>---------------------------------------------------------------- -------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ------------------------------------------------------------------------------ TETSAVE L'HABIT NE FAIT LE PRETRE ! Notre section shabbatique détaille la profusion de vêtement distribués aux prêtres - ou Cohanim - dans le cadre de leur service sacerdotal au Temple de Jérusalem. Ainsi, le Jour de Kippour, le grand-prêtre doit-il se vêtir de huit somptueux habits. Quant aux simples prêtres, ils sont revêtus également de qnatre vêtements très particuliers comme des tuniques à maille et des ceintures spécialement faites pour eux. Il existe quelques raisons d'être surpris par la description extrêmement détaillée des vêtements sacerdotaux faite par la Tora. A tel point qu'on en vient à se demander si, selon le judaisme, I'habit ne ferait pas le moine ! On note d'ailleurs combien le prophète Malachie s'état vivement opposé à toute transformation du Cohen en "technicien" des sacrifices. Pour lui, le prêtre juif devait conserver son aura de pureté: "Car les lèvres du prêtre garderont la sagesse, et la Tora sera réclamée de sa bouche car il est semblable à un ange de l'Eternel' (Chap. III). Notre interrogation est d'autant plus fondée que la Tora ne mentionne nulle part la necessité, pour les persormalités marquantes du peuple, de revêtir un quelconque "uniforme". Ainsi, le roi lui-même ne possède nul vêtement particulier: il peut, s'il le souhaite, être vêtu d'une cotte de mailles, d'une djellaba ou même d'un complet veston. Il en est de même pour les Sages et les prophètes. Seul, le Cohen a reçu l'ordre de revêtir des vêtements particuliers. Ces habits ont une telle importance qu'un Cohen qui aurait accompli le culte divin en omettant un seul des vêtements sacerdotaux serait passible d'une punition céleste des plus graves. Ainsi, dans le Traité talmudique Zevahim (p. 17/b), nos Sages précisent-ils "Si leur vetement n'est pas sur eux, leur prêtrise n'est pas sur eux". On est en droit de redouter que ces "uniformes saints" ne soient en fait à l'origine d'une coupure entre le peuple et ce qui deviendrait la " caste" des Cohanim. Ces vêtements ne risquent-ils pas de leur donner le sentiment d'appattenir à un ''ordre" privilégié ? Or la qualité essentielle du Cohen doit être la bonté: le prêtre hébraïque est l'homme de la générosité, de l'ouverture d'esprit et de la bonté. A la fin de sa vie, Moïse avait béni la tribu de Lévi en la définissant comme "Ish Hassidéha", "I'homme de ta bonté" (Devarimm, XXXIII, 8). De nos jours, la célèbre bénédiction des Cohanim récitée solennellement dans les synagogues a pour fondement l'amour des créatures: dans la bénédiction introductive, les Cohanim récitent le texte suivant: "Béni sois-Tu, Eternel notre Dieu ... qui nous a ordonné de bénir son peuple Israël par l'amour". Il y a là une nette différence avec la formule traditionnelle des autres bénédictions qui ne mentionnent nullement cet amour à l'égard des créatures de l'Eternel. Le Cohen a donc non seulement le devoir de bénir les membres du peuple, mais il doit le faire par amour à tel point que, selon le livre du Zohar, si une inimitié régnait entre le Cohen et certains de ses coreligionnaires, ne serait pas autorisé à procéder à cette bénédiction sacerdotale ! Alors que généralement, la Loi traditionnelle ne retient pas les directives du Zohar, il s'avère qu'exceptionnellement, les décisionnaires les plus réputés ont adopté cette recommandation à propos du Cohen (voir la Mishna Broura, chap. 128, alinéa 37). Dans son commentaire portant sur la fin du Traité Makot, le Maharal de Prague nous donne la définition d'un "homme de bonté": il s'agit d'un homme lié à la collectivite et non pas d'un être égoïste renfermé sur lui- même. Plus la stature d'un homme grandit, plus l'intérêt qu'il porte à sa propre personne diminue et plus augmente l'intérêt qu'il porte à la nation, au peuple, à la collectivité. "L'homme de bonté" est donc celui qui s'oublie Iui-même et se soucie des autres. Nous pourrions également interpréter un passage talmudique qui traite des sensations des défunts (Traité Berakhot, p 18): dans cet extrait, on affirme qu'un homme mort souffre de ce qu'on lui fait dans la tombe. Comment cela est-il possible puisque, selon une autre citation talmudique, les morts ne ressentent plus rien ? En fait, il n'existe là nulle contradiction, dit le Talmud: le mort ressent sa propre douleur, mais il est insensible à la douleur des autres C'est là la difference entre le "Tsadik" - le "Juste" - qui est appelé "vivant". et le "Rasha" - le "méchant" - qui est appelé "mort", même de son vivant. Les personnes mauvaises ne ressentent que leur propre douleur et non celle des autres: ils s'apitoient sans cesse sur eux- mêmes et sur leur propre sort, alors que "I'homme de bonté" dépasse sa douleur égocentrique afin d'être capable de ressentir celle de son prochain. Ce qui lui fait de la peine, c'est la douleur d'autrui, et ce qui le réjouit, c'est la joie des autres. Le Cohen est donc l'homme de bonté par excellence. En agissant comme prêtre au nom et pour l'intérêt du peuple, le Cohen doit porter un "uniforme" national. En général, chaque être se distingue par son vêtement. Il est d'ailleurs souvent aisé de découvrir la personnalité d'une personne à travers ses vêtements: "Dis-moi quels sont tes habits, je te dirai qui tu es !" Cela est particulièrement vrai pour la femme qui peut être à même d'engager un dialogue avec son interlocuteur par le biais de ses habits... avant même d'avoir prononcé un mot. Chez l'homme, le vêtement indique souvent clairement l'appartenance à telle ou telle couche sociale: c'est le cas pour des uniformes officiels ou pour de simples habits quotidiens. Ainsi, notre société se plaît-elle à classifier ses membres en fonction de leurs habits: par exemple, pour les religieux et les laïques. Le Cohen ne peut quant à lui être assimilé à telle ou telle couche ou tel courant social: il a pour mission d'aimer et de bénir l'ensemble du peuple. Alors qu'il officie dans le Temple, comment pourrait-il revêtir un habit susceptible de l'identifier avec telle ou telle caste - ou appartenance - sociale ? Pendant son travail saint, le Cohen cesse donc d'être une personne particulière: grâce notamment à son habit, il ne doit plus mettre en valeur sa personnalité propre. Et c'est pourquoi, s'il lui manque ou s'il rajoute un vêtement dans le Temple, il est passible d'une punition céleste. Il est vrai que l'ensemble du peuple possède déjà un vêtement censé le distinguer: les franges du vêtement ou tsitsit. C'est en fait le véritable "signe distinctif' de notre peuple. Et pourtant, ce "signe" ne constitue guère un uniforme complet. Lorsqu'il pénètre dans le Temple, le Cohen possède quant à lui un uniforme complet qui lui permet de se dépouiller de son individualisme naturel. C'est seulement ainsi qu'il pourra communier pleinement avec Dieu. On raconte à ce propos une anecdote concernant l'une des figures les plus marquantes du judaïsme médiéval, le célèbre tossaphiste Rabénou Tam. Cet épisode est rapporté par le commentaire du "Mordehaï" à la fin du Traité talmudique Guittin (alinéa 461). Un jour, un élève de Rabénou Tam lui lava les mains. Or cet élève était Cohen, et un autre élève objecta à son maître que selon le Talmud de Jérusalem, il est interdit de se servir d'un Cohen pour son usage personnel. Rabénou Tam lui repondit: "De nos jours, votre sainteté [celle des Cohanim] n'existe plus, car vous ne possédez plus les saints vêtements que vos ancêtres revêtaient Iors du service du Temple". Et le disciple de répliquer: "S'il en est ainsi, pourquoi alors ne pas annuler toutes les lois de sainteté concernant spécifiquement le Cohen - comme l'interdiction d'épouser une divorcée ou mème le privilège de monter le premier à la Tora ?" Suite à cette réponse, Rabénou Tam s'est tu. Un autre de ses disciples, Rabénou Peter, choisit, lui, de répondre à la première interrogation de son camarade en affirmamt qu'un Cohen a, par principe, le droit de renoncer à l'honneur qui lui est dû. On peut donc en déduire que même si le Temple est détruit, les prêtres possèdent encore leur sainteté de manière intégrale: on ne peut donc les "utiliser" à des fins personmelles qu'à condition qu'ils aient renoncé à leur préséance. L'un des derniers décisionnaires, auteur du "Aroukh ha-Shoulhan", rabbi Yehiel Michal de Novardok, explique qu'en fait Rabénou Peter n'a fait là qu'interpréter l'opinion de Rabénou Tam. Selon lui, Rabénou Tam voulait dire à son élève que du fait qu'il n'était pas en fonction dans le Temple, il pouvait effectivement renoncer aux honneurs qui lui étaient dus par respect pour son maître. Et c'est par humilité que Rabénou Tam n'osait affirmer ceci a son éleve (Orah Hayim ch. 128 § 67-71) Il ne faut pas oublier que lorsque le Cohen quittait le Temple - en fait pendant la quasi-totalité de l'année - il était libre de s'habiller comme le commun des mortels et de se mêler à l'ensemble du peuple. Vivant des offrandes sacerdotales qui Iui revenaient, sa fonction était alors d'enseigner la Tora aux membres de la nation.