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VAYAKHEL

UN SANCTUAIRE DANS LE TEMPS

La structure même de notre section hebdomadaire nous permet de
relever la proximité existant entre les lois relatives an respect du
shabbat et les préceptes se rapportant a la construction du Temple.

Comme c'est le cas avec la plupart des corrélations établies
par la Tora,
le parallélisme entre les commandements relatifs au respect du shabbat et
ceux concernant l'édification du Temple n'est pas fortuit: il vient nous
apprendre que même la construction d'un édifice aussi saint
que le Temple
ne peut supporter la moindre transgression; pas moins que le saint
shabbat !

Ainsi, pouvons-nous en déduire que tous les travaux indispensables
à
l'édification du Temple étaient interdits le shabbat. Du fait
que la Tora ne
nous a pas donné la liste explicite des travaux interdits ce
jour-là, nous en
sommes réduits à la dresser par déduction: il
s'avère donc que les travaux
interdits sont en fait des "Travaux" par excellence.

Le Temple est dans une certaine mesure le coeur même du monde.
Personne ne peut et ne doit se déclarer "contre le travail": la Tora
n'énonce-t-elle pas "Durant six jours, tu feras ton travail !" (Exode,
XXXV, 2) ? C'est que le travail est une noble activité pour l'homme, tant
sur le plan économique que sur le plan de la
créativité. Ce second aspect
est d'ailleurs particulièrement mis en valeur par les travaux
d'édification de
la Maison divine. Toutefois, la Tora nous enseigne également
l'impérieuse
nécessité d'un jour de chômage au cours duquel
même cette activité sainte
serait suspendue.

Apparemment, ce principe semble difficile à percevoir pour l'homme
occidental qui donne aujourd'hui de plus en plus la prionté au
travail, à ses
revenus et à son "niveau de vie". Déjà à
l'époque, les Romams raillaient les
Hébreux à ce propos ! Le célèbre philosophe
Sénèque avait ainsi du mal à
concevoir que l'on puisse demeurer une journée entière "sans
rien faire". Et
ce alors que les Romains avaient adopté comme devise le très
populaire
dicton "Panem et circences" - "du pain et des jeux".

Le principe des Romains était simple: I'homme travaille pour pouvoir
se payer des jeux, et il se livre aux jeux (morbides) du cirque afin de
pouvoir plus tard retrouver l'énergie nécessaire pour
poursuivre son travail.
Or voici qu'Israël, le peuple de Dieu, se voit en quelque sorte
crédité d'une
journée pleine et entière consacrée uniquement au
repos, sans le moindre
"jeu", ni profit futile ! Tout cela est totalement inconcevable pour la
civilisation romaine.

La Tora vient au contraire nous expliquer que toute activité, aussi
proche du divin soit-elle, vient jeter un voile entre l'intimité
spirituelle qui
peut et doit exister entre l'homme et son Créateur. Le shabbat vient donc
ôter ce voile et agit alors dans un sens constructif: il va permettre
à
l'homme de mettre un frein à ses ambibons matérielles et aura pour
fonction de susciter et de redévelopper ses ambitions spirituelles. A
l'occasion du shabbat, I'homme retrouve l'Eternel dans toute sa grandeur:
"Entre Moi et les enfants d'Israël, c'est un signe pour toujours". Le
shabbat constitue donc une sorte de "bague de fiançailles" qui
régénère en
permanence le lien profond entre le peuple d'Israël et son Dieu.

Il faut être capable de briser l'engrenage répétitif
des six jours de la
semaine. Comme le disait le prophète Isaïe, on est
obligé, pour vraiment se
régénérer, de trouver "repos au labeur, à la
colère et à la tristesse". En
effet, le labeur journalier n'est évidemment pas toujours un domaine
où
règne l'harmonie: il constitue souvent un passage obligé non
démuni
d'aspects assez pénibles, surtout si l'homme est
aliéné par son travail.

Dans ce contexte, une bouffée d'air pur, une fois par semaine, ne peut
être que la bienvenue. Le socialiste utopiste Proudhon, qui
d'ailleurs savait
l'hébreu, a affirmé que le shabbat était en fait une
contribution majeure au
socialisme .

Dans une tout autre dimension, nous savons très bien que le travail
éprouve souvent l'être humain, non seulement sur le plan
physique, mais
également sur le plan psychologique - surtout si l'on est contraint de
s'impliquer dans une activité qui va à l'encontre de nos
aspirations
profondes. L'organisation du travail fondée sur le profit maximal,
blesse -
c'est bien connu ! - la soif de créativité de l'homme. Il
devient un homme
en colère contre la réalité. Voilà donc une
raison supplémentaire de
retrouver, au moins une fois par semaine, sa propre nature !

Il existe une troisième dimension encore plus aliénante: la
tristesse.
L'homme est souvent enveloppé d'une profonde tristesse: il se trouve dans
un monde sans signification ni devenir. Sa vie intérieure est
déchirée par ce
néant et un abîme se creuse entre les aspirations profondes de
son âme et
la réalité sèche et cruelle du quotidien.

On trouve dans L'Ecclésiaste le verset suivant: "L'âme ne
saurait être
remplie". Ce verset est illustré par nos Sages à travers
cette parabole: une
princesse est exilée dans un petit village, les habitants
dévoués de ce
village s'efforcent de la réjouir par toutes sortes de mets et de
cadeaux;
mais, malgré toutes ces attentions, la princesse ne parvient pas
à oublier la
vie qu'elle a menée dans le palais royal. Or l'âme humaine
réagit au monde
d'ici-bas comme la princesse nostalgique dans son exil ! Même tous les
plaisirs de ce monde ne peuvent remplacer l'absence de spiritualité.

C'est pourquoi le shabbat s'impose comme une nécessité et
comme une
projection de la pureté du monde d'en-haut qui peut irriguer notre
univers
intime. On pourrait ainsi comprendre l'enseignement de nos Sages
dans le Traité talmudique Shabbat selon lequel "L 'homme qui court perd
1/500 ième de la lucidité de son regard et ne le
récupère que lors de la
bénédiction du kiddoush, le vendredi soir".

Comme cette image est étonnante de précision ! Ne connaissons-nous
pas, dans notre société de consommation, cet homme qui ne cesse de
courir du matin au soir pour son travail et sa carrière
professionnelle et qui,
ce faisant, peut en perdre son regard intérieur jusqu'à ce
que le shabbat
pénètre dans son foyer grâce au kiddoush - cet instant
privilégié qui Iui
restitue ainsi la dimension spirituelle qui lui fait tellement
défaut le reste de
la semaine !

A première vue, nous ne pouvons qu'être surpris par le contenu du
Cantique de shabbat - le Mizmor shir leyom ha-Shabbat - qui évoque en
fait tout ce qu'il y a de beau et de bon dans ce monde, mais qui élude
totalement l'élément le plus évident: le shabbat
lui-même ! Comment est-il
donc possible que ce soit précisément ce psaume-là qui
ait été choisi pour
être récité le shabbat ? En fait, les allusions de ce texte concernent
effectivement les autres jours de la semaine, mais nous devons en déduire
que pendant ces jours, il se produit un blocage: les dizaines
d'activités que
nous menons sans cesse font écran à la lumière divine,
alors que le
shabbat, ces écrans disparaissent.

C'est vrai: la définition du shabbat est souvent négative. Pour
beaucoup, ce jour est celui d'ume liste intermmable d"'interdictions": on n'a
pas "le droit" de faire ceci, et cela... Evidemment, cette approche se fixe
sur le fait que ce jour ne peut devenir source d'une quelconque
créativité
matérielle. En effet, par exemple, les célèbres
"trente-neuf travaux" sont
interdits parce qu'ils sont justement liés à
l'édification du Temple.

Ce n'est en fait pas la première fois que nous découvrons les
éléments
de ce que l'on pourrait appeler une "théologie négative".
Dieu lui-même ne
se situe-t-Il pas au-delà de toute définition ? Et nos
philosophes - comme le
célèbre Maïmonide - ne nous ont-ils pas
déjà longuement expliqué que les
''attributs divins" étaient en fait des attributs négatifs ?
Ces attributs ne
décrivent point ce qu'll est car ce qu'll est, se trouve
au-delà de tout écrit.

Or, s'il en est ainsi, comment pouvons-nous nous attacher à Dieu et
communier avec lui ? Peut-on communiquer avec un "négatif' ?

Maïmonide répond à cette question dans son Guide des
Egarés: "Plus
tu ajouteras de la négation vis-à-vis de Dieu, plus tu
t'approcheras de sa
véritable connaissance".

La lumière divine est prête à inonder les mondes, mais
elle est stoppée
par des écrans d'incompréhension, par des barrages faits
d'activités
éreintées et éreintantes. Lorsque l'homme se met en
état de repos, lorsque
le torrent débordant de sa vie interrompt son cours et que les eaux
deviennent limpides, un éclairage divin y pénètre et
monde de lumière,
sans nulle déformation, la vie humaine tout entière.