----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ------------------------------------------------------------------------------ KI TETSE (I) LA GUERRE ET SES DESORDRES "Lorsque tu partiras en guerre contre tes ennemis, que l'Eternel ton Dieu les livrera en ton pouvoir et que tu feras des prisonniers" (Deutéronome, XXI, 10). Notre section hebdomadaire nous fait découvrir, dans sa première partie, les dangers moraux que la guerre fait courir au peuple d'Israël et les perversions qu'elle risque d'introduire dams sa vie sociale. Ce premier paragraphe est consacré au thème de la guerre. Force est de constater que le peuple juif, si épris de paix, a dû subir depuis ses origines, les affres de la guerre. Ce combat est en fait double: nous devons, d'une part, résister à nos ennemis, et parallèlement faire face aux désordres moraux que la guerre risque d'engendrer. En effet, la guerre peut avoir des effets moraux extrêmement destructeurs . Ie premier chapitre est consacré à la "belle captive". Le combattant qui capture, au cours d'une campagne, une femme de belle apparence doit savoir que la Tora lui interdit d'oublier qu'il s'agit là, avant tout, d'un être humain : "Tu l'amèneras dans ta maison. Elle se rasera la tête, se coupera les ongles, retirera son vêtement de captive et demeurera dans ta maison. Elle pleurera son père et sa mère un mois entier et seulement après, tu pourras l'approcher et la posséder et elle sera ta femme. Si, ensuite, tu n 'en veux plus, tu devras la laisser partir libre de sa personne mais tu ne la vendras pas a prix d'argent. Tu ne l'exploiteras pas après avoir abusé d 'elle, car elle a suffisamment souffert" (Deutéronome, XXI, 12- 14). La guerre risque d'annihiler tout sentiment humain et moral chez le combattant au point d'en faire un être cruel et indélicat à l'endroit des captives étrangères. On peut cependant s'interroger sur les raisons qui ont poussé la Tora à autoriser un soldat juif à s'emparer d'une prisonnière. Nos sages nous répondent qu'il s'agit là d'une concession faite à la nature humaine pour lutter contre l'instinct du mal (Talmud, traité Kiddouchin, 21/b). Si la Tora n'avait pas autonsé les combattants à s'emparer aunsi de prisonnières, ils auraient passé outre, car un tel comportement est inhérent à la nature humaine. La Tora a donc opté dans ce cas pour le moindre mal, restreignant la liberté d'action du guerrier épns d'une étrangère. Rachi fait d'ailleurs remarquer, avec beaucoup de pertinence, que les différentes lois relatives à cette belle captive sont destinées en fait à "gagner du temps" et à permettre au soldat de se lasser d'elle. Cette conception permet de mieux comprendre les prescnptions enjoignant à la captive de se tondre les cheveux et de se couper les ongles. Elle doit aussi enlever ses beaux vetements, autres instruments de séduction. Elle pleurera durant un mois. A force de la voir pleurer, le soldat risque de se détacher d'elle et de la trouver repoussante. Elle sera enveloppée de tristesse afin que ce combattant lui préfère une fille d'Israël souriante et pleine de vie. Et évidemment, il n'est pas certain que cette non juive accepte de se convertir en bonne et due forme. L'objectif implicite de toutes ces prescriptions est donc clair: la Tora s'efforce de conduire le combattant à rejeter sa captive. Elle fait dans ce cas précis une concession à l'instinct du mal pour mieux le combattre et permettre à l'homme de venir à bout de ses penchants naturels. Dans cette optique, on peut se poser une question supplémentaire: s'il en est ainsi dans le cas de la belle captive pourquoi ne pas adopter la même attitude chaque fois que l'être humain se trouve fortement attiré par une femme ? Tout simplement parce que nous nous trouvons ici dans un contexte tout à fait particulier. Lorsqu'il part en guerre, I'homme devient un soldat qui a pour mission essentielle de lutter et de vaincre ses ennemis. Il doit se consacrer pleinement à sa tâche de guerrier et ne peut pas prendre le risque d'etre séduit par une créature qui le détournerait de son combat. Loin de son foyer, de ses amis, I'homme devient plus vulnérable et risque d'être amené à désirer toute femme qui se trouvera sur son chemin. C'est uniquement dans ce cas qu'il a fallu faire des concessions. De la même manière, un soldat qui ne parvient pas à trouver de la nourriture autorisée, a le droit d'en consommer de la non casher (Traité Houlin, 17/a). On estime que la recherche de nourriture casher pourrait affaiblir son ardeur combative. Second sujet de notre section: la bigamie. "Si un homme a deux femmes, I'une qu'il aime et l'autre qu'il déteste, si toutes deux lui ont donné des fils, celle qu'il aime et celle qu'il n'aime pas, et que l'aîné se trouve appartenir à la femme qu'il déteste, le jour où il partagera entre ses fils ce qu'il possèdera il ne pourra pas traiter en aîné le fils de la femme qu'il aime au détriment du fils de la femme qu'il n'aime pas qui est l'aîné. Il devra donner une double part à l'aîné de la femme qu'il déteste et reconnaîtra ainsi son droit d'aînesse" (ibid., 15-17). Ce tableau déplorable laisse apparaître une très nette critique de la bigamie: un homme qui a deux femmes sera très probablement amené à préférer l'une d'elles, ce qui d'ailleurs était le cas de Jacob qui préférait Rachel à Léa. Léa elle-même, se sentait haïe uniquement parce que Jacob aimait davantage Rachel. Rachi, reprenant les commentaires de sages antérieurs, explique la relatihon entre ce paragraphe et le précédent: "Lorsque l'on se marie avec une belle captive, on risque d'arriver à une situation où l'attirance se transforme en haine". On ne peut pas construire un foyer et établir des liens durables uniquement sur la base d'une attirance physique. Cette attirance, nous le savons, n'est pas proscrite par la Tora, à condition qu'elle soit d'essence pure. Elle ne peut cependant en aucun cas constituer l'essentiel d'une union entre deux êtres. On comprend aisément qu'un mariage conclu sur la base d'une attirance physique ne peut résister à l'usure du temps. En l'absence de liens moraux et affectifs plus profonds, cette relation risque même de se transformer en haine. Nos Sages rapportent à ce propos l'épisode d'Amnon qui était tellement attiré par sa demi-soeur Tamar qu'il l'a violée. Par la suite, ce grand amour s'est transformé en une haine farouche (Avot, V, 16). C'est là donc le second maillon de la chaîne de malheurs qui peut s'abattre sur celui qui part en guerre. Or se permet de saisir une captive et de s'unir à elle: le mariage se dégrade alors rapidement et l'amour se transforme en haine. Le troisième paragraphe nous présente de cas du "fils rebelle" qui n'écoute ni la voix de son père ni celle de sa mère. Il commet des fautes graves et aucun châtiment ne parvient à lui imposer le respect de ses parents et à le remettre sur le droit chemin: "Alors son père et sa mère se saisiront de lui et l'amèneront devant les anciens de sa ville ... Alors tous les habitants de cette ville le lapideront à mort et tu feras disparaitre le mal du milieu de toi et tout Israël entendra et craindra" (ibid., 19-21). La sentence peut paraître sévère et disproportionnée surtout envers un jeune garçon dont le principal crime a été de prendre de l'argent appartenant à ses parents pour se livrer à quelques repas de débauche. Mais comme le précise encore une fois Rachi, selon nos Sages, le "fils rebelle" est jugé par rapport a son évolubon potentielle. La Tora pénètre jusqu'au plus profond de ses intentions. S'il a dilapidé l'argent de ses parents, il deviendra, par la suite, un bandit de grands chemins et n'hésitera pas à dépouiller tous ceux qu'il rencontrera. C'est pourquoi la Tora a voulu couper court à ce débordement de mal et de débauche et mettre fin aux méfaits du jeune homme avant qu'ils n'atteignent des proportions encore plus dramatiques. A notre époque, où tant de jeunes désoeuvrés n'hésitent pas à voler ou à tuer pour se procurer de la drogue, ce commentaire de Rachi n'a nen perdu de sa pertinence. La participation du peuple à la lapidation a également une valeur dissuasive à l'égard de toute la jeunesse qui pourrait être tentée par l'exemple de ce dangereux dévergondage. Là aussi, la relation entre les différents paragraphes est claire. Les frictions et la haine entre conjoints peuvent malheureusement nuire à l'éducation des enfants, les ébranler et les conduire à se comporter comme des "fils rebelles". Notre chaîne des malheurs se poursuit donc: I'absence de moralité et de pureté conduit l'homme à succomber à ses instincts, au lieu de les combattre et d'en venir à bout. Le fait d'être attiré physiquement par une non juive ne peut en aucun cas aboutir à une union solide même après la conversion. Au contraire, elles risque de susciter à la longue une haine mutuelle et par là même de porter préjudice à l'éducation des enfants . Tel est le triste tableau de la guerre que la Tora nous dresse. Au-delà même du cortége douloureux des pertes en vies humaines, cette description devrait suffire à nous dissuader d'entamer un confiit. Mais à la vérité, il manque encore un élément dans ce raisonnement bien pessimiste en apparence. Toutes ces recommandabons, nous explique Rachi qui reprend le Sifré, ne sont en effet valables que dans le cas d'une guerre facultative (Milhemet Rechout) et certainement pas lorsqu'il s'agit d'une guerre obligatoire (Milhemet Mitsva) de défense (voir la section Chofetim). Une mitsva ne peut corrompre la personne humaine. Au contraire, elle la sanctifie: "Qui nous a sanctifié et nous a ordonné de faire [telle ou telle mitsva]", disons-nous dans nos bénédictions. C'est pourquoi il est écrit: "Lorsque tu partiras en guerre" et non pas comme il est précisé ailleurs: "Lorsqu'une guerre viendra sur ton pays". La guerre vouée à la défense de sa patrie est sacrée. Par contre la guerre de conquête, même si elle est autorisée par les Sages du Sanhédrin (voir Maïmonide, Lois sur les Rois, chap. 5) comporte des risques de tout ordre et fait l'objet de sérieuses réserves.