« Zakhor... »

BILLET DU 10 SEPTEMBRE 2006
publié le dimanche 10 septembre 2006
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Bonjour,

C’était le 23 Eloul 5761, troisième jour de la semaine. Cette date hébraïque ne nous est pas familière. C’était le 11 septembre 2001 à New York, 08h46. Un premier avion venait s’écraser sur la tour Nord du World Trade Center en plein Manhattan. Bilan : 2986 morts, incluant les 19 terroristes. Ce jour-là, le monde a changé. La première puissance mondiale n’était plus invincible mais surtout, le Mal prenait un nouveau visage marquant de sa première empreinte sanglante le début du XXIème siècle.

Chacun d’entre-nous se souvient de ce jour et de ces premières images improbables qui déferlaient sur les écrans de télévision. Chacun se souvient de ce qu’il faisait à ce moment-là, où il se trouvait et avec qui. Ce 11 septembre 2001 représente, dans la mémoire collective de l’humanité, un point de rencontre qui n’a nul autre pareil.

A l’approche de la journée commémorative qui aura lieu demain je m’interroge sur la place que nous devons lui donner en tant qu’hommes en général et juifs en particulier. En tant qu’hommes liés par un destin collectif commun, ces actes terroristes sont une blessure à une conscience éclairée, éprise de liberté, de respect et de paix. Commémorer ce jour c’est se soutenir les uns les autres et témoigner de notre solidarité indéfectible envers un Peuple meurtri. Cependant il me semble que l’on ne prendrait pas toute la mesure de cette journée si on la résumait à un conflit entre l’axe du Bien et l’axe du Mal. Ce serait faire trop d’honneur à Ben Laden et ses acolytes que de leur donner l’occasion de fêter chaque année l’anniversaire de leurs méfaits. Le 11 septembre n’est pas la victoire du Mal, c’est une brèche dans l’idéal que nous portons dans l’Humanité.

Le Peuple juif a appris, à ses dépends, que l’inhumanité ne doit pas nous faire désespérer de l’Humanité. Le Peuple juif a appris que de tous temps se dressent des « Amalek » qui sont partie intégrante de son Histoire. Le Peuple juif a fait de ‘l’espérance’ son hymne depuis 2000 ans. Dans une perspective juive, le 11 septembre est une date qui se rajoute à d’autres dates. Mais s’il fallait commémorer chaque souffrance, chaque blessure, chaque traumatisme, les 365 jours de l’année n’y suffiraient pas. Il faut célébrer la vie tout en se souvenant. Dépasser les deuils. Dans le judaïsme c’est une mitsvah, un précepte divin : « Zakhor », « Souviens-toi ». Un souvenir qui n’est pas fondé sur la vengeance ou sur les regrets. Un souvenir qui nous permet de rester vigilants. Se souvenir d’Amalek ne signifie nullement qu’il nous faut vivre avec Amalek mais apprendre à vivre en dépit de ce qu’il nous a infligé. La psychanalyse nous a révélé l’existence de notre inconscient qui ne fait pas appel au souvenir uniquement, puisque cela implique un acte volontaire de notre part, mais à la mémoire qui enregistre des événements malgré notre volonté. Se souvenir, c’est avoir le contrôle sur ces blessures. Cela ne leur donne pas pour autant un sens mais les fait exister dans notre histoire personnelle et dans notre conscience. C’est en cela que le négationnisme est l’ultime insulte au souvenir.

Souvenons-nous donc et...vivons.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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