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--VAYEHI

UNITE ET DIVERSITE

"Tous ceux-là sont les douze tribus d'Israël et c'est là
ce que leur
père leur dit et il les bénit chacun d 'après sa
bénédiction propre il Ies
béni" (Genèse, XLIX, 28).

Après s'être profondément déchirés pendant
de longues années, les
enfants de Jacob se retrouvent donc en Egypte, à l'abri des
difficultés
économiques et dans une apparente unité. C'est alors qu'au
seuil de la
mort, Jacob décide de rassembler les fondateurs des douze tribus
d'Israël
pour leur accorder à chacun une bénédiction
spécifique.

Ce faisant, on a l'impression que le patriarche entend apposer un sceau
d'éternité sur ce qui divise ses enfants et justifier, pour
le futur, de
possibles dissensions internes. Et ce, au lieu de leur fournir l'indispensable
message d'unité et de rassemblement qui leur permettrait de faire
face, en
tant que peuple, aux difficultés qui ne sauraient manquer de surgir au
cours des siècles à venir. N'aurait-il donc pas mieux valu
réunifier le noyau
du peuple juif en une nation une et indivisible, plutôt que
d'opérer une
scission "tribale" par trop dangereuse ?

Historiquement, ces apprehensions seront fondées: plus tard, à
l'époque des Juges, chaque tribu mènera ume vie autonome et
même
totalement indépendante, chacune protégée par sa
"police privée". A cette
époque, on remarquera que lorsque la patrie était en danger,
certaines
tribus acceptaient de partir en guerre contre l'ennemi, tandis que d'autres
ne se sentaient pas concemées par la menace pesant aux
frontières. Plus
tard encore, au cours d'une fameuse et tragique guerre civile, une partie
des tribus menèrent une action militaire contre la tribu de Benjamin. De
surcroît, à leur retour de campagne, elles poursuivirent leurs
exactions en
s'attaquant à la tribu d'Efraïm - laquelle avait refusé
de prendre part à ce
conflit entre Hébreux

C'est pourquoi nous avons de sérieuses raisons d'être surpris
par cette
apparente différenciation encouragée par Jacob sur son lit de
mort. En
donnant à chaque tribu une bénédiction
particulière, le patriarche
exacerberait les spécificités culturelles à
l'intérieur même de la nation juive
alors en pleine gestation.

En fait, en se penchant de plus près sur les véritables
intentions de
Jacob, on constate que les motivations qui l'ont poussé à
agir aunsi sont
pures et bienfaisantes. n'est exact qu'avaliser des différences entre des
frères, surtout lorsque ceux-ci sont les piliers d'une nation tout
entière, peut
être dangereux. Mais pour Jacob, il est tout à fait inutile de
vouloir
masquer la réalité: les faits dictent, de manière
incontoumable, que les
êtres humains sont fondamentalement différents les uns des
autres, tant au
plan physique, moral que spirituel. Nos Sages le confirment clairement:
Leurs visages sont différents ainsi que leurs tempéraments,
leurs pensées
et leurs idéaux.

Il est donc logique que chaque tribu ait ses caractéristiques propres.
L'unité ne consiste pas à créer des êtres tous
calqués les uns sur les autres,
semblables dans leurs opinions et leurs aspirations, comme le prétendait
Aldous Huxley dans son Meilleur des Mondes. Ce que cet auteur décrit
justement, ce n'est pas "le meilleur des mondes" mais un véritable enfer
où, pour éviter la moindre friction, les êtres humains
sont absolument
identiques.

Bien au contraire, au travers de ses bénédictions, Jacob nous
enseigne
que les hommes sont irrémédiablement différents: c'est
là la grandeur du
Créateur de l'Univers et de Son oeuvre. D'ailleurs, pour renforcer cette
image, le fameux verset "Il n'y a pas de rocher comme notre Dieu" pourra
également être lu, d'après le commentaire de nos Sages,
de la manière
suivante: "Il n'y a pas d'artiste comme notre Dieu". En effet, lorsqu'un
artiste crée des objets en série à partir d'une seule
forme, ils sont
obligatoirement identiques. Pourtant, bien qu'II ait créé
l'humanité à partir
d'un seul homme, I'Eternel parvient à donner à chaque
être humain sa
spécificité.

Jacob a compris qu'il en était de même pour les douze tribus qui
devront représenter les différents courants de la nation Juive.

D'après ce que rapporte notre tradinon, "les Sages sont ceux qui
multiplient la paix dans le monde" (Traité Berakhot p 63/a). Or, a
priori,
on serait tenté d'affirmer le contraire puisque tout le monde sait
pertinemment que lorsqu'un Sage émet une opinion, il en est toujours un
second pour venir le contredire et défendre l'opinion contraire. Le
Talmud
est, à ce titre, le lieu de prédilection de la controverse.

A ce propos, le rav Abraham Itshak Hacohen Kook explique que
precisément, la paix entre les êtres n'implique pas leur
similitude. Selon
lui, la paix, c'est avant tout le respect de la spécificité
de chacun: c'est
accepter que notre prochain puisse être "proche" sans toutefois
être "le
même". Malgré ces inévitables différenciahons,
nous saurons parvenir à
construire un monde harmonieux où chaque tendance trouvera sa place,
comme il est écrit: "les Sages multiplient la paix" - la paix
devenant alors
la résultante d'une multiplication des nuances, tout comme l'harmonie des
couleurs permet l'apparition d'une lumière blanche et limpide (voir Olat
Reiya vol. I, p. 330).

Le Rav Tzvi Yéhouda Hacohen Kook avait coutume de résumer
laconiquement cette analyse en disant: "Différenciatiion n'est pas
séparation". Il peut donc fort bien exister des chocs et des
frictions entre
les consciences, sans que cela entraîne forcément haine et
déchirure.

Ainsi est-il exact de relever que l'expérience de Joseph et de ses
frères
fut jalonnée d'événements malheureux. Mais ces avatars
ont comme
origine un ardent désir de liberté qui veut que chacun
dispose de la
possibilité d'être lui-même conformément à
sa nature.

En fin de compte, il est important de saisir l'élément de
vitalité qui
traverse cette approche: à savoir, la volonté de mettre en
valeur, de la
manière la plus claire, sa spécificité propre.

Reuven n'est pas Shimon, et Yehouda n'est pas Joseph. Ce point de
départ de l'histoire hébraïque est absolument
incontournable, et si ces
spécificités ne vont pas manquer d'entraîner plus tard
des conflits, ce sera
la preuve même de la vitalité du peuple d'Israël.

Ceci étant, force est de constater que ce partage "tribal"
instauré par
Jacob - qui se concrétisera plus tard avec la conquête de la
terre d'Israël et
de sa division - a disparu totalement dans les siècles d'exil.

Aujourd'hui en effet, aucun d'entre nous ne serait capable d'affirmer s'il
descend de la tribu de Reuven ou de celle de Naftali, à l'exception
bien sur
des Lévites et de la sous-tribu des Cohanim - les Cohen - qui sont quant à
eux sournis à des préceptes particuliers. Même si
certains d'entre nous
prennent un certain plaisir à se vanter de telle ou telle éminente
ascendance, personne ne pourrait prétendre savoir à quelle tribu
appartenaient ses ancêtres.

Comment expliquer alors que toute une nation ait pu "oublier" aunsi son
ascendance "tribale" ? Dans son livre Orot (p. 43), le Rav Kook répond
ceci: cet oubli a été voulu par la Providence divine. Comme
les dissensions
intérieures avaient par trop déchiré le peuple, il
était donc nécessaire de
gommer les spécificités de chacune des tribus, et d'oeuvrer
avant tout pour
la restauration complète de l'unité de la nation. Ce n'est que
lorsque nous
serons guéris de ces dechirures que nous pourrons retrouver, avec toute
leur profondeur, nos traits de caractère spécifiques.

Et, en effet, les derniers chapitres du livre du prophète Ezechiel nous
décrivent un peuple d'Israël de retour sur sa terre et
partagé en tribus, non
pas selon la répartition indiquée dans la Tora, mais
d'après une
redistribution totalement différente.

De même que le peuple juif appartient naturellement à la terre
d'Israël,
chaque tribu, nantie de ses vertus propres, entretient des relations
palticulières avec une certaine région d'Eretz Israël. Il
existe ainsi des
tribus "maritimes", d'autres plus "montagnardes", certaines nettement
"savantes", et d'autres s'adonnant plus volontiers à l'artisanat.

Nous retrouvons donc là cette fameuse diversité, mais cette
fois une
forte unité précède cette diversité.

Cette convergence vers l'unité d'éléments
marqués par la différence
constitue également un appel pour la période dans laquelle
nous vivons.
Trop souvent, le peuple d'lsraël insiste sur ses fractionnements et sur ses
scissions .

Evidemment, il est hors de question de contraindre qui que ce soit à
être
ce qu'il n'est pas. Mais nous devons comprendre que le temps est à
l'unité
et à l'amour, et non aux divisions et à la haine: n'en
va-t-il pas de notre
propre survie ?

Ainsi devons-nous reconnaître que ce qui nous réunit est infmiment
plus grand et Important que ce qui nous sépare, et que tout en conservant
nos opinions, nous nous devons de créer ce front uni qui nous
permettra de
conserver notre patrimoine commun.