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							Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël

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--EMOR

SANCTIFIER LE NOM DE DIEU

"Et Je résiderai au sein des Enfants d'Israël, et vous ne profanerez
point Mon Saint Nom" (Vayikra, XXII, 32). D'une certaine manière,
les deux directives divines contenues daus ce verset de notre section
hebdomadaire représentent en fait la finalité suprême
de toute la
Tora et de l'ensemble de la Révélation divine.

On est en droit de se demander pourquoi l'Eternel, qui siège dans le
firmament, a besoin de résider dans le monde ici-bas. La réponse
traditionnelle qui est donnée explique que c'est avant tout pour y
répandre
la Lumière sainte et pour avoir une "demeure" au sein même du
monde de
la matière.

Pour mieux comprendre cela, on peut se référer au texte fort
éloquent
de la "kedousha", récité trois fois par jour dans la
prière, lors de la
répétihon des "Dix-Huit Bénédictions": "Nous
sanctifierons Ton Nom
dans ce monde, de même qu'on Le sanctifie dans le monde
céleste" - selon
le rite ashkénaze. Cette mission de sanctifier sur terre le Nom de
Dieu est
confiée à l'homme et en particulier au peuple juif.

Mais comment peut-on donc sanctifier le Nom de Dieu ?

Très souvent dans le judaïsme, ce concept est lié au
sacrifice même de
sa propre vie - le "Kiddoush Hashem". Maïmonide l'explique dans son
"Livre des Commandements (Sefer haMitzvot): "Nous avons reçu l'ordre
de sanctifier le Nom divin comme il est écrit: 'Je serai
sanctifié au sein
des Enfants d'Israël'. Autrement dit, nous devons être
prêts à sacrifier
notre vie pour le respect des commandements de la Tora" (alinéa 296).

Evidemment, il faut préciser qu'on ne fait pas mention ici de l'ensemble
des mitzvot, mais plutôt des interdits les plus graves, à
savoir : I'idolâtrie,
la débauche et le meurtre, ainsi que certains cas d'exception comme, par
exemple, les décrets d'extermination du peuple juif en exil
(Traité
talmudique Sanhédrin, p. 74).

Mais il s'avère que la sanctification du Nom de Dieu peut ne pas
être
forcément liée à une issue tragique débouchant
sur la mort : si le monde a
été créé pour que le Nom de Dieu y soit
sanctifié, il est assurément
préférable que cette sanctification soit opérée
par des vivants dans le
monde des vivants.

Ainsi le fait d'aller jusqu'à sacrifier sa vie ne devrait être
qu'une
exception. En fin de compte, lorsque chacun de nous accomplit un
commandement divin, il opère par là-même une
sanctification du Nom
divin ainsi qu'une sanctification de la personne humaine. Comme nous le
disons dans la plupart des bénédicbons: "Sois béni,
Eternel notre Dieu ...
qui nous a sanctifiés par Ses commandements". Inversement, chaque fois
que l'on commet une transgression, se produit une sorte d'éclipse ou
d'effacement de la Lumiere divine qui aurait pu se répandre dans
l'univers.

C'est bien ce que dit Maïmonide: "Lorsqu'un être humain transgresse
un commandement sans y avoir été contraint -
c'est-à-dire en toute
connaissance de cause ou même par esprit de révolte - cela devient
automatiquement un cas de profanation du Nom divin Tandis que celui
qui sait surmonter son penchant vers la faute ou qui accomplit un
commandement positif - non pas par peur de quelconques 'représailles
divines' ou parce qu'il recherche des honneurs - mais uniquement pour
accomplir la volonté divine, sanctifier le Nom de I'Eternel". L'un des
exemples bibliques parmi les plus célèbres est celui de Joseph
le Juste qui
a été capable de dominer ses instincts face aux tentatives de
séduction
répétées de la femme de son maître Poutiphar :
ce faisant, il a sanctifié le
Nom de Dieu (voir Maïmonide, Livre de la Connaissance - Lois sur les
fondements de la Tor, chapitre V, alinéa 10) Lorsqu'un homme
accomplit les commandements divins par idéal et non par
intérêt, il
sanctifie donc le Nom de Dieu.

Enfin, il existe une dernière manière d'opérer une telle
sanctification - et
qui n'est pas la moins importante: ce sont les exigences morales de chaque
personne connue comme fidèle à l'étude de la Tora et
à son
accomplissement. Ainsi, lorsque la conduite d'un homme de Tora s'expose
à la critique et que son entourage remarque ce regrettable comportement
sur le plan moral, nous nous trouvons, d'après le Talmud, face
à une
dramatique profanation du Nom divin: " .. 'Tu aimeras l'Eternel, ton Dieu'
constitue certes un commandement capital, mais il est tout aussi
important de faire également en sorte que le Nom de Dieu soit
aimé et
respecté par Ses créatures ! Certes, il est important d
'apprendre la Tora
et d'étudier ses précepes mais il est tout aussi capital que
tes affaires
soient conduites avec honnêteté afin que des regards
d'admiration et de
respect se portent vers toi et que les gens disent . 'Heureux cet homme qui
a étudié la Tora et ô combien ses agissements sont
irreprochables !'. Tous
diront alors: ' Il nous faut suivre son exemple ! Nous allons commencer à
étudier la Tora et à l'enseigner à nos enfants !'
Ainsi, le Nom de Dieu sera
sanctifié grace à lui. C'est à propos de cet homme
qu'il est écrit: 'Israël,
toi par qui Je Me glorifie' ... Par contre, lorsqu'un homme étudie
la Tora,
mais fait parallèlement des affaires frauduleuses, les gens de lui dire:
voyez comme cet homme de Tora commet des actes répréhensibles !'
Alors, ils réagissent et se promettent: 'Jamais nous
n'étudierons la Tora,
jamais, nous ne l'enseignerons à nos enfants !' Et ainsi, le Nom de Dieu
s'en retrouvera profané à cause de lui. Et au sujet de cet
homme, il est
écrit 'Ils profaneront Mon Saint Nom et l'on dira: Est-ce là
le peuple que
l'Eternel a fait sortir d'Egypte pour l'amener vers Sa terre ? Est-ce
là le
peup!e qui a reçu la Tora pour sanctifier Son grand Nom ?' ... (voir Tana
Debé Eliahou Rabba, chapitre XXVIII, Traité Yoma, p. 85).

D'après le rav Kook, cette conduite tortueuse de certains de nos
frères
"religieux" serait en fait l'une des principales causes du
phénomène de
l'athéisme qui n'a cessé de se développer à
notre époque ! Cet athéisme,
explique le Rav Kook, constitue la plus grande tragédie de notre temps
"car un homme sans Dieu est un homme sans chaleur, sans vie,
totalement perdu dans le monde". Est-ce à dire, se demande-t-il, que la
cause de cette terible situation aurait pour fondement le développement
d'un athéisme "scientifique" reposant sur les prétendues
"contradictions"
entre les enseignements de la Tora et les récentes
découvertes de la science
moderne ?

Non, répond le Rav Kook, personne ne s'est jamais départi de
la foi
religieuse pour ce genre de raison ! Toutes ces apparentes contradicitons -
entre la Tora et la science - n'ont au contraire fait qu'aiguiser notre flamme
d'apprendre, notre soif intellectuelle d'approfondir la sagesse inouïe qui
nous a été transmise par notre tradition. Très souvent,
loin d'avoir un effet
destructeur et déstabilislteur, les objections stimulent la
pensée humaine.

D' après le Rav Kook, la raison est tout autre: I'athéisme
moderne est en
fait dans ses fondements un athéisme d'ordre "moral" En effet,
explique-t-
il, voilà plus de deux siècles que les gens ont
commencé à réfléchir par
eux-mêmes et à demander des comptes au sujet de tous les
enseignements
et valeurs qui leur ont été transmis. Or ils sont
arrivés à la conclusion que
l'on pouvait conserver une moralité plus authentique et profonde à
l'extérieur de la religion qu'en en assumant les préceptes !
S'ils ont été
amenés à cette conclusion, c'est bien parce qu'ils ont tout
d'abord repéré
des comportements immoraux au sein du monde "religieux" - certains
parmi les plus "pratiquants" étant loin d'apparaître comme des
modèles de
moralité - mais aussi et surtout parce qu'ils se sont
rebellés essentiellement
contre les institutions religieuses et les spiritualités
occidentales. Ils en ont
donc conclu que c'était la religion par elle-même qui
était immorale !

Le Rav Kook analyse en profondeur ce phénomène dans son ouvrage
"Eder Hayakar" - écrit à la mémoire de son
beau-père le Rav Aderet,
ancien grand rabbin de Jérusalem avant lui.
Prédécesseur du Rav Kook, ce
Sage avait essayé de construire un pont entre le public religieux et les
secteurs laïcs des Juifs du Yishouv, mais il avait à
l'époque échoué,
essentiellement parce qu'il n'avait pas eu le temps de trouver des concepts
communs acceptables par tous. Néanmoins, grâce à sa conduite
exemplaire, il avait eu sur ses contemporains une influence fort
bénéfique.

Le Rav Kook relate un événement intervenu alors que le Rav Aderet
était lui-même encore en diaspora et qu'il occupait les
fonctions de rabbin
de la communauté de Ponievitz. Parce qu'il percevait un salaire
misérable
qui ne pouvait plus suffire à nourrir sa nombreuse famille, il avait
accepté
l'invitation de la communauté de Mir qui lui avait annoncé
son intention de
le nommer au poste de rabbin. Lorsque les responsables de cette
communauté eurent vent de ses intentions, ils comprirent qu'ils
risquaient
fort de perdre un Sage d'une envergure spirituelle inégalable. Aussi lui
proposèrent-ils alors une augmentation conséquente de son
salaire, bien
supérieure à celle annoncée par les gens de Mir.
Apparemment, tout aurait
pu se terminer au mieux pour les finances du Rav puisque son salaire allait
être efin confortable s'il restait à la combien plus
importante communauté
de Ponievitz. De plus, son maintien sur place lui aurait
épargné un
changement de domicile - une opération particulièrement
pénible à cette
époque, pour une famille juive nombreuse vivant en Russie.

Pourtant, le Rav Aderet refusa la proposition alléchante des notables de
sa communauté: "J'ai donné ma parole, el je ne la trahirai pas !
Evidemmenf, dit-il, si la communauté de Mir est prête à
renoncer à moi,
je resterai ici avec joie". Mais comme les gens de Mir tenaient à lui, il
déménagea.

Un comportement fait de droiture et d'honnêteté a
généralement un
impact nettement plus important que mille beaux discours vantant les
mérites de la Tora ! Les gens sont en effet plus sensibles à
la religion
"pratique", qu'aux analyses théologiques théoriques. Ainsi,
peut-on plus
facilement convaincre les secteurs dubitatifs ou même
révoltés au sein du
public, en leur mettant sous les yeux l'influence bénéfique de l'observance
de la Tora sur le comportement exemplaire de ceux qui la respectent avec
authenticité ! C'est qu'il existe une "foi céleste" et une
"foi terrestre" en
Dieu.

Nous l'avons dit: comme nous vivons dans le monde de la réalité -
surtout après la faillite de toutes les grandes idéologies -
les idées
abstraites sont aujourd'hui jugées en fonction de la manière
dont elles se
traduisent dans la réalité.

Evidemment, cela ne veut pas dire que si nous nous comportons
parfaitement bien demain sur le plan moral, I'ensemble du peuple d'Israel
rejoindra sur le champ les voies de la Tora. Mais il est certain que
beaucoup d'obstacles disparaîtront alors.

Et aunsi sera accompli ce commandement suprême: "Et Je serai
sancctifié au sein des Enfants d'Israël !