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--PESSAH (I)

LE PEUPLE ETERNEL

Le célèbre commentateur Rabbi Abraham Ibn Ezra avait posé la
question suivante à son non moins célèbre
beau-père, Rabbi Yéhouda
Halévi: "Pourquoi la Tora définit-elle l'Eternel avec la
référence de
l'épisode de la Sortie d'Egypte, comme c'est le cas dans le premier des
Dix commandements: 'Je suis l'Eternel, ton Dieu qui t'a fait sortir du
pays d'Egypte' ?"

On aurait pu s'attendre à une définition plus abstraite et
plus universelle
de la Puissance divine, du type: "Je suis le Dieu omniprésent qui a
créé le
monde". Pourquoi, et c'est bien la question centrale de notre étude,
la Tora
a-t-elle "défini" Dieu en mentionnant l'Histoire nationale du peuple
d'Israël?

Relevons d'emblée que cette question a troublé les plus
grands esprits
parmi nos Sages puisqu'effectivement, Rabbi Abraham Ibn Ezra
mentionne lui-mème cette question dans son commentaire sur le premier
des Dix commandements. Quant à Rabbi Yéhouda Halévi,
il y fait
référence au début de son célèbre
ouvrage, Le Kouzari: après le
philosophe aristotélicien, après le théologue
chrétien et après le penseur
musulman, Rabbi Yéhouda Halévi explique dans son commentaire
qu'une
définition trop philosophique de Dieu est toujours entachée
d'un doute.

En effet, qui peut prétendre avoir assisté à la
création de l'univers ? Au
contraire, lors de la sortie d'Egypte, I'ensemble du peuple hébreu a
été
témoin de l'intervention divine ! Cette naissance historique du
peuple est
donc un evénement que nous avons expérimenté. C'est
pourquoi la
référence à la Sortie d'Egypte est nettement plus
convaincant que des
données empiriques. Les Sages ont d'ailleurs l'habitude d'utiliser
l'expression suivante  "On ne peut pas aller à l'encontre de ce
qu'expriment nos sens".

Mais la portée de cette "définition" de Dieu est en fait
beaucoup plus
profonde: la "démonstration" de l'existence de Dieu est, selon nous,
I'essence particulière du peuple juif, et c'est bien grâce
à elle que l'on peut
concevoir et comprendre la pérennité de notre peuple ! C'est
bien cette
éternité de notre peuple qui représente la
quintessence de son
particularisme.

Lorsque Dieu s'adresse pour la première fois à Moïse, Il
se dévoile à lui
dans le spectacle éblouissant du buisson ardent. Dans un premier temps,
fortement impressionné par cette vision, Moïse décide de
se détoumer de
son chemin pour contempler ce spectacle grandiose, et il dit: "Pourquoi le
buisson ne se consume-t-il pas ?" (Exode, III, 3).

A cette époque-la Moïse craignait que les Egyptiens ne
parviennent à
exterminer le peuple hébreu. Le spectacle du "buisson ardent" lui prouva
que ses craintes n'étaient pas justifiées: de même que
le buisson ardent
brûle mais ne se consume pas, nous explique le Midrash (Shemot Raba ,
5), ainsi est le peuple juif qui ne peut être "consumé"
même s'il est "brûlé"
et frappe par les souffrances infligées par Pharaon. Ce peuple subsistera
donc toujours et ne sera jamais effacé de la surface de la terre. En
somme,
le buisson ardent était la preuve "visuelle" de la
pérermité d'Israël, et c'est
pourquoi Dieu a choisi de se révéler à Moïse par son intermédiaire.

On retrouve ce thème ès l'apparition du peuple d'Israël en
Egypte:
"Mais, plus on l'opprimera, plus sa population grossira et débordera". Le
Talmud s'interroge sur la mauvaise concordance de temps pour les verbes
de cette phrase. On aurait dû en effet dire: "Plus on l'oppressait,
plus il se
multipliait". Or les Sages répondent que c'est l'Esprit saint qui leur a
anonce: "Sa population grossira et débordera". Et Rachi de nous
expliquer: l'Esprit saint suggérait aux Egyptiens et
annonçait aux Enfants
d'Israël: "Tous vos efforts sont inutiles ! Dieu les multipliera
toujours". Il
ne s'agit pas là d'une description historique d'un
événement, mais bien plus
d'une révélation prophétique énonçant
que le peuple d'Israël ne saurait
disparaître.

Même à travers toutes les tempêtes de son histoire, le
peuple juif n'a
jamais sombré. C'est donc cet instinct de conservation qui constitue pour
nous la preuve même de l'existence de Dieu.

Dans son introduction au Devoir des coeurs, le célèbre philosophe,
Rabénou Bahya Ibn Pakouda, nous dit: "Si vous cherchez de nos jours
à
assister à l'un de ces miracles dont nos ancêtres ont
été témoins, il vous
suffit de constater avec force sincérité ue depuis de nombreuses
genérations, en fait depuis le début de l'Exil, nous
réussissons à survivre
au sein des nations". Nous pouvons alors être aisément
persuadés que
notre sort sera semblable à celui de nos ancêtres comme Dieu
nous l'a
promis: "Et même lorsqu'ils se trouveront sur la terre de leurs ennemis,
Je ne les ai point méprisés pour les détruire et pour
cesser Mon alliance"
(Lévitique, XXVI, 44). Et de même, Ezra a dit: "Car nous sommes des
esclaves, et dans notre esclavage, Dieu ne nous a point abandonnés" (Le
Portique de la Contemplation, V).

Qui plus est, cette pérennité du peuple juif ne met pas en
éveil
uniquement notre conscience, mais également celle de
l'humanité entière:
il se trouve que c'est paradoxalement Pharaon lui-même qui, le premier, a
pris conscience de l'existence d'une entité nationale
hébraïque et qui s'est
aperçu qu'il s'agissait là d'une véritable nation qui
n'était jadis qu'une
somme d'individus. La dureté de l'exil les a transformés en
nation !
Pharaon lui-même s'en aperçut, comme il est écrit: "Et
un nouveau roi se
leva sur I'egypte ... et il dit à son peuple: 'Voici, la nation des
Enfants
d'Israël est plus forte el plus puissante que nous ' . . . " (Exode,
I, 8-9).

Le Rabbin Naftali Tzvi Yehouda Berlin, dit le Natziv, explique que
l'emploi du terme "nation" signifie que le peuple a une conduite autonome
(Haamek davar, ibid, adjonction). Il est remarquable et même surprenant
que ce terme soit employé pour la premmère fois par le tyran
égyptien, mais
nous savons que peu après, dans le récit historique, cet
attribut sera
effectivement confirmé par Moïse: "Renvois donc mon peuple !"

Or, à notre époque, c'est bien l'ensemble des nations de la
planète
regroupées au sein de l'ONU qui ont prononcé une nouvelle
reconnaissance du peuple juif lors de sa résurrection sur sa terre.
Bien que
tous ces événements soient gravés dans la
mémoire historique du peuple
juif, il devient indispensable de réactiver cette mémoire
pour empêcher le
doute de s'installer dans les esprits: "Demande donc aux premiers jours
qui ont été avant toi . S'est-il passé une si grande
chose, où a-t-elle été
entendue ? Est-ce qu'un peuple a entendu la voix de Dieu lui parlant à
travers le feu comme tu l'as entendue ? Est-ce qu'un Dieu a
déjà essayé
de prendre une nation du milieu d'une autre nation, comme par des
miracles et des signes et des prodiges !? .. Selon tout ce que Dieu vous a
fait à tes yeux, tu as donc vu l'Eternel ton Dieu, il n'v a personne
comme
Lui . Et Il t'a sorti par Sa grande force d'Egypte ... Et tu respecteras Ses
commandements et Ses préceptes que je t'ordonne aujourd'hui"
(Deutéronome, IV, 32-40).

Evidemment, cette éternité d'Israël semble parfois
être menacée et
éclipsée dans l'Histoire, un effacement qui ne doit pas nous
induire en
erreur ! En effet, d'après nos Sages, c'est la raison même pour
laquelle
I autonté spintuelle suprème du peuple d'Israël, a
été appelée en son temps
les "Gens de la Grande Assemblée". Apparemment assez pompeux, ce
titre a été accordé a ce prestigieux conseil de Sages
parce que ce sont eux
qui ont restitué "la splendeur originelle". Moïse avait en
effet dit: "Le
Dieu grand, fort, et redoutable". Jérémie avait
répliqué: "Mais les non-
Juifs dansent dans Son Sanctuaire: comment peut-on alors affirmer que
Dieu est redoutable "' Et Daniel de surenchérir : "Les non-Juifs
asservissent Ses enfants: où sont donc Ses actes puissants ? Il
n'est donc
pas puissant !" Alors, les "Gens de la Grande Assemblée" sont venus et
ont dit : "C'est justement là, la puissance divine !" Rachi
l'explique dans le
Traité talmudique Yoma (p. 69/b): "Pendant toutes ces années
où nous
sommes esclaves, Il domine Son instinct et s'arme de patience
vis-à-vis de
tous les décrets qui sont lancés contre Ses enfants, et ce
sont là Ses actes
redoutables !". Car sans la crainte de Dieu, comment une nation pourrait
survivre si longtemps chez les autres nations ? Rachi ajoute: "Depuis le
jour de la destruction du Temple, tu peux apprendre Ses actes
redoutables, car toutes les nations de la terre se sont rassemblées pour
exterminer les Enfants d'Israël et cependant ils survivent".

Malgré toutes les epreuves et les humiliations de tous les siècles,
malgré l'lnquisition, les pogroms et la Shoa, le peuple
d'Israël existe
encore! Cette nation possède donc une spécificité
métahistorique: on ne
peut expliquer son histoire à l'aide des critères habituels.

Qui ne connaît pas le fameux cycle de la "grandeur et
décadence" des
nations - Rome ou Athènes pour ne citer que les plus
célèbres ? Or, si
prestigieuses fussent-elles, tous ces peuples eurent, semble-t-il, une
existence comparable à celle du fragile être humain: naissance,
développement, maturité, apogée, décadence,
puis fin.

L'Histoire a apporté la preuve que le peuple d'Israël ne peut
quant à lui
être atteint par une éventuelle phase de décadence, ni
par la fin qu'ont
connue les autres nations C'est que le secret de sa survie trouve sa source
au-delà de l'Histoire: chez le Maître de l'Histoire !