Parasha Behaalote’ha

Chabbath 17 Juin 2006 - 17 Sivane 5766 - Début : de 20 h 16 à 20 h 31 - Fin : 22 h 56
publié le mardi 13 juin 2006
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Lecture de la Torah : Nombres VIII, 1 à XII, 16 : Le candélabre ; consécration des Lévites ; seconde Pâque ; la marche dans le désert ; plaintes et médisance. Haphtara : ZACHARIE II, 14 - IV, 7 : Vision du candélabre.

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Commentaire de la Torah :

Notre paracha poursuit le récit des marches effectuées par le peuple d’Israël à travers le désert, avant de parvenir à la Terre Promise, but ultime. Depuis la sortie d’Egypte, selon nos lectures hebdomadaires, nous apprenons que de nombreuses lois ont déjà été édictées. Il est probable cependant, que tous les événements relatés dans notre texte se sont déroulés dès le début du séjour des Hébreux dans le désert. Ils sont souvent liés à des récriminations du peuple. Celui-ci ne manque pas une occasion de b manifester son ingratitude envers D.ieu, malgré tous les miracles dont il a pu bénéficier jusqu’ici et qui l’ont aidé à surmonter bien des difficultés.

Nous savons donc que les lois indiquées dans notre paracha et dans celles qui vont suivre, étaient en fait promulguées au fur et à mesure que s’imposait leur nécessité. Nous avons notamment l’exemple de la promulgation des lois relatives à la seconde pâque. (Nombres IX, 9 - 14). En effet, il fallait bien une loi d’exception pour permettre à ceux des israélites n’ayant pu, pour des raisons de pureté ou d’éloignement, s’associer avec un mois de retard, à la célébration officielle de la première pâque, et pouvoir ainsi profiter en quelque sorte d’une possibilité de rattrapage. Si l’énoncé de certaines lois vient parfois interrompre l’ordre historique du récit, cela est dû à la nécessité de faire mieux comprendre quelques faits historiques importants qui sont intervenus entre-temps.

Les rabbins du Talmud en ont tiré la proposition suivante : « EIN MOUKDAM OUMEOU’HAR BATORAH - il n’y a pas de suite chronologique dans le texte. » (Pessa’him 6 b). En effet, dès la sortie d’Egypte, il était question de la nuée précédant Israël lors de tous ses déplacements, et ceci est à nouveau signalé dans notre paracha, alors que de nombreuses étapes ont pourtant été franchies entre-temps.

Puisque nous évoquons les déplacements, nous avons un verset qu’il serait intéressant de souligner. En effet, il a suscité de nombreux commentaires. Il s’agit du texte suivant : « Ils partirent donc de la montagne de l’Eternel et marchèrent pendant trois jours. » (Nombres X, 33). Cela concerne donc clairement le Mont Sinaï où venaient d’être promulgués les Dix Commandements. Ce verset précède de peu l’épisode tragique des cailles (Nombres XI, 31-33), ayant eu pour conséquence la mort des meneurs de la rébellion contre D.ieu. A cet égard, nos Sages tiennent-ils à expliquer que la Torah venant à peine d’être donnée, que déjà les enfants d’Israël se sont empressés d’oublier leur promesse de rester fidèles à D.ieu. Les besoins physiques si légitimes fussent-ils, s’agissant de la nourriture quotidienne, faisaient malgré tout oublier les aspirations spirituelles d’un autre niveau.

Comme un enfant content de s’échapper de l’école, ainsi les enfants d’Israël, voulurent-ils se défaire des contraintes qu’ils venaient d’accepter. Nous pouvons ainsi comprendre la nostalgie de certains, lorsqu’ils ont voulu rappeler qu’en Egypte, il y avait du poisson en abondance (Nombres XI, 5), tandis que dans le désert où ils se trouvaient, ils craignaient de mourir de faim, malgré la constante protection de D.ieu qu’ils n’hésitaient pas à mettre en doute. (Nombres XI, 1 - 6).

Ce rappel du poisson donne également l’occasion à nos maîtres, de nous présenter une parabole. En effet, de même, disent-ils, que l’eau constitue l’élément vital pour les poissons, de même la Torah, comparée à l’eau, est d’une importance capitale pour le peuple d’Israël qui ne saurait survivre sans elle, car il n’aurait alors plus de raison d’exister. Pour cela, nous trouvons une allusion dans le terme « VEYIDGOU », contenu dans la bénédiction de JACOB à JOSEPH : « Que l’ange qui m’a délivré de tout mal, bénisse ces enfants, et qu’ils portent mon nom et le nom de mes pères ABRAHAM et ISAAC, et qu’ils se multiplient (VEYIDGOU) très abondamment sur la terre. (Genèse XLVIII, 16).

Telle est l’explication que fournissent nos Sages, pour nous faire comprendre la gravité de la faute des Hébreux dans le désert, lorsqu’ils ne se contentèrent plus de la MANNE, journellement dispensée par D.ieu et qu’ils lui firent le reproche de pas varier leur nourriture quotidienne. Cette leçon vaut encore pour nous, lorsque négligeant notre précieux patrimoine religieux, nous donnons parfois l’impression de nous attacher davantage à nos biens terrestres, sans jamais éprouver de sentiment de satisfaction pour les biens terrestres dont nous disposons, grâce à la Providence divine.

Nos Maîtres veulent donc nous rendre attentifs à la question de savoir, qu’est-ce qu’être Juif ? Ils veulent surtout démontrer que sans les mitzwoth, Israël aurait depuis longtemps cessé d’exister. Les conditions miraculeuses de notre survie, à travers une longue série de persécutions, ne tiennent qu’au fait que la mise en pratique de nos valeurs spirituelles nous permettra toujours de mériter la constante protection divine.

Haphtara :

Le début de notre paracha traitait de l’entretien et de l’allumage du chandelier qui se trouvait dans le Tabernacle. Dans notre Haphtara il est également question d‘un chandelier à sept branches, Le prophète ZACHARIE s’exprime peu avant la fin de l’exil de Babylone, autrement dit, peu avant la restauration du second Temple. C’est donc pour cette raison que nous lisons ce même passage biblique le Chabbat coïncidant avec la fête de HANOUCCA, généralement dénommée la fête des lumières.

Comme dans une vision très lointaine dont la réalisation surviendra le jour où toutes les nations auront enfin compris la place qu’Israël occupe dans le monde, comme pour annoncer que cesseront un jour toutes les luttes qui auraient pu nous faire disparaître, le prophète tient à exprimer sa foi dans ce brillant avenir qui nous est réservé. Il dit notamment : « Chante et triomphe, ô fille de Sion ! Car voici que j’apparais pour résider au milieu de toi, a dit l’Eternel. Nombre de nations se rallieront à l’Eternel, ce jour-là, et elles deviendront aussi mon peuple, mais ma résidence sera au milieu de toi.... » (Zacharie II, 14 - 15).

ZACHARIE présente ici une image de l’ère messianique qui ne peut être réalisée sans ces deux conditions préalables : la renaissance complète d’Israël sur sa terre et le ralliement à l’enseignement divin que son peuple élu est chargé de transmettre à toute l’humanité. Cette vision prophétique se termine surtout par un verset dont la portée reste valable pour tous les temps : « Ni par la force ni par la violence, mais par mon inspiration, a dit l’Eternel- Cebaot. (Zaccharie IV, 6). En toute simplicité, nous croyons que ce texte mériterait de figurer dans le préambule des constitutions de tous les états dits démocratiques.

Si selon l’exhortation de notre prophète, l’humanité avait voulu, à l’exemple du prophète, saisir le sens de ces paroles divines, elle se serait depuis longtemps épargné bien des peines inutiles, en comprenant qu’une « montagne orgueilleuse » , ne peut finir qu’en « humble plaine ». (verset 7). Rappelons-nous que bien des empires ont existé dans l’Antiquité, mais de nos jours nous n’en connassons plus que le nom. Par contre, Israël, petit pays, petite nation, petite communauté de fidèles, fidèle aux engagements contractés au pie du Mont SINAÏ, continue patiemment et courageusement sa marche dans l’Histoire, avec l’espoir de voir un jour se réaliser le triomphe du D.ieu Unique et Universel.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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