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ROSH HASHANA (II)

CRIMES ET CHATIMENTS

Rabbi Yohanan nous fait savoir au travers d'un Midrash,
commentaire allusif des Sages, que trois livres sont ouverts devant le
Créateur lors de la fête de Rosh Hashana: le premier est le
Livre des
Méchants, le second celui des Justes, et le troisième celui des
"Bénomim", des "êtres du milieu', ni trop justes, ni trop
impies aux
yeux de l'Eternel.

D'après ce même Midrash les Justes sont immédiatement
inscrits et
scellés dans le Livre de la Vie, les méchants sont
immédiatement inscrits
pour la mort; quant aux hommes situés "entre-deux", ils demeurent en
attente, et devront patienter jusqu'à Yom Kippour avant qu'une
sentence ne
soit prononcée à leur égard. S'ils se sont repentis et
ont été assez méritants
pendant cette période de transition, l'Eternel les inscrira dans le
Livre de la
Vie. Sinon, leur destin sera irrémédiablement fixé, et
ils se verront
condamnés à mort, (voir Traité talmudique Rosh
Hashana, p. 1 6/b).

En lisant attentivement ce texte, une question surgit à notre esprit: ne
connaissons-nous pas de nombreux êtres abjects qui, après Rosh
Hashana
et même après Yom Kippour, continuent à mener une vie de
débauche et
d'immoralité sans apparemment se voir menacés d'une
quelconque peine
capitale ? Et ce, alors que parfois nous constatons à l'inverse, avec
tristesse, que des personnes justes et sages qui ont soudainement disparu,
auraient apparernment mérité de l'Eternel d'être
inscrites dans le Livre de
la Vie ! Comment donc concilier la réalité avec le
commentaire très
"theologique" de rabbi Yohanan ?

Les Tossaphistes, commentateurs du Talmud continuateurs de Rachi,
tentent d'apporter une première réponse en invoquant le
verset: "L'Eternel
paie ceux qui le haissent, à leur face, en les faisant périr"
(Deutéronome
VII, 10). Il s'agit là de personnes pécheresses qui
contestent publiquement
La Divinité Pourtant, dans trois cas précis, l'Eternel pourra
se montrer
magnaninne avec eux: il leur donnera la possibilité de faire
pénitence de
leurs fautes avant de mourir, il pourra leur accorder en ce monde-ci une
récompense pour des bonnes actions qu'ils auront accomplies; enfin, Dieu
attendra jusqu'à ce qu'ils donnent naissance à des Justes
qui, eux, loueront
le Nom divin.

Ainsi, le Maître du monde envoie leur rétribution à ces
pécheurs dans le
monde d'ici-bas afin que, dans le monde futur, ils puissent recevoir leur
punition dans son intégralité. Et nos Tossaphistes de
poursuivre et
d'expliquer que, grâce à cet éclaircissement, on peut
désommais mieux
comprendre la teneur d'un passage du Traité talmudique Kiddoushin (p.
39/b), qui dit que celui qui a de nombreux mérites mais également
quelques fautes à son actif est payé pour ses fautes dans ce
monde-ci, afin
que dès son arrivée dans le monde futur, il soit blanchi de
tout péché.

En résumé, la thèse des Tossaphistes repose sur un
point essentiel:
lorsque nos textes liturgiques parlent de "Livre de la vie" ou de la mort, il
ne s'agit en aucun cas de vie et de mort dans notre monde d'ici-bas, mais
de vie et de mort dans le monde futur, qui est le monde essentiel de la
récompense et de la punition.

Selon les Tossaphistes, il est donc inutile de chercher dans ce monde
une quelconque justification dans les décisions de l'Eternel
à l'égard de Ses
créatures: Ses critères nous dépassent
complètement. Car ici, dans notre
univers, la relation entre crime et châtiment ne peut être
perçue que dans
un contexte paradoxal qui consiste à libérer l'homme juste de
ses péchés
afin qu'il puisse pénétrer dans le monde futur dans la plus
parfaite pureté.
De même, I'Eternel permet à l'homme méchant de jouir
pleinement de ce
monde-ci afin de "rétribuer" les quelques mérites qu'il
possède - et ce,
dans la perspective d'un châtiment particulièrement
sévère dans le monde
futur.

Rabbi Moshe Haim Luzzato - surnommé le Ramhal et auteur du
célèbre ouvrage moral "Messilat Yesharim" (Le Sentier de la
rectitude),
explique dans un autre de ses livres - "Derekh Hashem" (La voie de Dieu)
- que notre univers est divisé en deux sphères: le monde de
l'effort, du
travail et des commandements divins (mitsvot) et, d'autre part, le monde de
la récompense et du bonheur.

De manière générale, notre monde est celui de l'effort,
du travail
personnel, tandis que le monde futur est celui d'une jouissance spirituelle
et éternelle sans égal. Et c'est pourquoi c'est dans le monde
futur qu'il faut
chercher la véritable sanction à nos fautes commises dans ce
monde-ci.
Toute punition dans ce monde-ci ne saurait que sanctionner l'aspect mineur
de la personnalité humaine.

Dans son livre "Orot ha-Teshouva" (Les lumières de la repentance,
 chap. Xl, alinéa 6), le Rav Kook rappelle la position des
kabbalistes qui
dans une perspective ésotérique, estiment que toute bonne
action de
l'homme méchant renforcerait la méchanceté et
l'impureté foncières du
monde. Et bien que l'Eternel ne manque pas de le récompenser pour la
plus infime des bonnes actions qu'il aurait commise, ceci serait
considéré
disent les kabbalistes, comme la "part du mal". Autrement dit: puisqu'il
s'agit là d'une personne foncièrement mauvaise, les quelques bonnes
actions qu'elle accomplirait ne feraient que renforcer sa personnalité
négative. C'est pourquoi, s'il est exclu de ne pas la
récompenser, il faut
savoir qu'à un second niveau, toute récompense renforcerait
le mal qui
l'habite .

Et reciproquement lorsqu'il s'agit des Justes: "Nous savons, dit le Rav
Kook que Dieu es paticullèrement pointilleux quant au comportement
de ceux qu Iui sont chers. En punissant ces Sages immédiatement
après
qu'ils aient trébuché et failli, même
momentanément, à leur devoir, Dieu
renfocerait, à travers leurs manquements, la lumière, la
sainteté et le
bien dans le monde".

D'une certaine manière, nous pouvons comprendre que l'on ne puisse
pas mettre entre parenthèses une faute commise par un Juste. Lorsqu'elle
est commise par une personne droite, la plus infime des fautes prend des
dimensions immenses, du fait de l'attente que son entourage a de sa
conduite. Pourtant chez un homme de bien, ces étincelles
d'impureté qui
parfois jaillissent, peuvent être vite repoussées grâce
au repentir sincère de
ce fauteur foncièrement inoffensif, se transformant alors en
étincelles
positives .

La position des Tossaphistes détaillée plus haut, explique
également le
principe célèbre et apparemment contradictoire du "Juste
souffrant et du
méchant heureux sur terre".

Mais Maimonide n'est pas du tout de cet avis: dans ses Lois sur la
Teshouva (Hilkhot ha-Teshouva III, alinéa 2), il affirme que lorsque les
fautes d'un homme dépassent ses mérites, il meurt sur le
champ ! De
même, une ville dont les péchés dépasseraient les mérites, serait aussitôt
exterminée, comme ce fut le cas pour Sodome; enfin, il en serait de
même
pour le monde entier, lequel est susceptible d'être un jour
totalement effacé
si la debauche en arrive à dominer le bien, comme nous avons pu le
constater à l'époque du Déluge. Maïmonide fait
donc bien mention d'une
sentence immédiate dans notre monde, et semble donc ne pas
s'intéresser à
la relation etablie par les Tossaphistes avec le monde futur.

Prenant, comme à son habitude, le contrepied des positions de
Maïmonide, Rabbi Abraham Ben David de Posquières émet une
objection
contre cette interprétabon et propose un commentaire original: selon
lui, le
Livre de la Vie se rapporte effectivement à notre monde d'ici-bas. Mais
cela ne signifie toutefois point que l'homme méchant périsse
Immédiatement: car, explique-t-il, ne voyons-nous pas des méchants
continuer de vivre même après avoir commis devant nous une
faute grave?
La punition du méchant intervient donc bel et bien dans notre monde dans
la mesure où, toujours selon lui, sa vie se verrait raccourcie par
l'Eternel.

En effet, dans le Traité talmudique Yebamot (p. 50/a), nos Sages nous
révèlent que chaque être s'est vu crédité
par Dieu d'une certaine longévité
sur terre. Si cette personne a été méritante, elle a
droit de profiter de
l'intégralité de ses jours. Sinon, elle verra sa vie sur
terre raccourcie. Dans
ce calcul, intervient encore une donnée supplémentaire: si
elle se repentit,
on lui accorde à nouveau les journées perdues du fait de ses
fautes,
antérieures, et si elle possède plusieurs mérites
particuliers, on lui
accordera selon certains, une "prolongation" supplémentaire!

A Rosh Hashana, Dieu procède au décompte precis des fautes et des
mérites de chaque personne et de chaque collectivité: le
Tribunal divin
decide quelle sentence leur accorder - prolongement ou bien
raccourcissement de la vie. A ce propos, on rappelle que le premier
homme, Adam, avait été créé pour être
éternel, mais c'est en fautant dans
le jardin d'Eden, qu'il s'est vu pénalisé par la mort -
même au bout de
plusieurs centaines d'années.

Toutefois, cette interprétation ne nous explique pas la position
plutôt
surprenante de Maïmonide: comment le Rambam peut-il avancer l'idée
d'une rétribution immédiate des pechés alors que,
visiblement, la réalité
semble tout autre ?!

L'un des célèbres commentateurs de Maïmonide, Rabbi
Yossef Caro,
auteur du Choulhan Aroukh, nous fait remarquer que le Rambam a lui-
même proposé une réponse à cette grave question:
n'affirme-t-il pas que
les merites et les fautes ne sont pas mesurés par rapport à
leur quantité,
mais plutôt par rapport à leur gravité, et selon des
critères divins ? Ainsi,
certains mérites pourraient peser dans la balance autant que de nombreux
péchés et inversement. Les sens et l'intelligence
octroyés par Dieu à l'être
humain ne peuvent lui pemmettre de connaitre la valeur de chaque faute et
de chaque mérite, car il s'agit-là du domaine
réservé de l'Eternel: "Lui seul
sait comment estimer les mérires en face des fautes", dit Maïmonide.

Dans le premier chapitre de son livre, le prophète Isaïe
invective les
Juifs de sa genération et leur déclare au nom de Dieu: "Qu'ai
Je besoin
de vos mutiples sacrifices, qui vous a demandé de venir voir Ma face et
de fouler Mon sanctuaire.  Je ne peux supporter vos invocations et vos
prières". Ici, Dieu s'adresse donc de manière violente à
des Juifs qui
semblent apparemment compter parmi les plus respectueux: n'offrent-ils
pas sacrifices et prières ferventes, et ne montent-ils pas à
Jérusalem pour y
péleriner ? Comment Dieu peut-Il donc les rejeter de la sorte ? La
réponse
se trouve dans la suite immédiate des paroles d'Isaie: "Car vos
mains sont
pleines le sang" Les fautes entre l'homme et son prochain sont
considérées par Dieu comme plus graves que la multitude de
ses mérites.

Ainsi, dans le Traité talmudique Kiddoushin (p. 40/a), est-il
écrit: Il
existe un 'bon tzadik' et par ailleurs on trouve aussi cette citation :
"Malheur au 'mauvais méchant !"'. Et nos Sages de s'exclamer: est-il
possible qu'il existe un tzadik qui soit "bon" et un autre qui ne le soit pas ?
Aussi surprenant que cela puisse paraître, la réponse est
positive ! Un
Juste qui est bon l'est aussi bien face au Ciel, qu'avec les
créatures; et un
Juste qui n'est pas considéré comme bon est celui qui demeure
en règle
face au Ciel, mais qui ne l'est pas avec les créatures humaines, et
dans le
même ordre d'idées quant au mauvais méchant. Cet
exemple peut donc
nous permettre de mieux nuancer nos estimations sur celui qui serait
"juste" et celui qui ne le serait pas.

Evidemment, nous sommes appelés, toujours selon Maïmonide,
à une
sorte de grande responsabilité humaine vis-à-vis de tous les
actes que nous
commettons: en effet, il nous est impossible de connaître objectivement ce
qui dans la Tora est important relativement aux circonstances, et ce qui
l'est moins. Nul ne peut savoir comment notre comportement est jugé au
ciel: il nous faut donc être d'une absolue pureté pour nous
présenter
devant l'Eternel au cours de ces terribles journées.

Et si, par malheur, il nous arrive de trébucher sur telle ou telle faute,
nous ne ,devons jamais oublier qu'il sera alors grand temps de nous
repentir.