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--VAYERA

AU-DELA DE L'AMOUR

Comment Abraham a-t-il pu accepter de se soumettre  la terrible
injonction divine de devoir sacrifier son fils ? Ce gene de sacrifice
n'est-il pas totalement contraire à la morale la plus
elémentaire ?

Un éminent penseur juif - dont nous tairons le nom - s'est
penché sur
ces questions pertinentes et est parvenu à la conclusion qu'Abrabam
n'avait, en fait pas vraiment surmonté l'epreuve que Dieu lui avait fait
subir... Abraham explique-t-il, aurait peut-être put sortir grandi de
cette
épreuve s'il avait refusé de sacrifier son fils unique Isaac:
il eut été de son
devoir de s'élever de manière véhemente contre cet
ordre "inhumain".

Ainsi, lorsque Dieu fit savoir à Abraham qu'il avait l'intention de
détruire la ville de Sodome, notre patriarche se mit à
contester très
fermement le manque de fondement de cette démarche; et ce, alors qu'il
etait de notorieté publique que les habitants de Sodome
étaient des gens
impies, cruels et mauvais. Pourtant Abraham intercéda auprès
de Dieu en
faveur de ceux qui pouvaient ne pas avoir péché dans cette cite.

Par contre, lorsqu'il reçut de l'Eternel l'ordre de mettre à
mort son fils
Isaac, qui etait un homme pur et qui n'avait quant a lui pas du tout
péché, il
n'éleva pas la moindre protestation alors que de l'avis de notre penseur
original c'est justement ce que Dieu aurait attendu de lui. ..

Abraham ayant donc, selon cette opinion, echoué à cette
épreuve, Dieu
dut se résigner à faire appel à un ange pour
arrêter la main d'Abraham au
moment ultime ou le patriarche s'apprêtait à frapper son fils.

Face à cette démonstration non dépourvue de logique,
une question
demeure pourtant: comment ce penseur a-t-il pu oublier qu'à l'issue du
non-sacrifice dlsaac, l'Eternel dit à Abraham: " Va, maintenant je
sais que
tu me crains" ? Il s'agit la d'une confirmation suprême et explicite des
agissemets d'Abraham ! Non, répond notre penseur: la crainte de Dieu
est une qualité d'un niveau bien inférieur a l'amour de Dieu.
J'en deduis,
continue-t-il, qu'Abraham n'est pas rempli d'amour pour Dieu car, s'il
l'était
vraiment, il aurait refusé d'accomplir la parole divine. Pour lui,
Abraham
serait donc avant tout un "craignant Dieu", un homme discipliné qui se
soumet aux dictats divins par ce qu'il les craint par-dessus tout.

Or ce genre d'analyse ne peut manquer d'être violemment
critiqué par
toute personne vraiment croyante et ayant appris à approfondir la lecture
du texte biblique. En effet, le "sacrifice d'lsaac" - qui selon lui n'en est pas
un... - a, de tout temps, été considéré comme
le mérite suprême du peuple
juif. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si nous mentionnons cet acte de
bravoure, chaque matin, dans la priere. Pour Abraham, le père de la
nation,
il fut en fait la plus dure et la plus importante des epreuves.

Quant à l'argument fallacieux selon lequel Dieu aurait défini
Abraham
seulement comme un "craignant Dieu" et non comme un "aimant Dieu", le
Maharal de Prague explique longuement que l'amour de Dieu se trouve en
fait au-dessous de la crainte de Dieu. Evidemment, il ne s'agit pas
là de la
"crainte simple" - celle redoutant le châtiment - qui peut effectivement
constituer un catalyseur de taille, mais plutôt la "Yira Ha-romemout", la
"crainte révérencielle d'odre supérieur". Une affirmation qui est
d'ailleurs appuyée par un certain nombre de nos comrnentateurs.

Développant plus à fond son analyse, le Maharal estime qu'on
a finalement
affaire à deux types de comportements: I'attitude de l"'aimant Dieu" est
celle de quelqu'un qui existe dans une certaine plénitude et qui
entretient
une relation d'amour infini envers le Tout Puissant; tandis que chez le
"crainant Dieu", il existe une certaine forme t'annihilation de la
volonté
humaine qui redoute toute confrontation avec l'Eternel. Cependant, le
Maharal précise que cette annihilation décelable chez le
"crainant Dieu"
ne génère pas un effacement de la personnalité, mais,
au contraire, permet
de l'épanouir.

Dans ses commentaires sur la Tora (Kol Eliahou) et sur le livre des
Proverbes (chapitre XX), le Gaon de Vilna se demande quant à lui ce
que signifie vraiment le verset précité de la Genèse:
"Maintenant je sais
que tu crains Dieu". Dieu aurait-il eu précédemment quelques
doutes sur
la bonne foi d'Abraham ? La crainte de notre patriarche envers le
Créateur
n'etait-elle pas entière ?

En posant ces questions, le Gaon de Vilna souhaite nous faire
comprendre que l'exercice de la bonté n'est pas obligatoirement
mû par la
crainte de Dieu. Car c'est en acceptant d'agir ou de réagir contre
sa propre
tendance naturelle que l'on pourrait juger de la portée exacte de la
crainte
de Dieu chez un individu. Ainsi, il est évident qu'Abraham
était un homme
de bonté, d'amour et de charité, qui recherchait sans cesse
des hôtes pour
leur offrir I'hospitalité sous sa tente ouverte aux quatre vents.
C'est bien lui
qui est sorti en guerre pour sauver son neveu Lot, et c'est ençore
lui qui n'a
pas hésité à implorer Dieu afin qu'Il epargne la ville
de Sodome.

Face à ces preuves de la grande générosité
d'Abraham, que pouvait-il
survenir de plus éprouvant pour lui que de se voir obligé par
Dieu de lever
la main sur son fils unique ? S'il l'a presque fait, acceptant par
là-même
d'aller à l'encontre de sa propre nature, c'est uniquement par
crainte de Dieu

Car dans cet episode-clé, le Créateur n'oublie
évidemment pas qu'Il
s'adresse avant tout à l'homme de d'amour, celui qui aime son
prochain, et
donc, avant tout son fils, son unique. C'est pourquoi, Dieu dit: "Prends ton
fils, ton unique, celui que tu aimes". Et de fait, cet amour n'est pas un
amour coupable - entâché de faiblesse
"intéressée" - puisqu'il reçoit une
confirmation divine. Or, s'il en est ainsi, si Dieu confirme de manière si
explicite la pureté de l'amour du père envers son fils, s'Il
ne voit pas là un
"détail" par trop prosaïque, pourquoi a-t- donc donné
l'odre de le
sacrifier ?

Nos Sages répondent à cette difficile question en expliquant
que la
terrible injonction divine visait en fait a obtenir deux résultats: le
renoncement total à soi-même (en hébreu Messirout
nefech), et en
consequence la plénitude totale.

Abraham n'a-til pas fait la démonstration que lorsqu'il y a annihilation
de la branche par rapport à sa racine, on assiste en fait à
un surcroît de vie?
a-t-il pas justement accepté de tout donner et d'offrir son fils en
sacrifice? Mais ce faisant, n'a-t-il pas surtout recçu bien plus en
contrepartie, et à un niveau bien supérieur encore ?

Le texte biblique est très clair sur ce sujet: Abraham n'a rien perdu !
Au contraire, il est monté de niveau  "Et l'ange de Dieu appela Abraham
une seconde fois: 'Je jure par Moi-même, parole de l'Eternel, que, parce
que tu as fait cette chose-là, tu n'as pas refusé ton fils
ton unique, Je te
benirai, Je multiplierai ta postérité comme les étoiles du Ciel et comme le
sable du rivage de la mer, et ta descendance héritera des portes de ses
ennemis. Et toutes les nations de la terre seront bénies par ta
postérité,
parce que tu as obéi à Ma voix ' (Genese XX 18).

A partir de la voie si lumineusement tracée par Abraham, nous
comprenons que c'est à travers l'écoute de Dieu que la
descendance du
patriarche est toujours parvenue à la plus grande plénitude.
Nous pourrions
donc résumer schématiquement cette épreuve en
affirmant que ce n'est pas
l'amour de Dieu qui efface ou estompe l'amour tu fils, mais presque
l'inverse: l'amour filial devient une étincelle et une parcelle de
l'amour de
Dieu. Ce n'est pas là un sentiment déplacé, mais un
amour veritablement
transfiguré.

Dans son livre Crainte et tremblement, le philosophe protestant danois
Kierkegaard n'a pas réellement saisi la véritble
portée de ce message:
pour lui, la foi est un paradoxe sans solution, et Abraham est le chevalier
de la foi qui fut prêt a aimer Dieu au point de lui sacrifier son
propre fils,
sans aucune autre forme d'interprétation. Sa conclusion revient
à dire que
la foi est donc un renoncement et une forme de domination absolue.

Or nous avons bien vu que la foi n'est pas du tout synonyme de neant:
croire, ce n'est pas se néantiser, mais se remplir de confiance envers le
Createur.

Ce n'est qu'en annihilant notre propre persorme devant la grandeur
divine que nous pourrons accéder au plus grand des bonheurs et
à la plus
grande des réussites.