----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ------------------------------------------------------------------------------ KI TAVO PAR-DELA LE MALHEUR Toutcs les catastrophes dont le peuple juif est menacé dans la section de cette semaine "Ki Tavo" sont conditionnelles. Elles ne sont sensées s'abattre sur lui que s'il manque à ses obligations et cesse d'observer la Tora. Notre section est marquée par un imposant chapelet de malédictions, toutes plus teribles les unes que les autres, qui semblent rencontrer un triste écho dans l'histoire diasporique de notre peuple, et notamment chez nous, descendants de la generation qui a subi la Shoa. En lisant ces versets, certains d'entre nous ne peuvent s'empêcher de penser à leurs proches, disparus dans les ghettos d'Europe de I'Est, dans les camps d'extermination nazis ou dans les pogroms d'Afrique du Nord. Au-dela de leur caractère insoutenable, ces malédictions, longuement décrites dans notre paracha, peuvent trouver, chacune à sa manière, une justification dans l'alliance entre Dieu et l'homme, qui fut gravée sur des pierres: "Et lorsque vous aurez traversé le Jourdain, vous dresserez ces pierres, comme je vous le prescris aujoud'hui sur le mont Eval, et tu les enduiras de chaux Tu érigeras là un autel au Seigneur ton Dieu, un autel de pierres, que le fer n'aura point touché. C'est en pierres intactes que tu construiras l'autel du Seigneur ton Dieu: tu y offriras des holocaustes au Seigneur ton Dieu. Tu y feras aussi des sacrifces de paix, tu les mangeras là, et tu te réjouiras en présence du Seigneur ton Dieu. Tu écriras sur les pierres les paroles de cette loi en les expliquant bien" (Deutéronome XXV, 4-8). Le thème des pierres est déjà abordé dans les versets précédents: "Et quand vous traverserez le Jourdain vers la terre que l'Eternel ton Dieu te donne, tu élèveras de grandes pierres que tu enduiras de chaux, et tu y écriras toutes les paroles de cette Tora, afin que tu puisses arriver vers la terre que l'Eternel ton Dieu te donne" (ibid., 2-3). La Tora qui est inscrite sur ces pierres représente la condition sine qua non de la pérennité du peuple juif en Eretz Israël: il y a là un rapport de cause à effet. Tout comme l'univers est inéluctablement dirigé par les lois de la physique, le peuple juif est indissociable des lois de la Tora qui, loin d'être seulement un livre historique ou abstrait, représente un véritable code de vie et constitue un engagement qui doit permettre la réalisation de l'identité juive. Avant même d'être gravée sur ces pierres, la Tora était ancrée au plus profond de nos coeurs. Elle a marqué la nature profonde de nos âmes depuis les origines du peuple juif, depuis nos patriarches, Abraham, Isaac et Jacob. Certes, nous sommes un peuple élu, comme les textes nous le rappellent: "Et Dieu te choisit pour être pour Lui un peuple" (Deutéronome XXVI, 18). Mais, loin de nous octroyer des droits supplémentaires ou préférentiels, cette "élection" nous impose au contraire des devoirs particuliers qui impliquent un effort constant pour tendre vers une conduite morale idéale. En effet, s'il suffit à l'ensemble de l'humanité de se conformer au code des lois de Noé qui ne comporte que sept préceptes de morale universelle, les Juifs sont tenus, quant à eux, de respecter les six cent treize mitsvot de la Tora, et les diverses dispositions complémentaires qu'y ont ajouté nos Sages. Il s'agit là d'un système de valeurs intrinsèques qui doit guider notre conduite en tout temps, et dont le non-respect risque de nous mener au désastre. D'après un célèbre midrash rapporté par nos Sages (Traité Shabbat, 88/a), I'Eternel aurait renversé la montagne sur les Enfants d'Israël, au moment du don de la Tora et aurait proféré cette angoissante menace: "Si vous acceptez la Tora, très bien, sinon, cet endroit sera votre tombeau" ! En d'autres termes, la Tora représente une source vitale, puisque sans elle nous pouvons perdre la vie. Pour le prophète Ezéchiel, I'exil est une sorte de cimetière: "Je suis dans la vallée, et elle est pleine d'ossements" (ch. 37). C'est là qu'intervient la Ségoula - la particularité - du peuple juif: Ce peuple, même malade, peut ressusciter. Il peut restituer en lui les forces de vie qui ont été eteintes par l'obscurité de ses propres fautes. Tout dépend donc de l'attitude du peuple et de sa capacité à se reprendre. L'élection du peuple juif n'est pas dénuée de toute dimension spatiale. Certes, la Tora est extra-territoriale et extra-temporelle. Néanmoins, elle reste liée à la Terre d'Israël. C'est pour cela qu'à l'entrée en Eretz Israël, après avoir franchi le Jourdain, le peuple est invité à graver sa Tora sur des pierres témoins, ceci sans rapport avec le rouleau de parchemin, pratique et transportable qui l'accompagne en tout lieu. et notamment en exil. Le Rav Shimshon Rafael Hirsch explique que les "Badim" - ou barres en bois précieux - placées sur les côtés de l'Arche, permettaient non seulement de la soulever mais venaient également signifier que l'Arche jouissait d'un "statut exterritorial" et pouvait ainsi être transportée d'endroit en endroit. Tout comme l'Arche sainte, la Tora possédait et possède aujourd`hui encore ce statut d'exterritonalité. Resté etranger au mouvement sioniste, le Rav Hirsch considérait que le devoir prioritaire des rabbins était d'orienter le judaisme de diaspora dans la voie des mitsvot, et c'est dans cette perspective qu'il rappelle souvent, dans son vaste enseignement, que la Tora accompagne le peuple juif partout où il va. Il existe effectivement une dimension extraterritoriale de la Tora, et c'est pourtant cette même Tora qui fut écrite sur de grandes pierres: elle appartient au monde entier, mais elle n'atteint sa véritable dimension qu'en Eretz Israël. Comme le disait le Hafetz Haim, une mitsva accomplie en Eretz Israël vaut vingt fois plus que la même mitsva accomplie en exil. Et la réciproque est vraie: lorsque l'on enfreint les lois de la Tora en Terre sainte, cette faute revêt une gravité particulière. Nos Sages soulignent cette responsabilité du peuple juif quant au respect de la Tora en Eretz Israël, par le proverbe suivant: "Ne ressemble pas à celui qui se rebelle contre le roi dans la rue à celui qui se rebelle dans l'enceinte du palais royal'. En manquant à nos devoirs, nous créons un terrain propice à la dislocation et au malheur, car nous trahissons en fait notre nature propre, et cette nature prend en quelque sorte sa revanche. L'exil n'apparaît donc pas comme un hasard: il fait partie de l'ordre divin. Parmi toutes les atrocités qui se sont abattues sur le peuple juif, les horreurs de la Shoa dépassaient tellement l'entendement qu'elles n'ont été évoquées qu'allusivement dans l'un des versets de notre paracha: "...et toutes les maladies, y compris les maladies et malheurs qui ne sont pas écrits, Dieu les placera sur toi" (Deutéronome, XXVIII, 61). Il faut malheureusement reconnaitre que, sans les divers tourments que nous avons connus durant cette période, nous nous serions peut-être installés définitivement dans le confort de l'exil. Le texte se termine par un verset de mauvais augure: "Et tu seras vendu à tes ennemis en esclavage, et ils ne t'achèteront point". Il est en fait étonnant que cette paracha se termine sur une note négative, malgré le principe bien connu selon lequel on doit toujours termine la lecture d'une section de la Tora par un élément positif Rabbi David ben Zimra, le Radbaz, qui fut l'un des Sages éminents de Safed, explique (Responsa vol. 2, 669) qu'en fait, la fin de notre section se trouve dans la paracha suivante Nitzavim, au tout début du chapitre XXX, qui nous détaille la promesse de la délivrance absolue. Nous apprenons donc dans ce chapitre XXX que, lorsque toutes les malédictions signalées dans la Tora se seront réalisées, nous nous repentirons et l'Eternel nous ramènera en Eretz Israël. Nous connaîtrons donc la grande consolation, la grande Nehama, cette prophétie de consolation qui inclut à la fois la Techouva et la Guéoula, I'amendement spirituel et la délivrance du peuple juif. Au-delà de la conduite des événements sous le signe du "crime et du châtiment", Dieu est quant à Lui rempli d'un amour inconditionnel pour le peuple juif Car Il n'abandonne pas ses fidèles serviteurs et n'abroge pas son alliance avec eux. S'il y a "crime", il doit y avoir "châtiment", mais l'amour se situe par-delà tous les événements. Cette constante selon laquelle chaque déviation de notre part est indissociablement liée à un malheur ne provient pas du hasard mais de l'intervention divine dans l'histoire de l'humanité, cependant l'amour transcende tout. Nous sommes soutenus par la certitude que le peuple Juif connaîtra finalement la délivrance. Cette attente bimillénaire touche,grâce à Dieu, à sa fin. Tous les événements extraordinaires qui ont bouleversé l'histoire mondiale au cours de ces cent dernières années et qui ont ramené le peuple juif sur sa terre, portent la marque de l'intervention divine dans l'histoire, et expriment l'amour éternel de Dieu envers Son peuple.