« Le zéro n’existe pas... »

BILLET DU 28 MAI 2006
publié le mardi 30 mai 2006
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Bonjour et Hodesh Tov,

C’est aujourd’hui le Rosh Hodesh, le nouveau mois de Sivan. Nous avons toutes les raisons de nous réjouir en ce troisième mois de l’année juive. Réjouissance puisque nous quitterons la période du Omer. Réjouissance encore puisque vont se succéder les mariages. Réjouissance toujours puisque nous approchons de la fête de Shavouoth qui commémore le don de la Torah.

Ce mois de Sivan nous fait entrer dans un jeu de nombres tout à fait intéressant que l’on pourrait ainsi résumer : 3, 2, 1. Trois pour la place de ce mois dans le calendrier juif et trois encore pour les « Shloshet yemé hahagbalah », les « trois jours de délimitation » qui commenceront après-demain jusqu’à la veille de Shavouoth. Ces trois jours nous rappellent que les Hébreux arrivèrent au pied du Mont Sinaï le premier jour du mois de Sivan et se purifièrent durant trois jours afin de se préparer à la Révélation par le don de la Torah. Deux c’est le signe zodiacal du mois dont la mystique juive se fait l’écho en attribuant le signe du gémeau, celui de la dualité, de l’opposition aussi, représenté dans la tradition juive par les personnages emblématiques de la Bible qu’étaient Jacob et Esaü. Et un, c’est bien entendu l’unité, celle de Dieu, exprimée par Sa parole contenue dans la Torah.

3, 2, 1 donc mais pas de 0. Le chiffre zéro, vous l’aurez remarqué, n’existe pas dans le judaïsme. Le zéro est en algèbre le point de départ, c’est également le chiffre qui placé à la droite d’un nombre le multiplie par la valeur de la base, soit 10 dans le système décimal. Le zéro n’a pas sa place dans le judaïsme. Ce serait admettre la possibilité d’un néant et d’une nullité. Or la Genèse même de notre histoire commence par le constat d’un Tohu Bohu, d’un capharnaüm, de quelque chose existant mais désordonné. Admettre l’existence du chiffre zéro serait la négation même de l’existence de Dieu. Les lettres hébraïques ayant une valeur numérique et la première lettre de l’alphabet étant le Aleph, par conséquent le premier chiffre existant est le un.

Permettez-moi cette petite anecdote : Lorsque j’étais élève à l’école Maïmonide, j’ai souvenir d’un professeur d’anglais, que je ne nommerai pas mais que de nombreux auditeurs ont dû connaître, qui notait ses copies sur 20 avec une fourchette de notes qui allaient de 1 à 17. Personne n’a jamais eu zéro sur vingt, le professeur considérant que le simple fait d’avoir noté son nom et la date en haut de la copie ne permettait pas de rendre la copie nulle. Mais personne n’atteignait jamais la note suprême considérant que les trois derniers points restants revenaient à Abraham, Isaac et Jacob ! Je ne sais pas si l’inspection académique s’est un jour penchée sur ce système de notation, mais cela nous convenait dans la mesure où personne ne revenait bredouille et que très honnêtement, rares étaient les prétendants qui auraient été déçus de ne pas obtenir la note de vingt sur vingt !

Voyez-vous, ce professeur, m’a appris à n’accepter ni la nullité ni la perfection. C’est peut-être l’un des grands messages de la Torah que nous célébrerons plus encore cette semaine. Chaque homme a la possibilité en suivant la Torah de s’élever en s’approchant de Moïse qui était un homme parmi les hommes, certainement le plus abouti mais dont les limites nous apprennent que la perfection n’existe que dans la divinité.

Hodesh Tov, Mazal tov à tous les mariés, Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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