-----------------------------------------------------------------
-------------
																					©Tout droits réservés

							Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël

											Communauté On-Line : WWW.COL.FR
----------------------------------------------------------------------------
--SHEMOT

LE CLAIR-OBSCUR DE LA DELIVRANCE

Pour un lecteur non avisé de la Bible, les premiers chapitres du Livre
de l'Exode qui relatent l'histoire dramatique de l'esclavage des
Enfants d'Israël en Egypte, sont de nature à provoquer un terrible
désespoir. En effet, aucune description, ni aucun détail
sordide ne
nous sont épargnés.

A notre époque, on serait tenté de comparer la situation de
nos ancêtres
en terre égyptienne à celle de nos frères pendant la
sombre période de la
Shoa. Encore en gestation, le peuple hébreu traverse ici les
souffrances les
plus horibles. En effet, sans nulle raison, les descendants de Jacob jadis
installés par l'ancien Pharaon et par Joseph au pays de Goshen, se voient
soudain jetés dans des camps de travail, qui deviendront ensuite des
camps
de concentration (Exode, I, 13-14).

Le nouveau Pharaon donne d'abord l'ordre à sa police de faire
périr tous
les nouveau-nés hébreux (ibid, 16) Et plus loin, il monte
d'un cran dans
l'horreur en exigeant des parents eux-mêmes de jeter chaque
nouveau-né
mâle dans le Nil (ibid, 22). Nous n'avons malheureusement pas de mal
à
nous imagmer quels sentiments de douleur et de désespoir ont pu envahir
l'esprit et le coeur de parents dans une telle situation. Face à ces
démonstrations inouïes de cruauté, les Enfants
d'Israël en pleine détresse
n'ont plus qu'une solution: implorer l'Eternel et verser devant Lui des
larmes de malheur (Exode, II, 23)

Finalement cet appel est entendu par Dieu: "L'Eternel entendit leurs
cris de douleur, et Il se rappela de son alliance avec Abraham, Isaac et
Jacob" (ibid, 24). Il nous reste donc à savoir comment Dieu va pouvoir
extirper son peuple de cette terre devenue si hostile Et c'est alors que nous
retrouvons Moïse

Le jeune enfant recueilli par la fille de Pharaon est à
présent devenu un
homme qui a pris conscience de ses origines et qui sait défendre ses
frères
hébreux: il ira même jusqu'à tuer un Egyptien qui avait
frappé un Hébreu.

Dieu se révèle alors à Moïse lors de
l'épisode du "buisson ardent" et lui
dit: "J'ai vu, J'ai vu l'humiliation de mon peuple qui est en souffrances,
J'ai entendu sa plainte contre ses oppresseurs, car Je connais ses
souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens,
et pour le faire monter de cette contrée-là vers une
contrée belle et
spacieuse vers un pays ruisselant de lait et de miel .. Et maintenant, va,
Je t'enverrai à Pharaon et fais sortir Mon peuple, les Enfants d
'Israël, du
pays d 'Egypte" (Exode III, 7-8).

Evidemment, du fait de sa grande humilité, Moïse déclare
d'emblée
qu'il ne possède en rien les capacités nécessaires pour
accomplir cette
mission extraordinaire. Une longue discussion s'en suit et alors que Moïse
semble prêt à accepter, un doute traverse son esprit: "lls ne
me croiront
pas, n'écouteront pas ma voix et diront: 'Dieu ne t'ai pas apparu'.."
(Exode, IV, I) Dieu répond alors: "Tu diras au Pharaon: 'Renvoie mon
peuple !'..." (ibid, 22-23).

A l'issue de ce dialogue, Moïse rassemble, avec l'aide de son frère
Aaron, tous les anciens d'Israël et parvient à les convaincre
qu'il est bel et
bien le sauveur tant attendu: "Et ils eurent foi en lui. Ils
l'écoutèrent et
comprirent que l'Eternel s'était souvenu des Enfants d'Israël,
qu'll avait
vu leur misère, et ils s'inclinèrent et se prosternèrent"
(Exode, IV, 31).
Jusqu'à présent, tout se déroule donc selon le plan
prévu...

Moïse se présente alors chez Pharaon et l'interpelle: "Ainsi a
parlé
l'Eternel, Dieu d'Israël: 'Laisse partir Mon peuple pour qu'il
célèbre
Mon culte dans le désert' ! " (Exode, V, I ) . Mais là, les
choses se
compliquent. Pharaon répond: "Qui est Dieu pour que j'écoute
sa voix en
renvoyant le peuple d'Israël ? Je ne le connais pas et je ne renverrai pas
ce peuple ' (ibid, 2). Pharaon exprime le sentiment de dédain qu'il
a pour le
Dieu des Hébreux. Pour lui, I'Eternel ne représente rien, et
il ne se sent
nullement engagé par ces avertissements.

De surcroît, il comprend soudain que si le peuple a eu le temps de se
laisser influencer par ses leaders, cela signifie donc que son labeur n'est
pas encore assez opprimant: "Le roi d 'Egypte leur dit [à Moïse
et Aaron]:
'Pourquoi dérangez-vous le peuple de ses travaux ? Allez à
vos travaux'!"
... Et Pharaon leur dit: 'Voici, cette population est nombreuse à
présent
dans le pays, et vous leur feriez à présent interrompre leurs
corvées' ?!
..." (ibid, 3-4) Ainsi, Pharaon veut-il écraser d'emblée ce
début de
rébellion.
Pour ce faire, il donne de nouveaux ordres aux cruels policiers
égyptiens: "Les Hébreux devront eux-mêmes ramaser la
paille pour la
préparation des briques" (ibid, 7).

Le raisormement du dictateur égyptien est simple: "S'ils travaillent
davantage, ils n'auront plus le temps d'écouter les mensonges
racontés à
mon égard ' (ibid, 9) L'ordre est transmis, et le peuple asservi ne
parvient
bien sûr pas à terminer la tâche impossible qui lui a
été impartie. Alors, les
coups des geôliers redoublent d'intensité (ibid, 14).

Réagissant à leur manière, les policiers juifs
fidèles à leurs frères et
frappés pour eux, s'arment de courage et délèguent une
représentation
auprès de Pharaon pour lui expliquer que cet ordre est
irréalisable. "C'est
votre faute, répète Pharaon, vous êtes paresseux, oui,
paresseux et c'est
pour cela que vous dites: 'Allons sacrifier à I'Eternel' !" (ibid,
17). Et il
maintient son décret.

C'est alors, en sortant de chez Pharaon, que les policiers juifs
rencontrent Moïse et Aaron et, immédiatement, ils les rendent
responsables de cette aggravation de la situation du peuple. Les deux
leaders se voient accusés d'avoir donné un prétexte
légitime à Pharaon
pour faire passer le peuple par le glaive (ibid, 21). Vous n'etes que des
détracteurs et non des sauveurs !, leur lancent les policiers juifs.

C'est alors que Moïse, touché par ces propos, retourne vers
l'Eternel
pour lui demander quelques explications: "Seigneur, pourquoi as-Tu fait
du mal à ce peuple ? Pourquoi m'avais-Tu envoyé ? Depuis que
je suis
allé chez Pharaon pour parler en Ton nom, il a fait du mal à
ce peuple,
et Toi, Tu ne l'as point sauvé" (ibid, 22-23). Au contraire,
explique-t-il,
leur situation s'est déteriorée. Quel genre de
délivrance est-ce là ?

La situation telle que nous la percevons à ce moment précis
du récit
biblique est dramatique: le peuple hébreu est
désespéré, ses cadres et
même ses leaders le sont aussi.

Dans le dernier verset de notre section hebdomadaire, Dieu dit à
Moïse:
"Maintenant, tu verras ce que Je peux faire à Pharaon. Car à
cause d 'une
main puissante, il les laissera partir, et avec une main puissante, il les
renverra lui-meme de son pays" (Exode, VI, I )

Nous pouvons être logiquement assez surpris par la réponse divine. En
effet, quel peut en être le sens, alors que le peuple voit sa souffrance
s'accroître et s'intensifier. En fait, la Tora nous livre ici un
enseignement
capital concemant toutes les délivrances futures.

Ainsi faut-il comprendre que notre propre délivrance ne se fera pas d'un
seul bond ou par un bouleversement apocalyptique, mais plutôt
progressivement. La délivrance du peuple d'Israël est semblable
à l'aurore:
cette période si particulière de la journée au cours de
laquelle la nuit et le
jour, la lumière et les ténèbres, se livrent un combat
titanesque (Talmud de
Jérusalem, traité Berakhot I, 1).

Le commentateur Nahmanide cite à ce propos un passage du Midrash
se rapportant au Cantique des Cantiques : "... 'Mon bien aimé est
semblable à un cerf: de même que ce cerf apparaît et
disparaît dans le
creux des montagnes, de même le sauveur d'lsraël apparaît
et disparaît
au gré des événements. Lorsqu'un cerf court à
travers les montagnes, il
passe parfois devant les yeux des observateurs, et parfois il disparaît. "

Nous vivons de nos jours, le même contraste: parfois, Dieu se
manifeste ouvertement et nous protège des difficultés risquant
de s'abattre
sur nous, et parfois, tout nous semble paralysé. De surcroît,
dans certains
cas, nous assistons avec de grandes appréhensions à une apparente
régression. Or, il nous faut être pleinement conscients de
l'aspect contrasté
de ce processus de la délivrance ! Sinon, nous pourrions nous montrer
surpris par la plainte de Moïse émise dès l'apparition du
premier obstacle.
Dieu l'avait pourtant prévenu que tout ne serait pas simple dans cette
mission: "Et Je sais que le roi d'Egypte ne vous laissera pas partir, sinon
par Ma main forte. Et J'étendrai Ma main et Je frapperai l'Egypte par
tous les prodiges que J'accomplirai dans son sein, et après cela, on vos
renverra" (Exode, III, 19-20).

Tout était donc prévu et prémédité. Nous
savions que le coeur de
Pharaon s'endurcirait, et que Dieu utiliserait les dix plaies pour le faire
fléchir. Alors pourquoi cet étonnement de Moïse ?

En fait, cette surprise n'avait pas pour cause le report du moment de la
délivrance, mais l'évidence qui faisait que la situation
avait empiré. Il était
clair pour Moïse que ce processus serait long, et que de nombreuses
difficultés allaient devoir etre affrontées. Mais de
là à assister à un
phénomène de régression !

Eh bien, répondent les commentateurs, cela fait aussi partie des
épreuves: la lecture de la Tora nous enseigne en effet que ce sont
précisément ces difficultés qui ont permis la
délivrance, que c'est
justement de cette obscurité qu'est née la lumière et
que la régression d'un
moment a ensuite engendré un bond en avant.

Cet enseignement concerne toutes nos générations: lorsque Dieu
décide de provoquer la délivrance du peuple d'Israël, il
est presque normal
que cela génère des difficultés et même des
régressions. Mais malgré les
flots agités et les récifs qui risquent de le
déchirer, le navire du peuple
d'Israël parviendra en fin de compte à bon port, sur sa terre
promise.