----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ------------------------------------------------------------------------------ YOM KIPPOUR (I) JONAS OU LA TECHOUVA INTEGRE Il n'est pas fortuit que nous lisions le Livre de Jonas au cours de l'office de l'après-midi de Yom Kippour. En effet, ce livre est intégralement consacré à la Techouva, au repentir: ce texte a ceci de particulier qu'il nous relate le succès rencontré par le prophète Jonas dans son projet de remettre la ville dépravée de Ninive dans le droit chemin, et ce, après seulement trois jours d'appels et d'invectives à travers cette capitale. Nous ne pouvons manquer d'être surpris par l'attitude de refus de Jonas qui, avant de prophetiser dans Ninive, décide de se dérober et de fuir vers une autre contrée: c'est pleinement conscient qu'il se refuse à accomplir la mission de prophétie dont l'Eternel l'a chargé. Evidemment une question préliminaire surgit à notre esprit: comment un prophète peut-il refuser d'accomplir un devoir sacré, et surtout comment, lui qui reçoit ses "ordres de missions" directement de l'Eternel, peut-il envisager sérieusement la possibilité de fuir Dieu ? Ne sait-il donc pas que a présence divine emplit tout l'univers ? Le Radak, Rabbi David Kimchi, commente ce pasage et explique que Jonas n'avait nullement l'intention de fuir Dieu: il souhaitait seulement abandonner le lieu de la prophétie. "Car ce prophète était un puits de science et de connaissance", disent les commentateurs. En fait, Jonas ne fuyait pas Dieu mais la possibilité de prophétiser au nom de Dieu ! On sait que la prophétie n'existe qu'en Eretz Israël, et qu'à l'extérieur, il est impossible de recevoir toute inspiration prophétique. Donc, logiquement, en fuyant en exil, Jonas n'aurait techniquement pas pu accomplir sa mission. Rabbi David Ben Zimra, qui résidait à Safed il y a quatre cents ans, donne quant à lui une interprétation plus nuancée de ce principe: certes la prophétie n'atteint pas ceux qui résident à l'étranger, par contre si un prophète entreprend sa mission en Eretz Israël, celle-ci pourra se poursuivre en exil, comme ce fut le cas du prophète Ezéchiel (Traité talmudique Moed Katan, p. 25). Plus tard dans notre récit, alors qu'il se trouvait dans les entrailles du poisson, Jonas s'est repenti. Bien qu'étant des personnalités d'une très haute élévation spirituelle, les prophètes n'en demeurent pas moins des hommes, dotes de qualités et de défauts. Nul n'est parfait, ni infaillible, explique Maïmonide dans le Vlle chapitre de son traité intitulé Les Huit Chapitres. L'une des fautes spécifiques aux prophètes, nous disent nos Sages, consiste precisément en ce qu'ils peuvent décider de refouler leur prophétie (Kovech Nevouato). Pour illustrer ce cas, le Talmud rapporte justement l'histoire de Jonas refusant de parler à Ninive et passant outre à l'ordre d'apporter le message divin à ses destinataires (Traité Sanhédrin p. 89/a). Mais qu'est-ce qui pouvait donc pousser Jonas à un tel refus ? Notre prophète ne souhaitait-il point voir la ville de Ninive retourner sur le droit chemin ? C'est Jonas lui-même qui nous donne sa réponse. En effet, à la lecture attentive du texte, on remarque qu'après que la population de Ninive ait bel et bien fait Techouva, Jonas plonge dans l'amertume et le désespoir en disant: "Hélas ! Seigneur, n'est-ce pas là ce que je disais étant encore dans mon pays ? Aussi m'étais-je empressé de fuir à Tarchich. Car je savais que Tu étais un Dieu clément et miséricordieux, plein de longanimité et de bienveillance, prompt à revenir sur les menaces" (Jonas, IV, 2). Jonas savait donc à lavance que Dieu accepterait de pardonmer aux habitants de Ninive, alors que lui-même n'était pas prêt à le faire. Son refus et sa colère etaient motivés par le fait que Dieu étant un Dieu de pardon, et dans ce cas, le pardon lui était insupportable ! Pour Jonas, il etait en effet trop facile de faire le mal, pour ensuite l'effcer d'un seul mouvement de l'âme. Il savait assurément que la Tora acceptait la Techouva et promettait aux pécheurs le pardon. Il n'ignorait pas qu'Abraham, notre ancêtre, avait même prié pour la sauvegarde de Sodome, la ville de la débauche par excellence. Néanmoins, il considérait que, dans le cas de Ninive, le pardon était iilégitime: il désirait ardemment que justice soit faite dans toute sa rigueur ! D'une manière générale, la Techouva peut apparaître parfois comme contredisant l'attribut de Justice. Dans le Talmud de Jérusalem, on rapporte ainsi une question - "Quel est le châtiment du pécheur ?" - qui aurait été posée à trois reprises, obtenant trois réponses différentes. On questionna d'abord la Sagesse, qui répondit: "Les pécheurs seront poursuivis par le mal". La question fut ensuite posée à la Prophétie, qui répondit "La personne pécheresse mourra". Puis on interrogea enfin Dieu, qui répondit "Qu'il fasse Techouva, et il sera pardonné" (Talmud de Jérusaiem, Makot, II, 6). Par une analyse objective de la situation, la sagesse arrive ainsi à la conclusion que le mal engendré par le pécheur doit se retourner contre lui. Consciente de la gravité de la rébellion contre Dieu et du piétinement du bien par le pécheur, la prophétie conclut que cette personne doit mourir et qu'on ne peut paser outre. Par contre, Dieu est généreux. Il ouvre une porte rendant possible la purification et permet au pécheur de faire Techouva. Or cette pensée est insupportable pour Jonas. Pour lui, les gens de Ninive sont de tels pécheurs, ils ont tellement opprimé la veuve et l'orphelin, qu'il est impossible, en un tour de main, de leur pardonner ! Ce serait trop injuste, estime Jonas, leurs fautes sont trop graves et elles doivent donc être punies ! Mais la pensée du Créateur n'est pas celle du prophète: "Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voix ne sont pas vos voix !" (Isaïe, LIII). Dieu etait, quant à lui, prêt à accepter cette Techouva. Dans le prologue de son commentaire sur le Livre de Jonas, Rachi complète cette interprétation en lui donnant une orientation plus originale: "Ce n'était pas l'honneur de la moralité et de la vertu qui était en jeu, mais l 'honneur du peuple juif: Jonas a refusé d 'aller prophétiser à Ninive pour une seule raison - parce que les 'Gentils' sont proches de la Techouva (Krové Techouva), sont plus aptes et plus réceptifs au repentir 'Si je leur parle, dit Jonas, et qu'ils fassent Techouva, j'en viendrais par là-mème à condamner le peuple juif qui, Iui n 'écoute pas les paroles des prophètes ' ... ". Le prophète Jonas plaide donc avant tout pour l'honneur du peuple juif: il était prêt à se laisser jetter à la mer et à se sacrifier pour le peuple de Dieu ! "Les prophètes sont prêts à se sacriffer pour le peuple d'Israël' (Mekhilta de la section Bo). On s'en souvient, Moise avait également adopté une telle attitude face à Dieu après l'épisode du Veau d'or en demandant au Créateur de l'effacer de Son Livre s'Il ne pardonnait pas à Israël. Selon le Rav Kook, Moïse était même prêt à sacrifier son monde futur, qui n'est autre que le "Livre de Dieu" (Lettres §555). Le peuple juif est un peuple difficile qui ne se suffit pas de trois jours de réprimandes, comme à Ninive, pour faire Techouva. Pour notre peuple en effet, des centaines d'années de remontrances et des dizaines de prophètes n'ont pas suffit: c'est "un peuple à la nuque raide" qu'il est fort difficile de convaincre. Mais contrairement aux habitants non juifs de Ninive qui, peu après leur repentir reprirent le mauvais chemin, nous savons que, quand surviendra le repentir authentique du peuple d'Israël, cette Techouva sera quant à elle éternelle.