----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ---------------------------------------------------------------------------- --VAYERA AU-DELA DE L'AMOUR Comment Abraham a-t-il pu accepter de se soumettre la terrible injonction divine de devoir sacrifier son fils ? Ce gene de sacrifice n'est-il pas totalement contraire à la morale la plus elémentaire ? Un éminent penseur juif - dont nous tairons le nom - s'est penché sur ces questions pertinentes et est parvenu à la conclusion qu'Abrabam n'avait, en fait pas vraiment surmonté l'epreuve que Dieu lui avait fait subir... Abraham explique-t-il, aurait peut-être put sortir grandi de cette épreuve s'il avait refusé de sacrifier son fils unique Isaac: il eut été de son devoir de s'élever de manière véhemente contre cet ordre "inhumain". Ainsi, lorsque Dieu fit savoir à Abraham qu'il avait l'intention de détruire la ville de Sodome, notre patriarche se mit à contester très fermement le manque de fondement de cette démarche; et ce, alors qu'il etait de notorieté publique que les habitants de Sodome étaient des gens impies, cruels et mauvais. Pourtant Abraham intercéda auprès de Dieu en faveur de ceux qui pouvaient ne pas avoir péché dans cette cite. Par contre, lorsqu'il reçut de l'Eternel l'ordre de mettre à mort son fils Isaac, qui etait un homme pur et qui n'avait quant a lui pas du tout péché, il n'éleva pas la moindre protestation alors que de l'avis de notre penseur original c'est justement ce que Dieu aurait attendu de lui. .. Abraham ayant donc, selon cette opinion, echoué à cette épreuve, Dieu dut se résigner à faire appel à un ange pour arrêter la main d'Abraham au moment ultime ou le patriarche s'apprêtait à frapper son fils. Face à cette démonstration non dépourvue de logique, une question demeure pourtant: comment ce penseur a-t-il pu oublier qu'à l'issue du non-sacrifice dlsaac, l'Eternel dit à Abraham: " Va, maintenant je sais que tu me crains" ? Il s'agit la d'une confirmation suprême et explicite des agissemets d'Abraham ! Non, répond notre penseur: la crainte de Dieu est une qualité d'un niveau bien inférieur a l'amour de Dieu. J'en deduis, continue-t-il, qu'Abraham n'est pas rempli d'amour pour Dieu car, s'il l'était vraiment, il aurait refusé d'accomplir la parole divine. Pour lui, Abraham serait donc avant tout un "craignant Dieu", un homme discipliné qui se soumet aux dictats divins par ce qu'il les craint par-dessus tout. Or ce genre d'analyse ne peut manquer d'être violemment critiqué par toute personne vraiment croyante et ayant appris à approfondir la lecture du texte biblique. En effet, le "sacrifice d'lsaac" - qui selon lui n'en est pas un... - a, de tout temps, été considéré comme le mérite suprême du peuple juif. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si nous mentionnons cet acte de bravoure, chaque matin, dans la priere. Pour Abraham, le père de la nation, il fut en fait la plus dure et la plus importante des epreuves. Quant à l'argument fallacieux selon lequel Dieu aurait défini Abraham seulement comme un "craignant Dieu" et non comme un "aimant Dieu", le Maharal de Prague explique longuement que l'amour de Dieu se trouve en fait au-dessous de la crainte de Dieu. Evidemment, il ne s'agit pas là de la "crainte simple" - celle redoutant le châtiment - qui peut effectivement constituer un catalyseur de taille, mais plutôt la "Yira Ha-romemout", la "crainte révérencielle d'odre supérieur". Une affirmation qui est d'ailleurs appuyée par un certain nombre de nos comrnentateurs. Développant plus à fond son analyse, le Maharal estime qu'on a finalement affaire à deux types de comportements: I'attitude de l"'aimant Dieu" est celle de quelqu'un qui existe dans une certaine plénitude et qui entretient une relation d'amour infini envers le Tout Puissant; tandis que chez le "crainant Dieu", il existe une certaine forme t'annihilation de la volonté humaine qui redoute toute confrontation avec l'Eternel. Cependant, le Maharal précise que cette annihilation décelable chez le "crainant Dieu" ne génère pas un effacement de la personnalité, mais, au contraire, permet de l'épanouir. Dans ses commentaires sur la Tora (Kol Eliahou) et sur le livre des Proverbes (chapitre XX), le Gaon de Vilna se demande quant à lui ce que signifie vraiment le verset précité de la Genèse: "Maintenant je sais que tu crains Dieu". Dieu aurait-il eu précédemment quelques doutes sur la bonne foi d'Abraham ? La crainte de notre patriarche envers le Créateur n'etait-elle pas entière ? En posant ces questions, le Gaon de Vilna souhaite nous faire comprendre que l'exercice de la bonté n'est pas obligatoirement mû par la crainte de Dieu. Car c'est en acceptant d'agir ou de réagir contre sa propre tendance naturelle que l'on pourrait juger de la portée exacte de la crainte de Dieu chez un individu. Ainsi, il est évident qu'Abraham était un homme de bonté, d'amour et de charité, qui recherchait sans cesse des hôtes pour leur offrir I'hospitalité sous sa tente ouverte aux quatre vents. C'est bien lui qui est sorti en guerre pour sauver son neveu Lot, et c'est ençore lui qui n'a pas hésité à implorer Dieu afin qu'Il epargne la ville de Sodome. Face à ces preuves de la grande générosité d'Abraham, que pouvait-il survenir de plus éprouvant pour lui que de se voir obligé par Dieu de lever la main sur son fils unique ? S'il l'a presque fait, acceptant par là-même d'aller à l'encontre de sa propre nature, c'est uniquement par crainte de Dieu Car dans cet episode-clé, le Créateur n'oublie évidemment pas qu'Il s'adresse avant tout à l'homme de d'amour, celui qui aime son prochain, et donc, avant tout son fils, son unique. C'est pourquoi, Dieu dit: "Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes". Et de fait, cet amour n'est pas un amour coupable - entâché de faiblesse "intéressée" - puisqu'il reçoit une confirmation divine. Or, s'il en est ainsi, si Dieu confirme de manière si explicite la pureté de l'amour du père envers son fils, s'Il ne voit pas là un "détail" par trop prosaïque, pourquoi a-t- donc donné l'odre de le sacrifier ? Nos Sages répondent à cette difficile question en expliquant que la terrible injonction divine visait en fait a obtenir deux résultats: le renoncement total à soi-même (en hébreu Messirout nefech), et en consequence la plénitude totale. Abraham n'a-til pas fait la démonstration que lorsqu'il y a annihilation de la branche par rapport à sa racine, on assiste en fait à un surcroît de vie? a-t-il pas justement accepté de tout donner et d'offrir son fils en sacrifice? Mais ce faisant, n'a-t-il pas surtout recçu bien plus en contrepartie, et à un niveau bien supérieur encore ? Le texte biblique est très clair sur ce sujet: Abraham n'a rien perdu ! Au contraire, il est monté de niveau "Et l'ange de Dieu appela Abraham une seconde fois: 'Je jure par Moi-même, parole de l'Eternel, que, parce que tu as fait cette chose-là, tu n'as pas refusé ton fils ton unique, Je te benirai, Je multiplierai ta postérité comme les étoiles du Ciel et comme le sable du rivage de la mer, et ta descendance héritera des portes de ses ennemis. Et toutes les nations de la terre seront bénies par ta postérité, parce que tu as obéi à Ma voix ' (Genese XX 18). A partir de la voie si lumineusement tracée par Abraham, nous comprenons que c'est à travers l'écoute de Dieu que la descendance du patriarche est toujours parvenue à la plus grande plénitude. Nous pourrions donc résumer schématiquement cette épreuve en affirmant que ce n'est pas l'amour de Dieu qui efface ou estompe l'amour tu fils, mais presque l'inverse: l'amour filial devient une étincelle et une parcelle de l'amour de Dieu. Ce n'est pas là un sentiment déplacé, mais un amour veritablement transfiguré. Dans son livre Crainte et tremblement, le philosophe protestant danois Kierkegaard n'a pas réellement saisi la véritble portée de ce message: pour lui, la foi est un paradoxe sans solution, et Abraham est le chevalier de la foi qui fut prêt a aimer Dieu au point de lui sacrifier son propre fils, sans aucune autre forme d'interprétation. Sa conclusion revient à dire que la foi est donc un renoncement et une forme de domination absolue. Or nous avons bien vu que la foi n'est pas du tout synonyme de neant: croire, ce n'est pas se néantiser, mais se remplir de confiance envers le Createur. Ce n'est qu'en annihilant notre propre persorme devant la grandeur divine que nous pourrons accéder au plus grand des bonheurs et à la plus grande des réussites.