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HAYE SARAH

UN ETRANGE TOMBEAU

Bien que les fondements de la Tora soient tous axés sur la vie et non
pas sur la mort, nous voilà confrontés dans notre section
hebdomadaire à un long et laborieux dialogue autour de l'acquisition
par le patriarche Abraham de la caverne tombale de Makhpéla tout
près de Hébron.

Cette véritable négociation commerciale est rapportée
dans ses plus
infimes détails. Rabbi Avraham Ibn Ezra attire notre attention sur
le fait
qu'il s'agit là de la première acquisition formelle et
juridique du peuple
d'Israël en terre d'Israël: "Cet épisode nous a
été rapporté afin de nous
faire prendre conscience du niveau supérieur conféré
à la terre d'Israël
par rapport aux aulres contrées, que ce soit pour les vivants ou pour les
défunts. Il s'agit également de la réalisation de la
promesse divine visant
à assurer à Abraham un héritage".

L'achat de ce tombeau destiné à Sarah, I'épouse
d'Abraham, marque
donc le début de l'enracinement réel et pratique du
patriarche sur cette
terre. Mais sa pénible discussion avec les propriétaires de
cette caverne
doit particulièrement attirer notre attention au fait qu'il y a
là un problème
d'une extrême gravité.

Au début, Abraham demande de manière très innocente:
"Accordez-
moi une sépulture au milieu de vous afin que j'ensevelisse mon mort de
devant moi" (Genèse, XXIII, 4). A cette requête, les enfants de
Het, qui
sont propnétaires du terrain, répondent apparemment avec largesse:
"Dans la meilleure partie de nos tombes, ensevelis ton mort. Nul d'entre
nous ne te refusera sa tombe pour inhumer ton mort" (ibid, 6). Puis, tout
à coup, Abraham devient plus direct: "Veuillez intercéder de
ma part
auprès de Ephron, fls de Tzohar, et qu'il me donne la caverne de
Makhpéla qu'il possède" (ibid, 8-9). Et Abraham explique alors
qu'il ne
veut pas un autre lieu.

A partir de là, le texte biblique nous fait assister à un
long débat entre
Abraham et les enfants de Het (ibid, 10-16) Ot, ce qui est le plus
remarquable, c'est que la Tora revient à deux reprises sur ce fait en
précisant que le champ d'Ephron appartient désormais à
Abraham: "Le
champ d'Ephron el la caverne qui s'y trouve devinrent la propriété
tombale d'Abraham", (ibid, 17-18). Et nos Sages insistent: "Ce champ a
reçu une élévation particulière car il passait
de la main d'un homme
simple à celle d 'un roi".

Si, de fait, la Tora accorde une extrême importance à cette
acquisition,
c'est parce que les deux premiers êtres humains, Adam et Eve, y
étaient
déjà enterrés (Traité talmudique Erouvin, p.
53/a) - ce que Abraham
savait, tout comme les enfants de Het. Les deux parties avaient fort bien
compris qu'être inhumé dans la caverne de Makhpéla
signifiait
qu'Abraham et Sarah étaient bel et bien les continuateurs d'Adam et Eve.
Evidemment, du fait de sa grande et constante humilité, Abraham ne parle
pas ici de lui-même, mais explique qui est Sarah: "Et Abraham vint pour
prononcer une éloge funèbre sur Sarah et pour la pleurer"
(ibid, 2).

Dans son propos, Abraham insiste sur la nature de Sarah, continuatrice
de la voie tracée par Eve, la mère de toutes les vies dans le
monde. "A ce
titre, fait remarquer Rachi, elle n'est plus Saraï [Ma princesse], mais
Sarah, la princesse du monde entier" (Genèse, XVII, 15). Sarah a
même,
selon nos Sages, le mérite de réparer les erreurs dramatique
d'Eve qui
avaient fait choir Adam et qui avaient entraîné l'apparition
de la mort sur
terre .

Toujours à propos de Sarah, il est écrit: "Tout ce que te
dira Sarah,
écoute sa voix" (Genèse, XXI, 12). Ainsi, lorsque Sarah dit
à Abraham, à
propos d'Agar et d'Ismaël: "Renvoie cette servante et son fils", Abraham
est-il vraiment perplexe et hésitant. "La chose fut mauvaise pour Abraham
à propos de son fils", dit explicitement la Tora: pour lui, il n'est
pas du
tout certain que ce soit là un conseil pertinent. Abraham se souvient en
effet du précédent catastrophique survenu au sein du premier
couple,
lorsque Adam a écouté le conseil d'Eve au coeur du jardin
d'Eden. C'est
alors qu'intervient l'annonce divine citée dans la Tora laquelle confirme
qu'il est impératif pour Abraham de suivre le conseil de sa femme.

On le sait, Eve fut punie et dut "enfanter dans la douleur": "Dans la
souffrance, tu enfanteras" (Genèse, III, 16). Or pour Sarah, I'enfantement
est au contraire un magnifique cadeau divin et un miraculeux
rajeunissement: "Après avoir flétri, je reviendrais à
la jeunesse" (Genese,
XXVIII, 12 et XXI, 6-7).
De son côté, Abraham est également le successeur d'Adam
dans le
monde. Nos Sages nous indiquent ainsi qu'il y a dix
générations d'Adam à
Noé - dont les fils furent effacés de la surface de la terre
par le Déluge - et
dix générations de Noé jusqu'à Abraham qui
"reçut le salaire de toutes ces
générations", (Avot, V, ). Notre patriarche est donc en
quelque sorte le
but ultime de la Création et la conclusion provisoire de sa
première phase.
En effet, jusqu'à l'apparition d'Abraham, n'a-t-on pas la sensation
que tout
ce qui s'était passé dans l'univers était finalement
sans grande valeur ? Et
c'est bien Abraham qui donne signification et valeur à l'existence du
monde .

A propos du verset "Voici l'histoire du ciel et de la terre lorsqu'ils ont
été créés [en hébreu: 'Behibaream']",
nos Sages disent: "Ne lis point
'Behibaream', mais 'BeAbraham' [par Abraham]", (Midrash Beréchit
Rabba, XIX, 6) En d'autres termes, le monde entier trouve sa justification
à travers Abraham. Notre patriarche et, à sa suite,
I'ensemble du peuple
d'Israël, oeuvrent afin de sauver l'humanité entière et
de la soustraire aux
affres dans lesquelles elle se trouve précipitée depuis la
faute du premier
homme .

Cette action continuelle a pour objectif de ramener le monde à sa
situation d'avant le péché originel, de le faire revenir au
Jardin d'Eden et,
qui plus est, de le retransformer en Jardin d'Eden (voir à ce propos les
Lettres du Rav Kook, Vol 1, page 163). Quant au Ramhal - Rabbi Moshé
Haïm Luzato (dans son livre Dereh Hachem) - il insiste sur le fait que
c'est uniquement au sein du peuple d'Israël que demeure encore quelque
chose de l"'éclat spirituel" dont était
pénétré Adam avant sa faute. La tâche
des enfants d'Abrabam sera désormais de restaurer cet éclat
dans le monde
entier.

Les enfants de Het auxquels s'adresse Abraham ne sont pas des gens
communs, mais des personnalités de première importance: ils
habitent en
terre d'Israël et ont donc indubitablement un lien avec cette terre. Par
ailleurs, les textes rapportent que leur culture était bien plus
développée
que celle d'Abraham: c'est pourquoi, au cours des negociations, ils
comprennent apparemment très bien pourquoi Abraham insiste autant pour
obtenir le Caveau de Makhpéla.

On comprend donc mieux pourquoi ces pourparlers se durcissent à
partir de là et deviennent ostensiblement beaucoup plus ardus et
pénibles.
En parallèle de cete négociation commerciale, se
dévoile en filigrane un
débat extrêmement profond qui a pour objectif de
déterminer qui est le
continuateur authentique d'Adam, le premier homme sur terre.

Très souvent, on remarque l'importance et la stature d'un homme dans
le monde au travers de sa volonté d'être enseveli
précisément dans le
tombeau familial, près de ceux dont il se considère le
continuateur. La
Halacha - le code de la Loi juive traditionnelle - accorde d'ailleurs une
importance particulière au lieu dans lequel l'homme est enterré et
également aux autres morts avec qui il est enterré. Chaque
roi prend
toujours ses dispositions afin de se faire enterrer dans un caveau royal,
avec ses ancêtres (voir II Chroniques, XXI, 20-24-25).
Lorsqu'à l'époque
du roi Ezéchias, Chevna décide que la majorité du
peuple est avec lui, il se
creuse symboliquement un tombeau dans le caveau royal (Talmud
Sanhedrin, p. 26/a). Ainsi, les tombeaux familiaux ont-ils une importance
telle d'après la Loi juive qu'il est même permis de sortir un
mort pour
l'enterrer auprès de ses ancêtres - et ce, bien que d'une
manière genérale, il
s'agisse là d'un acte interdit et considéré comme une
profanation pour le
défunt.

Nous en déduisons donc que le lieu même où l'homme est
enterré est en
relation profonde avec sa nature, son esprit et son âme. D'apres le
Talmud,
la tombe reste le dernier lieu de rencontre de la persorme humaine avec un
lieu terrestre, son âme restant dans une certaine mesure
attachée à ce lieu
même (Traité Berakhot, p. 1 8/b).

C'est pourquoi Abraham tient tant à s'attacher au site où ont
été
inhumés Adam et Eve, en tant que continuateur du projet divin au sein de
l'humanité.

La première manifestation d'enracinement authentique et durable en
terre d'Israël a également une signification cosmologique -
c'est-à-dire
historique - au plan de l'évolution centrale de l'humanité:
n'est-il pas
évident qu'aujourd'hui, les litiges les plus sérieux relatifs
à la possession de
la terre d'Israël possèdent bel et bien un sens historique et
spirituel
dépassant de loin les questions de geostratégie et de politique ?