----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ------------------------------------------------------------------------------ KI TETSE (II) LA PURETE DES ARMES Le peuple juif en guerre doit se garder de toute souillure. Tel est l'enseignement qui se dégage clairement du passage que nous analysons cette semaine. Mais le message implicite de ce texte va bien plus loin, puisqu'il nous incite à éviter toute médisance et à lutter contre les divisions internes qui pourraient faire le jeu de nos ennemis. "Lorsque tu sortiras en corps d 'armée contre tes ennemis, tu te garderas de tout acte mauvais. S'il se trouve dans tes rangs un homme qu ne soit pas en etat de pureté par suite d'un accident nocturne, il sortira à l'extérieur du camp, il ne se présentera pas dans le camp. Aux approches du soir, il se lavera dans l'eau et, une fois le soleil couché, il pourra rentrer dans le camp. Tu réserveras un endroit à l'extérieur du camp ou tu puisses aller à l'écart. Et tu auras une bêche dans ton équipement, et lorsque tu iras t'isoler, tu creuseras une feuillée et tu en recouvriras tes excréments. Car le Seigneur ton Dieu marche au milieu du camp pour te proteger et livrer tes ennemis devant toi : ainsi ton camp sera saint" (Deutéronome, XXIII, 10-15). La Tora prend soin de régir très précisément le comportement du soldat Juif qui s'apprête à affronter ses ennemis. Au-delà de leur aspect technique, ses recommandations reflètent l'état d'esprit dont le soldat juif doit s'imprégner lorsqu'il part en guerre. Avec son cortège de violences et d'exactions, la guerre plonge l'homme dans une situation inhabituelle, propice au defoulement des pulsions les plus basses et les plus perverses. Le mode de vie très particulier d'un camp militaire, avec la tension constante qui y règne, ne doit pas nous faire oublier que nous restons sanctifiés par la présence divine qui nous accompagne en permanence. Nous devons être capables de nous maîtriser en toute circonstance. Nous devons conserver cette noblesse morale qui distingue le peuple juif des autres peuples. Certes, les camps militaires ne sont pas des centres de villéglature: les conditions de vie y sont particulièrement difficiles. Mais c'est précisément dans la difficulté que se révèle le Juif authentique, celui qui sait se comporter dans toute situation comme un digne fils du peuple d'Israël . D'après l'interprétation de Nahmanide, ce passage de la Tora vient nous mettre en garde contre les débordements fréquents qui sont le propre des soldats en temps de guerre: ils sont capables de manger des nourritures abominables, de voler, de piller. Abandonnant toute retenue, ils peuvent se laisser entraîner à la débauche ou à des perversions. A tel point que même l'homme le plus intègre et le plus docile se transforme en être cruel et coléreux lorsqu'il part en guerre. C'est la raison pour laquelle la Tora, qui nous sert de soutien dans les circonstances où nous risquerions de glisser et de trébucher, a jugé nécessaire de nous mettre en garde contre "tout acte mauvais". Rabbenou Behaye vient renforcer cette interprétation en citant l'exemple des Cananéens qui "se comportaient, dans tous les domaines, sans le moindre scrupule lorsqu'ils partaient en guerre. C'est pourquoi la Tora demande à l 'armée d 'Israël de se conduire avec retenue dans des circonstances identiques". Dans son Guide des Egarés, Maïmonide se penche lui aussi sur ce passage de la Tora selon lequel toute impureté doit être extirpée du camp d'Israël: "Il s'agit d'un avertissement car on connait bien les habitudes des soldats qui partent en guerre, qui séjournent longtemps hors de leurs maisons. Les gens sont éloignés de leur cadre de vie habituel, ils sont séparés de leurs épouses, c'est pourquoi leurs instincts exacerbés trouvent dans la débacle une échappatoire" (Guide des Egarés, vol. 3, chap. 41). Maïmonide souligne ensuite que notre conduite doit toujours tenir compte de la Présence divine - Shekhina - qui nous accompagne: "Et ton camp sera saint - Afin qu'il soit établi, pour chacun des soldats juifs, que le camp est semblable à un sanctuaire divin et ne peut être comparé au camp des 'gentils' qui est lieu d'abomination, de débauche et de vol" (ibid. ) . La Présence divine ne réside pas parmi nous uniquement en temps de paix: elle reste à nos côtés lorsque notre peuple part en guerre. De la même manière qu'il existe des lois qui régissent notre vie civile, il en est d'autres qui orientent notre conduite lorsque nous partons au combat. Pour Maïmonide, I'armée juive en guerre ne doit pas fournir à l'homme l'occasion de défouler ses plus bas instincts, elle est destinée au contraire à orienter les êtres humains vers le service divin, à améliorer la situation de la nation et à faire triompher la justice. La conduite au sein de l'armée revêt donc une importance primordiale. C'est dans le même sens que l'on doit comprendre les regles d'hygiène exposées dans ce passage: "Tu réserveras un endroit à l'extérieur du camp, où tu puisses aller à l'écart. Et tu auras une bêche dans ton équipement, et lorsque tu iras t 'isoler, tu creuseras une feuillée et tu en recouvriras tes excréments". Ce n'est pas parce que l'on part en guerre que l'on doit pour autant abandonner les règles d'hygiène. Le campement doit conserver une certaine décence, proche de la sainteté, qui exclut tout espace rebutant. Nous aurions pu croire que les conditions matérielles particulières, dans lesquelles se trouve un peuple en guerre, le dispenseraient de ce genre de contrainte, et que rien n'empêcherait les soldats de se soulager où bon leur semblerait. Il n'en est rien ! Ces règles d'hygiène et de décence, qui sont impératives dans la vie de tous les jours, conservent leur importance dans un cadre militaire. C'est dans cette perspective que la Tora recommande et même ordonne au soldat juif de se munir d'une pioche ou d'un autre ustensile permettant de creuser, lorsqu'il part pour la guerre. Maïmonide précise que, pour des raisons d'hygiène, il convient d'installer ces toilettes à l'exténeur du camp, non seulement pour éloigner la saleté mais également pour que l'homme ne soit pas ravalé au rang d'animal. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce commandement permet de raffermir la foi en Dieu du combattant, car c'est avant tout parce qu'il accueille en permanence la Sainteté divine que le camp doit rester propre et saint: "Car I Éternel ton Dieu se trouve au sein de ton camp" (Guide des Egarés, vol. 3, chap. 41). Mais, il existe une autre interprétation de notre passage central: "Tu te garderas de toute parole déplacée". Nos Sages expliquent en effet que ces versets font référence à l'interdiction de la médisance (Traité Pea du Talmud de Jérusalem, chap. I, alinéa 1). D'après Nahmanide, cette notion de médisance fait ici référence au danger des querelles intestines qui risqueraient de détourner les soldats de leur lutte contre l'ennemi commun. Malheureusement, comme nous l'avons vu à l'époque de la destruction du Second Temple, les guerres fratricides, qui trouvent souvent leur origine dans la médisance, ont des conséquences bien plus dramatiques que les conflits qui nous opposent à un ennemi extérieur Nos Sages nous rapportent la question, posée par Moïse notre maître, qui se demande quelles fautes des Enfants d'Israël ont pu provoquer leur asservissement. Il comprit que cette faute n'était autre que la médisance, lorsqu'il fut confronté à la fameuse réplique d'un Hébreu: "Me tueras-tu comme tu as tue I'Egyptien " Moïse dit alors: "Maintenant je sais pourquoi ils sont réduits à l'esclavage". Lorsque Moïse tua l'Egyptien, il n'y avait qu'un seul témoin: le Juif qu'il avait sauvé. Or ce Juif rapporta ce qui s'était passé à l'un de ses proches, sans comprendre que ses propos risquaient de parvenir aux Egyptiens. C'est ainsi que Moïse fut contraint de prendre la fuite pour échapper aux polices du Pharaon. Nos Sages se posent une question presque identique dans le chapitre du Talmud de Jérusalem cité plus haut: comment se fait-il que l'armée de David dans laquelle tous les combattants étaient des justes, ait subi des pertes importantes, alors que l'armée d'Achab, un roi d'Israël impie et idolâtre, remporta en son temps victoire sur victoire sans victimes ? Ce paradoxe est expliqué de la manière suivante: "C'est parce que les soldats de David médisaient, tandis que ceux d'Achab ne s'adonnaient pas à la médisance". Lorsque, par exemple, David se cacha dans la ville de Zif, des "fuites" permirent à la nouvelle de se répandre rapidement. Par contre, lorsque le prophète Ovadia dissimula cent prophètes dans une caverne, le roi Achab n'en sut rien. Il ne suffit donc pas d'observer, au sein de l'armée, les règles d'hygiène et de conserver une pensée pure (Avoda Zara, 20/b), il faut également qu'il y ait une relation d'amitié entre les soldats. Cet enseignement reste valable de nos jours. Certes, il existe des divergences d'opinion au sein de la société israélienne civile. Mais il faut faire taire ces dissensions lorsque nous partons en guerre contre nos ennemis. Car ces derniers ne seraient que trop satisfaits de l'aubaine ! Nous devons définir avec soin l'ordre de nos priorités: il est essentiel de rester unis face à nos ennemis et de laisser nos différends internes pour un autre temps.