----------------------------------------------------------------- ------------- ©Tout droits réservés Sifriat Hava, Beit El, Mizrah Binyamin 96031 Israël Communauté On-Line : WWW.COL.FR ------------------------------------------------------------------------------ BEHAALOTEKHA L'INCOMPARABLE HUMILITE DE MOISE "Et l'homme Moïse était le plus humble des hommes sur terre" (Nombres, XII, 3). Dans la perception humaine commune, I'humilité constitue une qualité qui s'associe presque automatiquement avec la faiblesse, la timidité et la compassion, trois attitudes qui sont loin d'être les meilleurs attributs du plus parfait leader. En effet, I'homme humble est généralement perçu comme un être à la personnalité assez effacée qui a renoncé à assumer sa vie dans toute son intensité et sa diversité. L'homme humble par excellence, ce serait cet habitué des dernières rangées de bancs de la synagogue en train de réciter studieusement le livre des Psaumes. Or nous constatons avec surprise dans notre section hebdomadaire, que la Tora a justement choisi de qualifier Moïse, le père de la nation hébraïque libérée du joug égyptien, devenu son chef par excellence, comme "le plus humble" parmi les hommes. Et ce n'est pas tout: nous savons très bien que Moïse ne s'est porté à la tête du peuple hébreu asservi en Egypte qu'à l'âge de quatre-vingt ans, et que pendant les quatre décennies qui suivirent, il conserva l'¦il vif et qu'il sut, sans faillir un seul instant, guider le peuple lors de ses pérégrinations dans le désert jusqu'à ce qu'll atteigne la Terre promise. C'est ce même Moïse qui a dirigé spirituellement le difficile combat contre Amalek et militairement la guerre contre les rois géants Sikhon et Og - parvenant même, selon nos commentateurs, à mettre lui-même à mort Og, roi de Bashan (I'actuel plateau du Golan). Pourtant, malgré cette puissance, et en dépit du charisme et du prestige qui le rendait si populaire parmi les Enfants d'Israël, Moïse était resté simple et humble dans son comportement. Et si l'on étudie de plus près ce passage du texte biblique, on remarquera que son atitude n'a finalement rien de surprenant: car sachant associer harmonieusement humilité et puissance, simplicité et charisme, Moïse n'a fait que suivre l'exemple fourni par l'Eternel lui-même, comme il est dit dans le célèbre cantique "Haaderet Vehaémouna" : "Haoz Vehaanava", "Il possède la force et I'humilite". C'est que, loin d'être exclusivés l'une de l'autre, ces qualités sont bel et bien complémentaires ! Dans un texte talmudique récité par de nombreuses communautés à la sortie du Shabbat, il est écrit: "Partout où tu rencontres la grandeur divine, tu rencontres Son humilité, car Dieu crée le monde, les montagnes, le vent et les tempêtes, et c'est Lui, en même temps, qui se préoccupe du sort de la veuve et de l'orphelin". En prenant appui sur ce texte, nous pouvons donc affimmer que l'humilité divine se concrétise avant tout par la preoccupation et le souci permanents de l'Eternel envers ses créatures. En d'autres termes, I'Eternel est un Dieu transcendant et au-delà des mondes, mais en même temps, Il est un Dieu immanent qui ne cesse d'intervenir dans tous les mondes. Il en est de même pour celui qui fut l'être humain le plus proche de l'Eternel et le plus grand prophète qui ait jamais existé. Moïse a su être un homme courageux, puissant et génial, et en même temps, il s'est montré capable d'être une persorme extrêmement humble qui savait s'effaçer et réduire son ego au plus strict minimum. Dans le Traité talmudique Houlin (p. 89/a), nos Sages décrivent comment Dieu est devenu "amoureux" du peuple d'Israël en remarquant combien humble était sa conduite par rapport à celle de toutes les autres nations de la terre. En fait, le Pharaon d'Egypte constituait l'antithèse parfaite de Moïse: il était à ce point imbu de sa personne qu'il n'hésitait pas à parler du Nil comme de sa propre création. A l'opposé de cet orgueil démesuré, Moïse n'avait pas hésité à rejeter les plaintes et les réclamations que lui adressèrent les Hébreux en disant: "Mais qui sommes-nous [moi et Aaron] pour que vous nous adressiez vos plaintes ?" Plus tard, même lorsque Myriam et Aaron prononcèrent des paroles injurieuses à son encontre, il n'en fut pas vexé le moins du monde. Effectivement, ces propos blessants l'avaient laissé indifférent parce qu'il vivait dans un autre monde . Nos décisionnaires ont distingué deux dimensions dans l'humilité: un aspect social, relatif aux relations avec autrui, et un aspect concernant les relations de l'homme avec Son Créateur. Au plan social, I'homme humble est bien celui qui ne se considère en rien comme supéneur aux autres. Bien au contraire, il a profondément conscience de ses défauts, se trouve capable de toujours déceler chez autrui les qualités les plus cachées, et demeure toujours prêt à leur rendre service . Mais il y a une seconde dimension plus élevée de l'humilité: celle qui concerne le face-à-face avec Dieu. Il s'agit de l'annihilation de sa propre personnalité devant le Créateur et de la prise de conscience que nous n'avons rien en propre et que nous ne sommes rien - si ce n'est une faible étincelle de la lumière divine, de même que tout ce que nous possédons ne doit son existence qu'à la volonté divine. C'est justement cette prise de conscience qui a permis à Moïse de devenir le réceptacle le plus parfait de la parole divine et d'être considéré par nos Sages comme "verre transparent" - alors que les autres prophètes d'Israël ne furent comparés qu'à un "verre dépoli" (Traité talmudique Yebamot 49/b). C'est que le message divin traversait Moïse sans la moindre déformation et sans qu'intervienne la moindre parcelle de son ego ou, pour employer un terme plus modeme, de son équation personnelle. Ainsi, est-ce l'infinie transparence de Moïse qui lui permit de recevoir la parole divine sans nulle déformaiton. Or ce n'est pas le cas des disciples de Moïse: tout au long des générations, chaque Sage d'Israël n'a pu percevoir qu'une partie de la vérité absolue. D'après la tradition, chaque intuition créatrice de chaque Sage était déjà une composante de l'enseignement transmis par Dieu à Moise. C'est ce statut privilégié qui a fait de lui un homme d'une intense personnalité, considéré depuis toujours comme le leader le plus incontesté de la nation, et l'exemple à suivre par tous les responsables du peuple appelés à lui succéder au travers des siècles. Il ne faut pas hésiter à appréhender le sens de cette humilité de Moïse également au prernier niveau précédemment cité et au sens premier du terme: c'est-à-dire vue sous son aspect social. On le constate effectivement au début du Livre de l'Exode: bien qu'il ait été élevé depuis sa plus tendre enfance dans le palais de Pharaon en tant que fils adoptif du souverain égyptien - et donc comme prince consort susceptible de prétendre à la succession du trône royal - Moïse n'a jamais voulu user de ce privilège extraordinaire ! Au contraire, nos Sages racontent que malgré son haut rang, il choisissait toujours parmi les fonctions officielles, celles qui le mettaient directement en contact avec ses frères hébreux - ce qui finalement lui pemmettra d'assouplir, puis de briser les affres de leur esclavage . Ainsi, bien qu'il fut lui-même responsable de tous les camps de travail égyptiens, lorsque l'occasion se présenta Moïse n'hésita pas à frapper à mort un Egyptien qui battait un Hébreu en ayant parfaitement connaissance des conséquences dramatiques de son acte. Notre maître Moïse était donc un personnage dont les deux aspects pouvaient se compléter à merveille: n'était-il pas à la fois "I'homme le plus humble de la terre" - celui qui a pu renoncer à tout - mais aussi, par là même, I'être humain qui a reçu le plus extraordinaire héritage spirituel de la part du Créateur ?