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KI TETSE (II)

LA PURETE DES ARMES

Le peuple juif en guerre doit se garder de toute souillure. Tel est
l'enseignement qui se dégage clairement du passage que nous
analysons cette semaine. Mais le message implicite de ce texte va bien
plus loin, puisqu'il nous incite à éviter toute
médisance et à lutter
contre les divisions internes qui pourraient faire le jeu de nos
ennemis.

"Lorsque tu sortiras en corps d 'armée contre tes ennemis, tu te
garderas de tout acte mauvais. S'il se trouve dans tes rangs un homme
qu ne soit pas en etat de pureté par suite d'un accident nocturne, il
sortira à l'extérieur du camp, il ne se présentera pas
dans le camp. Aux
approches du soir, il se lavera dans l'eau et, une fois le soleil
couché, il
pourra rentrer dans le camp. Tu réserveras un endroit à
l'extérieur du
camp ou tu puisses aller à l'écart. Et tu auras une
bêche dans ton
équipement, et lorsque tu iras t'isoler, tu creuseras une
feuillée et tu en
recouvriras tes excréments. Car le Seigneur ton Dieu marche au milieu
du camp pour te proteger et livrer tes ennemis devant toi : ainsi ton camp
sera saint" (Deutéronome, XXIII, 10-15).

La Tora prend soin de régir très précisément le
comportement du soldat
Juif qui s'apprête à affronter ses ennemis. Au-delà de
leur aspect technique,
ses recommandations reflètent l'état d'esprit dont le soldat
juif doit
s'imprégner lorsqu'il part en guerre. Avec son cortège de
violences et
d'exactions, la guerre plonge l'homme dans une situation inhabituelle,
propice au defoulement des pulsions les plus basses et les plus perverses.

Le mode de vie très particulier d'un camp militaire, avec la tension
constante qui y règne, ne doit pas nous faire oublier que nous restons
sanctifiés par la présence divine qui nous accompagne en
permanence.
Nous devons être capables de nous maîtriser en toute
circonstance. Nous
devons conserver cette noblesse morale qui distingue le peuple juif des
autres peuples. Certes, les camps militaires ne sont pas des centres de
villéglature: les conditions de vie y sont particulièrement
difficiles. Mais
c'est précisément dans la difficulté que se
révèle le Juif authentique, celui
qui sait se comporter dans toute situation comme un digne fils du peuple
d'Israël .

D'après l'interprétation de Nahmanide, ce passage de la Tora vient
nous mettre en garde contre les débordements fréquents qui
sont le propre
des soldats en temps de guerre: ils sont capables de manger des
nourritures abominables, de voler, de piller. Abandonnant toute retenue, ils
peuvent se laisser entraîner à la débauche ou à
des perversions. A tel point
que même l'homme le plus intègre et le plus docile se
transforme en être
cruel et coléreux lorsqu'il part en guerre. C'est la raison pour
laquelle la
Tora, qui nous sert de soutien dans les circonstances où nous risquerions
de glisser et de trébucher, a jugé nécessaire de nous
mettre en garde
contre "tout acte mauvais". Rabbenou Behaye vient renforcer cette
interprétation en citant l'exemple des Cananéens qui "se
comportaient,
dans tous les domaines, sans le moindre scrupule lorsqu'ils partaient en
guerre. C'est pourquoi la Tora demande à l 'armée d
'Israël de se conduire
avec retenue dans des circonstances identiques".

Dans son Guide des Egarés, Maïmonide se penche lui aussi sur ce
passage de la Tora selon lequel toute impureté doit être
extirpée du camp
d'Israël: "Il s'agit d'un avertissement car on connait bien les habitudes
des soldats qui partent en guerre, qui séjournent longtemps hors de leurs
maisons. Les gens sont éloignés de leur cadre de vie
habituel, ils sont
séparés de leurs épouses, c'est pourquoi leurs
instincts exacerbés
trouvent dans la débacle une échappatoire" (Guide des
Egarés, vol. 3,
chap. 41). Maïmonide souligne ensuite que notre conduite doit toujours
tenir compte de la Présence divine - Shekhina - qui nous accompagne: "Et
ton camp sera saint - Afin qu'il soit établi, pour chacun des
soldats juifs,
que le camp est semblable à un sanctuaire divin et ne peut
être comparé
au camp des 'gentils' qui est lieu d'abomination, de débauche et de vol"
(ibid. ) .

La Présence divine ne réside pas parmi nous uniquement en temps de
paix: elle reste à nos côtés lorsque notre peuple part
en guerre. De la
même manière qu'il existe des lois qui régissent notre
vie civile, il en est
d'autres qui orientent notre conduite lorsque nous partons au combat. Pour
Maïmonide, I'armée juive en guerre ne doit pas fournir à
l'homme
l'occasion de défouler ses plus bas instincts, elle est
destinée au contraire à
orienter les êtres humains vers le service divin, à
améliorer la situation de
la nation et à faire triompher la justice.
La conduite au sein de l'armée revêt donc une importance
primordiale.
C'est dans le même sens que l'on doit comprendre les regles
d'hygiène
exposées dans ce passage: "Tu réserveras un endroit à
l'extérieur du
camp, où tu puisses aller à l'écart. Et tu auras une
bêche dans ton
équipement, et lorsque tu iras t 'isoler, tu creuseras une
feuillée et tu en
recouvriras tes excréments". Ce n'est pas parce que l'on part en
guerre que
l'on doit pour autant abandonner les règles d'hygiène.

Le campement doit conserver une certaine décence, proche de la
sainteté, qui exclut tout espace rebutant. Nous aurions pu croire que les
conditions matérielles particulières, dans lesquelles se
trouve un peuple en
guerre, le dispenseraient de ce genre de contrainte, et que rien
n'empêcherait les soldats de se soulager où bon leur
semblerait. Il n'en est
rien ! Ces règles d'hygiène et de décence, qui sont
impératives dans la vie
de tous les jours, conservent leur importance dans un cadre militaire. C'est
dans cette perspective que la Tora recommande et même ordonne au
soldat juif de se munir d'une pioche ou d'un autre ustensile permettant de
creuser, lorsqu'il part pour la guerre. Maïmonide précise que,
pour des
raisons d'hygiène, il convient d'installer ces toilettes à
l'exténeur du camp,
non seulement pour éloigner la saleté mais également
pour que l'homme ne
soit pas ravalé au rang d'animal. Aussi surprenant que cela puisse
paraître,
ce commandement permet de raffermir la foi en Dieu du combattant, car
c'est avant tout parce qu'il accueille en permanence la Sainteté
divine que
le camp doit rester propre et saint: "Car I Éternel ton Dieu se trouve au
sein de ton camp" (Guide des Egarés, vol. 3, chap. 41).

Mais, il existe une autre interprétation de notre passage central: "Tu te
garderas de toute parole déplacée". Nos Sages expliquent en
effet que ces
versets font référence à l'interdiction de la
médisance (Traité Pea du
Talmud de Jérusalem, chap. I, alinéa 1). D'après
Nahmanide, cette notion
de médisance fait ici référence au danger des
querelles intestines qui
risqueraient de détourner les soldats de leur lutte contre l'ennemi commun.
Malheureusement, comme nous l'avons vu à l'époque de la
destruction du
Second Temple, les guerres fratricides, qui trouvent souvent leur origine
dans la médisance, ont des conséquences bien plus dramatiques
que les
conflits qui nous opposent à un ennemi extérieur

Nos Sages nous rapportent la question, posée par Moïse notre
maître,
qui se demande quelles fautes des Enfants d'Israël ont pu provoquer leur
asservissement. Il comprit que cette faute n'était autre que la
médisance,
lorsqu'il fut confronté à la fameuse réplique d'un
Hébreu: "Me tueras-tu
comme tu as tue I'Egyptien " Moïse dit alors: "Maintenant je sais
pourquoi ils sont réduits à l'esclavage".

Lorsque Moïse tua l'Egyptien, il n'y avait qu'un seul témoin:
le Juif
qu'il avait sauvé. Or ce Juif rapporta ce qui s'était
passé à l'un de ses
proches, sans comprendre que ses propos risquaient de parvenir aux
Egyptiens. C'est ainsi que Moïse fut contraint de prendre la fuite pour
échapper aux polices du Pharaon.

Nos Sages se posent une question presque identique dans le chapitre du
Talmud de Jérusalem cité plus haut: comment se fait-il que
l'armée de
David dans laquelle tous les combattants étaient des justes, ait subi des
pertes importantes, alors que l'armée d'Achab, un roi d'Israël
impie et
idolâtre, remporta en son temps victoire sur victoire sans victimes ? Ce
paradoxe est expliqué de la manière suivante: "C'est parce que
les soldats
de David médisaient, tandis que ceux d'Achab ne s'adonnaient pas
à la
médisance". Lorsque, par exemple, David se cacha dans la ville de
Zif, des
"fuites" permirent à la nouvelle de se répandre rapidement.
Par contre,
lorsque le prophète Ovadia dissimula cent prophètes dans une
caverne, le
roi Achab n'en sut rien.

Il ne suffit donc pas d'observer, au sein de l'armée, les
règles d'hygiène
et de conserver une pensée pure (Avoda Zara, 20/b), il faut
également qu'il
y ait une relation d'amitié entre les soldats.

Cet enseignement reste valable de nos jours. Certes, il existe des
divergences d'opinion au sein de la société
israélienne civile. Mais il faut
faire taire ces dissensions lorsque nous partons en guerre contre nos
ennemis. Car ces derniers ne seraient que trop satisfaits de l'aubaine !
Nous devons définir avec soin l'ordre de nos priorités: il
est essentiel de
rester unis face à nos ennemis et de laisser nos différends
internes pour un
autre temps.