-----------------------------------------------------------------
-------------
																					©Tout droits réservés

							Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël

											Communauté On-Line : WWW.COL.FR
------------------------------------------------------------------------------
YOM KIPPOUR (II)

COMMENT "FAIRE TESHOUVA" AUJOURD'HUI

Peut-on comparer la "teshouva" telle que nous la concevons à notre
époque, et la manière dont nos ancêtres se repentaient
voilà cent ou
même mille ans ?

De prime abord, nous serions logiquement tentés de répondre
positivement à cette question: en effet, si la Tora est
éternelle et qu'elle
transcende le temps et l'espace, le Juif "moderne" devrait se repentir tout
comme celui du Moyen Age.

Pourtant, tel ne semble pas être l'avis du Gaon de Vilna, cité
dans le
livre "Even Shlema" (XI, 9), qui explique que chaque
génération voit se
manifester un nouvel attribut divin à travers le prisme selon lequel
l'Eternel
juge tous ses faits et gestes. D'après cet enseignement, chaque
génération
serait donc fort différente l'une de l'autre, et il serait donc
impossible
d'attendre de chacune la même "stratégie spirituelle" de repentir.

La notion de teshouva se trouve profondément enracinée dans
le coeur
de chaque être humain, mais d'un individu à l'autre, c'est
l'approche qui
diffère, ainsi que la manière dont chacun parvient à
lever les multiples
obstacles se dressant sur son chemin. Il est indéniable que
l'intellectnel, le
sentimental, I'ouvrier et l'étudiant de yeshiva ne vivent pas leur
teshouva de
la même manière, alors que l'objectif en demeure identique. De
même,
chaque génération est-elle marquée par des
caractéristiques propres et que
les guides spirituels du moment doivent avoir bien saisis pour lui prodiguer
un enseignement adapté. Car, si le fond en reste inchangé, la
forme de
l'enseignement prendra à chaque fois un contour original,
adapté aux
nécessités et aux besoins précis de la
génération à qui il est destiné.
Comme nous l'ont enseigné nos Sages, "chaque
génération a ses
interprètes et ses Sages" (Traité talmudique Sanhedrin, p. 38/b).

Un enseignement de nos Sages (Midrash Rabba sur un verset du
Cantique des Cantiques [I, 8], nous apprend également que l'Eternel
aurait
montré au premier homme, Adam, tous les chefs d'Israël
jusqu'à la
dernière génération qui est appelée "la
génération du talon" parce qu'elle
"talonnera" la venue du Messie. Or, I'une des spécificités de
notre époque
tient précisément au privilège que nous avons
d'appartenir à cette
"génération du talon": c'est donc bien là ce qui doit
orienter notre
teshouva.

Il faut bien comprendre que le repentir envisagé par la Tora n'a pas
pour finalité de simplement corriger des erreurs humaines
passagères, ni
d'être le fruit d'un mouvement divin ascendant qui brasserait d'en haut
l'esprit des hommes. En fait, elle est plus un mouvement de l'âme,
caché
dans les tréfonds du subconscient de chaque être, qui sans
cesse l'attire
vers la surface. Ce n'est qu'ainsi que l'on peut la définir ensuite
comme une
energie qui fait progresser peu à peu l'histoire humaine.

L'histoire serait d'aiileurs elle-même un processus de teshouva,
puisqu'elle constituerait le cheminement de l'humanité vers son
avenir - un
cheminement qui pourrait être certes difficile, et fait de hauts et
de bas,
mais qui forcément devraie atteindre son but. Car, si l'on se penche
sur les
méandres de l'histoire universelle, force est de constater que même
lorsqu'il est dans "le creux de la vague", ce processus est toujours
à toute
époque, une recherche de Dieu, de la vérité et de la
droiture !

Et c'est pourquoi, lorsqu'un individu cherche la voie du retour et du
repentir, il est impossible pour lui, comme certains le croient, de "court-
circuiter" l'Histoire: car, en fin de compte la "main" qui écrit
cette Histoire
n'est-elle pas bien celle qui a rédigé la Tora et "qui
accorde son pardon à
ceux qui le méritent" ? Il est donc capital de savoir interpreter
l'Histoire,
même lorsque certaines de ses manifestations peuvent apparaître
confuses
et troubles. Il est essentiel de savoir discerner la volonté divine
à l'oeuvre à
travers cette Histoire.

Eternelle, immuable et transcendante, la Tora existait avant l'histoire
humaine: elle lui survivra. Toutefois, lorsque nous avions autrefois des
prophètes, ils pouvaient nous éveilier aux commandements
spécifiques
qu'exigeait le moment (Tsav ha-Shaa). Or aujourd'hui, faute de prophètes,
il nous suffit d'ouvrir les yeux et de constater que Dieu est en train
d'appliquer dans notre réalité quotidienne ce verset que nous
récitons trois
fois par jour dans la prière des "Dix-Huit
bénédictions": Il ramène Sa
présence à Sion" C'est là la lecture de l'Histoire
qu'un Juif croyant peut et
doit faire à la lumière de tous les événements
miraculeux intervenus sur
notre terre d'lsraël en cet incroyable siècle.

Evidemment, I'Histoire peut en elle-même être
considérée comme
"neutre" et donc soumise à de multiples interprétations, mais
c'est la foi en
Dieu - à savoir celle en la Tora, en l'ensemble de ses commentaires et de
ses promesses - qui nous permet de contempler l'histoire humaine avec les
yeux d'un "croyant". Et lorsque nous le faisons effectivement, nous ne
pouvons que remarquer cette impressionnante réalisation des promesses de
la Tora et des prophètes relatives au retour du peuple juif sur sa
terre, "à la
fin des temps" de l'exil.

En effet si nous avions à nouveau la chance de posséder nos
prophètes
bibliques aujourd'hui, ils nous exhorteraient et nous diraient probablement
en ces termes: "Le temps est venu ! Fuyez l'exil, et montez en terre
d'Israël pour la reconstruire ! Combattez de toute votre
énergie dans
l'armée d'Israël ! Renforcez l'Etat d'Israël ! C'est
là l'originalité du
message divin qui jaillit de toutes nos anciennes traditions à
travers notre
génération. Dieu nous appelle à faire teshouva et Il
insiste cette fois sur
le retour vers notre terre ancestrale. Des dizaines de
générations n'ont
pas eu le mérite de pouvoir revenir sur cette terre, et c'est une
évidence
incontournable que d'affirmer que cet immense privilège a
été accordé à
notre géneration. Profitons-en et revenons vers I'Eternel, et vers Sa
terre ! "

C'est donc ce message que les prophètes, s'ils existaient, nous
transmettraient aujourd'hui. Or, à défaut de les entendre,
nous pouvons
affirmer que la voix divine jaillit, seule, à travers les
évenements mêmes de
l'Histoire. Il serait donc exclu de "neutraliser" et de banaliser ces
événements prodigieux en restant sourd à cet appel
divin et en nous
dispensant des tâches que la Tora nous demande d'accomplir à notre
époque.

Celui qui agirait ainsi serait porteur d'un message tronqué: il ne
pourrait en aucun cas se frayer une voie vers le coeur des membres de
notre génération ! Cette oreille attentive à la
révélation divine s'avérant tout
à fait spécifique à notre génération, ne doit toutefois pas se dérober aux
commandements éternels enseignés par la Tora. Cette
écoute prophétique
doit rester grandement disponible et ouverte au message de la tradition et
du respect scupuleux des mitsvot.

En fait, ce message "actualisé" doit être aussi perçu
comme l'appel à
respecter nombre de commandements (comme par exemple, ceux
concernant la terre d'Israël) qui furent durant deux mille ans
censurés,
envers et contre nous, par le lourd fardeau de l'exil. Ces préceptes
doivent
aujourdui à nouveau être respectés sous le nouveau
"ciel de Sion": "Or
hadash al Tsion taïr' - Tu feras jaillir une nouvelle lumiere de Sion - dit
un verset que nous récitons chaque matin en prélude à
la lecture de la
prière du Shema Israël. Car il nous faut comprendre qu'en
retoumant sur
la terre d'Israël, nous retrouvons la même Tora
éternelle, mais sous un
nouvel éclairage: nous ne pourrons plus jamais interpréter
par exemple
cette "nouvelle lumière qut jaillira à Sion", comme le
faisaient encore nos
aïeux au début du siècle !

On raconte l'histoire suivante: un Sage avait l'habitude d'étudier
la Tora
avec son gendre. Lorsqu'un fidele venait lui poser des questions portant sur
la Loi juive traditionnelle, la Halakha, le Sage répondait toujours avec
précision. Un jour, le Sage s'absenta au moment précis
où une personne
vint lui demander si tel morceau de viande était casher et consommable
d'après la Halakha ou non. Le gendre refusa d'abord de remplacer son
beau-père. Mais suite aux pressions du visiteur, il dut, bon
gré, mal gré,
répondre à la question: ce qu'il fit avec précision et
sagesse. Plus tard, il
expliqua à son beau-père le cheminement de son raisonnement
à propos de
ce morceau de viande - qu'il pensait être du foie. Le Sage
répliqua: "Ton
raisonnement est exact à une nuance près: il ne s'agissait pas
de foie,
mais de rate !"

Cette anecdote nous apprend que lorsque l'on parle de Tora, on doit
toujours s'appuyer sur deux "vérités" complémentaires:
celle de
l'enseignement divin, éternel et théorique, et les
données exactes et
véridiques de la situation que nous sommes en train de vivre: celles
de la
réalite présente.

Le maître qui se fixe pour objectif de ramener vers la Tora des âmes
juives égarées sait qu'il devra utiliser un langage
adéquat et imagé -
d'aucuns diront moderne - captable et concret pour interpeller son public.
Si d'emblée, il se lance dans des explications complexes du Talmud ou
d'un livre kabbalistique, il est peu probable qu'il atteindra son but ! Chaque
génération possède son mode de communication propre, et
il nous faut
savoir que de génération en génération, la Tora
pourra être expliquée selon
chacun de ses modes.

Le Rav Kook l'avait parfaitement compris. Dans l'une de ses "Lettres"
(378), il insiste sur la nécessité absolue d'écrire un
ouvrage sur la teshouYa
qui soit adapté à notre  génération : "Celui
qui voudrait parler de la
teshouva, écrit-il, sans prendre en compte la lumière
jaillissante de la
rédemption, ne pourra rien créer qui ne soit conforme
à la vérité de la
Tora !" Il faut donc faire appel à deux vérités: la
vérité 'théorique' et la
vérité 'pratique', car chaque époque se distingue
conformément à sa nature
spécifique. Il est vrai qu'il n'est pas toujours facile de percevoir
cette
lumière dissimulée par toute cette apparente pauvreté
spirituelle de notre
génération ! Mais néanmoins, nous vivons une époque de délivrance,
ajoute-t-il en substance.

Et c'est précisément là ce qui rend le repentir plus
difficile à notre
époque: aujourd'hui, nous devons nous mesurer à un nouveau
défi fait à la
fois de lumière et d'obscurité ! D'un côté, le
peuple juif est en train de
revenir sur sa terre ancestrale - une terre qui, pour la première
fois depuis
deux millénaires, donne ses fruits - et aussi d'acquérir une
indépendance
reconnue par les nations du monde. Mais, de l'autre, comment peut-on
"mettre de côté" une catastrophe aussi gigantesque et
"cosmique" que la
Shoa qui s'est abattue sur notre peuple, justement au coeur de ce
siècle, ou,
sous un tout autre angle, les graves problèmes d'identité
juive qui secouent
aujourd'hui tout Israël ?

Car événements nécessitent donc, de par leur
contemporanéité, d'être
interprétés grâce à un modèle particulier
de communication et de lecture
susceptible à la fois d'intensifier notre respect pour la Tora
millénnaire et
notre crainte de l'Eternel, mais aussi notre amour et notre attachement -
plus que jamais susceptible d'être concrétisés - pour
la terre d'Israël.