« Que représente le Consistoire ? »

BILLET DU 2 JUILLET 2006
publié le lundi 3 juillet 2006
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Bonjour,

Le judaïsme français est à l’image de la France : institutionnel. Dans ses victoires posthumes, Napoléon aura réussi à organiser une communauté juive qui en 1808, lors de la création du Consistoire, comptait 3500 âmes. En Empereur, Napoléon voulait que les Institutions soient à l’image de son armée et de l’Empire : en bon ordre. Et depuis bientôt 200 ans la communauté juive française est la seule à travers le monde à avoir une représentation religieuse qui soit une institution républicaine.

Ce qui fait la force du Consistoire aujourd’hui est, indubitablement, son statut si particulier de représentativité auprès des pouvoirs publics. Cette position si unique revêt de nombreux avantages et peu d’inconvénients. Les avantages résident dans la nature même du Consistoire qui n’assoit pas sa représentativité en fonction de son nombre d’adhérents mais en sa qualité d’institution. Qu’il y est 100, 1000 ou 10000 adhérents, le Consistoire demeure la représentation religieuse du Judaïsme français. Ceci signifie que toutes les autres communautés et synagogues qui ne sont pas consistoriales, ce qui représente soit dit en passant la large majorité du judaïsme religieux français, ne représentent rien ou presque auprès des pouvoirs publics. Les autres avantages sont à trouver dans l’autorité de fait du Consistoire à établir la casherout pour les juifs français. Ces derniers temps cette autorité est mise à mal et explique en grande partie les difficultés financières sérieuses de l’institution. Quelques inconvénients dans ce statut de monopole religieux existent. Tout d’abord l’action des Rabbins qui est réglementée et hiérarchisée. Un « simple » Rabbin de communauté n’est rien d’autre qu’un fonctionnaire du Consistoire. Le corps rabbinique est semblable au Clergé. Inconvénient majeure si l’on considère le fort potentiel humain qui n’est pas ou peu exploité. Depuis quelques mois la question de la formation des Rabbins est mise en exergue à travers un Séminaire vieillissant qui fonctionne davantage comme une Yeshivah qu’un Séminaire qui doit former les Rabbins de demain dans une communauté juive en prise avec les questions de l’assimilation et des mariages mixtes.

Dimanche dernier s’est tenue l’Assemblée Générale ordinaire du Consistoire avec son nouveau Président Joël Mergui qui a déclaré : Tous doivent travailler ensemble et dans le même sens, au service de la communauté. « Le temps des divisions est terminé ; place à l’action et à l’union ». Et de conclure, « Plus que jamais, la communauté juive a besoin d’un Consistoire fort, ambitieux et efficace ; et le Consistoire a besoin d’une communauté forte, unie et solidaire ». On serait tenté de faire confiance au nouveau Président dans ce chantier ambitieux de l’unité de la Communauté et de la solidarité. Malheureusement, et c’est à regret que nous le disons, Joël Mergui s’illustre déjà par une ligne rigide et en profond décalage avec les réalités auxquelles la communauté juive française doit faire face aujourd’hui. Son prédécesseur, Moïse Cohen, nous avait habitué à un Consistoire soucieux de toutes les composantes religieuses ou non de la communauté. L’actuelle direction du Consistoire fait des taxes perçues par la casherout l’objectif principal. Pourtant ce qui fait la qualité d’un Président de Communauté c’est son audace et sa vision de l’avenir. Entreprendre de grandes choses tout en étant soucieux des finances, donner confiance aux Rabbins plutôt que de les reléguer au rôle d’exécutants, s’appuyer sur les hommes et les femmes qui l’entourent plutôt que sur son titre, servir le Judaïsme plutôt que de s’en servir.

C’est pourquoi, en dépit des lettres de relance, je ne renouvellerai pas cette année mon adhésion au Consistoire. Je préfère soutenir ma communauté d’abord, les « amis du CRIF », le FSJU, les ouvres sociales et bien d’autres institutions qui elles, œuvrent pour pérenniser le judaïsme dans la fidélité à la Tradition et dans l’action. Le Consistoire est aujourd’hui semblable à un musée qui n’investirait pas pour entretenir son patrimoine et pour le développer.

Pour ma part je renouvellerai ma confiance au Consistoire quand celui-ci ne s’intéressera pas aux juifs de France en fonction des ressources matérielles que les uns ou les autres peuvent lui apporter et quand les portes des synagogues s’ouvriront à tous les juifs désireux d’y entrer.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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