----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ---------------------------------------------------------------------------- --VAYEHI UNITE ET DIVERSITE "Tous ceux-là sont les douze tribus d'Israël et c'est là ce que leur père leur dit et il les bénit chacun d 'après sa bénédiction propre il Ies béni" (Genèse, XLIX, 28). Après s'être profondément déchirés pendant de longues années, les enfants de Jacob se retrouvent donc en Egypte, à l'abri des difficultés économiques et dans une apparente unité. C'est alors qu'au seuil de la mort, Jacob décide de rassembler les fondateurs des douze tribus d'Israël pour leur accorder à chacun une bénédiction spécifique. Ce faisant, on a l'impression que le patriarche entend apposer un sceau d'éternité sur ce qui divise ses enfants et justifier, pour le futur, de possibles dissensions internes. Et ce, au lieu de leur fournir l'indispensable message d'unité et de rassemblement qui leur permettrait de faire face, en tant que peuple, aux difficultés qui ne sauraient manquer de surgir au cours des siècles à venir. N'aurait-il donc pas mieux valu réunifier le noyau du peuple juif en une nation une et indivisible, plutôt que d'opérer une scission "tribale" par trop dangereuse ? Historiquement, ces apprehensions seront fondées: plus tard, à l'époque des Juges, chaque tribu mènera ume vie autonome et même totalement indépendante, chacune protégée par sa "police privée". A cette époque, on remarquera que lorsque la patrie était en danger, certaines tribus acceptaient de partir en guerre contre l'ennemi, tandis que d'autres ne se sentaient pas concemées par la menace pesant aux frontières. Plus tard encore, au cours d'une fameuse et tragique guerre civile, une partie des tribus menèrent une action militaire contre la tribu de Benjamin. De surcroît, à leur retour de campagne, elles poursuivirent leurs exactions en s'attaquant à la tribu d'Efraïm - laquelle avait refusé de prendre part à ce conflit entre Hébreux C'est pourquoi nous avons de sérieuses raisons d'être surpris par cette apparente différenciation encouragée par Jacob sur son lit de mort. En donnant à chaque tribu une bénédiction particulière, le patriarche exacerberait les spécificités culturelles à l'intérieur même de la nation juive alors en pleine gestation. En fait, en se penchant de plus près sur les véritables intentions de Jacob, on constate que les motivations qui l'ont poussé à agir aunsi sont pures et bienfaisantes. n'est exact qu'avaliser des différences entre des frères, surtout lorsque ceux-ci sont les piliers d'une nation tout entière, peut être dangereux. Mais pour Jacob, il est tout à fait inutile de vouloir masquer la réalité: les faits dictent, de manière incontoumable, que les êtres humains sont fondamentalement différents les uns des autres, tant au plan physique, moral que spirituel. Nos Sages le confirment clairement: Leurs visages sont différents ainsi que leurs tempéraments, leurs pensées et leurs idéaux. Il est donc logique que chaque tribu ait ses caractéristiques propres. L'unité ne consiste pas à créer des êtres tous calqués les uns sur les autres, semblables dans leurs opinions et leurs aspirations, comme le prétendait Aldous Huxley dans son Meilleur des Mondes. Ce que cet auteur décrit justement, ce n'est pas "le meilleur des mondes" mais un véritable enfer où, pour éviter la moindre friction, les êtres humains sont absolument identiques. Bien au contraire, au travers de ses bénédictions, Jacob nous enseigne que les hommes sont irrémédiablement différents: c'est là la grandeur du Créateur de l'Univers et de Son oeuvre. D'ailleurs, pour renforcer cette image, le fameux verset "Il n'y a pas de rocher comme notre Dieu" pourra également être lu, d'après le commentaire de nos Sages, de la manière suivante: "Il n'y a pas d'artiste comme notre Dieu". En effet, lorsqu'un artiste crée des objets en série à partir d'une seule forme, ils sont obligatoirement identiques. Pourtant, bien qu'II ait créé l'humanité à partir d'un seul homme, I'Eternel parvient à donner à chaque être humain sa spécificité. Jacob a compris qu'il en était de même pour les douze tribus qui devront représenter les différents courants de la nation Juive. D'après ce que rapporte notre tradinon, "les Sages sont ceux qui multiplient la paix dans le monde" (Traité Berakhot p 63/a). Or, a priori, on serait tenté d'affirmer le contraire puisque tout le monde sait pertinemment que lorsqu'un Sage émet une opinion, il en est toujours un second pour venir le contredire et défendre l'opinion contraire. Le Talmud est, à ce titre, le lieu de prédilection de la controverse. A ce propos, le rav Abraham Itshak Hacohen Kook explique que precisément, la paix entre les êtres n'implique pas leur similitude. Selon lui, la paix, c'est avant tout le respect de la spécificité de chacun: c'est accepter que notre prochain puisse être "proche" sans toutefois être "le même". Malgré ces inévitables différenciahons, nous saurons parvenir à construire un monde harmonieux où chaque tendance trouvera sa place, comme il est écrit: "les Sages multiplient la paix" - la paix devenant alors la résultante d'une multiplication des nuances, tout comme l'harmonie des couleurs permet l'apparition d'une lumière blanche et limpide (voir Olat Reiya vol. I, p. 330). Le Rav Tzvi Yéhouda Hacohen Kook avait coutume de résumer laconiquement cette analyse en disant: "Différenciatiion n'est pas séparation". Il peut donc fort bien exister des chocs et des frictions entre les consciences, sans que cela entraîne forcément haine et déchirure. Ainsi est-il exact de relever que l'expérience de Joseph et de ses frères fut jalonnée d'événements malheureux. Mais ces avatars ont comme origine un ardent désir de liberté qui veut que chacun dispose de la possibilité d'être lui-même conformément à sa nature. En fin de compte, il est important de saisir l'élément de vitalité qui traverse cette approche: à savoir, la volonté de mettre en valeur, de la manière la plus claire, sa spécificité propre. Reuven n'est pas Shimon, et Yehouda n'est pas Joseph. Ce point de départ de l'histoire hébraïque est absolument incontournable, et si ces spécificités ne vont pas manquer d'entraîner plus tard des conflits, ce sera la preuve même de la vitalité du peuple d'Israël. Ceci étant, force est de constater que ce partage "tribal" instauré par Jacob - qui se concrétisera plus tard avec la conquête de la terre d'Israël et de sa division - a disparu totalement dans les siècles d'exil. Aujourd'hui en effet, aucun d'entre nous ne serait capable d'affirmer s'il descend de la tribu de Reuven ou de celle de Naftali, à l'exception bien sur des Lévites et de la sous-tribu des Cohanim - les Cohen - qui sont quant à eux sournis à des préceptes particuliers. Même si certains d'entre nous prennent un certain plaisir à se vanter de telle ou telle éminente ascendance, personne ne pourrait prétendre savoir à quelle tribu appartenaient ses ancêtres. Comment expliquer alors que toute une nation ait pu "oublier" aunsi son ascendance "tribale" ? Dans son livre Orot (p. 43), le Rav Kook répond ceci: cet oubli a été voulu par la Providence divine. Comme les dissensions intérieures avaient par trop déchiré le peuple, il était donc nécessaire de gommer les spécificités de chacune des tribus, et d'oeuvrer avant tout pour la restauration complète de l'unité de la nation. Ce n'est que lorsque nous serons guéris de ces dechirures que nous pourrons retrouver, avec toute leur profondeur, nos traits de caractère spécifiques. Et, en effet, les derniers chapitres du livre du prophète Ezechiel nous décrivent un peuple d'Israël de retour sur sa terre et partagé en tribus, non pas selon la répartition indiquée dans la Tora, mais d'après une redistribution totalement différente. De même que le peuple juif appartient naturellement à la terre d'Israël, chaque tribu, nantie de ses vertus propres, entretient des relations palticulières avec une certaine région d'Eretz Israël. Il existe ainsi des tribus "maritimes", d'autres plus "montagnardes", certaines nettement "savantes", et d'autres s'adonnant plus volontiers à l'artisanat. Nous retrouvons donc là cette fameuse diversité, mais cette fois une forte unité précède cette diversité. Cette convergence vers l'unité d'éléments marqués par la différence constitue également un appel pour la période dans laquelle nous vivons. Trop souvent, le peuple d'lsraël insiste sur ses fractionnements et sur ses scissions . Evidemment, il est hors de question de contraindre qui que ce soit à être ce qu'il n'est pas. Mais nous devons comprendre que le temps est à l'unité et à l'amour, et non aux divisions et à la haine: n'en va-t-il pas de notre propre survie ? Ainsi devons-nous reconnaître que ce qui nous réunit est infmiment plus grand et Important que ce qui nous sépare, et que tout en conservant nos opinions, nous nous devons de créer ce front uni qui nous permettra de conserver notre patrimoine commun.