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TETSAVE

L'HABIT NE FAIT LE PRETRE !

Notre section shabbatique détaille la profusion de vêtement
distribués aux prêtres - ou Cohanim - dans le cadre de leur service
sacerdotal au Temple de Jérusalem. Ainsi, le Jour de Kippour, le
grand-prêtre doit-il se vêtir de huit somptueux habits. Quant aux
simples prêtres, ils sont revêtus également de qnatre
vêtements très
particuliers comme des tuniques à maille et des ceintures
spécialement faites pour eux.

Il existe quelques raisons d'être surpris par la description
extrêmement
détaillée des vêtements sacerdotaux faite par la Tora.
A tel point qu'on en
vient à se demander si, selon le judaisme, I'habit ne ferait pas le
moine !

On note d'ailleurs combien le prophète Malachie s'état vivement
opposé à toute transformation du Cohen en "technicien" des
sacrifices.
Pour lui, le prêtre juif devait conserver son aura de pureté:
"Car les lèvres
du prêtre garderont la sagesse, et la Tora sera
réclamée de sa bouche
car il est semblable à un ange de l'Eternel' (Chap. III).

Notre interrogation est d'autant plus fondée que la Tora ne mentionne
nulle part la necessité, pour les persormalités marquantes du
peuple, de
revêtir un quelconque "uniforme". Ainsi, le roi lui-même ne
possède nul
vêtement particulier: il peut, s'il le souhaite, être
vêtu d'une cotte de
mailles, d'une djellaba ou même d'un complet veston. Il en est de
même
pour les Sages et les prophètes. Seul, le Cohen a reçu l'ordre
de revêtir des
vêtements particuliers.

Ces habits ont une telle importance qu'un Cohen qui aurait accompli le
culte divin en omettant un seul des vêtements sacerdotaux serait passible
d'une punition céleste des plus graves. Ainsi, dans le Traité
talmudique
Zevahim (p. 17/b), nos Sages précisent-ils "Si leur vetement n'est
pas sur
eux, leur prêtrise n'est pas sur eux".

On est en droit de redouter que ces "uniformes saints" ne soient en fait
à
l'origine d'une coupure entre le peuple et ce qui deviendrait la " caste" des
Cohanim. Ces vêtements ne risquent-ils pas de leur donner le sentiment
d'appattenir à un ''ordre" privilégié ?

Or la qualité essentielle du Cohen doit être la bonté:
le prêtre hébraïque
est l'homme de la générosité, de l'ouverture d'esprit
et de la bonté. A la fin
de sa vie, Moïse avait béni la tribu de Lévi en la
définissant comme "Ish
Hassidéha", "I'homme de ta bonté" (Devarimm, XXXIII, 8).

De nos jours, la célèbre bénédiction des Cohanim
récitée
solennellement dans les synagogues a pour fondement l'amour des
créatures: dans la bénédiction introductive, les
Cohanim récitent le texte
suivant: "Béni sois-Tu, Eternel notre Dieu ... qui nous a
ordonné de bénir
son peuple Israël par l'amour". Il y a là une nette
différence avec la
formule traditionnelle des autres bénédictions qui ne mentionnent
nullement cet amour à l'égard des créatures de l'Eternel.

Le Cohen a donc non seulement le devoir de bénir les membres du
peuple, mais il doit le faire par amour à tel point que, selon le
livre du
Zohar, si une inimitié régnait entre le Cohen et certains de ses
coreligionnaires, ne serait pas autorisé à procéder à cette bénédiction
sacerdotale ! Alors que généralement, la Loi traditionnelle
ne retient pas
les directives du Zohar, il s'avère qu'exceptionnellement, les
décisionnaires
les plus réputés ont adopté cette recommandation
à propos du Cohen (voir
la Mishna Broura, chap. 128, alinéa 37).

Dans son commentaire portant sur la fin du Traité Makot, le Maharal de
Prague nous donne la définition d'un "homme de bonté": il
s'agit d'un
homme lié à la collectivite et non pas d'un être
égoïste renfermé sur lui-
même. Plus la stature d'un homme grandit, plus l'intérêt
qu'il porte à sa
propre personne diminue et plus augmente l'intérêt qu'il porte
à la nation,
au peuple, à la collectivité. "L'homme de bonté" est
donc celui qui s'oublie
Iui-même et se soucie des autres.

Nous pourrions également interpréter un passage talmudique
qui traite
des sensations des défunts (Traité Berakhot, p 18): dans cet
extrait, on
affirme qu'un homme mort souffre de ce qu'on lui fait dans la tombe.
Comment cela est-il possible puisque, selon une autre citation talmudique,
les morts ne ressentent plus rien ? En fait, il n'existe là nulle
contradiction,
dit le Talmud: le mort ressent sa propre douleur, mais il est insensible
à la
douleur des autres C'est là la difference entre le "Tsadik" - le
"Juste" - qui
est appelé "vivant". et le "Rasha" - le "méchant" - qui est
appelé "mort",
même de son vivant. Les personnes mauvaises ne ressentent que leur
propre douleur et non celle des autres: ils s'apitoient sans cesse sur eux-
mêmes et sur leur propre sort, alors que "I'homme de bonté"
dépasse sa
douleur égocentrique afin d'être capable de ressentir celle de
son prochain.
Ce qui lui fait de la peine, c'est la douleur d'autrui, et ce qui le
réjouit, c'est
la joie des autres. Le Cohen est donc l'homme de bonté par excellence.

En agissant comme prêtre au nom et pour l'intérêt du
peuple, le Cohen
doit porter un "uniforme" national. En général, chaque
être se distingue par
son vêtement. Il est d'ailleurs souvent aisé de
découvrir la personnalité
d'une personne à travers ses vêtements: "Dis-moi quels sont
tes habits, je
te dirai qui tu es !" Cela est particulièrement vrai pour la femme
qui peut
être à même d'engager un dialogue avec son interlocuteur
par le biais de
ses habits... avant même d'avoir prononcé un mot.

Chez l'homme, le vêtement indique souvent clairement l'appartenance
à
telle ou telle couche sociale: c'est le cas pour des uniformes officiels ou
pour de simples habits quotidiens. Ainsi, notre société se
plaît-elle à
classifier ses membres en fonction de leurs habits: par exemple, pour les
religieux et les laïques.

Le Cohen ne peut quant à lui être assimilé à
telle ou telle couche ou tel
courant social: il a pour mission d'aimer et de bénir l'ensemble du
peuple.
Alors qu'il officie dans le Temple, comment pourrait-il revêtir un habit
susceptible de l'identifier avec telle ou telle caste - ou appartenance -
sociale ? Pendant son travail saint, le Cohen cesse donc d'être une
personne
particulière: grâce notamment à son habit, il ne doit
plus mettre en valeur
sa personnalité propre. Et c'est pourquoi, s'il lui manque ou s'il
rajoute un
vêtement dans le Temple, il est passible d'une punition céleste.

Il est vrai que l'ensemble du peuple possède déjà un
vêtement censé le
distinguer: les franges du vêtement ou tsitsit. C'est en fait le
véritable
"signe distinctif' de notre peuple. Et pourtant, ce "signe" ne constitue
guère
un uniforme complet.

Lorsqu'il pénètre dans le Temple, le Cohen possède quant
à lui un
uniforme complet qui lui permet de se dépouiller de son individualisme
naturel. C'est seulement ainsi qu'il pourra communier pleinement avec
Dieu.
On raconte à ce propos une anecdote concernant l'une des figures les
plus marquantes du judaïsme médiéval, le
célèbre tossaphiste Rabénou
Tam. Cet épisode est rapporté par le commentaire du
"Mordehaï" à la fin
du Traité talmudique Guittin (alinéa 461).

Un jour, un élève de Rabénou Tam lui lava les mains. Or
cet élève était
Cohen, et un autre élève objecta à son maître que
selon le Talmud de
Jérusalem, il est interdit de se servir d'un Cohen pour son usage
personnel.
Rabénou Tam lui repondit: "De nos jours, votre sainteté [celle des
Cohanim] n'existe plus, car vous ne possédez plus les saints
vêtements
que vos ancêtres revêtaient Iors du service du Temple". Et le
disciple de
répliquer: "S'il en est ainsi, pourquoi alors ne pas annuler toutes
les lois
de sainteté concernant spécifiquement le Cohen - comme
l'interdiction
d'épouser une divorcée ou mème le privilège de
monter le premier à la
Tora ?" Suite à cette réponse, Rabénou Tam s'est tu.

Un autre de ses disciples, Rabénou Peter, choisit, lui, de
répondre à la
première interrogation de son camarade en affirmamt qu'un Cohen a, par
principe, le droit de renoncer à l'honneur qui lui est dû. On
peut donc en
déduire que même si le Temple est détruit, les
prêtres possèdent encore
leur sainteté de manière intégrale: on ne peut donc les
"utiliser" à des fins
personmelles qu'à condition qu'ils aient renoncé à
leur préséance.

L'un des derniers décisionnaires, auteur du "Aroukh ha-Shoulhan",
rabbi Yehiel Michal de Novardok, explique qu'en fait Rabénou Peter n'a
fait là qu'interpréter l'opinion de Rabénou Tam. Selon
lui, Rabénou Tam
voulait dire à son élève que du fait qu'il
n'était pas en fonction dans le
Temple, il pouvait effectivement renoncer aux honneurs qui lui
étaient dus
par respect pour son maître. Et c'est par humilité que
Rabénou Tam n'osait
affirmer ceci a son éleve (Orah Hayim ch. 128  67-71)

Il ne faut pas oublier que lorsque le Cohen quittait le Temple - en fait
pendant la quasi-totalité de l'année - il était libre
de s'habiller comme le
commun des mortels et de se mêler à l'ensemble du peuple.
Vivant des
offrandes sacerdotales qui Iui revenaient, sa fonction était alors
d'enseigner
la Tora aux membres de la nation.