-----------------------------------------------------------------
-------------
																					©Tout droits réservés

							Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël

											Communauté On-Line : WWW.COL.FR
----------------------------------------------------------------------------
--NASSO

L'AMOUR DU PEUPLE D'ISRAEL

Notre section hebdomadaire est certainement l'une des plus riches de
l'ensemble du Pentateuque ! Plusieurs sujets passionnants y figurent,
comme par exemple les cas du "nazir" (abstème), ou bien encore
celui de la femme "sota" (soupçonnée d'infidélité).

Malgré la richesse de cette section shabbatique, nous ne pouvons nous
empêcher de nous pencher sur un court texte de cinq versets, dont le
contenu est d'une rare intensité dans l'ensemble du monde juif: il
s'agit de
l'ancestrale bénédiction des prêtres (Cohanim),
récitée chaque jour lors de
l'office du matin, et qui prend dans certaines communautés une
solennité
particulière lorsqu'elle est prononcée au moment crucial de
l'office de
Néila, à la clôture de Yom Kippour.

En voici donc le texte: "L'Eternel parla à Moïse en disant:
'Parle à
Aaron et à ses fils en disant: Voici comment vous bénirez les
Enfants
d'Israël, vous leur direz; Que I'Eternel te bénisse et te
protège ! Que
I'Eternel fasse rayonner Sa face vers toi, et te soit bienveillant ! Que
I Éternel tourne Sa face vers toi et t'accorde la paix ! lls imposeront Mon
Nom sur les Enfants d 'lsraël, et Moi, Je les bénirai' . . . "
(Nombres, VI, 22- 27).

A travers ces cinq versets, les prêtres de la Nation juive sont
définis
d'emblée non pas comme appartenant à une sorte de secte
séparée du
peuple, mais comme des responsables communautaires profondément
épris de ses valeurs et soucieux de lui apporter le bonheur et la
bénédiction.

De nos jours, avant de réciter ces versets, le Cohen se
présente devant
l'Arche sainte où sont déposés les Livres de la Tora
et prononce une
bénédiction dont la formulaion particulière,
éloquente à plus d'un titre,
comfirme notre analyse.

En effet, au lieu de dire "Béni sois-Tu, Eternel, notre Dieu, qui nous a
sanctifiés par Ses commandements", les prêtres disent: "...
qui nous a
sanctifés par la sainteté d'Aaron". La conclusion de cette
bénédiction est
également différente: "... qui nous a ordonné de
bénir le peuple d'Israël
avec amour".

Evidemment d'une manière générale, il convient
d'accomplir les
préceptes divins "avec amour" et non par intérêt. Mais
dans ce cas précis,
I'amour des créatures constitue la quintessence même de ce
commandement ! Quelle est donc cette sainteté particulière que
possède
Aaron ? Le premier chapitre des Pirké Avot, Les Maximes des
Pères, nous
explique très précisément qu'Aaron était homme
"d'amour et de paix":
"Hillel dit: 'Soit un des disciples d'Aaron, qui aime la paix, poursuit la
paix, aime les créatures et les rapproche de la Tora' . . . "
(Pirké Avot, 1).

Ces éminentes qualités, Aaron les a transmises à ses
descendants, les
prêtres. En effet, le Cohen se doit d'être un modèle
d'amour et d'affecion
pour l'ensemble du peuple juif Ce n'est qu'en faisant preuve d'un amour
infini à l'égard des créatures, ¦uvres divines, que le
Cohen pourra espérer
les rapprocher de la sagesse de la Tora - qui est l'essence même du peuple
d'Israël .

Il existe d'ailleurs un lien étroit entre l'amour d'Abraham, qui se
manifeste, au sens le plus large, pour l'ensemble des créatures divines, et
celui d'Aaron, plus restreint car exclusivement consacré au peuple
juif. Il
n'existe aucune contradiction entre les deux, le type d'amour qui émane
d'Abraham possède une valeur quantitative, tandis que celui
prodigué par
Aaron a un niveau qualitatif plus affiné: de l'intérieur d'un
amour qui
englobe tous les êtres humains (la dimension d'Abraham), jaillit, avec une
puissance parliculière, I'amour spécifique du peuple juif !

Aaron est l'homme qui "aime la paix" et qui la "poursuit". Dans son
commentaire sur les Pirké Avot, le Maharal de Prague explique ainsi cette
redondance dans la forme même du texte: il ne suffit pas d"'aimer la paix"
et de se conduire avec amour envers les êtres. Il n'est pas rare en
effet de
voir des conflits et des querelles survenir, même dans certains foyers
généralement paisibles. C'est pourquoi il ne suffit pas
d'aimer la paix, il
faut encore la "poursuivre", même lorsqu'elle nous donne l'impression de
disparaître. Ce n'est qu'en recherchant éperdument la paix que nous
supprimerons complètement tout objet de litige et que nous
parviendrons à
réduire les conflits qui, malheureusement, apparaissent
d'eux-mêmes.

Aaron ne fait pas qu'aimer les créatures: il tente de les rapprocher
de la
Tora et ,de ses valeurs millénaires. Mais attention ! Il n'est pas
écrit qu'il
"aime les creatures afin de les rapprocher de la Tora". Il ne s'agit donc
en aucun cas d'un amour de nature "missionnaire", prosélyte et donc
hypocrite. Aaron aime les créatures tout simplement parce qu'il les aime
sans détours, sans réserves, et, qui plus est, il aime aussi
les Enfants
d'Israël qui ne respectent pas les commandements divins ! Car s'il est bien
mentionné qu'il les rapproche de la Tora, cela veut dire clairement
qu'ils
en étaient éloignés. L'amour de ses frères n'est
donc pas chez lui un
moyen, c'est une fin en soi et cette ouverture d'esprit et de c¦ur ne peut
qu'avoir des conséquences heureuses.

Les prêtres ne peuvent donc procéder à leur
bénédiction qu'après avoir
pris conscience de ce principe fondamental qui fait d'eux les
héritiers en
ligne directe de la sainteté d'Aaron. Les Cohanim doivent être
non pas des
marginaux paternalistes et dédaigneux mais, au contraire, des hommes
remplis d'amour pour leur peuple. C'est justement la conscience de cet
amour qui leur permet d'accomplir leur sacerdoce ! Ce point est tellement
fondamental que la bénédiction se termine par l'expression
"... qui nous a
ordonné de bénir Son peuple juif avec amour" !

Il y a là d'ailleurs un point de Halakha [la Loi juive traditionnelle]
intéressant: le Livre du Zohar explique que s'il existe une quelconque
relation d'animosité entre le Cohen et un seul des membres de la
commumauté, le prêtre ne saurait accomplir la
bénédiction sacerdotale -
I'amour authentique constituant la condition sine qua non de
l'accomplissement de ce précepte. Il faut se rappeler que d'une
manière
générale, la Halakha ne fait référence au Zohar
qu'à de très rares
exceptions. Or le cas précité du Cohen est justement l'une de ces
exceptions: les directlves du Zohar ont, une fois n'est pas coutume,
été
rapportées dans les codes de Lois comme la version
abrégée du Shoulhan
Aroukh, véritable référence en particulier dans les
milieux d'origine
ashkénase.

Le prêtre n'est donc pas seulement le maître d'art du sacrifice
rituel: il
est avant tout un homme capable d'un amour entier envers le peuple juif.
Cette fameuse bénédiction des Cohanim avait été
donnée aux prêtres,
section d'élite de la tribu des Lévi, et c'est Moïse qui avait défini la
descendance de cette tribu - à laquelle il appartenait
lui-même - comme
"Ich Hassidéha" ("I'homme de Ta bonté").

Evidemment on peut se poser une question légitime: un homme peut-il
posséder, de par sa seule appartenance a la lignée des
Cohanim, la faculté
de dispenser cette importante bénédiction divine ?
N'appartient-elle pas à
Dieu lui-même ?

Cette question est ainsi abordée par Maimonide dans son code de lois,
 le "Michné Tora": un fauteur possédant de surcroît un
mauvais caractère
peut-il être autonsé à prononcer cette
bénédiction sacerdotale ? Peut-on
envisager que la communaute le laisse monter devant l'Arche sainte pour y
prononcer ces paroles de bénédiction ? Maimonide
répond très clairement:
ce n'est pas parce que quelqu'un est pêcheur dans un certam registre que
l'on doit l'empêcher d'accomplir ses devoirs dans un tout autre domaine.
Certes, nous sornmes profondément blessés de le voir manquer
à certains
de ses devoirs, rnais ce n'est pas une raison pour le précipiter
dans l'abîme
du péché en l'excluant de la collectivité ! Au
contraire: nous devons être
heureux de le voir rester fidèle à l'un des commandements divins.

Et puis nous devons finalement nous rendre a l'évidence: comme
l'explique Maïmonide, ce n'est pas le prêtre qui bénit
Israël, mais bien
l'Eternel - comme il est écrit: "... ils placeront Mon Nom sur les
Enfants
d'Israël et Je les bénirai" (Nombres, Vl, 27). Le prêtre
n'est donc ici qu'un
intermédiaire, et même si son comportement le rend indigne de
porter son
titre, il n'en garde pas moms cette étincelle sainte de la
prêtrise qui un jour
pourra rejaillir (Lois sur la Prière, XV, 6-7).

Il existe par ailleurs un précepte particulier de la Tora selon lequel un
meurtrier involontaire se doit d'être enfermé -
également pour sa propre
protection contre le "vengeur de sang" - dans une "ville de refuge", et ce,
jusqu'à la mort du Grand-Prêtre qui était en fonction
au moment de ce
meurtre. On peut imaginer, sans trop risquer de se tromper, qu'à
l'époque,
nombreux devaient être les membres de cette communauté au destin si
particulier des "meurtriers involontaires" qui devaient prier avec ferveur
pour précipiter la mort du Grand-Prêtre ! Nos Sages l'avaient
fort bien
compris et l'on raconte que la femme du Grand-Prêtre était
donc habituée à
envoyer aux détenus des "villes de refuge" toutes sortes de
gâteaux et
autres friandises afin qu'ils ne soient pas entraînés à
cette bassesse.

Mais une question demeure posée: en quoi la responsabilité du
Grand-
Prêtre est-elle engagée envers ces meurtriers involontaires ?

Le Traité talmudique Makot nous explique que s'il avait prié avec
ferveur pour le salut de sa génération, les meurtres
involontaires ne se
seraient pas produits. Autrement dit, si le Grand-Prêtre avait
gravé plus
profondément le souci et l'amour du peuple d'Israël dans son
coeur, il
aurait pu influer sur le destin de chacun et ces terribles accidents auraient
été évités. Cette carence du Grand-Prêtre
est donc définie comme un grave
manquement.

Dans son livre "Le sentier de la rectitude", Rabbi Moshé Haim Luzzato
termine ainsl le chapitre consacré à la Hassidout (la
"générosité parfaite") -

Les veritables guides du peuple juif sont des personnes qui l'aiment
profondement qui sont préoccupées de son sort qui prient pour sa
reussite et qui sans cesse mettent celle-ci en valeur ".