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BEHAALOTEKHA

L'INCOMPARABLE HUMILITE DE MOISE

"Et l'homme Moïse était le plus humble des hommes sur terre"
(Nombres, XII, 3).

Dans la perception humaine commune, I'humilité constitue une
qualité
qui s'associe presque automatiquement avec la faiblesse, la timidité
et la
compassion, trois attitudes qui sont loin d'être les meilleurs
attributs du
plus parfait leader. En effet, I'homme humble est
généralement perçu
comme un être à la personnalité assez effacée
qui a renoncé à assumer sa
vie dans toute son intensité et sa diversité. L'homme humble par
excellence, ce serait cet habitué des dernières rangées
de bancs de la
synagogue en train de réciter studieusement le livre des Psaumes.

Or nous constatons avec surprise dans notre section hebdomadaire, que
la Tora a justement choisi de qualifier Moïse, le père de la nation
hébraïque libérée du joug égyptien, devenu
son chef par excellence,
comme "le plus humble" parmi les hommes. Et ce n'est pas tout: nous
savons très bien que Moïse ne s'est porté à la
tête du peuple hébreu asservi
en Egypte qu'à l'âge de quatre-vingt ans, et que pendant les quatre
décennies qui suivirent, il conserva l'Žil vif et qu'il sut, sans
faillir un seul
instant, guider le peuple lors de ses pérégrinations dans le
désert jusqu'à ce
qu'll atteigne la Terre promise.

C'est ce même Moïse qui a dirigé spirituellement le
difficile combat
contre Amalek et militairement la guerre contre les rois géants Sikhon et
Og - parvenant même, selon nos commentateurs, à mettre
lui-même à mort
Og, roi de Bashan (I'actuel plateau du Golan).

Pourtant, malgré cette puissance, et en dépit du charisme et
du prestige
qui le rendait si populaire parmi les Enfants d'Israël, Moïse
était resté
simple et humble dans son comportement. Et si l'on étudie de plus
près ce
passage du texte biblique, on remarquera que son atitude n'a finalement
rien de surprenant: car sachant associer harmonieusement humilité et
puissance, simplicité et charisme, Moïse n'a fait que suivre
l'exemple
fourni par l'Eternel lui-même, comme il est dit dans le
célèbre cantique
"Haaderet Vehaémouna" : "Haoz Vehaanava", "Il possède la force
et I'humilite".
C'est que, loin d'être exclusivés l'une de l'autre, ces
qualités
sont bel et bien complémentaires !

Dans un texte talmudique récité par de nombreuses
communautés à la
sortie du Shabbat, il est écrit: "Partout où tu rencontres la
grandeur
divine, tu rencontres Son humilité, car Dieu crée le monde, les
montagnes, le vent et les tempêtes, et c'est Lui, en même
temps, qui se
préoccupe du sort de la veuve et de l'orphelin".

En prenant appui sur ce texte, nous pouvons donc affimmer que
l'humilité divine se concrétise avant tout par la
preoccupation et le souci
permanents de l'Eternel envers ses créatures. En d'autres termes,
I'Eternel
est un Dieu transcendant et au-delà des mondes, mais en même
temps, Il
est un Dieu immanent qui ne cesse d'intervenir dans tous les mondes.

Il en est de même pour celui qui fut l'être humain le plus proche de
l'Eternel et le plus grand prophète qui ait jamais existé.
Moïse a su être un
homme courageux, puissant et génial, et en même temps, il s'est montré
capable d'être une persorme extrêmement humble qui savait
s'effaçer et
réduire son ego au plus strict minimum.

Dans le Traité talmudique Houlin (p. 89/a), nos Sages décrivent
comment Dieu est devenu "amoureux" du peuple d'Israël en remarquant
combien humble était sa conduite par rapport à celle de
toutes les autres
nations de la terre. En fait, le Pharaon d'Egypte constituait l'antithèse
parfaite de Moïse: il était à ce point imbu de sa
personne qu'il n'hésitait
pas à parler du Nil comme de sa propre création. A
l'opposé de cet orgueil
démesuré, Moïse n'avait pas hésité
à rejeter les plaintes et les réclamations
que lui adressèrent les Hébreux en disant: "Mais qui
sommes-nous [moi
et Aaron] pour que vous nous adressiez vos plaintes ?" Plus tard, même
lorsque Myriam et Aaron prononcèrent des paroles injurieuses à son
encontre, il n'en fut pas vexé le moins du monde. Effectivement, ces
propos blessants l'avaient laissé indifférent parce qu'il
vivait dans un autre
monde .

Nos décisionnaires ont distingué deux dimensions dans
l'humilité: un
aspect social, relatif aux relations avec autrui, et un aspect concernant les
relations de l'homme avec Son Créateur.

Au plan social, I'homme humble est bien celui qui ne se considère en
rien comme supéneur aux autres. Bien au contraire, il a
profondément
conscience de ses défauts, se trouve capable de toujours
déceler chez
autrui les qualités les plus cachées, et demeure toujours
prêt à leur rendre
service .

Mais il y a une seconde dimension plus élevée de
l'humilité: celle qui
concerne le face-à-face avec Dieu. Il s'agit de l'annihilation de sa
propre
personnalité devant le Créateur et de la prise de conscience
que nous
n'avons rien en propre et que nous ne sommes rien - si ce n'est une faible
étincelle de la lumière divine, de même que tout ce que
nous possédons ne
doit son existence qu'à la volonté divine.

C'est justement cette prise de conscience qui a permis à Moïse de
devenir le réceptacle le plus parfait de la parole divine et
d'être considéré
par nos Sages comme "verre transparent" - alors que les autres prophètes
d'Israël ne furent comparés qu'à un "verre
dépoli"  (Traité talmudique
Yebamot 49/b). C'est que le message divin traversait Moïse sans la
moindre déformation et sans qu'intervienne la moindre parcelle de son ego
ou, pour employer un terme plus modeme, de son équation personnelle.
Ainsi, est-ce l'infinie transparence de Moïse qui lui permit de recevoir la
parole divine sans nulle déformaiton.

Or ce n'est pas le cas des disciples de Moïse: tout au long des
générations, chaque Sage d'Israël n'a pu percevoir
qu'une partie de la vérité
absolue. D'après la tradition, chaque intuition créatrice de
chaque Sage
était déjà une composante de l'enseignement transmis
par Dieu à Moise.

C'est ce statut privilégié qui a fait de lui un homme d'une
intense
personnalité, considéré depuis toujours comme le
leader le plus incontesté
de la nation, et l'exemple à suivre par tous les responsables du peuple
appelés à lui succéder au travers des siècles.

Il ne faut pas hésiter à appréhender le sens de cette
humilité de Moïse
également au prernier niveau précédemment cité
et au sens premier du
terme: c'est-à-dire vue sous son aspect social. On le constate
effectivement au début du Livre de l'Exode: bien qu'il ait
été élevé depuis
sa plus tendre enfance dans le palais de Pharaon en tant que fils adoptif du
souverain égyptien - et donc comme prince consort susceptible de
prétendre à la succession du trône royal - Moïse
n'a jamais voulu user de
ce privilège extraordinaire ! Au contraire, nos Sages racontent que
malgré
son haut rang, il choisissait toujours parmi les fonctions officielles, celles
qui le mettaient directement en contact avec ses frères
hébreux - ce qui
finalement lui pemmettra d'assouplir, puis de briser les affres de leur
esclavage .

Ainsi, bien qu'il fut lui-même responsable de tous les camps de travail
égyptiens, lorsque l'occasion se présenta Moïse
n'hésita pas à frapper à
mort un Egyptien qui battait un Hébreu en ayant parfaitement connaissance
des conséquences dramatiques de son acte.

Notre maître Moïse était donc un personnage dont les deux
aspects
pouvaient se compléter à merveille: n'était-il pas
à la fois "I'homme le plus
humble de la terre" - celui qui a pu renoncer à tout - mais aussi,
par là
même, I'être humain qui a reçu le plus extraordinaire
héritage spirituel de
la part du Créateur ?