Parasha Houkat-balak 5766

Chabbath 8 juillet 2006 - 12 Tammouz 5766 - Début : 20 h 16 à 20 h 31 - Fin : 22 h 52
publié le lundi 3 juillet 2006
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Lecture de la Torah : Nombres XIX, 1 - XXV, 9 : La vache rousse ; faute de MOISE et d’AARON ; le serpent d’airain ; défaite de SI’HONE et de OG, rois transjordaniens ; BALAK et BILEAM. Haphtara : Michée V, 6 - VI, 8 : Ce que D.ieu demande.

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Commentaires sur la Torah :

« Que la bouche des autres chante ta louange, mais non la tienne. » (Proverbes XXVII, 2).

Telle est la parole biblique que la tradition applique aux paraboles qu’utilise le prophète midianite BILEAM. Celui-ci, nous le savons, fut convoqué par le roi de MOAB, BALAK, en vue de maudire ISRAEL, tant les victoires remportées sur l’Egypte et les rois amorrhéens avaient effrayé tous les peuples voisins. Mais nous apprenons par la suite que le désir de maudire ISRAEL se transforme en bénédictions dans la bouche de celui que la tradition juive place pour la qualité de sa prophétie auprès des païens au rang que MOISE occupe auprès du peuple juif.

Le verset habituellement cité comme exemple de cette bénédiction est celui que nous récitons généralement en entrant dans nos maisons de prières. « Que tes tentes sont belles, ô JACOB ! Tes demeures ô ISRAEl ! (Nombres XXIV, 5. En prononçant ces paroles, BILEAM, nous rapporte la tradition, manifestait son émerveillement de voir la disposition des tentes habitées par les enfants d’ISRAEL, de telle manière que les ouvertures étaient orientées sans que nul ne puisse voir ce qui se passait chez le voisin, respectant ainsi l’intimité familiale de chaque famille. Cela nous change bien de toutes les extravagances exhibitionnistes dont nous sommes journellement témoins. Le manque de respect dans le domaine de la pudeur est notoirement insupportable. Pour sa part, ayant constaté de quelle manière les enfants d’ISRAËL se comportaient dans leur vie privée, BILEAM a pu y voir une condition essentielle de l’unité de ce peuple. Malgré des conditions d’existence difficiles, le peuple se soumettait entièrement à l’autorité divine. C’est donc avec des traits enthousiastes, et contre sa propre volonté, que ce prophète païen traça l’avenir réservé à la postérité des patriarches.

Dans son admiration pour la vie d’Israël, le devin étranger ira jusqu’à dire : « Puissé-je mourir comme meurent ces justes, ma fin ressembler à la leur. » (Nombres XXIII, 10. Nos Sages font cependant remarquer qu’en disant cela, il ne souhaitait pas pour autant mener la même existence que celle de ceux envers lesquels il exprimait son admiration. Ce qui nous permet dire que vivre conformément aux règles du Judaïsme est certes très difficile, mais c’est bien ce qui en fait le prix, malgré tous les sacrifices que cela peut entraîner. De là sans doute, cette maxime talmudique : « Ce monde n’est que le vestibule du monde futur : prépare-toi dans le vestibule, pour que tu puisses entrer à l’intérieur du palais. (Pirké Avoth, chapitre IV, michna 16).

En évoquant les tentes qui constituaient les demeures du peuple hébreu dans le désert, c’est avant tout de la beauté morale et spirituelle d’ISRAËL que BILEAM veut souligner. Il savait assurément que D.ieu protège les enfants d’Israël, aussi longtemps que ceux-ci se soumettent à Son autorité, à Ses commandements. L’hommage de BILEAM est doux à entendre, mais nous place face à nos obligations.

Pour voir notre peuple se perpétuer, pour que la malédiction se change en bénédiction, il nous faut non seulement embellir nos maisons de prières auxquelles la liturgie applique le verset mentionné plus haut, mais aussi nos propres demeures familiales. Nous ne devons cesser de les sanctifier par la pratique des vertus domestiques traditionnelles, mais surtout par un comportement fait de dignité et de mesure dans l’existence. Nous le pouvons en nous inspirant de l’exemple prestigieux que nous ont légué nos ancêtres.

HAPHTARA :

Le choix de cette Haphtara se justifie par le simple fait que le prophète MICHEE dont est tiré notre texte, y rappelle ce que BALAK, le roi de MOAB avait projeté bien longtemps avant contre Israël. La destruction de notre communauté a toujours tenté ceux que gênaient nos qualités spirituelles par le simple fait de notre existence. Il y eut dans le passé lointain des individus de l’espèce de LABAN, PHARAON, AMALEK. Ils ont tous souhaité notre destruction physique ou spirituelle. Dans un passé plus récent, il y eut ceux à l’exemple des nazis ou des régimes communistes cherchant à la fois à nous détruire de façon radicale.

BALAAM dont nous avons déjà longuement parlé, s’était rendu compte qu’ISRAEL pouvait aussi être atteint par sa spécificité, à savoir, sa recherche de la pureté, de la sainteté et le développement de ses qualités morales. Malgré les persécutions de toutes sortes auxquelles il eut toujours à faire face, ISRAEL sut conserver l’espoir de sa survivance, ne fut-ce qu’en nombre limité, selon l’annonce faite par le prophète MICHEE : « Les survivants de JACOB seront parmi les peuples comme la rosée que D.ieu envoie, comme l’ondée sur l’herbe, qui ne comptent pas sur l’homme et n’attendent rien des fils d’ADAM. » (MICHEE V, 6). ISRAEL a pu faire l’expérience selon laquelle il ne pouvait en définitive compter que sur la Providence. Elle seule fut toujours capable de l’aider à surmonter les situations les plus difficiles. Nous en avons eu les exemples avec la SHOAH qui aurait pu signifier notre anéantissement absolu. Il y eut aussi différentes guerres au cours desquelles nos frères d’ISRAEL notamment, ont réussi à triompher d’ennemis ne rêvant que de l’abattre.

Chapitre VI, verset 3 : « O mon peuple ! que t’ai-je fait ? Comment te suis-je devenu à charge ? Expose (les griefs) contre moi. »

Le sens de cette apostrophe est le suivant : Toutes les lois par lesquelles D.ieu veut façonner la vie d’ISRAEL sont destinées à son salut. D.ieu peut dire « mon peuple » quand ISRAEL lui est fidèle. Ceci n’est vrai que si les lois de la Torah ne constituent pas seulement les dogmes d’une religion, mais bien davantage quand il s’agit d’un mode de vie, témoignant de la présence de D.ieu dans toutes les phases de l’existence de ses serviteurs.

La mention dans notre texte des noms de MOISE, d’AARON et de MYRIAM est significative : le premier, parce qu’il fut l’intermédiaire entre le peuple et D.ieu lors de la révélation du Sinaï, devenant ainsi le défenseur intransigeant de la Torah à laquelle il se consacra corps et âme. Le second, AARON, dont il est dit dans les Pirké Avoth, chapitre premier, michna 12, « qu’il aimait et poursuivait la PAIX », était apprécié pour son esprit doux et pacifique. Il était toujours prêt à pardonner. Quant à MYRIAM, elle eut la délicate mission de communiquer son enthousiasme aux femmes, afin qu’elles comprennent la noblesse de leur rôle d’éducatrices dans le peuple juif.

Ces trois piliers du Judaïsme symbolisent par conséquent ce qu’il y a d’essentiel dans le maintien de nos communautés : rigueur dans les principes, pondération dans leur application, en excluant toute forme d’excès, sans omettre pour autant le rôle fondamental de la femme juive qui a pour charge essentielle sa fonction d’éducatrice.

Il nous paraît intéressant de nous arrêter sur un passage particulièrement suggestif quant à la vision du prophète MICHE sur le sens que nous devons donner à notre existence. Il dit notamment : Verset 8 : « Homme, on t’a dit ce qui est bien, ce que le Seigneur demande de toi : rien que de pratiquer la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton D.ieu. »

Le ton est donné dans ce passage. Par les différents moyens de pratiquer les commandements de la Torah, touchant aux relations entre l’homme et ses semblables ou entre l’homme et son Créateur, il nous est possible de remplir correctement notre rôle d’hommes. Au sens noble du terme, cela veut dire bien se conduire dans la vie, réaliser le TOV, le BIEN, notre mission essentielle.

La concrétisation de cet idéal est obtenue par les trois moyens suivants : l’exercice de la justice, l’amour sans réserve pour nos semblables et notre marche humble aux côtés de D.ieu. Lui seul connaît nos desseins, nos pensées secrètes. Il est en mesure de les apprécier à leur juste valeur. Tels sont, me semble-t-il, les traits caractéristiques de la personnalité du croyant juif : sincérité avec ses semblables, sans distinction de croyances ou d’opinions, et sincérité avec son Créateur. C’est l’harmonie entre ces deux facettes de notre comportement quotidien qui peut le mieux nous aider dans nos ambitions, dans un univers où ces valeurs sont trop souvent négligées.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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