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TEROUMA

UN TEMPLE POUR TOUS

"Et ils Me feront un sanctuaire, et Je résiderai au milieu d'eux"
(Exode, XXVI, 8): le Temple, symbole de la présence divine
résidant
au sein même des enfants d'Israël ne représente-t-il pas
la suprême
consécration, I'apothéose de la rencontre entre Dieu et les
hommes ?

Si le Temple est censé être le lieu même de la rencontre
avec Dieu,
nous pourrions croire que le commandement de construire ce sanctuaire
divin est en fait une une obligaion impérative. Dans l'absolu, cette
approche est effectivement la plus valable. Néanmoins, ce précepte
comporte un élément en rapport avec la volonté des
hommes: "Et l 'Eternel
parla à Moise en disant . 'Parle aux Enfants d'Israël, qu'ils
prennent
pour moi un prélèvement, de tout homme que portera son cur, vous
prendrez mon prélèvement" ... " (Exode, XXV, 1-2).

Nous constatons donc que la construction du Temple ne se fera pas à
l'aide d'un impôt obligatoire, mais plutôt grâce à
une offrande. Ainsi,
Rabbi Itzhak Abrabanel relève-t-il trois éléments
apparemment
surprenants dans cette injonction: premièrement, nul n'est contraint de
faire cette offrande, mais chacun doit la faire de son plein gré, sans la
moindre pression. Deuxièmement, il n'est pas nécessaire
d'aller collecter
cette offrande en se déplaçant, car c'est le peuple
lui-même qui la fournit:
c'est encore lui qui sera donc chargé de l'amener au Temple ou dans la
Tente d'assignation pour la remettre à qui de droit.
Troisièmement, les
princes des tribus et les chefs de la communauté devront cesser de croire
que c'est grâce à leurs contributions que le Temple sera construit.

Le Temple devra donc etre édifié par la nation juive tout
entière à partir
de dons généreux: chacun se doit de contribuer à sa
construction, mais
selon ses ressources financières, ainsi qu'il est écrit dans
le verset précité:
". . . de tout homme que portera son cur . . . ".

L'attitude des princes d'Israël au moment de la collecte des fonds
destinés à la construction du Temple est bien connue: ils
étaient
convaincus que ce commandement serait exclusivement le leur, puisque la
construction d'un édifice aussi prestigieux nécessitait des fonds
considérables qu'ils étaient seuls à posséder.
Or il s'avère que Moïse se
présenta devant le peuple et lui dit en substance: "Dieu m'a
demandé:
'Fais-Moi un Temple !'; et les princes lui répondirent: 'Nous
construirons le Temple grâce à nos propres moyens' Moïse
leur dit
alors: 'Dieu m'a ordonné: Parle aux enfants d'Israël et ils
prendront de
chaque personne ' . . . " (Midrash Hagadol) .

En aucun cas l'apanage d'une seule élite oligarchique ou d'une
aristocratie quelconque, le Temple de l'Eternel doit être l'adresse de la
nation tout entière, des pauvres comme des riches, des humbles comme
des princes ! Trop fiers de leur personne et si sûrs de leur statut, les
princes se retrouvèrent être en fin de compte les grands
perdants; ils
répondirent: "Qu'ils offrent ce qu'ils peuvent offrir et ce qu'ils
ne peuvent
pas offrir, nous le compléterons" (Sifré Nasso, V, 155).

Autrement dit, les princes voulaient aunsi sous-entendre que le peuple
ne saurait se mobiliser financièrement pour cette sainte cause et qu'eux
seuls devraient alors compléter la somme manquante. Mais ils en ont
eté
pour leurs frais ! Car la mobilisation du peuple tout entier autour de ce
projet fut exceptionnelle à tel point qu'à un certain moment,
Moïse dut
donner l'ordre d'arrêter d'apporter des offrandes tant les dons
étaient
importants (voir section shabbatique Nasso) ! Et lorsque les princes virent
que le peuple d'Israël avait rassemblé à lui seul les
fonds nécessaires, ils se
retrouvèrent désemparés (Sifré Nasso, ibid.). Le
Temple est donc une
uvre collective.

Plus tard, on notera aussi que l'argent nécessaire au fonctionnement
quotidien du Temple n'aura pas comme origine les dons de personnes
richissimes, mais il sera versé plutôt par l'ensemble du
peuple: c'est ainsi
que sera annoncée la fameuse mitzva [commandement] du "demi-sicle",
(Exode, XXX, 16). Il s'agit là d'une modeste somme à la
portée de toutes
les bourses, mais en accumulant tous ces demi-sicles, on parvient à un
montant important et en tout cas suffisant pour acheter tous les sacrifices et
subvenir aux besoins du Temple.

Beaucoup plus tard, lorsque David voulut préparer la construction du
Temple et acheter les matériaux précieux nécessaires,
il lança un appel à la
nation. Chaque Hébreu répondit à cet appel de
manière modeste, mais
l'accumulation de ces différents versements fut suffisante.

Rabbi Yéhouda Halévi insiste sur le fait que la
présence divine ne peut
résider au sein du peuple d'Israël que si l'ensemble de la
nation le souhaite
ardemment et l'accepte: "Lorsque toute l'uvre fut terminée, la
présence
divine résida dans la Tente d'assignation. Les deux fondements de la
Tora étaient réunis: la Tora vient de Dieu, et son
acceptation est totale
par l'ensemble du peuple. Le Temple a été construit sur ordre
divin, mais
sa construction a été rendue possible grâce au
dévouement sans borne du
peuple tout entier, comme il est écrit: 'De chaque homme qui offrira vous
prendrez une offrande'. Ce n'est qu'à cette condition que l'Eternel
pouvait
désormais résider parmi le peuple, et c'est pourquoi la
conséquence
obligatoire de cet état de fait fut que la Shekhina [présence
divine] résida
au milieu d'eux"(Kouzari, III 23)

On note donc là une synthèse entre un élément
divin et l'acceptation de
tout cur de cette injonction divine par l'ensemble de la nation. La Tora et
le Temple sont certes des absolus divins, mais pour mériter l'influence
bénéfique de cet aspect divin, ils doivent être
acceptés par l'ensemble du
peuple dans sa totalité. C'est que le Temple constitue le cur de la
nation
juive et de la terre d'Israël: il ne peut exister de cur scindé et
compartimenté !

A l'occasion des "trois fêtes de pélerinage", Pessah, Shavouot et
Souccot, le peuple dans sa totalité monte à Jérusalem
pour y glorifier le
Nom de Dieu. Ce précepte est fondé sur le
célèbre verset généralement
traduit: "Jérusalem la construite, la ville qui est réunie
ensemble"

Nos Sages font une interprétation assez différente de la fin
de ce verset
et préfèrent traduire: "La ville qui rend tous les Enfants
d'Israël
'compagnons' [Haverim]", (voir Traité talmudique Hagiga, 26 et Talmud
de Jérusalem, ibid.).

Pendant toute l'année, il existe effectivement des cloisonnements entre
les différentes couches de la population. Il y a les sages et les
ignorants.
Comme ces ignorants sont souvent irrespectueux d'un certain nombre de
détails de la Loi traditionnelle relative au prélèvement des dîmes et aux
règles de pureté, cela nécessite une certaine distance
et certaines
précautions dans la consommation de la nourriture qui leur est
présentée.
Pourtant, lorsque le peuple tout entier se retrouve à
Jérusalem, ces
différences disparaissent et les cloisonnements tombent: c'est que toutes
ces différenciations mineures s'effacent devant la grande
lumière qui réunit
la nation, le peuple, Jérusalem et le Temple. C'est là le
cur même de la
nation, chacum s'y révèle de tout son cur dans la profondeur
intime de son
être, et c'est alors que les cloisons s'écroulent !
De nos jours, lorsque l'on se trouve en face du Mur occidental, vestige
du Temple, ne se sent-on pas humble et tout petit ? Mais n'éprouve-t-on
pas aussi un sentiment d'unité, celui d'une nation qui se sait
réunifiée en
face de l'absolu ?

Rien d'étonnant donc, dans cette célèbre affirmation du
rav Kook: "La
haine gratuite provoqua la destruction des deux premiers Temples. C'est
pourquoi le troisième Temple sera reconstruit grâce à
l'amour gratuit"
(Orot ha-odesh, vol. III, page 323). "L'amour gratuit", c'est l'amour
inconditionmel celui de chaque homme d'Israël sans distinction, et
désintéressé; c'est cet amour pur qui ne tient pas
compte des opinions et
des comportements ! Evidemment, chacun a le droit et le devoir de lutter
pour ses opinions, mais il ne doit pas oublier que ce qui nous est commum
à tous, est infiniment plus grand et plus profond que ce qui nous
différencie .

Nous appartenons tous à la même nation: la même flamme
divine vibre
en nous, et la même présence divine nous éclaire. Or
c'est cette
communauté authentique et cette communication des consciences qui
permettra à l'avenir au peuple d'Israël d'accéder
à son apothéose: le
Temple de Jérusalem.