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--PINHAS

LE FANATISME ET LA PAIX

"L'Eternel parla à Moïse en disant: 'Pinhas fils d'EIazar,fils
d'Aaron
le prêtre, a détourné Ma colère de dessus les
Enfants d'Israël, en
assouvissant Ma vengeance au milieu d'eux, de sorte que Je n'ai pas
anéanti les Enfants d'Israël dans mon indignation. C'estpourquoi, tu
annonceras que Je lui accorde Mon alliance de Paix ..." (Nombres,
XXV, 10-12).

De prime abord, la bénédiction que Dieu accorde à
Pinhas, au début de
notre section hebdomadaire, peut sembler paradoxale. En effet, I'Eternel
annonce qu'il transmet son alliance de paix à un homme, qui, dans un acte
d'une violence inouie, vient juste de tuer de sa propre initiative deux
êtres
d'importance - dont l'un n'est autre qu'un prince de la tribu de Shimon.

Il est donc parfaitement légitime de nous demander comment un
personnage apparemment si fanatique, peut être celui qui portera le
message de la paix divine à travers les générations.
Pourquoi ne pas tout
simplement lui avoir proposé de se porter garant du zèle
religieux qu'il a
été si prompt à manifester dans cette circonstance
particulière ?

Si cette décision divine nous apparaît paradoxale à
plus d'un titre, la
réponse à notre double interrogation n'en est pas moms assez
contradictoire. Elle nous conduit en effet à developper deux concepts
complémentaires: premièrement, toute paix
négociée par une personne
prompte au compromis est suspecte, et seul un leader radical et
zélé est à
même de conclure une paix digne d'être prise en
considération, parce que
pourvue du minimum de composants indispensables à son maintien et
à
son affermissement.

Pour la Tora il n'existe donc pas qu'une seule et unique expression de
la paix: il y a "la paix des lâches" qui appelle sans cesse au
renoncement et
à la fuite, et puis il existe la paix du zèle et du courage,
celle qui, portée
par la fermeté et la vigueur, aboutit à l'harmonie et
à l'amour véritables.
C'est là l'essence même de la distinction entre une paix
authentique,
sincèrement désirée par les protagonistes, et une paix
mensongère qui ne
sera en fait qu'un court intermède entre deux guerres...

Nos Sages répètent à plusieurs reprises que l'Eternel
est un "Dieu zélé":
"Celui qui croit que l'Eternel est un Dieu ouvert aux concessions, [en
hébreu: 'vatran'], doit savoir qu'il risque lui-même de faire
les frais de ces
concessions...". Car comment pourrait-on même envisager de faire la
moindre concession et le moindre compromis quant à la
vérité ?

L'on sait que lorsqu'un peuple idolâtre imposait sa dommation sur un
autre peuple, il l'obligeait d'une part à adorer ses propres
divinités, mais,
par souci de conciliation, il faisait aussi siennes les divinités du
peuple
conquis !

Le meilleur exemple historique de cette "ouverture" fort interessée est
certainement celui de l'assimilation entre les dieux grecs et romains.

Or, il va sans dire que cette attitude apparemment "fraternelle" est
intolérable pour les valeurs juives: I'Eternel n'est-Il pas le Dieu
absolu -
c'est le "Dieu unique et Un", comme nous l'affirmons dans la fameuse
pnrière "Shema Israël " ? Puisque la Tora ne peut concevoir d'autres
divinités, ses valeurs sont porteuses d'un monotheisme sans
concessions à
l'égard des cultes idolâtres ou des croyances, présentant la divinité sous
des aspects panthéistes, liées aux "forces de la nature".

Par ailleurs, seule une religion minée par le doute et
l'incertitude, quant
à son message spirituel, peut accepter un compromis ou des solutions
alternatives ! A l'inverse, celui qui, au-delà de toute
relativité, a intériorisé
la vérité avec une grande finesse et une ferme conviction,
n'a aucune raison
d'aller chercher l'inspiration ailleurs.

On raconte l'anecdote suivante: les leaders spirituels des trois grandes
religions monothéistes se rencontrent pour débattre de la
nécessité
d'amener la paix universelle sur terre. Le prêtre chrétien
déclare d'emblée
que, pour parvenir à faire régner ume paix authentique pammi
tous les
peuples de l'humanité, il serait prêt à concéder
que Jésus de Nazareth
n'etait pas un personmage d'essence divine. Animé par le même
but fort
noble, I'imam musulman renchérit et annonce solennellement que, pour la
paix, il accepte de ne plus proclamer en toute occasion la centralité du
message révélé au monde par le prophète Mahomet.
Convaincus d'avoir
fait des concessions de taille, ils se toument tous deux vers le grand rabbin
qui déclare d'un air impassible: "Nous Juifs, pour le bien de
l'humanité
nous sommes désormais prêts à renoncer à la
seconde prière du
"Yekoum pourkan" que nous récitons chaque Shabbat avant l'office
supplémentaire de Moussaf !"
La leçon de cette anecdote est que la vérité ne peut
être objet de
renonciation ! Surtout que la fin relate que ces paroles du grand rabbin
éveillèrent une profonde indignation dans le monde juif:
comment a-t-i.
osé ?!

Souvent, concesslons et renonciation ne sont que l'expression d'une
faiblesse de l'âme et d'un profond désespoir. C'est la porte
ouverte à ce que
l'on appellerait aujourd'hui le "j'm'enfoutisme" !

Par contre, lorsque, convaincu de l'absolue vérité du message
dont il est
porteur, "I'homme zélé" se montre prêt à faire
un authentique sacrifice
pour la paix, alors on peut être assuré d'avoir en main les
garanties
nécessaires pour que cette paix, se concrétisant ainsi dans
les meilleures
conditions, devienne une alliance définitive.

Bien sur, cette corrélation entre la paix et le zèle peut
paraitre assez
surprenante, mais elle s'explique pourtant de manière limpide
grâce au
concept complémentaire: "C'est uniquement lorsqu'un homme est
profondément épris et amoureux de paix, que son zèle
peut en devenir
authentique et sincère ! "

Cependant, c'est à juste titre qu'a priori, tout zèle -
surtout dans le
domaine religieux - est d'emblée considéré avec
méfiance comme
l'expression même d'une agressivité, d'une nervosité,
et d'une violence de
la parole dissimulées sous un voile opaque de "vertus" et de
"prétendu
idéalisme"

Mais pourtant, lorsque cette conviction est portée par un homme de
paix, nous pouvons être convaincus que c'est là un
véritable "zèle d'amour"
authentique. Dieu est certes "zélé et jaloux", mais Son
zèle est assurément
pur - ce qui n'est pas forcément le cas de ses fidèles !

Nos Sages font remarquer que le terme utilisé pour évoquer le
zèle de
Pinhas est le vocable hébreu "kano", mais écrit cette fois
sans la lettre
adjonctive "vav", tandis que lorsque l'on évoque le zèle
divin, ce terme est
employé avec le vav. Evidemment, cette différence
sémantique ne peut
etre en aucun cas le fruit du hasard: elle est là, expliquent nos Sages, pour
insister sur l'aspect incomplet du zèle manifesté par
l'être humain. Alors
que le "zèle divin" est empreint de perfection, le zèle humain
est imparfait
car il est empreint d'implications émotives et donc personnelles.

La meilleure illustration de cette attitude est celle du prophète Elie qui
fut un "grand zelote", et que la tradibon juive assimile justement à
Pinhas.
Ainsi, I'on voit qu'Elie ne pouvait plus supporter les fautes et les
transgressions du peuple d'Israël (voir I, Rois, XIX, 9-10). Ce
comportement intransigeant lui valut aussitôt cette réprimande
divine:
"Pourquoi agis-tu ainsi ?" lui dit l'Eternel.

-"Je manifeste ce zèle, pour Toi, Dieu des Armées, car
Israël a rompu
Ton alliance", rétorqua alors Elie.

- "S'agit-il de ton alliance ou de Mon alliance ?", lui répondit Dieu.

- "La Tienne !", reconnut Elie.

- "Alors, cela ne te regarde pas !" conclut l'Eternel, apparemment
courroucé.

- "Ils ont détruit tes autels".

- "Les tiens ou les miens ? "

- "lls ont fait périr tes prophètes par le glaive".

- "Mes prophètes ou les tiens ? N'es-tu pas resté vivant ?"

- "Moi seul suis resté et ils veulent me mettre à mort !"
(Chir ha-
Chirim Rabba, 1, 6).

A présent tout est clair. Ce dialogue nous amène à la
conclusion que le
zèle religieux de l'être humain n'est jamais pleinement
désintéressé
puisque, même dans le cas du "géant de l'esprit" que fut bel
et bien le
prophète Elie, on décèle au fond de sa conscience
religieuse des
preoccupations personnelles.

Effectivement, le zèle ne constitue parfois qu'un acte de violence
habilement dissimulé. C'est justement la raison pour laquelle la
Tora a tenu
à mentionner d'emblée la prestigieuse ascendance de Pinhas, '
fils d 'Elazar,
fils d 'Aaron le grand-prêtre" . C'est pourquoi, dit Rachi, il fallait
absolument préciser que Pinhas n'avait pas agi avec zèle au
nom de son
grand-père maternel - lequel n'était autre que Jétro,
le beau-père
initialement idolâtre de Moïse - mais bien au nom de son
grand-père
paternel, Aaron, dont il est dit expressément qu"'il aime la paix et la
poursuit" (Avot, I)

Conclusion: lorsqu'un homme possède une nature coléreuse et
violente,
son zèle religieux n'en est pas un - sa fermeté et sa
"conviction" sont des
légitimations mensongères !

On rapporte à ce propos qu'avant d'accomplir son geste
zélateur, Pinhas
avait lui-même compris la nécessité de demander une
autorisation explicite
du Sanhédrin. C'est pourquoi il est essentiel de préciser que
des actes aussi
"extrémistes" doivent être l'apanage de personnages
exceptionnels comme
Pinhas. Avant de "faire du zèle", il est donc indispensable de
connaître
dans les moindres détails le caractère du zélote en
question, et d'obtenir
l'accord de l'autorité religieuse !
"Seul un être d 'exception agira par pur zèle, et ne sera pas
animé par
l'esprit de violence", explique le Rav Kook dans son ouvrage "Olat Reiya"
(volume 1, page 394).

Comme le disalt le Rabbi de Ostrowtza: "Seul, celui dont le zèle
provient de l'amour de la nation juive et de chaque Juif pris
individuellement, peut agir comme l 'a fait Pinhas". N'oublions pas en effet
que la Tora elle-même est un message de paix: Dieu n'a pas
trouvé d'autre
réceptacle pour transmettre Sa bénédiction que la paix !

Parvenu au terme de cette analyse, il nous faut cependant remarquer
que nos explications, tout comme celles, fort nombreuses, de nos Sages au
sujet de la paix, concernent avant tout la "paix intérieure" au sein
même de
la nation juive. Ce qui ne signifie nullement que la paix avec nos voisins
n'est pas de première importance ! Mais il serait judicieux que tous ceux
qui oeuvrent actuellement avec tant de zèle, dans cette direction,
avec nos
voisins arabes, agissent avec autant d'énergie - et même avec
une énergie
décuplée - afin de renforcer la paix, I'amour, la
compréhension et le
dialogue entre les différentes composantes du peuple d'Israël.