Parasha Nasso 5766

Chabbath 10 juin 2006 - 14 Sivane 5766 - Début : entre 20 h 12 et 20 h 27 - Fin : 22 h 51
publié le mercredi 7 juin 2006
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Lecture de la Torah : NOMBRES IV, 21 - VII, 89 : Suite du recensement ; la femme soupçonnée ; le vœu du nazir ; la bénédiction sacerdotale ; les offrandes des princes d’Israël lors de l’inauguration du Tabernacle. Haphtarah : JUGES XIII, 2 - 25 : Annonce de la naissance de SAMSON.

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Commentaires sur la Torah :

« Voici comment vous bénirez les enfants d’Israël ». (Nombres 6, 23).

Ce verset introduit la formule bien connue des bénédictions des COHANIM. Nous savons que rares sont les textes de la Bible aussi célèbres que celui-ci. Selon les différents rites, ces bénédictions sont prononcées tous les jours (en Israël), tous les Chabbatot (dans la plupart des synagogues de rite Sefardi) et uniquement les jours de fêtes (pour tous les rites confondus). Cette série de bénédictions ne peut être prononcée que lors d’un office religieux public auquel participent au-moins dix personnes (MINIANE) et qui doit obligatoirement être composé de dix hommes ayant dépassé l’âge de la majorité religieuse de treize années révolues. Par ailleurs, ces versets bibliques sont en général récités à la fin de tous les offices du matin (CHA’HARITH) et de ceux de l’après-midi (MIN’HA).

La formulation de ces textes traditionnels que des pères ont également l’habitude de prononcer le vendredi soir lorsqu’ils bénissent leurs enfants à la sortie de la synagogue le vendredi soir ou avant le Kiddouch (en particulier dans le rite achkenaze), se trouve donc insérée dans notre paracha, à la suite de divers cas où l’intervention du COHEN était nécessaire. Jusqu’ici, celui-ci représentait la puissance de D.ieu. pour recevoir les hommages et intervenir lorsque Sa justice devait flétrir les crimes. Dans notre paracha, il s’agissait entres autres, du cas de la femme infidèle (Nombres V, 11 - 31) ou d’une personne ayant fait vœu d’abstinence, c’est-à-dire dans le cas du NAZIR. (Nombres VI, 21).Dans ces deux cas de figure, l’intervention du COHEN était indispensable. Par la bénédiction indiquée dans notre paracha, et dont il faut savoir qu’il ne joue qu’un rôle d’intermédiaire, le COHEN est le représentant de D.ieu, qui bien entendu, est seul en mesure de prodiguer ses faveurs à ISRAËL.

Il ne me paraît pas superflu d’examiner le sens de ces paroles sacrées. I° « Que l’Eternel te bénisse et te protège ». En effet, l’on doit être convaincu que D.ieu seul est en mesure de nous accorder les biens de la terre dont nous voudrions avoir la jouissance. Il est en effet l’unique propriétaire de tous nos biens terrestres, quoiqu’en pensent en général les êtres humains peu sensibles au fait religieux. Ils s’imaginent avoir acquis des biens en ayant bâti une fortune qui, d’un revers de main, pourrait hélas disparaître. L’expérience quotidienne nous en offre bien des exemples. C’est d’ailleurs ce que veut nous confirmer le psalmiste en disant : « C’est l’Eternel qui est l’arbitre : il abaisse l’un, il élève l’autre. » (Psaumes 75, 8). la première phrase des trois parties concernant la bénédiction sacerdotale, se composant de trois mots seulement, contient donc une promesse de bienfaits concernant nos biens matériels et terrestres.

II° « Que l’Eternel fasse rayonner Sa face sur toi, et te soit bienveillant. » Cette seconde partie est la conséquence de la précédente. On peut profiter des biens matériels promis, à condition de les mériter et d’en être digne. Pour cela, il nous est recommandé d’observer les commandements divins. La force spirituelle nous est donc indispensable pour tenter de mieux connaître les lois de D.ieu. Cette force-là, D.ieu est également prêt à nous l’accorder. Il nous faut cependant être conscients que sans elle, nous serions aveuglés par nos passions inhérentes à notre condition humaine car elles sont souvent un frein pour une bonne compréhension de ces lois.

III° « Que l’Eternel dirige Son regard vers toi et t’accorde la Paix. » Là encore, il faut savoir que si nous suivons scrupuleusement les commandements divins, nous mériterons alors d’être pleinement heureux. Nous avons là la promesse d’un bonheur insoupçonné et de grande qualité, celui que représente la PAIX, le bien suprême, source indiscutable de toutes les autres bénédictions, et sans laquelle les autres bénédictions n’auraient aucune valeur ni fondement.

Ainsi, la première partie de ces formules de bénédictions concerne la sécurité matérielle. Chacun y aspire indéniablement et légitimement. Mais si nous voulons que D.ieu nous accorde Sa protection contre les misères de la pauvreté et de la précarité, pour cela, nos Sages s’empressent d’ajouter : « Que D.ieu te protège afin que les biens matériels dont tu disposes ne te possèdent point ». En effet, l’influence pernicieuse de la richesse peut s’avérer aussi dangereuse pour l’équilibre de l’homme que les difficultés résultant de la pauvreté. En second lieu, nous demandons à D.ieu de nous accorder Sa miséricorde, et aussi, selon nos Sages, celle des hommes, ainsi que l’expriment les Pirké-Aboth que nous avons lus durant les sept semaines allant de PESSA’H à CHAVOUOTH.

Enfin, le couronnement de toutes les bénédictions réside incontestablement dans la Paix. Il ne s’agit pas seulement de la paix intérieure que l’homme parvient à trouver dans la possession des biens matériels ou spirituels, mais aussi et surtout, de la Paix, en tant que facteur d’union, de coopération, dans un but constructif et moral. De nos jours, avec l’angoisse que nous ressentons pour la sécurité de nos frères en ISRAËL et celle de ce petit pays qui nous est si cher, nous pouvons peut-être mieux comprendre le sens de ces formules de bénédictions nous invitant à œuvrer pour la Paix et à croire en ses bienfaits. Grands sont alors les mérites de tous ceux qui peuvent contribuer à son instauration, partout dans le monde.

C’est donc sur cette notion de Paix que s’achève notre paracha, lorsqu’elle énumère la liste des sacrifices apportés par chacun des princes. Une lecture attentive du texte nous montre que les dons offerts étaient tous identiques en quantité et en qualité. Mais s’ils sont cités individuellement avec le nom de chacun des princes, c’est avant tout pour souligner le mérite de ces chefs d’ISRAËL. En effet, dit le Midrash, l’un parmi les douze princes chefs des douze tribus d’Israël demanda à ses pairs, d’apporter chacun à tour de rôle un sacrifice de même valeur, pour que nulle distinction ne puisse être faite quant à leur générosité. De la sorte, on tenait avant tout à éviter toute forme de rivalité ou de susceptibilité ce qui est parfois le cas.

Aussi, est-ce pour récompenser l’harmonie de leur conduite que leurs noms furent cités individuellement et séparément. Belle leçon d’union dans la réalisation d’un projet commun. Le midrash en conclut que nous devons toujours nous efforcer d’honorer notre prochain comme il convient, en favorisant la solidarité et l’harmonie, afin que D.ieu à son tour puisse nous accorder la Paix et le bonheur auquel nous aspirons si légitimement. Ces princes n’avaient donc qu’un seul objectif : celui d’œuvrer de façon discrète pour la gloire divine, sans rechercher le moindre avantage personnel. Bien de nos contemporains, leaders communautaires, rabbins ou simples fidèles, dirigeants de communautés, hommes politiques ou oeuvrant dans des associations sociales ou humanitaires, auraient bien des opportunités de s’inspirer de ces exemples de discrétion ou de simplicité que notre Paracha a tenu à nous laisser entendre.

HAPHTARA :

Le texte de notre Haphtara nous présente un passage tiré des premiers prophètes et que nous rapporte le Livre des Juges. Il s’agit d’un texte à caractère historique. Il concerne la naissance de SAMSON. Nous savons que sa mère s’était engagée, dès avant la naissance de ce fils tant désiré, de le vouer entièrement à D.ieu, en s’engageant ne lui jamais lui couper ses cheveux, lui permettant ainsi de lutter contre les Philistins,grâce à sa force exceptionnelle.Il était donc NAZIR, abstinent. Ce thème est déjà évoqué dans notre paracha. La vie de SAMSON qui fit partie des JUGES, de ces hommes qui vécurent avant la période des prophètes, fut en effet toute entièrement vouée à D.ieu et à la défense d’ISRAËL. Celui-ci était alors constamment sous la menace des ennemis de l’époque, les PHILISTINS, probablement de lointains ancêtres des Palestiniens de nos jours.

Notre Haphtara, en mettant l’accent sur la mère de SAMSON, entend indiquer la signification élevée de sa pureté d’intentions et de celles de ses pensées toutes dirigées vers D.ieu. Cette femme exceptionnelle ne se soucie que de la formation spirituelle de l’enfant qui va naître. L’épisode rapporté dans notre texte se situe donc à une époque trouble et sombre de l’histoire du peuple juif. Les malheurs qui se sont alors abattus sur lui ont eu pour effet de lui faire prendre conscience que son salut ne pouvait provenir que de D.ieu Lui-même, à condition de revenir totalement à Lui en observant Ses commandements. .

Par ailleurs, nous savons que SAMSON appartenait à la tribu de DAN, la plus faible en nombre de toutes les tribus d’ISRAËL. Malgré cette faiblesse numérique, elle eut le mérite de produire cet homme consacré à D.ieu, alors qu’il provenait d’une famille modeste. Cela n’enlevait rien à ses qualités et dispositions personnelles, puisqu’il eût le privilège d’être choisi par D.ieu à un moment particulièrement difficile pour la sécurité du peuple.

On pourrait encore en tirer une autre leçon d’actualité. En effet, nous avons souvent fait remarquer que malgré le nombre limité de nos frères vivant aujourd’hui sur le sol de la terre d’Israël, ce pays pourrait être amené à jouer un rôle bénéfique pour le développement des pays de la région. Par ailleurs et dans le même ordre d’idées, le petit nombre que constitue aujourd’hui le peuple juif disséminé à travers le monde ne doit pas l’empêcher d’exercer une influence spirituelle et morale, inspirée par ses traditions millénaires, en faveur des sociétés au milieu desquelles nous évoluons. Nul ne doit nous freiner dans notre volonté d’être un facteur de bonheur spirituel et de prospérité matérielle pour l’ensemble de l’humanité, selon la bénédiction que D.ieu adressa naguère au patriarche ABRAHAM : « et par toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Genèse 12, 3).



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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