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KI TAVO

PAR-DELA LE MALHEUR

Toutcs les catastrophes dont le peuple juif est menacé dans la section
de cette semaine "Ki Tavo" sont conditionnelles. Elles ne sont sensées
s'abattre sur lui que s'il manque à ses obligations et cesse d'observer
la Tora.

Notre section est marquée par un imposant chapelet de
malédictions,
toutes plus teribles les unes que les autres, qui semblent rencontrer un
triste écho dans l'histoire diasporique de notre peuple, et
notamment chez
nous, descendants de la generation qui a subi la Shoa. En lisant ces versets,
certains d'entre nous ne peuvent s'empêcher de penser à leurs
proches,
disparus dans les ghettos d'Europe de I'Est, dans les camps d'extermination
nazis ou dans les pogroms d'Afrique du Nord.

Au-dela de leur caractère insoutenable, ces malédictions,
longuement
décrites dans notre paracha, peuvent trouver, chacune à sa
manière, une
justification dans l'alliance entre Dieu et l'homme, qui fut gravée
sur des
pierres: "Et lorsque vous aurez traversé le Jourdain, vous dresserez ces
pierres, comme je vous le prescris aujoud'hui sur le mont Eval, et tu les
enduiras de chaux Tu érigeras là un autel au Seigneur ton
Dieu, un autel
de pierres, que le fer n'aura point touché. C'est en pierres
intactes que tu
construiras l'autel du Seigneur ton Dieu: tu y offriras des holocaustes au
Seigneur ton Dieu. Tu y feras aussi des sacrifces de paix, tu les
mangeras là, et tu te réjouiras en présence du
Seigneur ton Dieu. Tu
écriras sur les pierres les paroles de cette loi en les expliquant bien"
(Deutéronome XXV, 4-8).

Le thème des pierres est déjà abordé dans les
versets précédents: "Et
quand vous traverserez le Jourdain vers la terre que l'Eternel ton Dieu te
donne, tu élèveras de grandes pierres que tu enduiras de
chaux, et tu y
écriras toutes les paroles de cette Tora, afin que tu puisses
arriver vers la
terre que l'Eternel ton Dieu te donne" (ibid., 2-3).

La Tora qui est inscrite sur ces pierres représente la condition sine qua
non de la pérennité du peuple juif en Eretz Israël: il y
a là un rapport de
cause à effet. Tout comme l'univers est inéluctablement
dirigé par les lois
de la physique, le peuple juif est indissociable des lois de la Tora qui, loin
d'être seulement un livre historique ou abstrait, représente
un véritable
code de vie et constitue un engagement qui doit permettre la
réalisation de
l'identité juive.

Avant même d'être gravée sur ces pierres, la Tora
était ancrée au plus
profond de nos coeurs. Elle a marqué la nature profonde de nos âmes
depuis les origines du peuple juif, depuis nos patriarches, Abraham, Isaac
et Jacob. Certes, nous sommes un peuple élu, comme les textes nous le
rappellent: "Et Dieu te choisit pour être pour Lui un peuple"
(Deutéronome XXVI, 18). Mais, loin de nous octroyer des droits
supplémentaires ou préférentiels, cette
"élection" nous impose au contraire
des devoirs particuliers qui impliquent un effort constant pour tendre vers
une conduite morale idéale.

En effet, s'il suffit à l'ensemble de l'humanité de se
conformer au code
des lois de Noé qui ne comporte que sept préceptes de morale
universelle,
les Juifs sont tenus, quant à eux, de respecter les six cent treize
mitsvot de
la Tora, et les diverses dispositions complémentaires qu'y ont
ajouté nos
Sages. Il s'agit là d'un système de valeurs intrinsèques qui doit guider notre
conduite en tout temps, et dont le non-respect risque de nous mener au
désastre. D'après un célèbre midrash
rapporté par nos Sages (Traité
Shabbat, 88/a), I'Eternel aurait renversé la montagne sur les Enfants
d'Israël, au moment du don de la Tora et aurait proféré
cette angoissante
menace: "Si vous acceptez la Tora, très bien, sinon, cet endroit sera
votre tombeau" ! En d'autres termes, la Tora représente une source
vitale,
puisque sans elle nous pouvons perdre la vie.

Pour le prophète Ezéchiel, I'exil est une sorte de
cimetière: "Je suis
dans la vallée, et elle est pleine d'ossements" (ch. 37). C'est là
qu'intervient la Ségoula - la particularité - du peuple juif:
Ce peuple,
même malade, peut ressusciter. Il peut restituer en lui les forces de
vie qui
ont été eteintes par l'obscurité de ses propres
fautes. Tout dépend donc de
l'attitude du peuple et de sa capacité à se reprendre.

L'élection du peuple juif n'est pas dénuée de toute
dimension spatiale.
Certes, la Tora est extra-territoriale et extra-temporelle.
Néanmoins, elle
reste liée à la Terre d'Israël. C'est pour cela
qu'à l'entrée en Eretz Israël,
après avoir franchi le Jourdain, le peuple est invité à
graver sa Tora sur des
pierres témoins, ceci sans rapport avec le rouleau de parchemin, pratique
et transportable qui l'accompagne en tout lieu. et notamment en exil. Le
Rav Shimshon Rafael Hirsch explique que les "Badim" - ou barres en bois
précieux - placées sur les côtés de l'Arche,
permettaient non seulement de
la soulever mais venaient également signifier que l'Arche jouissait d'un
"statut exterritorial" et pouvait ainsi être transportée
d'endroit en endroit.
Tout comme l'Arche sainte, la Tora possédait et possède aujourd`hui
encore ce statut d'exterritonalité. Resté etranger au
mouvement sioniste, le
Rav Hirsch considérait que le devoir prioritaire des rabbins
était d'orienter
le judaisme de diaspora dans la voie des mitsvot, et c'est dans cette
perspective qu'il rappelle souvent, dans son vaste enseignement, que la
Tora accompagne le peuple juif partout où il va.

Il existe effectivement une dimension extraterritoriale de la Tora, et
c'est pourtant cette même Tora qui fut écrite sur de grandes
pierres: elle
appartient au monde entier, mais elle n'atteint sa véritable
dimension qu'en
Eretz Israël. Comme le disait le Hafetz Haim, une mitsva accomplie en
Eretz Israël vaut vingt fois plus que la même mitsva accomplie
en exil. Et
la réciproque est vraie: lorsque l'on enfreint les lois de la Tora
en Terre
sainte, cette faute revêt une gravité particulière. Nos
Sages soulignent cette
responsabilité du peuple juif quant au respect de la Tora en Eretz
Israël,
par le proverbe suivant: "Ne ressemble pas à celui qui se rebelle
contre le
roi dans la rue à celui qui se rebelle dans l'enceinte du palais
royal'. En
manquant à nos devoirs, nous créons un terrain propice
à la dislocation et
au malheur, car nous trahissons en fait notre nature propre, et cette nature
prend en quelque sorte sa revanche. L'exil n'apparaît donc pas comme un
hasard: il fait partie de l'ordre divin.

Parmi toutes les atrocités qui se sont abattues sur le peuple juif, les
horreurs de la Shoa dépassaient tellement l'entendement qu'elles
n'ont été
évoquées qu'allusivement dans l'un des versets de notre
paracha: "...et
toutes les maladies, y compris les maladies et malheurs qui ne sont pas
écrits, Dieu les placera sur toi" (Deutéronome, XXVIII, 61).

Il faut malheureusement reconnaitre que, sans les divers tourments que
nous avons connus durant cette période, nous nous serions peut-être
installés définitivement dans le confort de l'exil. Le texte
se termine par un
verset de mauvais augure: "Et tu seras vendu à tes ennemis en esclavage,
et ils ne t'achèteront point". Il est en fait étonnant que
cette paracha se
termine sur une note négative, malgré le principe bien connu
selon lequel
on doit toujours termine la lecture d'une section de la Tora par un
élément
positif Rabbi David ben Zimra, le Radbaz, qui fut l'un des Sages éminents
de Safed, explique (Responsa vol. 2, 669) qu'en fait, la fin de notre section
se trouve dans la paracha suivante Nitzavim, au tout début du chapitre
XXX, qui nous détaille la promesse de la délivrance absolue.

Nous apprenons donc dans ce chapitre XXX que, lorsque toutes les
malédictions signalées dans la Tora se seront
réalisées, nous nous
repentirons et l'Eternel nous ramènera en Eretz Israël. Nous
connaîtrons
donc la grande consolation, la grande Nehama, cette prophétie de
consolation qui inclut à la fois la Techouva et la Guéoula,
I'amendement
spirituel et la délivrance du peuple juif.

Au-delà de la conduite des événements sous le signe du
"crime et du
châtiment", Dieu est quant à Lui rempli d'un amour
inconditionnel pour le
peuple juif Car Il n'abandonne pas ses fidèles serviteurs et n'abroge pas
son alliance avec eux. S'il y a "crime", il doit y avoir "châtiment", mais
l'amour se situe par-delà tous les événements. Cette
constante selon
laquelle chaque déviation de notre part est indissociablement
liée à un
malheur ne provient pas du hasard mais de l'intervention divine dans
l'histoire de l'humanité, cependant l'amour transcende tout.

Nous sommes soutenus par la certitude que le peuple Juif connaîtra
finalement la délivrance. Cette attente bimillénaire
touche,grâce à Dieu, à
sa fin. Tous les événements extraordinaires qui ont
bouleversé l'histoire
mondiale au cours de ces cent dernières années et qui ont
ramené le peuple
juif sur sa terre, portent la marque de l'intervention divine dans l'histoire,
et expriment l'amour éternel de Dieu envers Son peuple.