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KI TETSE (I)

LA GUERRE ET SES DESORDRES

"Lorsque tu partiras en guerre contre tes ennemis, que l'Eternel ton
Dieu les livrera en ton pouvoir et que tu feras des prisonniers"
(Deutéronome, XXI, 10). Notre section hebdomadaire nous fait
découvrir, dans sa première partie, les dangers moraux que la
guerre
fait courir au peuple d'Israël et les perversions qu'elle risque
d'introduire dams sa vie sociale.

Ce premier paragraphe est consacré au thème de la guerre.
Force est de
constater que le peuple juif, si épris de paix, a dû subir
depuis ses origines,
les affres de la guerre. Ce combat est en fait double: nous devons, d'une
part, résister à nos ennemis, et parallèlement faire
face aux désordres
moraux que la guerre risque d'engendrer.

En effet, la guerre peut avoir des effets moraux extrêmement
destructeurs . Ie premier chapitre est consacré à la "belle
captive". Le
combattant qui capture, au cours d'une campagne, une femme de belle
apparence doit savoir que la Tora lui interdit d'oublier qu'il s'agit
là, avant
tout, d'un être humain : "Tu l'amèneras dans ta maison. Elle se
rasera la
tête, se coupera les ongles, retirera son vêtement de captive
et demeurera
dans ta maison. Elle pleurera son père et sa mère un mois entier et
seulement après, tu pourras l'approcher et la posséder et elle
sera ta
femme. Si, ensuite, tu n 'en veux plus, tu devras la laisser partir libre de sa
personne mais tu ne la vendras pas a prix d'argent. Tu ne l'exploiteras
pas après avoir abusé d 'elle, car elle a suffisamment souffert"
(Deutéronome, XXI, 12- 14).

La guerre risque d'annihiler tout sentiment humain et moral chez le
combattant au point d'en faire un être cruel et indélicat
à l'endroit des
captives étrangères.

On peut cependant s'interroger sur les raisons qui ont poussé la
Tora à
autoriser un soldat juif à s'emparer d'une prisonnière. Nos
sages nous
répondent qu'il s'agit là d'une concession faite à la
nature humaine pour
lutter contre l'instinct du mal (Talmud, traité Kiddouchin, 21/b).
Si la Tora
n'avait pas autonsé les combattants à s'emparer aunsi de
prisonnières, ils
auraient passé outre, car un tel comportement est inhérent
à la nature
humaine.

La Tora a donc opté dans ce cas pour le moindre mal, restreignant la
liberté d'action du guerrier épns d'une
étrangère. Rachi fait d'ailleurs
remarquer, avec beaucoup de pertinence, que les différentes lois
relatives à
cette belle captive sont destinées en fait à "gagner du
temps" et à permettre
au soldat de se lasser d'elle. Cette conception permet de mieux
comprendre les prescnptions enjoignant à la captive de se tondre les
cheveux et de se couper les ongles. Elle doit aussi enlever ses beaux
vetements, autres instruments de séduction. Elle pleurera durant un mois.
A force de la voir pleurer, le soldat risque de se détacher d'elle
et de la
trouver repoussante. Elle sera enveloppée de tristesse afin que ce
combattant lui préfère une fille d'Israël souriante et
pleine de vie. Et
évidemment, il n'est pas certain que cette non juive accepte de se
convertir
en bonne et due forme.

L'objectif implicite de toutes ces prescriptions est donc clair: la Tora
s'efforce de conduire le combattant à rejeter sa captive. Elle fait
dans ce
cas précis une concession à l'instinct du mal pour mieux le
combattre et
permettre à l'homme de venir à bout de ses penchants naturels.

Dans cette optique, on peut se poser une question supplémentaire: s'il
en est ainsi dans le cas de la belle captive pourquoi ne pas adopter la
même
attitude chaque fois que l'être humain se trouve fortement
attiré par une
femme ? Tout simplement parce que nous nous trouvons ici dans un
contexte tout à fait particulier. Lorsqu'il part en guerre, I'homme
devient un
soldat qui a pour mission essentielle de lutter et de vaincre ses ennemis. Il
doit se consacrer pleinement à sa tâche de guerrier et ne peut
pas prendre
le risque d'etre séduit par une créature qui le
détournerait de son combat.
Loin de son foyer, de ses amis, I'homme devient plus vulnérable et risque
d'être amené à désirer toute femme qui se
trouvera sur son chemin. C'est
uniquement dans ce cas qu'il a fallu faire des concessions. De la même
manière, un soldat qui ne parvient pas à trouver de la
nourriture autorisée,
a le droit d'en consommer de la non casher (Traité Houlin, 17/a). On
estime que la recherche de nourriture casher pourrait affaiblir son ardeur
combative.

Second sujet de notre section: la bigamie. "Si un homme a deux
femmes, I'une qu'il aime et l'autre qu'il déteste, si toutes deux lui ont
donné des fils, celle qu'il aime et celle qu'il n'aime pas, et que
l'aîné se
trouve appartenir à la femme qu'il déteste, le jour où
il partagera entre
ses fils ce qu'il possèdera il ne pourra pas traiter en
aîné le fils de la
femme qu'il aime au détriment du fils de la femme qu'il n'aime pas
qui est
l'aîné. Il devra donner une double part à
l'aîné de la femme qu'il déteste
et reconnaîtra ainsi son droit d'aînesse" (ibid., 15-17).

Ce tableau déplorable laisse apparaître une très nette
critique de la
bigamie: un homme qui a deux femmes sera très probablement
amené à
préférer l'une d'elles, ce qui d'ailleurs était le cas
de Jacob qui préférait
Rachel à Léa. Léa elle-même, se sentait
haïe uniquement parce que Jacob
aimait davantage Rachel.

Rachi, reprenant les commentaires de sages antérieurs, explique la
relatihon entre ce paragraphe et le précédent: "Lorsque l'on
se marie avec
une belle captive, on risque d'arriver à une situation où
l'attirance se
transforme en haine". On ne peut pas construire un foyer et établir des
liens durables uniquement sur la base d'une attirance physique.

Cette attirance, nous le savons, n'est pas proscrite par la Tora, à
condition qu'elle soit d'essence pure. Elle ne peut cependant en aucun cas
constituer l'essentiel d'une union entre deux êtres. On comprend
aisément
qu'un mariage conclu sur la base d'une attirance physique ne peut
résister à
l'usure du temps. En l'absence de liens moraux et affectifs plus profonds,
cette relation risque même de se transformer en haine. Nos Sages
rapportent à ce propos l'épisode d'Amnon qui était
tellement attiré par sa
demi-soeur Tamar qu'il l'a violée. Par la suite, ce grand amour s'est
transformé en une haine farouche (Avot, V, 16). C'est là donc
le second
maillon de la chaîne de malheurs qui peut s'abattre sur celui qui part en
guerre. Or se permet de saisir une captive et de s'unir à elle: le
mariage se
dégrade alors rapidement et l'amour se transforme en haine.

Le troisième paragraphe nous présente de cas du "fils rebelle" qui
n'écoute ni la voix de son père ni celle de sa mère. Il
commet des fautes
graves et aucun châtiment ne parvient à lui imposer le respect
de ses
parents et à le remettre sur le droit chemin: "Alors son père
et sa mère se
saisiront de lui et l'amèneront devant les anciens de sa ville ... Alors tous
les habitants de cette ville le lapideront à mort et tu feras
disparaitre le
mal du milieu de toi et tout Israël entendra et craindra" (ibid., 19-21).

La sentence peut paraître sévère et
disproportionnée surtout envers un
jeune garçon dont le principal crime a été de prendre
de l'argent
appartenant à ses parents pour se livrer à quelques repas de
débauche.
Mais comme le précise encore une fois Rachi, selon nos Sages, le "fils
rebelle" est jugé par rapport a son évolubon potentielle. La
Tora pénètre
jusqu'au plus profond de ses intentions. S'il a dilapidé l'argent de ses
parents, il deviendra, par la suite, un bandit de grands chemins et
n'hésitera
pas à dépouiller tous ceux qu'il rencontrera. C'est pourquoi
la Tora a voulu
couper court à ce débordement de mal et de débauche et
mettre fin aux
méfaits du jeune homme avant qu'ils n'atteignent des proportions encore
plus dramatiques. A notre époque, où tant de jeunes
désoeuvrés n'hésitent
pas à voler ou à tuer pour se procurer de la drogue, ce
commentaire de
Rachi n'a nen perdu de sa pertinence.

La participation du peuple à la lapidation a également une valeur
dissuasive à l'égard de toute la jeunesse qui pourrait
être tentée par
l'exemple de ce dangereux dévergondage.

Là aussi, la relation entre les différents paragraphes est
claire. Les
frictions et la haine entre conjoints peuvent malheureusement nuire à
l'éducation des enfants, les ébranler et les conduire
à se comporter comme
des "fils rebelles". Notre chaîne des malheurs se poursuit donc: I'absence
de moralité et de pureté conduit l'homme à succomber
à ses instincts, au
lieu de les combattre et d'en venir à bout. Le fait d'être
attiré physiquement
par une non juive ne peut en aucun cas aboutir à une union solide
même
après la conversion. Au contraire, elles risque de susciter à
la longue une
haine mutuelle et par là même de porter préjudice
à l'éducation des
enfants .

Tel est le triste tableau de la guerre que la Tora nous dresse. Au-delà
même du cortége douloureux des pertes en vies humaines, cette
description devrait suffire à nous dissuader d'entamer un confiit.
Mais à la
vérité, il manque encore un élément dans ce
raisonnement bien pessimiste
en apparence. Toutes ces recommandabons, nous explique Rachi qui
reprend le Sifré, ne sont en effet valables que dans le cas d'une guerre
facultative (Milhemet Rechout) et certainement pas lorsqu'il s'agit d'une
guerre obligatoire (Milhemet Mitsva) de défense (voir la section
Chofetim). Une mitsva ne peut corrompre la personne humaine. Au
contraire, elle la sanctifie: "Qui nous a sanctifié et nous a
ordonné de
faire [telle ou telle mitsva]", disons-nous dans nos
bénédictions. C'est
pourquoi il est écrit: "Lorsque tu partiras en guerre" et non pas
comme il
est précisé ailleurs: "Lorsqu'une guerre viendra sur ton
pays". La guerre
vouée à la défense de sa patrie est sacrée. Par
contre la guerre de conquête,
même si elle est autorisée par les Sages du Sanhédrin
(voir Maïmonide,
Lois sur les Rois, chap. 5) comporte des risques de tout ordre et fait l'objet
de sérieuses réserves.