« Faut-il avoir peur du communautarisme ? »

BILLET DU 21 MAI 2006
publié le vendredi 26 mai 2006
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Bonjour,

La communauté juive française est complexe. Elle est unique parmi les communautés juives tant israéliennes que de diaspora. Première communauté juive d’Europe en nombre avec près de 600.000 âmes on connaît son attachement à Israël fait de passion en fournissant le contingent le plus important de touristes vers Israël. Les juifs de France sont avant tout des...français avec tout ce qui fait notre charme. Nous avons la réputation de nous engager mais de nous plaindre en même temps. La France est régulièrement vilipendée mais l’on y reste. Beaucoup se rendent en Israël en vacances, mais en reviennent en se disant que l’on n’est pas si mal que cela en France. Nous sommes des citoyens paradoxaux et cela fait de nous une communauté unique.

Depuis une dizaine d’années le paysage de la communauté juive française est en pleine mutation. Les écoles juives affichent complet, les commerces cashers se développent de façon exponentielle, les quartiers juifs se redessinent, hier Sarcelles, Créteil, le Marais, la rue Montmartre, aujourd’hui le boulevard Voltaire, le 17ème arrondissement de Paris, Neuilly, la banlieue Est de Paris. Il y a cette impression, qui ne s’appuie pas sur des données chiffrées ou scientifiques, que la communauté juive affirme son identité, son appartenance en se repliant sur elle-même. Or lorsque l’on parle de « repli communautaire », on parle aussitôt de « communautarisme ». Mais ce communautarisme est une réalité aujourd’hui qui est un effet, une conséquence, de ce repli communautaire à la suite de la deuxième intifada et de la recrudescence des actes antisémites. Et pourtant je prétends que ce communautarisme est sain et ne traduit pas une peur de la part de la communauté juive française. Force est de constater que sont passés par là le large débat sur la laïcité et le positionnement des communautés qui forment la société française. Si le judaïsme est soluble dans la République, cela ne signifie en rien la perte identitaire, bien au contraire. Le communautarisme auquel nous assistons a du bon. Il est le garant de l’identité juive en ces temps de mondialisation et de tentation d’une pensée unique. Affirmer son particularisme n’est pas critiquable tant que celui-ci ne représente pas une opposition qui conduirait à un enfermement, à une ghettoïsation.

Un fait notable qui peut apparaître anecdotique est l’ouverture quasi hebdomadaire de nouveaux restaurants cashers qui proposent de la gastronomie française. Les assiettes tunisiennes prisent sur le rebord d’un comptoir cèdent la place à des brasseries plutôt huppées qui déclinent dans les assiettes les subtilités du terroir français. Cette simple illustration est le reflet d’une volonté de vivre dans un pays que l’on aime sans pour autant renoncer à ses particularités, c’est-à-dire sans s’assimiler. La Communauté, au sens large, exerce son rôle d’intégration pour des juifs de France qui en ont de moins en moins besoin. Car la réalité est aujourd’hui la suivante : la majorité des juifs français sont des français nés en France. On parle de l’Afrique du Nord ou de l’Europe de l’Est pour définir l’origine de nos parents, et souvent de nos grands-parents.

A nous de cultiver un bon communautarisme en faisant de notre identité juive une force pour éclairer notre appartenance à la communauté nationale.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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