----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ------------------------------------------------------------------------------ VAYAKHEL UN SANCTUAIRE DANS LE TEMPS La structure même de notre section hebdomadaire nous permet de relever la proximité existant entre les lois relatives an respect du shabbat et les préceptes se rapportant a la construction du Temple. Comme c'est le cas avec la plupart des corrélations établies par la Tora, le parallélisme entre les commandements relatifs au respect du shabbat et ceux concernant l'édification du Temple n'est pas fortuit: il vient nous apprendre que même la construction d'un édifice aussi saint que le Temple ne peut supporter la moindre transgression; pas moins que le saint shabbat ! Ainsi, pouvons-nous en déduire que tous les travaux indispensables à l'édification du Temple étaient interdits le shabbat. Du fait que la Tora ne nous a pas donné la liste explicite des travaux interdits ce jour-là, nous en sommes réduits à la dresser par déduction: il s'avère donc que les travaux interdits sont en fait des "Travaux" par excellence. Le Temple est dans une certaine mesure le coeur même du monde. Personne ne peut et ne doit se déclarer "contre le travail": la Tora n'énonce-t-elle pas "Durant six jours, tu feras ton travail !" (Exode, XXXV, 2) ? C'est que le travail est une noble activité pour l'homme, tant sur le plan économique que sur le plan de la créativité. Ce second aspect est d'ailleurs particulièrement mis en valeur par les travaux d'édification de la Maison divine. Toutefois, la Tora nous enseigne également l'impérieuse nécessité d'un jour de chômage au cours duquel même cette activité sainte serait suspendue. Apparemment, ce principe semble difficile à percevoir pour l'homme occidental qui donne aujourd'hui de plus en plus la prionté au travail, à ses revenus et à son "niveau de vie". Déjà à l'époque, les Romams raillaient les Hébreux à ce propos ! Le célèbre philosophe Sénèque avait ainsi du mal à concevoir que l'on puisse demeurer une journée entière "sans rien faire". Et ce alors que les Romains avaient adopté comme devise le très populaire dicton "Panem et circences" - "du pain et des jeux". Le principe des Romains était simple: I'homme travaille pour pouvoir se payer des jeux, et il se livre aux jeux (morbides) du cirque afin de pouvoir plus tard retrouver l'énergie nécessaire pour poursuivre son travail. Or voici qu'Israël, le peuple de Dieu, se voit en quelque sorte crédité d'une journée pleine et entière consacrée uniquement au repos, sans le moindre "jeu", ni profit futile ! Tout cela est totalement inconcevable pour la civilisation romaine. La Tora vient au contraire nous expliquer que toute activité, aussi proche du divin soit-elle, vient jeter un voile entre l'intimité spirituelle qui peut et doit exister entre l'homme et son Créateur. Le shabbat vient donc ôter ce voile et agit alors dans un sens constructif: il va permettre à l'homme de mettre un frein à ses ambibons matérielles et aura pour fonction de susciter et de redévelopper ses ambitions spirituelles. A l'occasion du shabbat, I'homme retrouve l'Eternel dans toute sa grandeur: "Entre Moi et les enfants d'Israël, c'est un signe pour toujours". Le shabbat constitue donc une sorte de "bague de fiançailles" qui régénère en permanence le lien profond entre le peuple d'Israël et son Dieu. Il faut être capable de briser l'engrenage répétitif des six jours de la semaine. Comme le disait le prophète Isaïe, on est obligé, pour vraiment se régénérer, de trouver "repos au labeur, à la colère et à la tristesse". En effet, le labeur journalier n'est évidemment pas toujours un domaine où règne l'harmonie: il constitue souvent un passage obligé non démuni d'aspects assez pénibles, surtout si l'homme est aliéné par son travail. Dans ce contexte, une bouffée d'air pur, une fois par semaine, ne peut être que la bienvenue. Le socialiste utopiste Proudhon, qui d'ailleurs savait l'hébreu, a affirmé que le shabbat était en fait une contribution majeure au socialisme . Dans une tout autre dimension, nous savons très bien que le travail éprouve souvent l'être humain, non seulement sur le plan physique, mais également sur le plan psychologique - surtout si l'on est contraint de s'impliquer dans une activité qui va à l'encontre de nos aspirations profondes. L'organisation du travail fondée sur le profit maximal, blesse - c'est bien connu ! - la soif de créativité de l'homme. Il devient un homme en colère contre la réalité. Voilà donc une raison supplémentaire de retrouver, au moins une fois par semaine, sa propre nature ! Il existe une troisième dimension encore plus aliénante: la tristesse. L'homme est souvent enveloppé d'une profonde tristesse: il se trouve dans un monde sans signification ni devenir. Sa vie intérieure est déchirée par ce néant et un abîme se creuse entre les aspirations profondes de son âme et la réalité sèche et cruelle du quotidien. On trouve dans L'Ecclésiaste le verset suivant: "L'âme ne saurait être remplie". Ce verset est illustré par nos Sages à travers cette parabole: une princesse est exilée dans un petit village, les habitants dévoués de ce village s'efforcent de la réjouir par toutes sortes de mets et de cadeaux; mais, malgré toutes ces attentions, la princesse ne parvient pas à oublier la vie qu'elle a menée dans le palais royal. Or l'âme humaine réagit au monde d'ici-bas comme la princesse nostalgique dans son exil ! Même tous les plaisirs de ce monde ne peuvent remplacer l'absence de spiritualité. C'est pourquoi le shabbat s'impose comme une nécessité et comme une projection de la pureté du monde d'en-haut qui peut irriguer notre univers intime. On pourrait ainsi comprendre l'enseignement de nos Sages dans le Traité talmudique Shabbat selon lequel "L 'homme qui court perd 1/500 ième de la lucidité de son regard et ne le récupère que lors de la bénédiction du kiddoush, le vendredi soir". Comme cette image est étonnante de précision ! Ne connaissons-nous pas, dans notre société de consommation, cet homme qui ne cesse de courir du matin au soir pour son travail et sa carrière professionnelle et qui, ce faisant, peut en perdre son regard intérieur jusqu'à ce que le shabbat pénètre dans son foyer grâce au kiddoush - cet instant privilégié qui Iui restitue ainsi la dimension spirituelle qui lui fait tellement défaut le reste de la semaine ! A première vue, nous ne pouvons qu'être surpris par le contenu du Cantique de shabbat - le Mizmor shir leyom ha-Shabbat - qui évoque en fait tout ce qu'il y a de beau et de bon dans ce monde, mais qui élude totalement l'élément le plus évident: le shabbat lui-même ! Comment est-il donc possible que ce soit précisément ce psaume-là qui ait été choisi pour être récité le shabbat ? En fait, les allusions de ce texte concernent effectivement les autres jours de la semaine, mais nous devons en déduire que pendant ces jours, il se produit un blocage: les dizaines d'activités que nous menons sans cesse font écran à la lumière divine, alors que le shabbat, ces écrans disparaissent. C'est vrai: la définition du shabbat est souvent négative. Pour beaucoup, ce jour est celui d'ume liste intermmable d"'interdictions": on n'a pas "le droit" de faire ceci, et cela... Evidemment, cette approche se fixe sur le fait que ce jour ne peut devenir source d'une quelconque créativité matérielle. En effet, par exemple, les célèbres "trente-neuf travaux" sont interdits parce qu'ils sont justement liés à l'édification du Temple. Ce n'est en fait pas la première fois que nous découvrons les éléments de ce que l'on pourrait appeler une "théologie négative". Dieu lui-même ne se situe-t-Il pas au-delà de toute définition ? Et nos philosophes - comme le célèbre Maïmonide - ne nous ont-ils pas déjà longuement expliqué que les ''attributs divins" étaient en fait des attributs négatifs ? Ces attributs ne décrivent point ce qu'll est car ce qu'll est, se trouve au-delà de tout écrit. Or, s'il en est ainsi, comment pouvons-nous nous attacher à Dieu et communier avec lui ? Peut-on communiquer avec un "négatif' ? Maïmonide répond à cette question dans son Guide des Egarés: "Plus tu ajouteras de la négation vis-à-vis de Dieu, plus tu t'approcheras de sa véritable connaissance". La lumière divine est prête à inonder les mondes, mais elle est stoppée par des écrans d'incompréhension, par des barrages faits d'activités éreintées et éreintantes. Lorsque l'homme se met en état de repos, lorsque le torrent débordant de sa vie interrompt son cours et que les eaux deviennent limpides, un éclairage divin y pénètre et monde de lumière, sans nulle déformation, la vie humaine tout entière.