Parasha Pinhas 5766

Chabbath 15 juillet 2006 - 19 Tamouz 5766 - Début : : entre 20 h 12 et 20 h 27 - FIN : 22 h 46
publié le mardi 11 juillet 2006
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Lecture de la Torah : Nombres XXV, 10 - XXX, 1 : Alliance de D.ieu avec PINHAS ; 2ème dénombrement ; l’héritage des filles de TSELAF’HAD ; les sacrifices. Haphtara : (1ère des châtiments) - JEREMIE I, 1 - II, 3 : La vocation du prophète

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Commentaires sur la Torah :

« PINHAS, fils d’ELEAZAR, fils d’ARON le pontife, a détourné ma colère de dessus les enfants d’ISRAËL, en se montrant jaloux de ma cause au milieu d’eux, en sorte que je n’ai pas anéanti les enfants d’ISRAËL dans mon indignation. C’est pourquoi, tu annonceras que je lui accorde mon alliance de paix. » (Nombres XXV, 2-3).

Cette alliance de paix que D.ieu assure à PINHAS, est selon la TORAH la juste récompense que celui-ci méritait après avoir publiquement fait acte de bravoure en mettant brutalement fin aux jours de ZIMRI, prince de la tribu de SHIMONE. Ce dernier avait publiquement commis un acte de débauche sexuelle avec une princesse de MIDIANE, selon le conseil donné à BALAK par BILEAM, comme cela avait été indiqué dans la paracha précédente. Il s’agissait là d’un acte entraînant un HILLOUL HACHEM, la profanation du nom divin, dont nous avions déjà dit précédemment combien cela était grave. Aussi, est-ce pour présenter un exemple typique, que notre paracha apporte un témoignage élogieux en faveur de PINHAS, petit-fils du Grand-Prêtre ARON. Assez curieusement, celui-ci était davantage connu pour son engagement en faveur de la paix et non pour des actes de violences.

Nous lisons cependant dans la TORAH le passage suivant : « en se montrant jaloux de ma cause au milieu d’eux. » (Nombres XXV, 11). D.ieu ne prend en compte que ce cas particulier du descendant d’AARON, alors qu’un meurtre est en général toujours condamnable. Malgré cela, PINHAS tenant compte de la cause sacrée qu’il avait à défendre, a su réagir en conformité avec l’esprit de la TORAH, selon lequel il y a des actes inadmissibles susceptibles malgré tout d’être réprimés en cas de flagrante violation de ses principes. Un des maîtres du Hassidisme, le Rav PINHAS KORITZER nous fait remarquer que si PINHAS a pris publiquement position contre un prince d’ISRAËL, il a tenu à le faire au milieu du peuple, à la vue de tous, car, dit ce maître, pour défendre le peuple juif, il faut vivre au milieu de lui, le voir vivre dans ses joies et dans ses peines, en somme, ne jamais se séparer de la collectivité.

Cette force physique et cet engagement spirituel pour la cause juive, MOÏSE l’exprime parfaitement quand, plus loin dans notre paracha, il demande à D.ieu de pourvoir à sa succession. Il sait qu’il n’aura plus longtemps à vivre pour continuer de guider le peuple d’ISRAËL au moment de son entrée en Terre Sainte. Il déclare en conséquence : « Que l’Eternel, le D.ieu des esprits de toute chair, institue un chef sur cette communauté, qui marche sans cesse à leur tête et qui dirige tous leurs mouvements, afin que cette communauté ne soit pas comme un troupeau sans pasteur. » (Nombres XXVII, 16-17). A travers ce texte, nous prenons connaissance d’une double demande qui sera ensuite agréée par D.ieu : trouver un guide ayant à la fois le souci de pourvoir aux besoins matériels et spirituels de ceux dont il aurait la charge.

On peut trouver là une allusion à la personnalité du patriarche ABRAHAM. Nous savons combien il avait à cœur d’accueillir des hôtes lesquels étaient en fait des anges. Il leur donna du pain pour prendre en compte leurs besoins matériels tout en ayant le souci des aspirations morales de ses invités. De même, MOÏSE, en exprimant sa demande à D.ieu, tenait à assurer le bien-être matériel et spirituel de son peuple. Il n’a jamais perdu de vue le fait que nous soyons des êtres faits de chair et de sang, ayant des exigences purement physiques. Ce faisant, MOÏSE nous donne là aussi un enseignement très profond selon lequel le guide, le chef, le maître, ne peut ignorer ce dont ont besoin ceux dont il a la charge. Il plaide donc simplement la cause des humains. C’était bien là la grande simplicité et le caractère humain de MOÏSE.

Ceci dit, nous pouvons trouver une relation entre le zèle religieux déployé par ARON et après lui, celui de son petit-fils PINHAS. Tous deux n’ont jamais agi en dehors de la communauté ni contre elle. Leur engagement en faveur de celle-ci était profond, direct, sans ambiguïté, contrairement à bien des tendances que nous pouvons observer de nos jours de la part de certains chefs spirituels ou politiques aussi bien en ISRAËL qu’en diaspora. Ceux-ci ne semblent pas toujours agir dans l’intérêt réel de ceux dont ils ont la charge.

C’est à propos du verset cité précédemment que RACHI fait observer qu’un chef doit toujours marcher en avant, à la tête de ses troupes. Il dit ceci : « Non pas selon l’habitude des rois des autres peuples qui restent dans leurs maisons et envoient leurs armées au combat, mais comme moi je l’ai fait : « J’ai combattu contre SI’HON et OG » (Nombres XXI, 34) : « Ne le crains point », et comme l’a fait JOSUE dont il est dit : (JOSUE V, 13) : «  JOSUE alla vers lui et lui dit : « Es-tu des nôtres ou de nos ennemis, etc. ? ». Il en est de même pour DAVID (I SAMUEL XVIII, 16), « parce qu’il sortait et rentrait devant eux. » Il sortait et rentrait à leur tête. (SIFRE). Nous avons d’ailleurs là l’exemple contemporain des officiers de l’armée d’ISRAËL marchant toujours à la tête de leurs troupes. Il ne se contentent pas d’établir des plans de combats en restant prudemment retranchés dans leurs bureaux.

Cela dénote bien évidemment un véritable sens du commandement, à l’exemple de MOÏSE qui, jusqu’au bout, n’a jamais délaissé son peuple. Il n’a cessé de marcher à sa tête, comme cela nous est indiqué dans le verset de la TORAH cité plus haut. Quand il est dit d’un chef, qu’il mène ses troupes au combat, son plus grand succès c’est aussi de les ramener sains et saufs. Cette image peut aussi s’appliquer au guide spirituel d’une communauté dont le mérite est de permettre à ses fidèles de progresser dans la voie de la TORAH et de la spiritualité en général.

Ce fut là le grand privilège de PINHAS le héros de notre paracha, tout comme avant lui ses maîtres, MOÏSE et ARON. Leur objectif consistait à guider les Hébreux dans la voie de la TORAH, au prix de grandes et graves décisions destinées à forger l’âme du peuple. Celui-ci, s’il reste ferme sur les principes essentiels ne doit pas se laisser égarer sur la voie de la facilité, de la mauvaise conduite et de la dépravation des mœurs. Ce sont là autant de thèmes de réflexion pour la génération actuelle, face aux problèmes de même nature qu’elle connaît. Ils nécessitent en effet des décisions aussi impératives que celles qui furent prises par les grands personnages de la Bible dont nous venons de parler. Bien entendu, le cas de PINHAS, comme le souligne d’ailleurs le Talmud reste unique et ne peut donc servir de modèle pour résoudre des conflits religieux, non par la violence mais par la discussion et la démonstration.

HAPHTARA :

Nous lisons cette semaine la première des trois Haphtaroth, dites de réprimandes ou de « châtiments. ». Elles sont en relation avec les trois semaines de deuil que nous observons entre le jeûne du 17 TAMOUZ et celui du 9 AB. Pour cette raison, les maîtres de la tradition ont choisi pour cette semaine un texte tiré du premier chapitre du prophète JEREMIE relatif à la vocation du prophète. Par définition, celui-ci a un rôle important à exercer. Il lui appartient en effet de réprimander le peuple en cas de nécessité, et en tout cas, à lui rappeler sans cesse l’enseignement de la TORAH et de toute la tradition orale. C’est bien ce que pratiquait déjà MOÏSE, le plus grand des prophètes, lorsqu’il admonestait le peuple d’ISRAËL durant les quarante années de son séjour dans le désert.

Notre Haphtara nous décrit donc l’investiture de JEREMIE. Elle a beaucoup de ressemblances avec celle d’ISAÏE, sauf que celui-ci se prête de meilleure grâce à sa mission. ISAÏE, riche en expérience, n’objecte à D.ieu que son manque de pureté : « Malheur à moi, je suis perdu ! car je suis un homme aux lèvres impures, je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures. » (ISAÏE VI, 5) . A l’opposé, JEREMIE, en règle générale, doute de ses capacités, vu son jeune âge. (METSOUDATH TSION).

Natif d’ANATOTH, JEREMIE n’a pas le choix quand D.ieu lui confie la mission prophétique et de porter son enseignement au peuple d’ISRAËL, dans la période trouble que constituait la proximité de la destruction du Temple et de la dispersion vers l’exil de Babylonie. C’est donc contre son gré que ce prophète acceptera la mission qui lui est confiée. Nous lisons en effet : « Vois que je te donne mission en ce jour auprès des peuples et des royaumes, pour arracher et pour démolir, pour détruire et pour renverser, pour bâtir et pour planter. (JEREMIE I, 10).

Pour le rassurer quant au sérieux de cette mission, D.ieu poursuit en lui disant : « Je fais de toi, dès aujourd’hui une forteresse, une colonne de fer, une muraille d’airain, à l’encontre de tout le pays... » (JEREMIE I, 18), et non seulement du pays d’ISRAËL, mais aussi de tous les pays du monde. C’est donc là une grande mission confiée à ce prophète pour guider le peuple d’ISRAËL. Si celui-ci refusait sur le moment d’écouter les messages divins qui lui sont adressés, il les a au-moins gravés plus tard dans son cœur et tenté, malgré la faiblesse humaine naturelle, d’en tirer quelques leçons. Tout le secret de son histoire et de sa survie tient donc dans la manière dont il appréhende le message des prophètes. Par contre, il est aisé de constater que le monde n’a jamais voulu prêter l’oreille à l’une des plus belles vérités relatées par le prophète et par laquelle s’achève notre Haphtara : « Va proclamer aux oreilles de JERUSALEM ce qui suit : « Ainsi par l’Eternel ! Je te garde le souvenir de l’affection de ta jeunesse, de ton amour au temps de tes fiançailles quand tu me suivais dans le désert, dans une région inculte. ISRAËL est une chose sainte, appartenant à l’Eternel, les prémices de sa récolte ; ceux qui en font leur nourriture sont en faute ; il leur arrivera malheur. » (JEREMIE II, 2-3).

Au moment où nous ressentons avec plus d’angoisse que d’habitude, le vide que nous laisse la destruction du Temple, après toutes les persécutions qui en ont résulté pour la suite de notre Histoire, le prophète vient nous rassurer. Il nous promet le constant soutien de D.ieu. Mais nous devons le mériter. La période de ces trois semaines de deuil est donc propice à faire un retour vers D.ieu, à un examen minutieux de nos erreurs que n’ont cessé de dénoncer nos prophètes. L’on doit aussi se souvenir que c’est dans cette période triste que nous avons pour usage de restreindre certaines réjouissances telles que les célébrations de mariages. C’est également durant ces trois semaines qu’eut lieu l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, et plus près de nous, le déclenchement de la première guerre mondiale, prélude à tout ce que l’EUROPE en particulier eut à subir par la suite. D’où l’importance de savoir déchiffrer le message des prophètes pour mieux le mettre en application.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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