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YOM KIPPOUR (I)

JONAS OU LA TECHOUVA INTEGRE

Il n'est pas fortuit que nous lisions le Livre de Jonas au cours de
l'office de l'après-midi de Yom Kippour. En effet, ce livre est
intégralement consacré à la Techouva, au repentir: ce
texte a ceci de
particulier qu'il nous relate le succès rencontré par le
prophète Jonas
dans son projet de remettre la ville dépravée de Ninive dans
le droit
chemin, et ce, après seulement trois jours d'appels et d'invectives
à
travers cette capitale.

Nous ne pouvons manquer d'être surpris par l'attitude de refus de Jonas
qui, avant de prophetiser dans Ninive, décide de se dérober
et de fuir vers
une autre contrée: c'est pleinement conscient qu'il se refuse
à accomplir la
mission de prophétie dont l'Eternel l'a chargé.

Evidemment une question préliminaire surgit à notre esprit:
comment
un prophète peut-il refuser d'accomplir un devoir sacré, et surtout
comment, lui qui reçoit ses "ordres de missions" directement de
l'Eternel,
peut-il envisager sérieusement la possibilité de fuir Dieu ?
Ne sait-il donc
pas que a présence divine emplit tout l'univers ?

Le Radak, Rabbi David Kimchi, commente ce pasage et explique que
Jonas n'avait nullement l'intention de fuir Dieu: il souhaitait seulement
abandonner le lieu de la prophétie. "Car ce prophète
était un puits de
science et de connaissance", disent les commentateurs. En fait, Jonas ne
fuyait pas Dieu mais la possibilité de prophétiser au nom de
Dieu ! On sait
que la prophétie n'existe qu'en Eretz Israël, et qu'à
l'extérieur, il est
impossible de recevoir toute inspiration prophétique. Donc, logiquement,
en fuyant en exil, Jonas n'aurait techniquement pas pu accomplir sa
mission.

Rabbi David Ben Zimra, qui résidait à Safed il y a quatre
cents ans,
donne quant à lui une interprétation plus nuancée de
ce principe: certes la
prophétie n'atteint pas ceux qui résident à
l'étranger, par contre si un
prophète entreprend sa mission en Eretz Israël, celle-ci pourra se
poursuivre en exil, comme ce fut le cas du prophète Ezéchiel
(Traité
talmudique Moed Katan, p. 25).

Plus tard dans notre récit, alors qu'il se trouvait dans les
entrailles du
poisson, Jonas s'est repenti. Bien qu'étant des personnalités
d'une très
haute élévation spirituelle, les prophètes n'en
demeurent pas moins des
hommes, dotes de qualités et de défauts. Nul n'est parfait,
ni infaillible,
explique Maïmonide dans le Vlle chapitre de son traité
intitulé Les Huit
Chapitres. L'une des fautes spécifiques aux prophètes, nous
disent nos
Sages, consiste precisément en ce qu'ils peuvent décider de
refouler leur
prophétie (Kovech Nevouato). Pour illustrer ce cas, le Talmud rapporte
justement l'histoire de Jonas refusant de parler à Ninive et passant
outre à
l'ordre d'apporter le message divin à ses destinataires
(Traité Sanhédrin
p. 89/a).

Mais qu'est-ce qui pouvait donc pousser Jonas à un tel refus ? Notre
prophète ne souhaitait-il point voir la ville de Ninive retourner sur
le droit
chemin ? C'est Jonas lui-même qui nous donne sa réponse. En
effet, à la
lecture attentive du texte, on remarque qu'après que la population de
Ninive ait bel et bien fait Techouva, Jonas plonge dans l'amertume et le
désespoir en disant: "Hélas ! Seigneur, n'est-ce pas là ce que je disais
étant encore dans mon pays ? Aussi m'étais-je empressé
de fuir à
Tarchich. Car je savais que Tu étais un Dieu clément et
miséricordieux,
plein de longanimité et de bienveillance, prompt à revenir sur les
menaces" (Jonas, IV, 2).

Jonas savait donc à lavance que Dieu accepterait de pardonmer aux
habitants de Ninive, alors que lui-même n'était pas prêt
à le faire. Son refus
et sa colère etaient motivés par le fait que Dieu étant
un Dieu de pardon, et
dans ce cas, le pardon lui était insupportable ! Pour Jonas, il
etait en effet
trop facile de faire le mal, pour ensuite l'effcer d'un seul mouvement de
l'âme. Il savait assurément que la Tora acceptait la Techouva
et promettait
aux pécheurs le pardon. Il n'ignorait pas qu'Abraham, notre
ancêtre, avait
même prié pour la sauvegarde de Sodome, la ville de la
débauche par
excellence. Néanmoins, il considérait que, dans le cas de
Ninive, le pardon
était iilégitime: il désirait ardemment que justice
soit faite dans toute sa
rigueur !

D'une manière générale, la Techouva peut
apparaître parfois comme
contredisant l'attribut de Justice. Dans le Talmud de Jérusalem, on
rapporte ainsi une question - "Quel est le châtiment du
pécheur ?" - qui
aurait été posée à trois reprises, obtenant
trois réponses différentes. On
questionna d'abord la Sagesse, qui répondit: "Les pécheurs seront
poursuivis par le mal". La question fut ensuite posée à la
Prophétie, qui
répondit "La personne pécheresse mourra". Puis on interrogea enfin
Dieu, qui répondit "Qu'il fasse Techouva, et il sera
pardonné" (Talmud
de Jérusaiem, Makot, II, 6).

Par une analyse objective de la situation, la sagesse arrive ainsi à la
conclusion que le mal engendré par le pécheur doit se
retourner contre lui.
Consciente de la gravité de la rébellion contre Dieu et du
piétinement du
bien par le pécheur, la prophétie conclut que cette personne
doit mourir et
qu'on ne peut paser outre.

Par contre, Dieu est généreux. Il ouvre une porte rendant
possible la
purification et permet au pécheur de faire Techouva. Or cette
pensée est
insupportable pour Jonas. Pour lui, les gens de Ninive sont de tels
pécheurs, ils ont tellement opprimé la veuve et l'orphelin,
qu'il est
impossible, en un tour de main, de leur pardonner ! Ce serait trop injuste,
estime Jonas, leurs fautes sont trop graves et elles doivent donc être
punies !

Mais la pensée du Créateur n'est pas celle du prophète:
"Mes pensées
ne sont pas vos pensées, et mes voix ne sont pas vos voix !"
(Isaïe, LIII).
Dieu etait, quant à lui, prêt à accepter cette
Techouva. Dans le prologue de
son commentaire sur le Livre de Jonas, Rachi complète cette
interprétation
en lui donnant une orientation plus originale: "Ce n'était pas
l'honneur de
la moralité et de la vertu qui était en jeu, mais l 'honneur
du peuple juif:
Jonas a refusé d 'aller prophétiser à Ninive pour une
seule raison - parce
que les 'Gentils' sont proches de la Techouva (Krové Techouva), sont
plus aptes et plus réceptifs au repentir 'Si je leur parle, dit Jonas, et
qu'ils fassent Techouva, j'en viendrais par là-mème à
condamner le
peuple juif qui, Iui n 'écoute pas les paroles des prophètes '
... ".

Le prophète Jonas plaide donc avant tout pour l'honneur du peuple juif:
il était prêt à se laisser jetter à la mer et
à se sacrifier pour le peuple de
Dieu ! "Les prophètes sont prêts à se sacriffer pour le
peuple d'Israël'
(Mekhilta de la section Bo).

On s'en souvient, Moise avait également adopté une telle
attitude face à
Dieu après l'épisode du Veau d'or en demandant au
Créateur de l'effacer
de Son Livre s'Il ne pardonnait pas à Israël. Selon le Rav
Kook, Moïse était
même prêt à sacrifier son monde futur, qui n'est autre
que le "Livre de
Dieu" (Lettres 555).

Le peuple juif est un peuple difficile qui ne se suffit pas de trois jours
de réprimandes, comme à Ninive, pour faire Techouva. Pour
notre peuple
en effet, des centaines d'années de remontrances et des dizaines de
prophètes n'ont pas suffit: c'est "un peuple à la nuque raide"
qu'il est fort
difficile de convaincre.

Mais contrairement aux habitants non juifs de Ninive qui, peu après
leur repentir reprirent le mauvais chemin, nous savons que, quand
surviendra le repentir authentique du peuple d'Israël, cette Techouva sera
quant à elle éternelle.