Parasha Emor 5766

Chabbath 13 mai 2005 — 15 Iyar 5766 - Début : de 19 h 47 à 20 h 02 - Fin : 22 h 15
publié le jeudi 11 mai 2006
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Lecture de la Torah : Lévitique XXI, 1 à XXIV, fin : Les prêtres, les sacrifices, les fêtes. Haphtara : EZECHIEL, XLIV, 15 - fin : Les prêtres du Temple futur.

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Commentaire de la Torah :

« Gardez mes commandements et pratiquez-les : je suis l’Eternel. Ne déshonorez (profanez) point mon saint nom, afin que je sois sanctifié au milieu des enfants d’ISRAËL, Moi l’Eternel, qui vous sanctifie, qui vous ai fait sortir du pays d’Egypte pour devenir votre D.ieu : je suis l’Eternel. » (Lévitique XXII, 31-33).

Dans notre précédent commentaire sur KEDOCHIM, nous avions longuement commenté la notion de SAINTETE, de KEDOUCHA. La présente paracha nous invite à nouveau à fixer notre attention sur ce principe essentiel, véritable fondement de la spécificité du Judaïsme.

Ainsi, le premier des versets de la Torah cité en introduction, nous indique, selon le commentaire de RACHI, qu’il s’agit d’abord d’étudier (OUSHEMARTEM = vous observerez, vous garderez), et ensuite de faire, de réaliser, (VAASSITEM = vous ferez). On peut donc aisément comprendre le sens de cette remarque de RACHI. En effet, ainsi que le dit HILLEL : « L’ignorant ne peut être véritablement pieux. » (ABOTH II, michna 5). En conséquence, cette expression de « vous garderez », veut sous-entendre l’obligation de l’étude de la Torah afin d’en comprendre le mieux possible tous les enseignements.

De son côté, IBN EZRA, pratiquement de manière identique, tient à ajouter la mention « BE LEV - dans le cœur. » Il veut ainsi nous rappeler combien il est important de ne jamais perdre de vue l’importance de ce que la Torah tient à nous enseigner. Il est d’avis, comme la plupart de nos Maîtres, que l’étude de la Torah est fondamentale. Pour cette raison, il nous invite à ne jamais cesser de l’étudier et de la méditer, selon le passage suivant : « Ce livre de la Doctrine ne doit pas quitter ta bouche, tu le méditeras jour et nuit afin d’en observer avec soin tout le contenu ; car alors seulement, tu prospéreras dans tes voies, alors seulement, tu seras heureux. » (JOSUE I, 8).

Selon le Talmud KIDOUCHINE 40 b nous trouvons une indication relative à la motivation de ce principe. Il nous fournit la précision suivante : « L’étude mène à l’action. » Ce texte talmudique bien connu nous rapporte en effet une discussion entre Rabbi TARPHONE et les Sages de son époque. Au terme de celle-ci, on finit par adopter le principe selon lequel l’étude avait priorité sur l’action puisqu’elle était la voie permettant d’y parvenir. L’un des maîtres du Talmud, Rav HAMENOUNA dit en effet qu’au jour du Jugement dernier, à l’homme se présentant devant le Souverain Juge, il sera demandé compte de son implication dans l’étude, conformément au texte de Proverbes XVII, 14 disant : « Le début d’une dispute, c’est comme une écluse qu’on ouvre. » Il est question ici d’eau. Celle-ci, par principe désigne toujours la TORAH. Si l’on tente de bien comprendre le sens de la TORAH, on parvient effectivement à éviter les disputes, les confrontations, ce qui n’est pas une mince affaire dans une société ou presque tout est objet de conflit. Or, par l’étude bien comprise, on peut parvenir à la réalisation de bonnes actions, C’est bien ce qui donne un sens à notre existence. Cela nous permet de lutter contre toute forme d’égoïsme, ce dont nous avions déjà parlé précédemment.

Pour sa part, NACHMANIDE, connu sous les initiales de RAMBAN, est d’avis que notre verset cité plus haut s’applique plutôt aux sacrifices dont il est beaucoup question dans nos lectures hebdomadaires. Selon ce commentateur, la recommandation formulée par la TORAH d’avoir à observer ses commandements, s’applique en effet aux sacrifices auxquels il convient d’apporter une très grande attention, de sorte que l’animal offert ne comporte aucun défaut ou autre risque disqualification, comme le seraient d’ailleurs les prières que nous récitons si elles n’étaient pas prononcées de façon sincère. Autrement, à titre de comparaison, si celles-ci, censées remplacer les sacrifices autrefois offerts au Temple, ne comportaient pas la ferveur requise, elles n’auraient alors qu’une valeur relative.

Pour bien comprendre l’observation de RAMBAN, nous devons donc nous replacer dans la situation de celui qui autrefois avait commis une faute. Il était tenu de la réparer au moyen d’un sacrifice. Selon cet exégète, pour éviter de commettre une faute, il convient d’être toujours très attentifs à nos devoirs religieux. Toute l’existence juive doit en effet être marquée par une vigilance absolue à l’égard de la Torah. Elle seule nous sert de guide. Partant de cette remarque, on peut dire que si l’on négligeait la Torah, il ne faudrait pas s’imaginer pouvoir réparer ses erreurs par le simple fait d’apporter des sacrifices permettant d’obtenir le pardon des fautes commises ou de réciter des prières de manière machinale, sans aucune intention profonde et sincère. A cet égard, IBN EZRA, déjà cité, fait remarquer à propos de notre verset : « VAASSITEM OTAM - vous les réaliserez, complété par la formule ANI HACHEM - je suis l’Eternel ». Selon lui, cette dernière mention signifie que D.ieu est seul en mesure de scruter le cœur de l’homme pour tout ce qu’il fait et pour sonder ses intentions véritables.

Tout ce que nous venons de dire se rattache bien avec la suite des versets où nous lisons : « Ne déshonorez point mon saint nom ». Sur ce verset, il est intéressant de rappeler que Rabbi YOHANAN, dans le Traité de YOMA, pose la question suivante : « A quoi peut ressembler une profanation ou le déshonneur de HACHEM ? » Et de répondre : « Par exemple, si je parcours une distance de quatre coudées (environ deux mètres) sans étudier la Torah ou sans porter des TEPHILINES (à l’époque où l‘usage était de porter les TEPHILINES toute la journée). Ce Maître voulait surtout mettre l’accent sur le risque de négliger l’étude de la Torah durant notre journée de travail. Aussi, sur ce passage talmudique, RACHI veut-il nous fournir le commentaire suivant : « personne ne sait que je suis fatigué durant mes recherches, et personne ne comprendra la raison pour laquelle je n’étudie pas, car je me suis affaibli. En me voyant, tous penseront que l’on peut donc négliger l’étude. » Il s’agit là d’une belle remarque de l’un de nos grands maîtres, connu pour sa simplicité et son assiduité à l’étude. Il me semblait intéressant de noter cette petite remarque du grand maître dont nous venons de célébrer l’année dernière, le 900ème anniversaire de la disparition.

Mais ce qui en général doit être très important pour un juif, c’est de pouvoir réaliser la seconde partie du verset disant : « Je serai sanctifié au milieu des enfants d’ISRAËL. » (Lévitique XXII, 32). C’est en effet sur ce passage que nous nous fondons pour comprendre l’importance du KIDDOUCH HACHEM, la sanctification du nom divin, car selon MAIMONIDE, cela s’applique à l’ensemble de la communauté. On peut noter à cet égard qu’au cours de l’histoire, tous ceux qui ont refusé d’abjurer la Foi d’ISRAËL, au péril de leur vie, ont ainsi sanctifié le nom divin. Pour notre époque, cela vaut bien entendu pour nos millions de martyrs de la SHOAH, victimes d’une folie meurtrière, pour le seul crime d’être nés juifs, et dont nous avons rappelé le souvenir il y a quelques jours, lors des récentes célébrations du YOM HASHOAH. Ce que nous tenons à souligner, c’est l’abnégation absolue, la (MESSIROUTH NEFESH) dont doit faire preuve un juif pour glorifier D.ieu. C’est ce qui donne toute sa signification à cette notion de KIDDOUCH HACHEM. Mais cela prend tout son sens quand on agit au milieu des enfants d’ISRAËL, comme nous le verrons un plus loin.

Il est donc particulièrement intéressant de noter de quelle manière RACHI met l’accent sur cette notion de KIDDOUCH HACHEM. Commentant la première partie du verset disant : « Ne déshonorez point mon nom », il considère qu’il y a là une interdiction d’agir, s’il y a un risque quelconque de provoquer une profanation du nom divin, notamment lorsque l’on transgresse volontairement les paroles divines. Considérant que son commentaire serait incomplet, RACHI poursuit en disant : « puisqu’il est écrit « je serai sanctifié au milieu des enfants d’ISRAËL », cela s’applique au juif menacé de mort s’il ne veut pas commettre les trois fautes graves que constitue « l’idolâtrie, la débauche sexuelle et le meurtre. » Selon notre Tradition, nous devons fermement refuser de commettre ces catégories de fautes. RACHI, encore une fois, insiste en disant : « Livre-toi au martyre et sanctifie mon nom, quand il y a risque pour toute la communauté d’ISRAËL si elle se sent menacée « BETOKH BENEÏ ISRAËL ». La sanctification n’aurait pas la même portée si l’on se trouvait tout seul, avec l’espoir de voir se réaliser un miracle pour un seul individu.

Dans nos commentaires sur la paracha, il y a véritablement une allusion très claire sur la manière de défendre le Judaïsme. Rares sont les êtres d’élites capables de témoigner d’une attitude héroïque. On en a eu cependant de nombreux exemples durant la période de la SHOAH et la guerre d’Indépendance de l’Etat d’ISRAËL. Aussi, tous les commentaires s’efforcent-ils de dire combien il est important de réaliser le KIDDOUCH HACHEM, dans le peuple d’ISRAËL, quand la collectivité est menacée. Pour parvenir à témoigner de cette grande vocation du peuple juif, il ne faut pas oublier l’importance de la recommandation biblique : « Vous observerez mes commandements. » (Lévitique XXII, 31).

N’oublions jamais que c’est bien la TORAH qui constitue notre seul moteur d’énergie. Elle est la source de toutes nos actions. Ceux qui auraient tendance à l’oublier ou à en négliger les règles, passeraient sans aucun doute à côté de l’essentiel. C’est pour réaliser la TORAH qui allait leur être accordée, que les HEBREUX ont pu sortir d’EGYPTE. C’est grâce à notre mise en pratique de ses préceptes que tout au long de l’Histoire, nous avons pu bénéficier d’une protection particulière de la part de D.ieu. D’ailleurs, avant de nous enseigner l’importance du CHABBAT et des fêtes, il est bien précisé : « Moi, l’Eternel, qui vous sanctifie, qui vous ai fait sortir du pays d’Egypte pour devenir votre D.ieu : je suis l’Eternel. » (Lévitique XXII, 33). La sortie d’Egypte et toutes ses conséquences sur le devenir du peuple juif n’avaient d’autres justifications que celles de faire de nous des êtres responsables, dignes d’appartenir au peuple élu.

HAPHTARA :

Le début de notre paracha nous parlait des règles que devaient observer les prêtres (COHANIM) dans leur vie personnelle. Elles sont toujours en vigueur de nos jours, malgré l’absence du Temple de Jérusalem. Le COHEN doit notamment observer l’interdiction de pénétrer dans un cimetière ou dans une maison où se trouverait une personne décédée, et qui n’appartiendrait pas à sa famille proche (père, mère, épouse, enfants, frères ou sœurs non-mariées). Il y a donc là des règles spécifiques de pureté qui lui sont imposées. De plus, il ne peut contracter n’importe quelle union. Ainsi, il ne peut épouser une femme de mauvaises mœurs, (prostituée), déshonorée (issue du mariage d’un COHEN avec une personne qui lui serait interdite), ou une femme divorcée. Il lui est également interdit d’épouser une femme non-juive même si elle était convertie selon la HALAKHA. La référence à ce qui vient d’être énoncé se trouve dans Lévitique XXI, 1 - 15). Ce sont là des questions auxquelles nous sommes encore confrontés de nos jours, et dont les fidèles nous rendent responsables lorsque nous ne sommes pas en mesure de résoudre leurs problèmes personnels.

C’est donc en complément à ces interdits, que nos Maîtres ont adopté pour texte de la Haphtara devant être lue ce chabbat, celui du prophète EZEZCHIEL tiré du chapitre XLIV de son Livre, 15 à 31.

Nous nous contenterons de commenter ici le verset 24 disant : « Ils observeront mes doctrines et mes statuts pour toutes mes solennités, et ils sanctifieront mes sabbats. » Il ne s’agit pas ici du degré d’observance des jours fériés pratiqué par les COHANIM, comme certains le supposent, car la TORAH impose les mêmes devoirs à tous, sans distinction. Selon RADAK, il faut lire : « Ils observeront mes fêtes et mes sabbats, sous le rapport des sacrifices et autres offrandes dont la responsabilité leur est confiée. » En acceptant cette interprétation, on pourrait comprendre que le texte suivant : « Dans toutes mes solennités, ils observeront mes doctrines et mes statuts. », ne serait valable que dans les grandes solennités, mais pas dans d’autres circonstances. Aussi, tout en soulignant le rôle qu’ont à jouer les prêtres, EZECHIEL tient-il également à mettre l’accent sur le fait que l’observance des fêtes et des solennités religieuses nous incombe donc à tous.

Une autre interdiction de droit commun vient particulièrement s’adresser au prêtre : « Tout animal mort ou déchiré, soit volaille soit quadrupède, les pontifes ne pourront en manger ». (verset 31). Déjà dans la TORAH, notre paracha EMOR (Lévitique XXII, 8) disait ceci : « Une bête morte ou déchirée, il (le COHEN) n’en mangera point ; elle le rendrait impur : je suis l’Eternel ». La fin de ce verset souligne bien la conséquence de cette transgression pour le pontife. A cet égard, IBN EZRA, sur ce verset précise : « La souillure attachée à cette consommation a pour le prêtre une gravité particulière, en ce qu’elle l’exclut momentanément de l’exercice de ses fonctions. » Cette défense est donc spécialement intimée aux prêtres, à cause de l’impureté résultant de sa violation, impureté qui le concerne plus que personne.

Cependant, n’oublions pas pour autant que le Judaïsme ne connaît pas de pompe pontificale. En effet, nous sommes tous censés être une nation de prêtres. Aussi, dans l’exercice du culte, il n’est pas nécessaire de faire appel à des ornements extérieurs comme marque d’orgueil devant la grandeur de D.ieu. En somme, les prêtres aussi bien que les simples fidèles doivent trouver leur raison d’être dans une existence mise au service de D.ieu, en conformité avec Sa Loi. Les prêtres ont simplement été choisis du fait qu’ils avaient plus de devoirs que les autres. Il leur appartient de s’en montrer dignes, tandis que les simples fidèles ont également une grande part dans l’application de tous ces commandements divins.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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