----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ---------------------------------------------------------------------------- --LEKH LEKHA LE DEPART D'ABRAHAM "L'Eternel dit à Abram: 'Va pour toi, hors de ton pays, de ton Iieu natal, de la maison paternelle, vers le pays que Je t'indiquerai. Et Je ferai de toi une grande nation, et Je te bénirai, Je rendrai ton nom glorieux et tu deviendras une bénédiction' ( .)", (Genèse XII ,1-2). Cette injonction au depart de la réion de Chaldée - coeur de la Balylonie - est en fait la prernière grande épreuve parmi les dix qu'aura surmonter Abraham. Or il est incontestable que cette première épreuve se perpetue tout au long des générations: en effet, nous ne pouvons que constater que, même à notre époque, il est difficile pour chacun d'abandonner son environnement natal, sa famille, et, par extrapolation, la culture, la civilisation et la langue dont il a hérité pour partir vers l'inconnu.. Abraham n'a pas quitté Our Kasdim, son pays, suite à des pogroms: il n'a pas eté chassé par un ennemi ! Le patriarche, qui portait encore son nom d'origine Abram, était au contraire une personnalité aisée et respectée en Mésopotamie, et son père, Terah, était l'une des plus grandes autorités religeuses de cette region. La richesse d'Abram n'avait cessé de croitre. Qui plus est, il avait été miraculeusement epargné au moment où il fut jetté dans la fournaise ardente et, par conséquent, le roi Nimrod avait pour lui le plus profond respect, lui faisant sans cesse honneur. C'est dans ce contexte favorable qu'Abram servait le Dieu unique: or sur ce registre aussi, sa renommée s'était répandue fort loin. Il menait donc une vie paisible aux cotés de sa femme, Saraï, et au milieu de ses fidèles compagnons, dont le nombre augmentait sans cesse. Venant des pays les plus lointains, des homnes se pressaient chaque jour pour le rencontrer et décidaient ensuite de servir le Créateur du ciel et de la terre. Maître de I'hospitalité, Abram les recevait chaleureusement chez lui et se réjouissait de leur compagnie. Notre patriarche était aussi un juge: c'est lui qui tranchait et parvenait ainsi à résoudre toutes sortes de différends entre antagonistes. Pendant ce temps, Saraï instruisait les femmes et leur apprenait à honorer Dieu. Ainsi la vie coulait-elle paisiblement à Our Kasdim, et les fidèles de l'Eternel se multipliaient. C'est au milieu de cette tranquille opulence qu'Abram reçut brusquement l'ordre divin de tout quitter. Pourtant, il n'hesita guère: par amour pour Dieu et pour suivre cette voix qui l'appelait vers une vie nouvelle de voyages et même de guerres, il repondit présent et laissa derrière lui, sans se retourner, tout ce qui constituait la sécurité dans son existence. De nos jours, comme jadis, nous nous retrouvons souvent placés face à ce genre d'épreuve, et force est de constater que tous ne parviennent pas à surmonter. Ne sommes-nous parfois pas trop amoureux de l'exil et ne dissimulons-nous pas souvent cette faiblesse sous toutes formes de prétextes et d'arguments idéologiques ? Il est vrai que monter en Israël peut entrainer de grandes difficultés, mais nous savons également que si Dieu soumet l'être humain à une épreuve, c'est sans aucun doute parce que cette personne est justement en mesure de la surmonter ! Chacun puise cette force d'une autre source. Chez les uns, il s'agit de l'amour de Dieu. Chez certains autres, c'est l'amour de la terre d'Israël, et chez d'autres encore, c'est l'amour tu peuple juif et la volonté de ne pas demeurer un témoin passif de sa propre histoire. Pour d'autres encore, il est nécessaire et indispensable de réaliser un acte courageux et un sacrifice de ce geme afin d'assurer une éducation juive et solide à la jeune genération et de permettre aux enfants de naitre et de grandir dans une certaine "normalité". A propos du verset cité en exergue - "Je ferai de toi une grande nation" - Rachi précise dans son commentaire: "Ici [en Mésopotamie], tu n'auras pas d'enfants" Or, les commentateurs de Rachi voient là une allusion au fait que le fait d'habiter en terre dlsraël est la condition sine qua non à la pérennité de cette jeune géneration. Plus loin, à propos du verset: "Il bâti un autel à l'Eternel qui lui etait apparu" (Genese X, 7) - Rachi précise que c'est par reconnaissance envers l'Eternel pour les deux promesses qul lui avait faites, qu'Abram construisit cet autel. Mais quelles furent ces deux promesses ? La première était relative à sa posterité, la seconde conçernait le pays. Là encore, les commentateurs de Rachi affirment que la prernière promesse ne peut avoir de valeur réelle que si elle est accompagnée de la seconde. Car, sans Eretz Israel, nous ne pourrons jamais être certains que nos enfants resterons fidèles à notre patrimoine religieux et notre culture. On sait que, finalement, Abram surmonta l'épreuve imposée par Dieu. Dans son célèbre commentaire Or Ha-Haïm, rabbi Haïm Benattar, qui eut lui-même le mérite de monter, voilà deux siècles et demi, de son Maroc natal en Israël, remarque à propos du verset precité - "Au pays que Je te montrerai" - que c'est pour rendre son épreuve plus difficile encore que Dieu n'a justement pas révélé à Abram le nom du pays vers lequel il l'envoyait. N'est-il pas bien plus périlleux et même angoissant de quitter ainsi son entourage pour un endroit totalement inconnu ? Evidemment, on peut émettre des doutes sur l'aspect impératif et incontournable qu'aurait une telle insertion territoriale. La Tora n'est-elle pas une vérité éternelle, située très au-delà du temps, et aussi extra- territoriale, ne se trouvant jamais limitée par un quelconque espace ? En un mot: ne peut-on pas respecter la Tora en tout lieu ? Et pourquoi donc s'entêter et décider d'aller vivre en Israël ? Pourquoi, à tout prix, conserver cette terre face aux pressions incessantes de nos voisins et de leurs alliés dans le monde, lesquels s'appliquent de concert à amenuiser notre espace territorial à force de persévérance ? Assurément: une seule chose est exacte en tout temps et en tout lieu, et c'est cette vérité là qui illuminait le monde depuis la création du premier homme, Adam, jusqu'à Abraham. Mais l'émergence du premier patriarche de l'histoire hébraïque révèle une évolution dans la "stratégie divine ": la parole de Dieu ne s'adresse plus a des individus, mais également à une nation et à une collectivité. Ce n'est pas seulement le "Kiddouch Hachem" au plan individuel - la- sanctification du Nom de Dieu dans la vie de chacun qui doit etre mené dans la droiture et la sainteté - c'est également a, travers le Klal - la "collectivité": celle de la nation - que le peuple d'lsraël doit sanctifier le nom de son Createur. C'est en effet à une vie nationale axée sur la droiture, la pureté et la sainteté collectives, dans les affaires et le commerce, tans la politique et à l'armée, chez soi et en société, que les Enfants d'Israël sont appelés. Pour le judaïsme authentique, le fameux dicton "Rendez aux cieux ce qui appartient aux cieux, et à César ce qui appartient à César ne représente rien puisque tout appartient à Dieu et que la vie nationale doit également être illuminée par les ideaux divins les plus suprêmes. "Je ferai de toi une grande nation", dit le Créateur à Abram. Et cette nation a pour vocation d'illuminer l'humanité entière: "Par toi seront bénies toutes les nations de la Terre". Il est évident qu'une nation ne peut pas exister sans terre, ni point d'ancrage - nation et terre ne formant qu'une seuls et même chose. Les discussions et autres spéculations parfois alambiquées autour de l'évidence de ce lien entre la nation et la terre sont superfaitatoires: la terre, c'est le peuple, et le peuple c'est la terre ! C'est un peu comme si nous devions décider s'il faut sacriffer nos poumons, ou bien notre coeur. Or ces deux organes sont vitaux. Il existe un lien organique entre la terre d'Israel et le peuple juif, ce dernier n'étant vraiment lui-même que lorsqu'il vit sur sa terre. Ainsi Rachi interprète-t-il l'expression peu ordinaire de la Tora "Va pour toi- "Lekh Lekha" - de manière littérale: "Ce déplacement sera à ton avantage et pour ton bien !" Quant au commentateur Kli Hemda, il affirme que cette expression renferme une allusion a l'importance du pays d'Israël: "Ce pays a été donné à notre peuple par la Providence même. C'est aussi pourquoi le peuple d'Israël privé de son pays est comparable a un corps sans âme". Comme l'expliquent nos Sages: "Celui qui habite en dehors d'Eretz Israël est comme s'il n'avaiit pas de Dieu" ( Traité talmudique Ketoubot, p. 110/b). Le retour du peuple d'Israël vers sa terre est donc une véritable résurrection. S'il est vrai que cette renaissance de notre peuple se trouve confrontée à de fort nombreux problèmes, comment pourrait-on encore si naïvement prétendre qualifier un phénomène aussi gigantesque avec une série d'imaes d'Epinal ? Entreprise dans une terrible tempête, au milieu des pires difficultés et face à tous les obstacles. cette resurrection, nous n'en avons pas le moindre doute, réussira et atteindra ses objectifs.