflit entre deux cultles, deux civilisations, deux nations. Cette lutte n'est pas nouvelle: Rivka, alors qu'elle était enceinte de Jacob et d'Esaü, savait déjà que "les enfants s'entrepoussaient dans son sein...", et que "deux nations se ramifieront [dans son sein], et deux peuples forts, un peuple sera plus fort que l'autre et l'aîné obéira au plus jeune" (Genèse, XXV, 22-23). Ayant compris l'envergure de la lutte qui se déroulait dans ses entrailles, Rivka n'alla pas chez un médecin mais alla consulter Dieu. Ce combat, c'est en fait celui de la nation hébraïque face au monde romain-chrétien, berceau de la civilisabon occidentale. La Tora veut ainsi nous expliquer que ce combat entre Jacob et l'lnconnu se poursuit encore et qu'il se perpétuera pendant toute la nuit de l'exil. En fait, I'homme qui lutte contre Jacob tente de déraciner et de faire dlsparaître le peuple d'Israël. Le rav Shimshon Rafaël Hirsh écrit ainsi que pendant cette lutte nocturne, I'adversaire de Jacob n'a qu'un seul objectif: empêcher le patriarche de poursuivre sa vie sur terre. Mais constatant qu'il ne parviendrait pas à réussir dans cette voie, il tente dans un ultime effort de le frapper et de le déséquilibrer. C'est ainsi qu'il le heurte à la hanche et endommage son nerf sciatique - de telle sorte que Jacob, père de la nation juive, soit pour toujours boiteux. La lutte dans laquelle Jacob s'est engagé préfigure magistralement celle à laquelle sa descendance sera mêlée tout au long de son histoire mouvementée. En effet, au cours des générations d'extermination (en hebreu: "Chemad '), Israël sera mutilé, diminué dans sa vitalité et offensé dans sa chair, mais il ne succombera jamais. Ainsi, sur ce point, le commentateur Nahmanide reste fidèle à son célèbre principe selon lequel les actions des ancêtres sont une préfiguration de celles de leurs descendants "Maassé Avot Siman lebanim". Selon lui, cette lutte avec l'ange est une allusion à l'histoire de la descendance de Jacob. Car viendra une gérération au cours de laquelle Esaü parviendra presque à prendre le dessus sur Jacob, au point de faillir l'exterminer. S'il n'est malheureusement pas trop difficile de trouver de telles époques dans notre histoire, une évidence s'impose cependant: après avoir subi à plusieurs reprises, cette pénible expérience, nous l'avons toujours surmontée, comme il est écrit: "Et Jacob arriva intègre" (Genèse, 18, XXXIII), guéri de sa blessure. Malgré tant d'épreuves et de pérégrinations, notre patriarche arriva intègre en terre d'Israël. A la fin de ce combat "surnaturel", on assiste à un renversement de situation. Cet homme qui est, en fait, plus qu'un homme - le génie d'Esaü - implore Jacob :"Il lui dit: 'Laisse-moi partir, car l'aube est venue'. Il répondit: 'Je ne te renverrai point avant que tu ne me bénisses' ." (Genèse, XXXIl:, 27). Après cette longue nuit d'exil, I'ange d'Esaü ressent que sa fin approche et que la délivrance du peuple juif est proche. Le livre du Zohar nous explique pourquoi cette délivrance est comparée à l'aurore d'une nouvelle journée: "Il est écrit dans le Cantique des Cantiques: 'Qui est celle qui apparaît comme l'aube, belle comme la lune, brillante comme le soleil, terrible conme une citadelle ? ' C'est Israël, lorsque Dieu le relèvera et le sortira de l'exil: la délivrance grandira, et ensuite Dieu lui ouvrira les 'Portiques d'en haut' ouverts aux quatres coins du monde". Il s'avère donc que la délivrance n'apparaît pas soudainement, mais progressivement, et étape par étape. Il y existe donc des situations intermédiaires où l'obscurité et la lumière se disputent la souveraineté des mondes: parfois la lumière progresse, parfois elle est freinée, mais, en fin de compte, elle est appelée à s'étendre partout et à vaincre ! Rien, ni personne ne pourra entraver ce processus en marche. C'est pourquoi la délivrance est comparée à l'aurore, comme il est écrit: "Et alors ta lumière jaillira comme l'aurore" (Midrach Choher Tov, psaume 18). Tout au long des générations, ces enseignements de nos Sages se sont transmis avec une grande fidélité, toujours accompagnés de la certitude absolue que la nuit de l'exil ne serait pas éternelle et que finalement, la lumière d'Israël - le nouveau nom de Jacob après son combat victorieux - jaillirait. Or ces évènements se réalisent aujourd'hui sous nos yeux. Mais à présent, nous sommes précisément au stade du combat final: il faut donc savoir que si nos ennemis parviennent à nous "déhancher" et à nous destabiliser, ce ne sont là que les dernières tentatives des tenants de l'obscurité face aux partisans de la lumière. Dans une telle situation, il ne faut surtout pas désespérer mais, au contraire, tenir et se renforcer: ne sommes-nous pas convaincus de l'issue finale ? Cette fable lueur qui a commencé à éclairer la terre d'Israël, voilà cent ans avec le début du Retour à Sion, s'est transformée, au cours des demières années, en lumière éclatante: n'est-ce pas là le signe évident que nous approchons à grands pas de la délivrance totale ?