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EKEV (I)

DE L'IMPORTANCE DES EFFORTS HUMAINS

'Garde-toi d'oublier le Seigneur ton Dieu, en négligeant ses
commandements, ses préceptes et ses lois que je te prescris aujoud 'hui
Quand tu mangeras à satiété, quand tu construiras et
habiteras de
belles maisons ..., il se pourrait que ton coeur s'en enorgueillise et que
tu oublies le Seigneur ton Dieu qui t'a fait sortir du pays d'Egypte, de la
maison d 'esclaves ... Tu pourrais alors dire dans ton coeur: 'C'est ma
force et la vigueur de ma main qui m'ont conquis cette puissance !' Et
tu te souviendras que c'est le Seigneur ton Dieu qui te donne la force
afin d 'acquérir cette richesse' (Deutéronome, VIII, 11-18).

De prime abord, ce passage semble dénigrer toute initiative et tout
effort humains. La Tora, elle, nous inviterait a priori à accepter
que toute
réussite ne dépendrait en fait que de la volonté du
Créateur. C'est en effet
le Seigneur qui est Tout-Puissant, et c'est donc lui qui assure
l'aboutissement et le succès de l'Histoire: en d'autres termes, toute
tentative de faire dépendre la réussite de l'effort humain ne
serait qu'une
illusion renégate.

Pourtant, une telle conception du monde pourrait avoir des
conséquences néfastes et risquerait d'encourager l'homme
à la passivité et
à l'oisiveté: si Dieu est à ce point maître de
tout, I'être humain pourrait
donc rester inactif. Cette approche rejoindrait en ce sens la philosophie
fataliste qui prétend que tout est prédestiné: "A quoi
bon faire des efforts
puisque, quoi qu'il en soit, tout est décidé d'avance".
Ainsi, peu à peu,
selon cette théorie, I'attachement à Dieu serait
remplacé fallacieusement
par la paresse.

Mais l'un de nos Sages, Rabbi Nissim de Gérone, révèle
qu'une telle
attitude correspondrait à une lecture erronée de ce passage
de notre sidra
hebdomadaire. En effet, il n'est pas écrit: "Tu ne diras point,
c'est la force
de mon bras qui m'a fait réussir" - en matière militaire et
financière - mais
plutôt c'est un ordre positif sur le plan de l'effort économique et
stratégique: "tu diras, c'est grâce à mon effort que
j'ai réussi".

Ceux qui, par exemple, décideraient de ne pas assister à un
défilé
militaire de Tsahal parce que cela serait considéré comme une
sorte
d'exaltation dangereuse de l'âme et que cela risquerait de porter
atteinte à
leur conception pacifiste, seraient dans l'erreur. En effet, les paroles que
prononce le Cohen, avant le combat, à l'attention des soldats, ne disent-
elles pas: "Soyez forts et courageux: que votre coeur ne faiblisse point !
N'ayez crainte, ni effroi, ne tremblez pas devant eux" (Deutéronome, XX,
3) ?

Le courage et l'initiative militaire sont inclus dans le commandement (la
mitsva) de la guerre.

A plus d'un titre, le moral des soldats est aussi important que la
qualité
de leur armement et leur compétence. Rabbi Nissim de Gérone nous
éclaire: pour lui, le problème n'est pas d'avoir trop
conscience de sa force,
mais d'oublier quelle est l'origine de cette force.  faut en effet savoir que
c'est Dieu qui donne cette énergie, "car il te donne de la force
afin de te
faire réussir" (Deutéronome, VIII, 18). Or le commandement
qui nous
concerne à présent est bien : " Et tu diras ma force et la
puissance de mon
bras ..., et tu le rappelleras ...". Nous devons toujours avoir conscience
que c'est Dieu qui nous fournit la force que nous possédons.

Rabbénou Nissim nous explique que l'affirmation selon laquelle "c'est
la puissance de mon bras qui m'a permis d'obtenir une certaine richesse",
n'est exacte que dans une certaine mesure: I'homme dispose d'un certain
nombre de facultés innées ou acquises qui lui permettent
effectivement de
se procurer cette richesse et le verset dont nous traitons ne vient pas
contredire cette évidence. Il vient, par contre, obliger
l'être humain à se
rappeler en permanence quelle est la source de cette force. Notre passage
biblique ne prétend nullement que la force et l'énergie
humaines ne sont
pas parties prenantes dans le succès des hommes. Mais au contraire,
étant
donné que c'est par la force que l'être humain a obtenu cette
richesse, il
doit se rappeler que cette force lui vient de Dieu (Drashot Harann, début
du chapitre X).

Dans son commentaire, Rabbi Itzhak Abrabanel nous apprend que
notre maître Moïse n'a pas voulu nier la réalité
selon laquelle c'est la force
humaine qui lui permit d'atteindre des sommets de réussite, mais il
reconnaissait que cette force humaine n'était en fait qu'une cause
médiane
de ces résultats: car, finalement, c'est bien Dieu qui nous prodigue
l'énergie susceptible de nous faire acquérir succès et
richesse. ll faut
apprendre à distinguer entre les causes médianes. Dieu est la
cause
première de toute chose, mais son intervention dans le monde se fait au
travers de causes medianes" (Abrabanel, Devarim, XV, 18). Ainsi,
lorsque Dieu annonce qu'il fera tomber la pluie, il faut eviter de prendre ce
verse au pied de la lettre: Dieu ne va pas faire apparaître la pluie ex
nihilo; non pas que cela lui soit impossible mais, ayant
décidé que le
monde serait régi selon des lois naturelles, Il ne veut agir par
prodige et
opte donc pour l'alternative plus conventionnelle: la pluie vient des nuages
et elle est le résultat de phénomènes
atmosphériques. Or ce sont ces
phénomènes que l'on considère comme des causes
médianes. Dieu
intervient à travers les lois de la nature.

Dans l'analyse de système, on a l'habitude de nommer couramment ce
principe du nom de "Black hox". Cette Black box relierait ces
phénomènes
entre eux, mais sans révéler la méthode
utilisée pour les associer.

De même, la Tora nous annonce parfois un évènement sans
nous faire
savoir par quel processus il se produit: si les prophètes nous annoncent
que Dieu ramènera le peuple juif en terre d'Israël, cela ne
signifie pas
forcément que ce sera de manière miraculeuse, mais aussi par
le biais
d'initiatives purement humaines.

Voilà un peu plus d'un siècle, lorsque le mouvement sioniste a
commencé à se développer, avec comme objectif le
retour du peuple juif
en Israël et la reconstruction d'un Etat hébreu souverain, on a
pu assister à
l'opposition véhémente, à son encontre, d'un certain
courant religieux
orthodoxe. Ce courant justifiait son atitude en prétextant que la
promesse
divine du retour du peuple dIsraël vers sa terre, ne se
réaliserait que grâce
à une intervention divine directe, et non pas au moyen d'une iniiative
hunaine. Ce courant préférait donc attendre patiemment la
réalisation de la
promesse divine. Or, le Rav Kook rejeta cette interprétaion et la
considéra
comme erronée: C'est bien Dieu qui amène la ressurecion du
peuple juif,
mais à travers nos efforts.

Auparavant, Rabbi Saadia Gaon avait déjà expliqué que
si Dieu avait
reellement souhaité nous couvrir de bonheur dans ce monde sans que nous
ayons à fournir le moindre effort, il nous aurait enseigné et prodigué le
bonheur éternel dans le monde futur, et ce, de la même
manière: c'est-à-
dire sans que nous ayons à "bouger le moindre petit doigt" (Emounot ve-
Déot). Or sur ce point là, tout le monde est d'accord et
reût que le
monde futur ne s'acquiert que grâce aux mérites
accumulés par l'hornme
ians le respect des cornmandements.

La sagesse divine a construit le monde de telle sorte que l'on atteigne
toute perfection et toute réussite qu'au travers de l'effort. C'est
pourquoi si
quelqu'un conçoit un projet aussi noble que celui du mouvement
sioniste, il
ne doit en aucun cas - au plan halakhique - être
considéré comme un
renégat.

Même si nous sommes tous convaincus que chaque promesse divine se
concrétisera finalement, il n'en demeure pas moins que l'effort
humain peut
contribuer à accélérer sa réalisation. C'est
pourquoi, il est aberrant
d'accuser le mouvement sioniste lorsqu'il insiste sur la
nécessité de
s'investir en faveur du retour du peuple juif en terre d'Israël: ce
but n'est-il
pas partie intégrante du grand projet divin ? Et ne devons-nous pas
concevoir que Dieu a accordé un rôle important à ses
serviteurs et ses
messagers sur terre, ceux-ci devant mettre leur intelligence et leur
liberté
de penser au service de leur Créateur ?

C'est pourquoi, conclut le Rav Kook, celui qui dit "Si je ne suis pas
pour moi, qui est pour moi" (Pirké Avot), ne rejette pas sa foi en la
délivrance divine, mais ne fait qu'affirmer que cette
délivrance peut
également intervenir à travers l'éveil humain (Guinzey
Reiya, Vol. 3, p.
26).

On connaît :le célèbre épisode de la meguila
selon lequel la reine Esther
avait émis auprès de Mordehaï certaines
appréhensions sur le fait de
solliciter une entrevue auprès du roi Assuérus, et ce afin de
réclamer
l'annulation du décret d'extermination publié par
l'instigation d'Aman.
Voyant Esther hésiter, Mordehaï répondit que si elle
refusait d'assumer sa
mission, la délivrance du peuple juif viendrait d'une autre source, mais
elle-même verrait alors sa fin (Esther IV, 14). Il est en effet, hors de
question de penser que le peuple d'Israël puisse être
éliminé de la surface
de la terre.

Pourtant, nous ne devons jamais nous complaire dans cette certitude: il
convient en effet de ne pas ménager nos efforts, et même notre
vie, pour
remplir notre devoir. C'est effectivement la tâche de l'homme que de se
dévouer et d'être un émissaire de Dieu pour accomplir
Sa volonté.

C'est donc bien là le but de notre verset que d'insister sur la cause
principale au détriment des nombreuses causes médianes. Mais,
en aucun
cas, cet éclairage ne vient interdire la responsabilité de
l'homme dans toute
initiative de sa part. Au contraire, c'est du devoir de l'être humain
que de se
comporter en véritable serviteur de Dieu et d'accomplir sa
volonté.

Exemple : il est écrit que le roi Salomon construisit le Temple de
Jérusalem (Rois, I, 6), mais il est évident qu'il ne s'est
pas consacré lui-
même directement à cette Žuvre, mais en a confié les
directives aux
ministres et aux architectes, qui eux-mêmes ont transmis leurs consignes
au ingénieurs, aux contremaîtres et aux ouvriers. Le verset
précité, fait
remarquer le Rav Kook, ne fait que citer la cause première, à
savoir la
volonté du roi.

Etre sensible aux causes médianes, reviendrait à ouvrir une
lucarne vers
une hypothèse en quelque sorte "évolutionniste" de la
création de l'homme
qui ne démentirait en rien que c'est Dieu qui a créé
l'être humain, mais
qu'Il I'aurait fait à travers des processus longs et complexes.