Parasha Chela’hle’ha 5766

Chabbath 24 juin 2006 - 28 Sivane 5766 - Début : de 20 h 18 à 20 h 33 - Fin : 22 h 57
publié le mercredi 21 juin 2006
Partagez cet article :



Lecture de la Torah : Nombres XIII, 1 à XV, 41 : Les explorateurs ; divers préceptes dont celui des TSITSITH. Haphtara : Josué, chapitre II : Les deux explorateurs.

publicité

Commentaire de la Torah :

Une fois de plus, ISRAËL est mis à l’épreuve. Il ne se contente pas des promesses faites par D.ieu, quant à la valeur inégalée de la Terre promise. C’est dans ces conditions que les Hébreux décident malgré tout d’envoyer des explorateurs, n’écoutant pas les conseils de MOÏSE. Si D.ieu autorise malgré tout cette expédition, ainsi qu’en témoignent les premiers mots de notre paracha, il n’en est pas moins vrai, qu’au départ, ISRAËL manifeste visiblement un manque de confiance envers D.ieu et dans la valeur sacrée que devait revêtir Sa promesse. Pour bien comprendre cette attitude fautive d’ISRAËL, il suffit de comparer la situation du patriarche ABRAHAM d’une part, et celle liée à la grave affaire du Veau d’Or.

Dans le premier cas, s’agissant du début de sa vocation, nous voyons le patriarche recevoir l’ordre de partir, de quitter son pays : LE’H LE’HA - vas pour toi. (Genèse XII, 1). Par contre, dans le texte de notre paracha, (Nombres XIII, 1), D.ieu dit à MOÏSE : « envoie toi-même ». Ce texte utilise également l’expression « LE’HA - pour toi ». Dans le cas d’ABRAHAM comme plus tard dans celui de ses descendants les Hébreux, il s’agit d’un avenir qui se prépare, et en vue duquel il s’agit d’effectuer une rupture avec le passé. Pourtant, cet avenir est aussi incertain pour ce qui est du patriarche que pour ses descendants, les enfants d’Israël.

Nous savons qu’ABRAHAM verra finalement le triomphe de ses peines et surmontera ses difficultés. Pour ce faire, il est soutenu par une confiance inébranlable en D.ieu. Israël aussi, aurait dû se sentir fort de l’appui que lui assurait D.ieu depuis la sortie d’Egypte. C’est pourtant à ce niveau que s’arrête l’analogie soulignée par l’expression « LE’HA - pour toi ». Israël ne résiste pas au découragement provoqué par le rapport que lui font les explorateurs à leur retour de mission. Ce manque de confiance en l’avenir vaudra alors au peuple d’ISRAËL d’errer durant quarante années dans le désert. La génération des hommes de plus de vingt ans sera ainsi condamnée à y mourir, avant que les plus jeunes puissent enfin parvenir à la Terre promise, au terme de cette longue période d’errance qui préfigurait toutes celles que nous avons hélas connues à travers le temps et l’espace.

Dans le cas de cette génération du désert, nous pouvons comparer sa situation avec l’épisode du Veau d’Or. (Exode XXXII). Nous pouvons observers les mêmes faits : menaces d’anéantissement de la part de D.ieu, prière d’intercession adressée par MOÏSE pour empêcher la mise en œuvre d’un châtiment collectif. Pourtant, dans ce cas, l’attitude d’Israël est différente et bien moins fondée. En fabriquant le Veau d’Or, il s’agissait de compenser l’absence du chef, de MOÏSE. Le peuple tenait surtout à avoir un guide, et voulait donc remplacer MOÏSE, ayant cru à tort qu’il avait disparu. Par contre, dans notre paracha, MOÏSE était bien présent, son calme et ses encouragements auraient dû suffire à dissiper toutes les craintes relatives aux inquiétudes éprouvées par ISRAËL.

Aussi, ce qui peut nous étonner, c’est la disproportion des châtiments. Le Veau d‘Or, résultat tangible d’une idolâtrie, donc du refus de croire au D.ieu Un, finit par entraîner la mort de trois mille hommes, tandis que la scène de découragement qui se déroule dans le désert, sera quant à elle, cause de la mort de toute une génération. Comment comprendre cette différence de traitement ?

Pour résoudre cette difficulté, nos Sages l’expliquent en disant qu’Israël venait de se rendre coupable d’une faute considérée par D.ieu comme étant plus grave, celle d’avoir voulu retourner en Egypte, plutôt que de vouloir lutter pour la conquête de la Terre promise. Or l’Egypte dans la tradition juive, représente l’attrait de l’idolâtrie. Cela est suffisant pour causer la perte d’identité d’Israël. En retournant vers le lieu de perdition que représentait ce pays, il aurait retrouvé les mauvais exemples qu’il avait connus durant son dur esclavage et que D.ieu tenait à lui faire oublier. C’est d’ailleurs la raison la Torah tient à nous confirmer l’interdiction faite au peuple d’ISRAËL pour l’empêcher de retourner en Egypte en disant : « l’Eternel vous ayant déclaré que vous ne reprendrez plus ce chemin-là désormais. » (Deutéronome XVII, 16).

Aujourd’hui encore, nous pouvons constater combien d’idolâtries existent à travers le monde, sous d’autre noms et sous d’autres formes sans doute. Mais elles parviennent encore à séduire ceux qui ne savent pas résister aux illusions, un peu à la manière de ce que décrit le Cantique des Cantiques : « et mon vignoble à moi, je ne l’ai point gardé ». (I, 6). Notre constant désir de vouloir nous identifier avec ceux parmi lesquels nous sommes appelés à vivre en est un exemple très fréquent, alors que nous devrions lutter pour la défense de notre identité et notre spécificité religieuse.

En fin de compte, nous en venons trop souvent à oublier la mission fondamentale du peuple d’ISRAËL : poursuivre la route indiquée au départ par ABRAHAM, en gardant confiance dans la protection et les promesses de D.ieu. « Tout est entre les mains de D.ieu, sauf la crainte de D.ieu » (Talmud Bera’hoth 33 b). Ne perdons jamais de vue cet adage. Il nous indique un choix de vie : rester nous-mêmes, accepter les difficultés en sachant qu’en fin de compte, le D.ieu Tout-Puissant auquel nos ancêtres ont accordé toute leur confiance restera pour nous également le seul Maître de nos destinées.

HAPHTARA :

Malgré le caractère à tendance historique que représente ce chapitre II du Livre du prophète JOSUE, nous pouvons aussi y trouver des indications se rapportant non seulement à l’histoire de l’entrée des Hébreux en Terre sainte mais relatives également à l’Histoire du peuple juif tout entier. En ce qui concerne notre Haphtara, sa relation avec la paracha est tout à fait évidente. Après une très riche expérience de trente-huit années d’errances acquise dans le désert, après que toute une génération d’hommes ait été condamnée à y mourir, le peuple élu se trouve à présent à l’entrée du pays promis aux ancêtres. C’est alors que JOSUE, successeur de MOÏSE, envoie secrètement deux explorateurs vers JERICHO. Il ont une mission précise et limitée, celle « d’aller et d’examiner le pays de JERICHO ». (Josué 2, 1).

Contrairement à ce qui s’était passé lors de l’envoi par MOÏSE de douze explorateurs revenus ensuite avec un rapport alarmiste, les deux éclaireurs envoyés par JOSUE, feront à leur retour chez JOSUE un compte-rendu très fidèle de ce qu’ils ont vu, permettant par la suite, de faciliter l’entrée en Terre Sainte au peuple d’Israël.

Une femme, RAHAB a bien accueilli ces chargés de mission. Elle les a même soustraits aux recherches lancées contre eux par le roi de JERICHO. Cette femme avait compris, qu’au delà des forces purement militaires dont pouvaient faire preuve les nouveaux conquérants, ce qui lui semblait évident, une direction plus puissante, plus élevée mais invisible, veillait sur le destin d’ISRAËL. Aussi, comprenant que leur mission avait réussie grâce à l’intervention de cette femme, les deux explorateurs sont-ils venu dire à JOSUE leur chef : « Le Seigneur a livré tout le pays entre nos mains, et déjà tous ses habitants tremblent devant nous. » (II, 24).

Toute la confiance en son destin victorieux qu’ISRAËL devait manifester par la suite dans la difficile conquête du pays, se trouve ainsi résumée dans ce verset biblique. Il devrait pouvoir fournir une justification valable de la difficile entreprise de conquête d’autrefois, face à toutes les nations qui, tout au long de l’Histoire, ont prétendu avoir des droits sur cette terre, si souvent convoitée.

C’est bien là ce que nous démontrent les événements dramatiques dont nous sommes les témoins impuissants de nos jours, face à cette haine dont font preuve ceux qui refusent à l’Etat d’Israël le droit à l’existence, voire même celle du peuple juif tout entier. La lecture des textes anciens, en toute objectivité, devrait ouvrir les yeux à ceux qui refusent de voir et les oreilles qui ne veulent pas entendre, selon les expressions employées par nos Prophètes que ces droits à une terre sont imprescriptibles.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables