Parasha bemidbar 5766

Chabbath 27 mai 2006 - 29 Iyar 5766 - Début : 20 h 02 à 20 h 17- Fin : 22 h 36
publié le lundi 22 mai 2006
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Lecture de la Torah : Nombres I, 1 - IV, 20 : Dénombrement ; campements. Haphtara : I Samuel XX, 18 - 42 : DAVID et JONATHAN.

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Commentaire de la Torah :

« L’Eternel parla en ces termes à MOÏSE, dans le désert de SINAÏ, dans la Tente d’Assignation, le premier jour du second mois de la deuxième année après leur sortie du pays d’EGYPTE. » (Nombres I, 1).

Par ce verset, nous sommes introduits dans le quatrième Livre de la Torah. Sa formulation a attiré l’attention de nombreux commentateurs. En effet, pourquoi souligne-t-on le lieu de la révélation, alors que le début du Lévitique nous l’avait déjà précisé ? En effet, il était écrit : « L’Eternel appela MOÏSE, et lui parla, de la Tente d’Assignation, en ces termes.... » (Lévitique I, 1)

A cet égard, NACHMANIDE fait remarquer qu’à partir du Livre du Lévitique, tous les commandements ayant été ordonnés dans le désert, le furent à partir de la Tente d’Assignation. Seules les prescriptions relatives à l’année sabbatique et à l’année jubilaire indiquées dans la paracha précédente ont fait exception à cette règle, car elles ont été énoncées au Mont Sinaï. Ces derniers préceptes avaient été indiqués au peuple un peu plus tard ainsi que nous le rappelle ABRAVANEL. Etant donné qu’ils figuraient à la fin de « VAYIKRA », le premier verset de notre paracha cité en introduction, pour éviter toute confusion, tenait à souligner que tout ce qui va suivre fera désormais partie des lois transmises par MOÏSE telles qu’il les reçût dans le Tabernacle. RACHBAM, petit-fils de RACHI donne la même interprétation. IBN EZRA, enfin, est d’avis qu’à partir du jour où la Gloire divine remplit la Tente d’Assignation, MOÏSE ne monta plus sur le Mont Sinaï pour y recevoir le message divin comme cela s’était produit auparavant lorsque les tables de la Loi lui furent remises.

Le Midrash donne davantage d’explications. Il dit ceci : « Avant de faire ériger le Tabernacle, le Saint, béni soit-Il, parla avec MOÏSE du sein du buisson ardent, comme il est écrit : « D.ieu l’appela du sein du buisson » (Exode III, 4). Ensuite, il s’adressa à lui dans le pays de MIDIANE : « L’Eternel dit à MOÏSE en MIDIANE » (Exode IV, 19) puis en Egypte : « L’Eternel parla à MOÏSE et à AARON, dans le pays d’Egypte » (Exode XII, 1). Enfin, au Mont Sinaï : « L’Eternel parla à MOÏSE au Mont Sinaï » (Exode XIX, 3). Mais dès que fut érigé le Tabernacle, D.ieu dit : « Belle est la modestie », selon le verset disant : « Marche humblement avec ton D.ieu ». (MICHEE VI, 8) et D.ieu s’adressa donc à MOÏSE dans la Tente d’Assignation. » (TAN’HOUMA) comme pour nous faire comprendre que la parole divine peut nous parvenir du lieu le plus modeste de la Terre, sans aucun apparat ni aucune autre mise en scène tapageuse.

La dénomination de cette partie du Tabernacle qu’était le OHEL MOËD (Tente d’Assignation), exprime bien sa raison d’être : « C’est là que je te donnerai rendez-vous » (Exode XXV, 22). Selon Rav David HOFFMANN (Berlin - 19° s.), choisir un lieu pour la révélation, c’était pour D.ieu exprimer la volonté de s’adapter à la perception que pouvait avoir l’homme. Selon ce maître de la fin du 19° siècle, qui fut directeur du Séminaire Rabbinique HILDESHEIMER de BERLIN, l’Eternel, bien que présent dans tout l’Univers, n’est cependant pas perçu en tout temps ni en tout lieu de la même manière.

RAMBAN (NACHMANIDE) déjà cité plus haut, est d’avis que le peuple d’ISRAËL ne devint pas libre après la sortie d’EGYPTE et ne le serait sans doute pas devenu après la conquête immédiate de son pays, s’il n’y avait pas eu entre ces deux événements importants la Révélation qui rapprocha le peuple d’ISRAËL de D.ieu, en lui conférant ainsi une partie de la grâce divine naguère accordée aux patriarches. Ainsi, après avoir été sanctifiés par la révélation au Mont Sinaï, les enfants d’ISRAËL furent reconnus dignes d’accueillir au milieu d’eux la CHEKHINA, la présence de la Divinité. Nous savons bien que le motif principal du Tabernacle était avant tout d’offrir une demeure humble à la Gloire Divine qui s’était autrefois manifestée sur le SINAÏ. En effet, concernant cette montagne sainte, il est dit : « La majesté divine se fixa sur le Mont Sinaï.... » (Exode XXIV, 16), tandis que pour le Tabernacle il est écrit : « Alors la nuée enveloppa la Tente d’Assignation, et la majesté du Seigneur remplit le Tabernacle. » (Exode XL, 16).

Dans le livre de VAYIKRA, (Lévitique), les enfants d’ISRAËL ont été informés de toutes les règles de sainteté, celles qui lui furent révélées dans la Tente d’Assignation et celles qui lui avaient été confiées auparavant au Mont Sinaï. Ensuite, dans le livre de BEMIDBAR, MOÏSE a indiqué la disposition des tribus en fonction de leurs campements autour du Tabernacle. Considérant qu’ils étaient aptes à comprendre l’importance que doit revêtir un lieu saint et sa place dans la vie de tous les jours, MOÏSE jugea alors important de mettre l’accent sur le principe de l’unité du peuple que doit favoriser le Tabernacle.

A partir de cela, nous pouvons, définir des règles religieuses encore valables de nos jours. En effet, il est très important de témoigner notre respect le plus absolu envers l’Arche Sainte contenant les deux Tables de la Loi, celles-ci constituant les lois essentielles de toute morale humaine. Il en découle pour nous actuellement, d’accorder de l’importance au respect de toutes les maisons de prières. En effet, à travers elles, on est également invité à respecter les êtres humains qui viennent s’y recueillir pour y prier ou pour y méditer. C’est là une leçon à transmettre à ceux qui, de nos jours, n’hésitent pas au nom de leurs croyances souvent dévoyées, à profaner nos lieux de culte ou nos cimetières. Par principe, nous n’avons jamais admis en retour, que qui que ce soit, puisse se prévaloir des enseignements de la Torah pour profaner des lieux de culte réservés à d’autres confessions. Par ailleurs, il s’agit d’une notion de respect envers tout être humain, envers tout ce qu’il respecte, quelles que soient se croyances ou ses options philosophiques.

En raison de notre sensibilité à l’enseignement de la Torah, nous avons le devoir de faire respecter tous les lieux de prières. Pour nos Synagogues ou lieux d’études, autant que le BETH HAMIDRASH, il s’agit de lieux sacrés où par principe, et il convient de le souligner, aucun bavardage inutile ou grossier, aucune insulte ne sauraient y être admis. (cf. SHOUL’HAN AROUKH - ORA’H ‘HAYIM, Lois de la prière).

Pour ce qui est de l’Arche Sainte d’autrefois, mais représentée de nos jours par le SEFER TORA déposé dans le ARONE HAKODECH, il avait été ordonné de la transporter sur les épaules et non sur les chariots. « On ne devait rien altérer dans sa forme, et on ne devait même pas sortir les barres des anneaux. » (MAIMONIDE - Guide des Egarés, Tome III, chapitre XLV.- Talmud YOMA 72 a). C’est là aussi une leçon pour nous, à savoir, ne rien entreprendre de nature à modifier dans son contenu l’interprétation de la Torah sous prétexte de modernisme. Celle-ci doit toujours être considérée avec infiniment de respect. Elle doit garder sa valeur éternelle, inaltérable, à l’image de l’Etre Suprême qui nous l’a transmise pour notre salut.

HAPHTARAH :

Ce Chabbat précédant la prochaine fête de SHAVOUOTH, est placé à la veille du nouveau mois, celui de SIVANE. Comme toujours en pareil cas, il est d’usage de lire une Haphtara tirée du premier Livre de SAMUEL, chapitre XX, versets 18 à 42. Nous savons que ce prophète eut la charge d’introniser successivement pour rois d’Israël, SAÜL et DAVID. Le fils du premier, bien que sachant qu’il n’avait aucune chance de succéder à son père, témoigne d’un véritable amour fraternel pour son ami DAVID dont il sait déjà qu’il est appelé à devenir le roi d’ISRAËL, issu de la lignée de JUDAH (Genèse XLIX, 10). Ce texte semble suggérer qu’un bon ami est parfois préférable à un mauvais frère. Une telle amitié, si profonde et i sincère, ira jusqu’à pousser JONATHAN à s’opposer à la volonté de son père cherchant à éliminer physiquement DAVID alors que celui-ci avait épousé MICHAL la fille de SAÜL. Autrement dit, les deux personnages cités dans notre Haphtara étaient beaux-frères. Ils ressentaient l’un pour l’autre une très forte affection, sans aucune arrière-pensée ni calcul stratégique ou d’intérêts. Aussi, notre Haphtara a-t-elle valeur d’exemple. Nous savons trop le prix d’une amitié sincère entre les hommes et les peuples. Elle est trop souvent fonction d’intérêts sordides ne relevant pas toujours de véritables sentiments humains totalement désintéressés tels que ceux que l’on devrait éprouver pour un être humain aussi précieux que la prunelle de nos yeux. L’attitude merveilleuse que manifestent DAVIV et JONATHAN nous en fournit l’exemple le plus merveilleux. A titre d’exemple, cette histoire tirée de la Bible nous est fournie en exemple à titre d’enseignement dans le chapitre V des Pirké Avoth, dans la michna 16 que nous avons relue chabbat dernier et disant : « L’amitié de DAVID et de JONATHAN offre un exemple d’un attachement n’étant lié à aucune forme d’intérêt. » Dans ses ESSAIS, au Livre 1er, chapitre XXVII, MONTAIGNE considère lui-aussi que le dernier point de la perfection de l’amitié, c’est bien celle qui n’est guidée par aucune forme d’intérêt, ni d’ordre matériel, moral ou sentimental. Belle leçon nous rappelant que lorsque l’on veut avoir un ami sur lequel pouvoir compter, il faut savoir l’apprécier pour tout ce qu’il représente à nos yeux. C’est aussi une leçon identique que nous fournit encore le texte des Pirké Avoth, chapitre 1er, michna 6, au nom de Rabbi JOSUE fils de PERA’HIA disant : « Procure-toi un précepteur, acquiers-toi un compagnon d’étude, et juge tout le monde avec indulgence. »



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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