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VAETHANANE-NAHAMOU

"CONSOLEZ, CONSOLEZ, MON PEUPLE"

Le shabbat de la Consolation "Nahamou", appelé ainsi en
référence
au titre de la Haftara lue cette semaine dans les synagogues, est le
premier shabbat qui suit la journée tragique du neuf Av
commémoramt, comme on le sait, la destruction des deux Temples de
Jérusalem.

Le texte de la Haftara hebdomadaire nous amène à nous demander
si le
long exil que nous avons connu, avec son cortège de souffrances et de
douleurs, a eu un effet quelconque sur les membres de la nation juive.

Il ne faut jamais l'oublier: I'exil est la conséquence directe de nos
péchés, comme le mentionne la prière de la Amida que
nous lisons
traditionnellement lors des fêtes de pèlerinage: "C'est
à cause de nos
péchés que nous avons été exilés de
notre pays". L'exil a donc pour but
d'effacer nos fautes, de nous guérir de nos mauvais penchants, et de
reconstruire la nation hébraïque sur des bases beaucoup plus
saines et
sereines .

Il faut donc cesser de considérer l'exil comme une cruelle "vengeance"
de l'Eternel contre son peuple, mais le percevoir comme une
"thérapeutique" difficile et de longue haleine. L'objectif de cette
thérapie de
dimension nationale n'est pas dirigé vers un passé malsain, mais
essentiellement tourné vers un avenir purifié.

Or nous pouvons constater de nos propres yeux que l'exil se termine
progressivement. Car nous nous trouvons sans aucun doute dans une
période de transition entre la "Galout" et la "Guéoula" -
entre l'Exil et la
Délivrance. Certes, tout n'est pas encore réglé, mais
nous ne sommes déjà
plus dans l'obscurité la plus terrible.

Est-ce à dire que le peuple juif est "guéri" de l'Exil ?

Visiblement cette affirmation semblerait erronée. Car si
guérison il y
avait, comment expliquer les graves manquements à la loi divine dont nous
sommes les témoins aujourd'hui: la profanation du shabbat, I'oubli des
règles de pureté familiale et des préceptes
alimentaires de la cacherout ne
sont que les exemples les plus marquants de cette brèche qui affaiblit la
muraille du judaïsme.

Donc, apparemment, le peuple d'Israël n'est pas encore guéri !

Cette constatation amène d'ailleurs un important courant du judaïsme
orthodoxe à la conclusion que nous n'avons pas encore atteint
l'ère de la
Délivrance. Une extrapolation erronée qui conduit ce courant
vers de
pesantes contradictions internes face à la constatation d'un certain
nombre
de réalisations tangibles des prophéties messianiques
indéniables comme
le Retour à Sion, le rassemblement des exilés, le
désert d'Israël qui
refleurit, la création de l'Etat d'Israël, la force de
défense du peuple juif
contre ses ennemis, I'élargissement des frontières du pays, la
réunification
de Jérusalem et le retour des centres d'étude de la Tora en
terre d'Israël.

Ceux qui ne voient point que beaucoup de nos fautes ont déjà
été
réparées se contraignent à un certain aveuglement
intellectuel.

Dans une longue analyse intitulée "Nehamat Israël" - "La consolation
d'Israël" (Maamaré Reiya, p. 279), le Rav Kook explique que le
rôle des
rabbins à notre époque n'est plus de réprimander la
nation mais, au
contraire, de la consoler et de lui permettre de prendre conscience des
valeurs intérieures enfouies dans les profondeurs de sa
personnalité.

Pour le Rav Kook, nous avons été effectivement guéris,
entre autres
parce que s'il est exact de préciser que l'exil est la
conséquence de la faute,
il n'est en aucune manière le résultat de toutes nos fautes.

Il existe certes une relation entre le crime et le châtiment, mais
d'autres
types de châtiments que l'exil peuvent frapper, comme la famine, la
maladie ou encore la guerre (Avot, V, 8-9). Ainsi, à chaque faute,
correspond une punition particulière. Le refus d'exercer la
charité, par
exemple, serait sunctionné de famine, et ce, afin que notre peuple prenne
conscience de ses devoirs envers ceux que le sort a défavorisés.

L'exil, selon le Rav Kook, est la conséquence directe de la
détérioration
sociale qui s'est opérée au sein de l'Etat et de la nation.

En effet, la spiritualité juive n'est pas extra-territoriale, elle
n'est même
pas extra-étatique: universelle, notre Tora dépasse les
frontières des
nations et des générations pour embrasser les siècles
et les continents.
Toutefois, I'application de cette Tora ne peut en aucun cas s'opérer
uniquement au plan individuel, mais elle intervient aussi au plan de la
nation et de l'Etat. Contrairement à d'autres religions, nous
n'affirmons pas
qu'il faut "donner à Dieu ce ,qui appartient à Dieu, et
à César ce qui
appartient à César", car, dans l'absolu, tout appartient
à Dieu, y compris
"César" ! Il faut en fait que "César" dirige la nation en
fonction de la
lumière divine: le souverain doit resssembler au roi David qui a
tracé sa
voie selon la volonté divine, non seulement dans sa vie
privée, mais
également dans toute la construction de la vie nationale.

La vie sociale, politique, voire même la vie militaire. doivent être
imprégnées de droiture et de sainteté. C'est pourquoi
avant la naissance du
peuple d'Israël, Dieu a dit à Abraham: "Je ferai de toi une
grande nation"
(Berechit, XII, 2). La sanctification du Nom de Dieu doit se faire
également à l'échelon de la vie nationale.

Mais malheureusement, ce n'est pas ce qui s'est toujours passé dans
notre Histoire !

L'Etat que nous avions construit fut souvent un état où
règna l'injustice,
un état dans lequel l'individu, loin de puiser de la sainteté
au sein de la
structure nationale, se dégrada à cause du pouvoir devenu
pervers. Le
prophète Isaïe le mentionne dans son premier chapitre: "Tes ministres
sont des gens pervers, compagnons des voleurs, tous sont à la recherche
de pots de vins ! ". Dans de telles circonstances, si la politique doit
être à ce
point machiavélique, il vaut assurément mieux remettre
l'état d'Israël
"entre parenthèses", et nous concentrer plutôt sur notre
édification
spirituelle personnelle.

La haine gratuite et les dissensions sanglantes entre les différentes
factions de la nation l'ont conduite - surtout lors du second temple, mais
également, d'une certaine manière, lors du premier - vers sa
décomposition. A cette époque, les prophètes se
portaient garants de notre
moralité, et ne cessaient de dénoncer la putréfaction
intérieure qui minait
notre état et notre société.

Or nous voyons de nos propres yeux que Dieu a décidé d'entamer la
"résurrection" du peuple d'Israël sur sa terre: nous
prétendons qu'il ne
s'agit pas là d'un phénomène soudain et rapide, mais
d'un long processus !
Et si nous sommes capables de prendre part à ce processus de façon
honorable, c'est bien là la preuve que nous avons été
purifiés par l'Eternel
des fautes si particulières qui avaient provoqué l'exil.

Autrement dit, nous sommes guéris sur le plan de la droiture sociale et
nationale: ne sommes-nous pas en mesure, de nos jours, de reconstruire
une société et un Etat reposant sur des fondements de
droiture et de vérité?
Evidemment, certains problèmes demeurent car le peuple reste
composé
d'une multitude de personnalités diverses - comme l'explicite le mot
même
de "tzibour" - la "communauté" - qui en hébreu est en fait
l'achrostiche de
trois autres vocables: "tsadihm", "bénoniim" et "reshaïm" (les
"justes,
les "moyens" et les "méchants"). Ce sont d'ailleurs là les
composantes de
toute collectivité.

Mais il faut comprendre que dans le contexte actuel, il ne convient
guère de se pencher sur certaines individualités d'exception,
mais avant
tout sur l'ensemble du peuple. Or, prise au plan général,
notre nation est
riche en valeurs morales et sociales: n'est-elle pas en fait tout à fait
capable de bâtir une société idéale, le "royaume
de Dieu sur terre" ? Dans
une certaine mesure, notre nation n'a-t-elle pas, en quelques années
seulement, relevé cet impressionnant défi ?

En dépit de toutes les médisances dont il fait l'objet
(parfois dans nos
propres rangs), notre état ne repose-t-il pas et n'agit-il pas en
fonction de
hautes valeurs, surtout si on le compare aux autres pays du monde ? Israël
est en effet peut-être le seul pays de la planète dans lequel
les habitants
n'ont pas fam et où tout le monde a un toit pour dormir. Evidemment,
nous avons encore beaucoup de progrès à accomplir au plan
social ! Mais
Israël saura relever ce défi car il possède les
qualités morales pour y
parvenir .

Les souffrances de l'exil n'ont pas été vaines, et ce, pour
deux raisons:
d'abord parce que nous avons pris des "vacances" - longues, il est vrai - de
notre activité politique pour nous consacrer, des siècles
entiers, à
rédification de notre personnalité individuelle. Car on ne
peut évidemment
pas construire une nation saine si, à réchelle individuelle,
les personnes qui
la composent, ne sont pas saines. Le roi David, par exemple, gérait, sans
nulle contradiction personnelle, la nation de manière authentique.
Pourtant,
cette harmonie individuelle ne suffisait pas, car de son temps, les
personnes, au plan mdividuel, étaient perverses et incapables de
contribuer
à la vie de la nation de façon droite et noble. C'est cette
longue polarisation
sur l'individu qui nous a permis de guérir.

Qui plus est, nous avons tellement souffert durant deux mille ans d'exil
que nous avons compris ce qu'est réellement un Etat barbare, et jarnais
nous ne dirigerons notre nation de cette manière.

Laissons de côté ces images dont nous abreuvent jour et nuit
les médias
qui nous présentent, à nos propres yeux, comme un pays constamment
ravagé par des politiciens corrompus et des disputes intestines - par
exemple entre "religieux" et "non-religieux", entre "sionistes-religieux et
"ultra-orodoxes", "séfarades" et "ashkénazes". C'est
là ume vision erronée
de la réalité ! Car par définition, les médias
sont obligés de nous présenter
des évènements dramatiques.
Evidemment, ils pourraient aussi nous parler plus souvent d'exceptions
positives. Or la triste vitrine que nous présente le "petit
écran" est en
général bien plus catastrophique que ce que vivent au
quotidien, dans leur
activité journalière, les simples Juifs.

En effet, la plupart des citoyens de ce pays s'entendent très bien:
religieux et non religieux, gens de droite et de gauche. Ainsi, la quasi-
totalité de la population est honnête, et la plupart des
politiciens sont
dévoués à leur pays.

Bien sûr, ce qui défraye la chronique, c'est l'exception !
Mais cette mise
en exergue "professionnelle" des "exceptions" est justement la preuve,
comme on pourrait le dire en inversant le fameux proverbe, que "la
règle" -
est encore bonne.

Evidemment, tout cela ne signifie en aucune manière que nous devions
nous reposer sur nos lauriers. Le chemin est encore bien long jusqu'à ce
que nous aboutissions à l'etat idéal. Mais ce n'est pas
là une raison pour
mépriser ce que nous possédons actuellement !

Il nous faut être heureux et fiers de ce qu'a déjà
réussi à être la nation
juive revenue sur sa terre pour rebâtir son état. Armés
de cette humble
fierté, nous pourrons continuer à lutter et a aller de
l'avant jusqu'à ce que
nous réussissions à édifier un Etat qui sera le
"trône de Dieu sur terre".