----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ------------------------------------------------------------------------------ TEROUMA UN TEMPLE POUR TOUS "Et ils Me feront un sanctuaire, et Je résiderai au milieu d'eux" (Exode, XXVI, 8): le Temple, symbole de la présence divine résidant au sein même des enfants d'Israël ne représente-t-il pas la suprême consécration, I'apothéose de la rencontre entre Dieu et les hommes ? Si le Temple est censé être le lieu même de la rencontre avec Dieu, nous pourrions croire que le commandement de construire ce sanctuaire divin est en fait une une obligaion impérative. Dans l'absolu, cette approche est effectivement la plus valable. Néanmoins, ce précepte comporte un élément en rapport avec la volonté des hommes: "Et l 'Eternel parla à Moise en disant . 'Parle aux Enfants d'Israël, qu'ils prennent pour moi un prélèvement, de tout homme que portera son c¦ur, vous prendrez mon prélèvement" ... " (Exode, XXV, 1-2). Nous constatons donc que la construction du Temple ne se fera pas à l'aide d'un impôt obligatoire, mais plutôt grâce à une offrande. Ainsi, Rabbi Itzhak Abrabanel relève-t-il trois éléments apparemment surprenants dans cette injonction: premièrement, nul n'est contraint de faire cette offrande, mais chacun doit la faire de son plein gré, sans la moindre pression. Deuxièmement, il n'est pas nécessaire d'aller collecter cette offrande en se déplaçant, car c'est le peuple lui-même qui la fournit: c'est encore lui qui sera donc chargé de l'amener au Temple ou dans la Tente d'assignation pour la remettre à qui de droit. Troisièmement, les princes des tribus et les chefs de la communauté devront cesser de croire que c'est grâce à leurs contributions que le Temple sera construit. Le Temple devra donc etre édifié par la nation juive tout entière à partir de dons généreux: chacun se doit de contribuer à sa construction, mais selon ses ressources financières, ainsi qu'il est écrit dans le verset précité: ". . . de tout homme que portera son c¦ur . . . ". L'attitude des princes d'Israël au moment de la collecte des fonds destinés à la construction du Temple est bien connue: ils étaient convaincus que ce commandement serait exclusivement le leur, puisque la construction d'un édifice aussi prestigieux nécessitait des fonds considérables qu'ils étaient seuls à posséder. Or il s'avère que Moïse se présenta devant le peuple et lui dit en substance: "Dieu m'a demandé: 'Fais-Moi un Temple !'; et les princes lui répondirent: 'Nous construirons le Temple grâce à nos propres moyens' Moïse leur dit alors: 'Dieu m'a ordonné: Parle aux enfants d'Israël et ils prendront de chaque personne ' . . . " (Midrash Hagadol) . En aucun cas l'apanage d'une seule élite oligarchique ou d'une aristocratie quelconque, le Temple de l'Eternel doit être l'adresse de la nation tout entière, des pauvres comme des riches, des humbles comme des princes ! Trop fiers de leur personne et si sûrs de leur statut, les princes se retrouvèrent être en fin de compte les grands perdants; ils répondirent: "Qu'ils offrent ce qu'ils peuvent offrir et ce qu'ils ne peuvent pas offrir, nous le compléterons" (Sifré Nasso, V, 155). Autrement dit, les princes voulaient aunsi sous-entendre que le peuple ne saurait se mobiliser financièrement pour cette sainte cause et qu'eux seuls devraient alors compléter la somme manquante. Mais ils en ont eté pour leurs frais ! Car la mobilisation du peuple tout entier autour de ce projet fut exceptionnelle à tel point qu'à un certain moment, Moïse dut donner l'ordre d'arrêter d'apporter des offrandes tant les dons étaient importants (voir section shabbatique Nasso) ! Et lorsque les princes virent que le peuple d'Israël avait rassemblé à lui seul les fonds nécessaires, ils se retrouvèrent désemparés (Sifré Nasso, ibid.). Le Temple est donc une ¦uvre collective. Plus tard, on notera aussi que l'argent nécessaire au fonctionnement quotidien du Temple n'aura pas comme origine les dons de personnes richissimes, mais il sera versé plutôt par l'ensemble du peuple: c'est ainsi que sera annoncée la fameuse mitzva [commandement] du "demi-sicle", (Exode, XXX, 16). Il s'agit là d'une modeste somme à la portée de toutes les bourses, mais en accumulant tous ces demi-sicles, on parvient à un montant important et en tout cas suffisant pour acheter tous les sacrifices et subvenir aux besoins du Temple. Beaucoup plus tard, lorsque David voulut préparer la construction du Temple et acheter les matériaux précieux nécessaires, il lança un appel à la nation. Chaque Hébreu répondit à cet appel de manière modeste, mais l'accumulation de ces différents versements fut suffisante. Rabbi Yéhouda Halévi insiste sur le fait que la présence divine ne peut résider au sein du peuple d'Israël que si l'ensemble de la nation le souhaite ardemment et l'accepte: "Lorsque toute l'¦uvre fut terminée, la présence divine résida dans la Tente d'assignation. Les deux fondements de la Tora étaient réunis: la Tora vient de Dieu, et son acceptation est totale par l'ensemble du peuple. Le Temple a été construit sur ordre divin, mais sa construction a été rendue possible grâce au dévouement sans borne du peuple tout entier, comme il est écrit: 'De chaque homme qui offrira vous prendrez une offrande'. Ce n'est qu'à cette condition que l'Eternel pouvait désormais résider parmi le peuple, et c'est pourquoi la conséquence obligatoire de cet état de fait fut que la Shekhina [présence divine] résida au milieu d'eux"(Kouzari, III 23) On note donc là une synthèse entre un élément divin et l'acceptation de tout c¦ur de cette injonction divine par l'ensemble de la nation. La Tora et le Temple sont certes des absolus divins, mais pour mériter l'influence bénéfique de cet aspect divin, ils doivent être acceptés par l'ensemble du peuple dans sa totalité. C'est que le Temple constitue le c¦ur de la nation juive et de la terre d'Israël: il ne peut exister de c¦ur scindé et compartimenté ! A l'occasion des "trois fêtes de pélerinage", Pessah, Shavouot et Souccot, le peuple dans sa totalité monte à Jérusalem pour y glorifier le Nom de Dieu. Ce précepte est fondé sur le célèbre verset généralement traduit: "Jérusalem la construite, la ville qui est réunie ensemble" Nos Sages font une interprétation assez différente de la fin de ce verset et préfèrent traduire: "La ville qui rend tous les Enfants d'Israël 'compagnons' [Haverim]", (voir Traité talmudique Hagiga, 26 et Talmud de Jérusalem, ibid.). Pendant toute l'année, il existe effectivement des cloisonnements entre les différentes couches de la population. Il y a les sages et les ignorants. Comme ces ignorants sont souvent irrespectueux d'un certain nombre de détails de la Loi traditionnelle relative au prélèvement des dîmes et aux règles de pureté, cela nécessite une certaine distance et certaines précautions dans la consommation de la nourriture qui leur est présentée. Pourtant, lorsque le peuple tout entier se retrouve à Jérusalem, ces différences disparaissent et les cloisonnements tombent: c'est que toutes ces différenciations mineures s'effacent devant la grande lumière qui réunit la nation, le peuple, Jérusalem et le Temple. C'est là le c¦ur même de la nation, chacum s'y révèle de tout son c¦ur dans la profondeur intime de son être, et c'est alors que les cloisons s'écroulent ! De nos jours, lorsque l'on se trouve en face du Mur occidental, vestige du Temple, ne se sent-on pas humble et tout petit ? Mais n'éprouve-t-on pas aussi un sentiment d'unité, celui d'une nation qui se sait réunifiée en face de l'absolu ? Rien d'étonnant donc, dans cette célèbre affirmation du rav Kook: "La haine gratuite provoqua la destruction des deux premiers Temples. C'est pourquoi le troisième Temple sera reconstruit grâce à l'amour gratuit" (Orot ha-odesh, vol. III, page 323). "L'amour gratuit", c'est l'amour inconditionmel celui de chaque homme d'Israël sans distinction, et désintéressé; c'est cet amour pur qui ne tient pas compte des opinions et des comportements ! Evidemment, chacun a le droit et le devoir de lutter pour ses opinions, mais il ne doit pas oublier que ce qui nous est commum à tous, est infiniment plus grand et plus profond que ce qui nous différencie . Nous appartenons tous à la même nation: la même flamme divine vibre en nous, et la même présence divine nous éclaire. Or c'est cette communauté authentique et cette communication des consciences qui permettra à l'avenir au peuple d'Israël d'accéder à son apothéose: le Temple de Jérusalem.