----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ------------------------------------------------------------------------------ VAETHANANE-NAHAMOU "CONSOLEZ, CONSOLEZ, MON PEUPLE" Le shabbat de la Consolation "Nahamou", appelé ainsi en référence au titre de la Haftara lue cette semaine dans les synagogues, est le premier shabbat qui suit la journée tragique du neuf Av commémoramt, comme on le sait, la destruction des deux Temples de Jérusalem. Le texte de la Haftara hebdomadaire nous amène à nous demander si le long exil que nous avons connu, avec son cortège de souffrances et de douleurs, a eu un effet quelconque sur les membres de la nation juive. Il ne faut jamais l'oublier: I'exil est la conséquence directe de nos péchés, comme le mentionne la prière de la Amida que nous lisons traditionnellement lors des fêtes de pèlerinage: "C'est à cause de nos péchés que nous avons été exilés de notre pays". L'exil a donc pour but d'effacer nos fautes, de nous guérir de nos mauvais penchants, et de reconstruire la nation hébraïque sur des bases beaucoup plus saines et sereines . Il faut donc cesser de considérer l'exil comme une cruelle "vengeance" de l'Eternel contre son peuple, mais le percevoir comme une "thérapeutique" difficile et de longue haleine. L'objectif de cette thérapie de dimension nationale n'est pas dirigé vers un passé malsain, mais essentiellement tourné vers un avenir purifié. Or nous pouvons constater de nos propres yeux que l'exil se termine progressivement. Car nous nous trouvons sans aucun doute dans une période de transition entre la "Galout" et la "Guéoula" - entre l'Exil et la Délivrance. Certes, tout n'est pas encore réglé, mais nous ne sommes déjà plus dans l'obscurité la plus terrible. Est-ce à dire que le peuple juif est "guéri" de l'Exil ? Visiblement cette affirmation semblerait erronée. Car si guérison il y avait, comment expliquer les graves manquements à la loi divine dont nous sommes les témoins aujourd'hui: la profanation du shabbat, I'oubli des règles de pureté familiale et des préceptes alimentaires de la cacherout ne sont que les exemples les plus marquants de cette brèche qui affaiblit la muraille du judaïsme. Donc, apparemment, le peuple d'Israël n'est pas encore guéri ! Cette constatation amène d'ailleurs un important courant du judaïsme orthodoxe à la conclusion que nous n'avons pas encore atteint l'ère de la Délivrance. Une extrapolation erronée qui conduit ce courant vers de pesantes contradictions internes face à la constatation d'un certain nombre de réalisations tangibles des prophéties messianiques indéniables comme le Retour à Sion, le rassemblement des exilés, le désert d'Israël qui refleurit, la création de l'Etat d'Israël, la force de défense du peuple juif contre ses ennemis, I'élargissement des frontières du pays, la réunification de Jérusalem et le retour des centres d'étude de la Tora en terre d'Israël. Ceux qui ne voient point que beaucoup de nos fautes ont déjà été réparées se contraignent à un certain aveuglement intellectuel. Dans une longue analyse intitulée "Nehamat Israël" - "La consolation d'Israël" (Maamaré Reiya, p. 279), le Rav Kook explique que le rôle des rabbins à notre époque n'est plus de réprimander la nation mais, au contraire, de la consoler et de lui permettre de prendre conscience des valeurs intérieures enfouies dans les profondeurs de sa personnalité. Pour le Rav Kook, nous avons été effectivement guéris, entre autres parce que s'il est exact de préciser que l'exil est la conséquence de la faute, il n'est en aucune manière le résultat de toutes nos fautes. Il existe certes une relation entre le crime et le châtiment, mais d'autres types de châtiments que l'exil peuvent frapper, comme la famine, la maladie ou encore la guerre (Avot, V, 8-9). Ainsi, à chaque faute, correspond une punition particulière. Le refus d'exercer la charité, par exemple, serait sunctionné de famine, et ce, afin que notre peuple prenne conscience de ses devoirs envers ceux que le sort a défavorisés. L'exil, selon le Rav Kook, est la conséquence directe de la détérioration sociale qui s'est opérée au sein de l'Etat et de la nation. En effet, la spiritualité juive n'est pas extra-territoriale, elle n'est même pas extra-étatique: universelle, notre Tora dépasse les frontières des nations et des générations pour embrasser les siècles et les continents. Toutefois, I'application de cette Tora ne peut en aucun cas s'opérer uniquement au plan individuel, mais elle intervient aussi au plan de la nation et de l'Etat. Contrairement à d'autres religions, nous n'affirmons pas qu'il faut "donner à Dieu ce ,qui appartient à Dieu, et à César ce qui appartient à César", car, dans l'absolu, tout appartient à Dieu, y compris "César" ! Il faut en fait que "César" dirige la nation en fonction de la lumière divine: le souverain doit resssembler au roi David qui a tracé sa voie selon la volonté divine, non seulement dans sa vie privée, mais également dans toute la construction de la vie nationale. La vie sociale, politique, voire même la vie militaire. doivent être imprégnées de droiture et de sainteté. C'est pourquoi avant la naissance du peuple d'Israël, Dieu a dit à Abraham: "Je ferai de toi une grande nation" (Berechit, XII, 2). La sanctification du Nom de Dieu doit se faire également à l'échelon de la vie nationale. Mais malheureusement, ce n'est pas ce qui s'est toujours passé dans notre Histoire ! L'Etat que nous avions construit fut souvent un état où règna l'injustice, un état dans lequel l'individu, loin de puiser de la sainteté au sein de la structure nationale, se dégrada à cause du pouvoir devenu pervers. Le prophète Isaïe le mentionne dans son premier chapitre: "Tes ministres sont des gens pervers, compagnons des voleurs, tous sont à la recherche de pots de vins ! ". Dans de telles circonstances, si la politique doit être à ce point machiavélique, il vaut assurément mieux remettre l'état d'Israël "entre parenthèses", et nous concentrer plutôt sur notre édification spirituelle personnelle. La haine gratuite et les dissensions sanglantes entre les différentes factions de la nation l'ont conduite - surtout lors du second temple, mais également, d'une certaine manière, lors du premier - vers sa décomposition. A cette époque, les prophètes se portaient garants de notre moralité, et ne cessaient de dénoncer la putréfaction intérieure qui minait notre état et notre société. Or nous voyons de nos propres yeux que Dieu a décidé d'entamer la "résurrection" du peuple d'Israël sur sa terre: nous prétendons qu'il ne s'agit pas là d'un phénomène soudain et rapide, mais d'un long processus ! Et si nous sommes capables de prendre part à ce processus de façon honorable, c'est bien là la preuve que nous avons été purifiés par l'Eternel des fautes si particulières qui avaient provoqué l'exil. Autrement dit, nous sommes guéris sur le plan de la droiture sociale et nationale: ne sommes-nous pas en mesure, de nos jours, de reconstruire une société et un Etat reposant sur des fondements de droiture et de vérité? Evidemment, certains problèmes demeurent car le peuple reste composé d'une multitude de personnalités diverses - comme l'explicite le mot même de "tzibour" - la "communauté" - qui en hébreu est en fait l'achrostiche de trois autres vocables: "tsadihm", "bénoniim" et "reshaïm" (les "justes, les "moyens" et les "méchants"). Ce sont d'ailleurs là les composantes de toute collectivité. Mais il faut comprendre que dans le contexte actuel, il ne convient guère de se pencher sur certaines individualités d'exception, mais avant tout sur l'ensemble du peuple. Or, prise au plan général, notre nation est riche en valeurs morales et sociales: n'est-elle pas en fait tout à fait capable de bâtir une société idéale, le "royaume de Dieu sur terre" ? Dans une certaine mesure, notre nation n'a-t-elle pas, en quelques années seulement, relevé cet impressionnant défi ? En dépit de toutes les médisances dont il fait l'objet (parfois dans nos propres rangs), notre état ne repose-t-il pas et n'agit-il pas en fonction de hautes valeurs, surtout si on le compare aux autres pays du monde ? Israël est en effet peut-être le seul pays de la planète dans lequel les habitants n'ont pas fam et où tout le monde a un toit pour dormir. Evidemment, nous avons encore beaucoup de progrès à accomplir au plan social ! Mais Israël saura relever ce défi car il possède les qualités morales pour y parvenir . Les souffrances de l'exil n'ont pas été vaines, et ce, pour deux raisons: d'abord parce que nous avons pris des "vacances" - longues, il est vrai - de notre activité politique pour nous consacrer, des siècles entiers, à rédification de notre personnalité individuelle. Car on ne peut évidemment pas construire une nation saine si, à réchelle individuelle, les personnes qui la composent, ne sont pas saines. Le roi David, par exemple, gérait, sans nulle contradiction personnelle, la nation de manière authentique. Pourtant, cette harmonie individuelle ne suffisait pas, car de son temps, les personnes, au plan mdividuel, étaient perverses et incapables de contribuer à la vie de la nation de façon droite et noble. C'est cette longue polarisation sur l'individu qui nous a permis de guérir. Qui plus est, nous avons tellement souffert durant deux mille ans d'exil que nous avons compris ce qu'est réellement un Etat barbare, et jarnais nous ne dirigerons notre nation de cette manière. Laissons de côté ces images dont nous abreuvent jour et nuit les médias qui nous présentent, à nos propres yeux, comme un pays constamment ravagé par des politiciens corrompus et des disputes intestines - par exemple entre "religieux" et "non-religieux", entre "sionistes-religieux et "ultra-orodoxes", "séfarades" et "ashkénazes". C'est là ume vision erronée de la réalité ! Car par définition, les médias sont obligés de nous présenter des évènements dramatiques. Evidemment, ils pourraient aussi nous parler plus souvent d'exceptions positives. Or la triste vitrine que nous présente le "petit écran" est en général bien plus catastrophique que ce que vivent au quotidien, dans leur activité journalière, les simples Juifs. En effet, la plupart des citoyens de ce pays s'entendent très bien: religieux et non religieux, gens de droite et de gauche. Ainsi, la quasi- totalité de la population est honnête, et la plupart des politiciens sont dévoués à leur pays. Bien sûr, ce qui défraye la chronique, c'est l'exception ! Mais cette mise en exergue "professionnelle" des "exceptions" est justement la preuve, comme on pourrait le dire en inversant le fameux proverbe, que "la règle" - est encore bonne. Evidemment, tout cela ne signifie en aucune manière que nous devions nous reposer sur nos lauriers. Le chemin est encore bien long jusqu'à ce que nous aboutissions à l'etat idéal. Mais ce n'est pas là une raison pour mépriser ce que nous possédons actuellement ! Il nous faut être heureux et fiers de ce qu'a déjà réussi à être la nation juive revenue sur sa terre pour rebâtir son état. Armés de cette humble fierté, nous pourrons continuer à lutter et a aller de l'avant jusqu'à ce que nous réussissions à édifier un Etat qui sera le "trône de Dieu sur terre".