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--LEKH LEKHA

LE DEPART D'ABRAHAM

"L'Eternel dit à Abram: 'Va pour toi, hors de ton pays, de ton Iieu
natal, de la maison paternelle, vers le pays que Je t'indiquerai. Et Je
ferai de toi une grande nation, et Je te bénirai, Je rendrai ton nom
glorieux et tu deviendras une bénédiction' ( .)",
(Genèse XII ,1-2).

Cette injonction au depart de la réion de Chaldée - coeur de la
Balylonie - est en fait la prernière grande épreuve parmi les
dix qu'aura
surmonter Abraham. Or il est incontestable que cette première
épreuve se
perpetue tout au long des générations: en effet, nous ne
pouvons que
constater que, même  à notre époque, il est difficile
pour chacun
d'abandonner son environnement natal, sa famille, et, par extrapolation, la
culture, la civilisation et la langue dont il a hérité pour
partir vers l'inconnu..

Abraham n'a pas quitté Our Kasdim, son pays, suite à des
pogroms: il
n'a pas eté chassé par un ennemi ! Le patriarche, qui portait
encore son
nom d'origine Abram, était au contraire une personnalité
aisée et respectée
en Mésopotamie, et son père, Terah, était l'une des
plus grandes autorités
religeuses de cette region. La richesse d'Abram n'avait cessé de croitre.
Qui plus est, il avait été miraculeusement epargné au
moment où il fut jetté
dans la fournaise ardente et, par conséquent, le roi Nimrod avait
pour lui le
plus profond respect, lui faisant sans cesse honneur.

C'est dans ce contexte favorable qu'Abram servait le Dieu unique: or
sur ce registre aussi, sa renommée s'était répandue
fort loin. Il menait donc
une vie paisible aux cotés de sa femme, Saraï, et au milieu de
ses fidèles
compagnons, dont le nombre augmentait sans cesse. Venant des pays les
plus lointains, des homnes se pressaient chaque jour pour le rencontrer et
décidaient ensuite de servir le Créateur du ciel et de la
terre. Maître de
I'hospitalité, Abram les recevait chaleureusement chez lui et se
réjouissait
de leur compagnie.

Notre patriarche était aussi un juge: c'est lui qui tranchait et
parvenait
ainsi à résoudre toutes sortes de différends entre
antagonistes. Pendant ce
temps, Saraï instruisait les femmes et leur apprenait à honorer
Dieu. Ainsi
la vie coulait-elle paisiblement à Our Kasdim, et les fidèles
de l'Eternel se
multipliaient.

C'est au milieu de cette tranquille opulence qu'Abram reçut
brusquement l'ordre divin de tout quitter. Pourtant, il n'hesita
guère: par
amour pour Dieu et pour suivre cette voix qui l'appelait vers une vie
nouvelle de voyages et même de guerres, il repondit présent et
laissa
derrière lui, sans se retourner, tout ce qui constituait la
sécurité dans son
existence.

De nos jours, comme jadis, nous nous retrouvons souvent placés face
à
ce genre d'épreuve, et force est de constater que tous ne
parviennent pas
à surmonter. Ne sommes-nous parfois pas trop amoureux de l'exil et ne
dissimulons-nous pas souvent cette faiblesse sous toutes formes de
prétextes et d'arguments idéologiques ? Il est vrai que
monter en Israël
peut entrainer de grandes difficultés, mais nous savons
également que si
Dieu soumet l'être humain à une épreuve, c'est sans
aucun doute parce que
cette personne est justement en mesure de la surmonter !

Chacun puise cette force d'une autre source.

Chez les uns, il s'agit de l'amour de Dieu. Chez certains autres, c'est
l'amour de la terre d'Israël, et chez d'autres encore, c'est l'amour
tu peuple
juif et la volonté de ne pas demeurer un témoin passif de sa
propre histoire.

Pour d'autres encore, il est nécessaire et indispensable de
réaliser un
acte courageux et un sacrifice de ce geme afin d'assurer une éducation
juive et solide à la jeune genération et de permettre aux
enfants de naitre et
de grandir dans une certaine "normalité".

A propos du verset cité en exergue - "Je ferai de toi une grande
nation" - Rachi précise dans son commentaire: "Ici [en
Mésopotamie], tu
n'auras pas d'enfants" Or, les commentateurs de Rachi voient là une
allusion au fait que le fait d'habiter en terre dlsraël est la
condition sine qua
non à la pérennité de cette jeune géneration.

Plus loin, à propos du verset: "Il bâti un autel à
l'Eternel qui lui etait
apparu" (Genese X, 7) - Rachi précise que c'est par reconnaissance
envers l'Eternel pour les deux promesses qul lui avait faites, qu'Abram
construisit cet autel. Mais quelles furent ces deux promesses ?

La première était relative à sa posterité, la
seconde conçernait le pays.
Là encore, les commentateurs de Rachi affirment que la prernière
promesse ne peut avoir de valeur réelle que si elle est
accompagnée de la
seconde. Car, sans Eretz Israel, nous ne pourrons jamais être certains que
nos enfants resterons fidèles à notre patrimoine religieux et
notre culture.

On sait que, finalement, Abram surmonta l'épreuve imposée par
Dieu.
Dans son célèbre commentaire Or Ha-Haïm, rabbi Haïm
Benattar, qui eut
lui-même le mérite de monter, voilà deux siècles
et demi, de son Maroc
natal en Israël, remarque à propos du verset precité -
"Au pays que Je te
montrerai" - que c'est pour rendre son épreuve plus difficile encore que
Dieu n'a justement pas révélé à Abram le nom du
pays vers lequel il
l'envoyait. N'est-il pas bien plus périlleux et même
angoissant de quitter
ainsi son entourage pour un endroit totalement inconnu ?

Evidemment, on peut émettre des doutes sur l'aspect impératif et
incontournable qu'aurait une telle insertion territoriale. La Tora n'est-elle
pas une vérité éternelle, située très
au-delà du temps, et aussi extra-
territoriale, ne se trouvant jamais limitée par un quelconque espace ?

En un mot: ne peut-on pas respecter la Tora en tout lieu ? Et pourquoi
donc s'entêter et décider d'aller vivre en Israël ?
Pourquoi, à tout prix,
conserver cette terre face aux pressions incessantes de nos voisins et de
leurs alliés dans le monde, lesquels s'appliquent de concert
à amenuiser
notre espace territorial à force de persévérance ?
Assurément: une seule
chose est exacte en tout temps et en tout lieu, et c'est cette
vérité là qui
illuminait le monde depuis la création du premier homme, Adam,
jusqu'à
Abraham.

Mais l'émergence du premier patriarche de l'histoire
hébraïque révèle
une évolution dans la "stratégie divine ": la parole de Dieu
ne s'adresse
plus a des individus, mais également à une nation et à
une collectivité. Ce
n'est pas seulement le "Kiddouch Hachem" au plan individuel - la-
sanctification du Nom de Dieu dans la vie de chacun qui doit etre mené
dans la droiture et la sainteté - c'est également a, travers
le Klal - la
"collectivité": celle de la nation - que le peuple d'lsraël
doit sanctifier le
nom de son Createur. C'est en effet à une vie nationale axée
sur la droiture,
la pureté et la sainteté collectives, dans les affaires et le commerce, tans la
politique et à l'armée, chez soi et en société,
que les Enfants d'Israël sont
appelés.

Pour le judaïsme authentique, le fameux dicton "Rendez aux cieux ce
qui appartient aux cieux, et à César ce qui appartient
à César ne
représente rien puisque tout appartient à Dieu et que la vie
nationale doit
également être illuminée par les ideaux divins les plus
suprêmes. "Je ferai
de toi une grande nation", dit le Créateur à Abram. Et cette
nation a pour
vocation d'illuminer l'humanité entière: "Par toi seront
bénies toutes les
nations de la Terre".

Il est évident qu'une nation ne peut pas exister sans terre, ni point
d'ancrage - nation et terre ne formant qu'une seuls et même chose.

Les discussions et autres spéculations parfois alambiquées
autour de
l'évidence de ce lien entre la nation et la terre sont
superfaitatoires: la terre,
c'est le peuple, et le peuple c'est la terre ! C'est un peu comme si nous
devions décider s'il faut sacriffer nos poumons, ou bien notre
coeur. Or ces
deux organes sont vitaux.

Il existe un lien organique entre la terre d'Israel et le peuple juif, ce
dernier n'étant vraiment lui-même que lorsqu'il vit sur sa
terre. Ainsi
Rachi interprète-t-il l'expression peu ordinaire de la Tora "Va pour toi-
"Lekh Lekha" - de manière littérale: "Ce déplacement
sera à ton avantage
et pour ton bien !" Quant au commentateur Kli Hemda, il affirme que cette
expression renferme une allusion a l'importance du pays d'Israël: "Ce pays
a été donné à notre peuple par la Providence
même. C'est aussi pourquoi
le peuple d'Israël privé de son pays est comparable a un corps sans
âme". Comme l'expliquent nos Sages: "Celui qui habite en dehors d'Eretz
Israël est comme s'il n'avaiit pas de Dieu" ( Traité talmudique
Ketoubot, p.
110/b).

Le retour du peuple d'Israël vers sa terre est donc une véritable
résurrection. S'il est vrai que cette renaissance de notre peuple se
trouve
confrontée à de fort nombreux problèmes, comment
pourrait-on encore si
naïvement prétendre qualifier un phénomène aussi
gigantesque avec une
série d'imaes d'Epinal ?

Entreprise dans une terrible tempête, au milieu des pires
difficultés et
face à tous les obstacles. cette resurrection, nous n'en avons pas
le moindre
doute, réussira et atteindra ses objectifs.