----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ------------------------------------------------------------------------------ EKEV (I) DE L'IMPORTANCE DES EFFORTS HUMAINS 'Garde-toi d'oublier le Seigneur ton Dieu, en négligeant ses commandements, ses préceptes et ses lois que je te prescris aujoud 'hui Quand tu mangeras à satiété, quand tu construiras et habiteras de belles maisons ..., il se pourrait que ton coeur s'en enorgueillise et que tu oublies le Seigneur ton Dieu qui t'a fait sortir du pays d'Egypte, de la maison d 'esclaves ... Tu pourrais alors dire dans ton coeur: 'C'est ma force et la vigueur de ma main qui m'ont conquis cette puissance !' Et tu te souviendras que c'est le Seigneur ton Dieu qui te donne la force afin d 'acquérir cette richesse' (Deutéronome, VIII, 11-18). De prime abord, ce passage semble dénigrer toute initiative et tout effort humains. La Tora, elle, nous inviterait a priori à accepter que toute réussite ne dépendrait en fait que de la volonté du Créateur. C'est en effet le Seigneur qui est Tout-Puissant, et c'est donc lui qui assure l'aboutissement et le succès de l'Histoire: en d'autres termes, toute tentative de faire dépendre la réussite de l'effort humain ne serait qu'une illusion renégate. Pourtant, une telle conception du monde pourrait avoir des conséquences néfastes et risquerait d'encourager l'homme à la passivité et à l'oisiveté: si Dieu est à ce point maître de tout, I'être humain pourrait donc rester inactif. Cette approche rejoindrait en ce sens la philosophie fataliste qui prétend que tout est prédestiné: "A quoi bon faire des efforts puisque, quoi qu'il en soit, tout est décidé d'avance". Ainsi, peu à peu, selon cette théorie, I'attachement à Dieu serait remplacé fallacieusement par la paresse. Mais l'un de nos Sages, Rabbi Nissim de Gérone, révèle qu'une telle attitude correspondrait à une lecture erronée de ce passage de notre sidra hebdomadaire. En effet, il n'est pas écrit: "Tu ne diras point, c'est la force de mon bras qui m'a fait réussir" - en matière militaire et financière - mais plutôt c'est un ordre positif sur le plan de l'effort économique et stratégique: "tu diras, c'est grâce à mon effort que j'ai réussi". Ceux qui, par exemple, décideraient de ne pas assister à un défilé militaire de Tsahal parce que cela serait considéré comme une sorte d'exaltation dangereuse de l'âme et que cela risquerait de porter atteinte à leur conception pacifiste, seraient dans l'erreur. En effet, les paroles que prononce le Cohen, avant le combat, à l'attention des soldats, ne disent- elles pas: "Soyez forts et courageux: que votre coeur ne faiblisse point ! N'ayez crainte, ni effroi, ne tremblez pas devant eux" (Deutéronome, XX, 3) ? Le courage et l'initiative militaire sont inclus dans le commandement (la mitsva) de la guerre. A plus d'un titre, le moral des soldats est aussi important que la qualité de leur armement et leur compétence. Rabbi Nissim de Gérone nous éclaire: pour lui, le problème n'est pas d'avoir trop conscience de sa force, mais d'oublier quelle est l'origine de cette force. faut en effet savoir que c'est Dieu qui donne cette énergie, "car il te donne de la force afin de te faire réussir" (Deutéronome, VIII, 18). Or le commandement qui nous concerne à présent est bien : " Et tu diras ma force et la puissance de mon bras ..., et tu le rappelleras ...". Nous devons toujours avoir conscience que c'est Dieu qui nous fournit la force que nous possédons. Rabbénou Nissim nous explique que l'affirmation selon laquelle "c'est la puissance de mon bras qui m'a permis d'obtenir une certaine richesse", n'est exacte que dans une certaine mesure: I'homme dispose d'un certain nombre de facultés innées ou acquises qui lui permettent effectivement de se procurer cette richesse et le verset dont nous traitons ne vient pas contredire cette évidence. Il vient, par contre, obliger l'être humain à se rappeler en permanence quelle est la source de cette force. Notre passage biblique ne prétend nullement que la force et l'énergie humaines ne sont pas parties prenantes dans le succès des hommes. Mais au contraire, étant donné que c'est par la force que l'être humain a obtenu cette richesse, il doit se rappeler que cette force lui vient de Dieu (Drashot Harann, début du chapitre X). Dans son commentaire, Rabbi Itzhak Abrabanel nous apprend que notre maître Moïse n'a pas voulu nier la réalité selon laquelle c'est la force humaine qui lui permit d'atteindre des sommets de réussite, mais il reconnaissait que cette force humaine n'était en fait qu'une cause médiane de ces résultats: car, finalement, c'est bien Dieu qui nous prodigue l'énergie susceptible de nous faire acquérir succès et richesse. ll faut apprendre à distinguer entre les causes médianes. Dieu est la cause première de toute chose, mais son intervention dans le monde se fait au travers de causes medianes" (Abrabanel, Devarim, XV, 18). Ainsi, lorsque Dieu annonce qu'il fera tomber la pluie, il faut eviter de prendre ce verse au pied de la lettre: Dieu ne va pas faire apparaître la pluie ex nihilo; non pas que cela lui soit impossible mais, ayant décidé que le monde serait régi selon des lois naturelles, Il ne veut agir par prodige et opte donc pour l'alternative plus conventionnelle: la pluie vient des nuages et elle est le résultat de phénomènes atmosphériques. Or ce sont ces phénomènes que l'on considère comme des causes médianes. Dieu intervient à travers les lois de la nature. Dans l'analyse de système, on a l'habitude de nommer couramment ce principe du nom de "Black hox". Cette Black box relierait ces phénomènes entre eux, mais sans révéler la méthode utilisée pour les associer. De même, la Tora nous annonce parfois un évènement sans nous faire savoir par quel processus il se produit: si les prophètes nous annoncent que Dieu ramènera le peuple juif en terre d'Israël, cela ne signifie pas forcément que ce sera de manière miraculeuse, mais aussi par le biais d'initiatives purement humaines. Voilà un peu plus d'un siècle, lorsque le mouvement sioniste a commencé à se développer, avec comme objectif le retour du peuple juif en Israël et la reconstruction d'un Etat hébreu souverain, on a pu assister à l'opposition véhémente, à son encontre, d'un certain courant religieux orthodoxe. Ce courant justifiait son atitude en prétextant que la promesse divine du retour du peuple dIsraël vers sa terre, ne se réaliserait que grâce à une intervention divine directe, et non pas au moyen d'une iniiative hunaine. Ce courant préférait donc attendre patiemment la réalisation de la promesse divine. Or, le Rav Kook rejeta cette interprétaion et la considéra comme erronée: C'est bien Dieu qui amène la ressurecion du peuple juif, mais à travers nos efforts. Auparavant, Rabbi Saadia Gaon avait déjà expliqué que si Dieu avait reellement souhaité nous couvrir de bonheur dans ce monde sans que nous ayons à fournir le moindre effort, il nous aurait enseigné et prodigué le bonheur éternel dans le monde futur, et ce, de la même manière: c'est-à- dire sans que nous ayons à "bouger le moindre petit doigt" (Emounot ve- Déot). Or sur ce point là, tout le monde est d'accord et reût que le monde futur ne s'acquiert que grâce aux mérites accumulés par l'hornme ians le respect des cornmandements. La sagesse divine a construit le monde de telle sorte que l'on atteigne toute perfection et toute réussite qu'au travers de l'effort. C'est pourquoi si quelqu'un conçoit un projet aussi noble que celui du mouvement sioniste, il ne doit en aucun cas - au plan halakhique - être considéré comme un renégat. Même si nous sommes tous convaincus que chaque promesse divine se concrétisera finalement, il n'en demeure pas moins que l'effort humain peut contribuer à accélérer sa réalisation. C'est pourquoi, il est aberrant d'accuser le mouvement sioniste lorsqu'il insiste sur la nécessité de s'investir en faveur du retour du peuple juif en terre d'Israël: ce but n'est-il pas partie intégrante du grand projet divin ? Et ne devons-nous pas concevoir que Dieu a accordé un rôle important à ses serviteurs et ses messagers sur terre, ceux-ci devant mettre leur intelligence et leur liberté de penser au service de leur Créateur ? C'est pourquoi, conclut le Rav Kook, celui qui dit "Si je ne suis pas pour moi, qui est pour moi" (Pirké Avot), ne rejette pas sa foi en la délivrance divine, mais ne fait qu'affirmer que cette délivrance peut également intervenir à travers l'éveil humain (Guinzey Reiya, Vol. 3, p. 26). On connaît :le célèbre épisode de la meguila selon lequel la reine Esther avait émis auprès de Mordehaï certaines appréhensions sur le fait de solliciter une entrevue auprès du roi Assuérus, et ce afin de réclamer l'annulation du décret d'extermination publié par l'instigation d'Aman. Voyant Esther hésiter, Mordehaï répondit que si elle refusait d'assumer sa mission, la délivrance du peuple juif viendrait d'une autre source, mais elle-même verrait alors sa fin (Esther IV, 14). Il est en effet, hors de question de penser que le peuple d'Israël puisse être éliminé de la surface de la terre. Pourtant, nous ne devons jamais nous complaire dans cette certitude: il convient en effet de ne pas ménager nos efforts, et même notre vie, pour remplir notre devoir. C'est effectivement la tâche de l'homme que de se dévouer et d'être un émissaire de Dieu pour accomplir Sa volonté. C'est donc bien là le but de notre verset que d'insister sur la cause principale au détriment des nombreuses causes médianes. Mais, en aucun cas, cet éclairage ne vient interdire la responsabilité de l'homme dans toute initiative de sa part. Au contraire, c'est du devoir de l'être humain que de se comporter en véritable serviteur de Dieu et d'accomplir sa volonté. Exemple : il est écrit que le roi Salomon construisit le Temple de Jérusalem (Rois, I, 6), mais il est évident qu'il ne s'est pas consacré lui- même directement à cette ¦uvre, mais en a confié les directives aux ministres et aux architectes, qui eux-mêmes ont transmis leurs consignes au ingénieurs, aux contremaîtres et aux ouvriers. Le verset précité, fait remarquer le Rav Kook, ne fait que citer la cause première, à savoir la volonté du roi. Etre sensible aux causes médianes, reviendrait à ouvrir une lucarne vers une hypothèse en quelque sorte "évolutionniste" de la création de l'homme qui ne démentirait en rien que c'est Dieu qui a créé l'être humain, mais qu'Il I'aurait fait à travers des processus longs et complexes.