Parasha Tazria-Metsora 5766

Chabbath 29 avril 2006 — 1er Iyar 5766 - Début : de 19 h 32 à 19 h 47 - Fin : 21 h 52.
publié le jeudi 27 avril 2006
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Lectures de la Torah : Lévitique XII, 1 à XV, fin : La femme après l’accouchement. La lèpre des personnes, des vêtements et des maisons : impuretés de l’homme et de la femme. 2ème rouleau : Nombres XXVIII, 9 - 15. HAPHTARAH : ISAÏE LXVI : Chabbat et Roch-Hodech.

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Commentaire de la Torah :

Outre les lois de pureté concernant la femme dont il est question dans la première paracha, celle de TAZRIA, où l’on nous parle également de la circoncision, la seconde paracha, celle de METSORAH, nous entretient de certaines maladies, telles que différentes sortes de lèpres, dont nous entendons encore parler de nos jours. De nos jours encore, et pour autant qu’il s’agisse de la même maladie, celle-ci n’a pas été totalement éradiquée dans certains pays d’Afrique. Nous sommes annuellement sollicités pour faire des dons destinés à soigner les personnes qui en sont frappées. Il convient en général de répondre favorablement à toutes les causes humanitaires qui nous sont présentées.

Pour en revenir à la question essentielle soulevée dans notre paracha relative au cas du lépreux, rappelons ici que le Talmud fait un jeu de mots à partir du vocabulaire employé. . Le terme "METSORA - lépreux", est lu comme s’il était écrit "MOTSI RA - faire sortir le mal". En effet, à l’époque de la Bible, ces maladies étaient considérées comme relevant de trois sortes de comportements mauvais, méritant châtiment de la part de D.ieu.

Tout d’abord, il y avait la "calomnie". Nous devons ainsi savoir que le mal causé par celui qui dit du mal de son prochain peut avoir des conséquences fâcheuses. Pour montrer à tous la méchanceté du calomniateur, la maladie que lui infligeait D.ieu était donc destinée à l’obliger durant un certain temps, à vivre à l’extérieur du camp, à l’écart de la communauté et de ses voisins habituels. Par cette sorte de punition, la Torah tenait à montrer combien peut être dangereux pour la société, l’individu qui se prête à la médisance.

On pourrait rapprocher cela de ce que nous connaissons de nos jours à propos de la désinformation, de la volonté de nuire, soit aux juifs individuellement, soit à l’Etat d’Israël, par des propos volontairement déformés ou pervers. Mais cela est également valable pour toutes sortes de propos diffamatoires pouvant discréditer une personne ou un groupe. Rappelons ici combien nos Maîtres ont tenu à nous mettre en garde contre le LACHONE HARAA. Ils disent en effet, que c’est bien la calomnie et la haine gratuite qui furent la cause de la destruction du second Temple. Même une quelconque forme de propagande ou de publicité mensongère pourrait à la limite s’apparenter à une sorte de calomnie que nos Sages tiennent à dénoncer. Aussi, en nous référant à l’époque biblique qui pourrait servir de référence, il faut savoir que le coupable, lorsqu’il était mis à l’écart, devait méditer sur les mauvais effets de sa conduite. De ce fait, il était contraint par son état d’impureté à se remettre en question pour parvenir à un total repentir de son comportement.

La seconde cause de lèpre pouvait être la conséquence de l’orgueil dont avait fait preuve un individu. Là encore, pareille attitude pouvait gêner l’entourage de celui qui se laissait aller à un tel excès. C’est notamment ce que dénonce le psalmiste en disant : "Des yeux hautains et un coeur enflé d’orgueil, je ne puis le supporter." (Psaumes CI, 5). Après l’éloignement dont faisait l’objet celui qui avait commis ce genre de faute, il lui fallait apporter en expiation deux pigeons, une branche de cèdre et de l’hysope. Le cèdre, par sa hauteur, symbolisait l’orgueil. Si l’homme s’était enorgueilli et dressé droit comme un cèdre, il devait se repentir et se sentir aussi petit que l’hysope. De nos jours encore, trop de personnes donnent l’impression de se croire à l’abri de toute forme de déracinement, du fait de leur fortune ou de leur situation privilégiée. Cela peut expliquer les difficultés que connaît notre société, liées aux conflits de classe dont nous sommes régulièrement témoins, tant au niveau des individus que des groupes sociaux.

Enfin, une dernière cause de lèpre pouvait être provoquée par la convoitise contre laquelle le Décalogue nous avait déjà mis en garde. Pour avoir manifesté un tel défaut, le coupable se voyait parfois contraint de démolir sa maison, frappée de décoloration, perdant ainsi une partie de sa fortune tout en étant signalé à l’attention des autres. Nous avons déjà dit plus haut que ces maladies ne semblent plus être actuelles. Et pourtant, malgré le décalage historique, les enseignements tirés de notre paracha devraient nous donner à réfléchir.

Car,les trois défauts que nous venons d’énumérer, la médisance, l’orgueil et la convoitise, restent des péchés ou des fautes qui nous guettent à chaque instant et que nous cessons de commettre. Nous devons donc lutter contre nous-mêmes, pour ne pas nous laisser dominer par ce genre de travers. Ils constituent une entrave à l’harmonie qui doit régner dans une société.

Rappelons-nous toujours, que la vie d’un juif doit être marquée par une volonté de perfectionnement, et que toute notre Loi n’a que ce seul but : nous faire prendre conscience de nos défauts et nous inciter à les surmonter pour mieux vivre en harmonie avec nos contemporains, ou du moins, ceux que nous côtoyons quotidiennement.

HAPHTARA :

Nous trouvons dans notre texte un rapport très étroit avec les cas de lèpre dont nous parlait déjà la Torah. Nous croyons donc intéressant et utile de rapporter ici un texte de MAIMONIDE. Bien des poins de son commentaire pourraient encore servir de base de réflexion à l’homme moderne, tout autant coupable des fautes que dénonce notre penseur juif.

En effet, se fondant sur les explications traditionnelles, MAIMONIDE déclare ceci : « La lèpre était un signe miraculeux qui devait mettre en garde ISRAËL contre la médisance et la calomnie. Aussi, l’homme désireux de suivre le droit chemin doit-il se garder de fréquenter les méchants et les sots. Dans les groupes où se trouvent réunis les railleurs et les méchants, on commence généralement en effet, par de vains propos, ainsi qu’il est : « La voix du sot se reconnaît à l’abondance de ses paroles ». (Ecclésiaste V, 2).

On en vient, chemin faisant, à médire des justes, ainsi qu’il est dit : « Qu’elles deviennent muettes, les lèvres menteuses qui parlent avec insolence contre le juste. (Psaume XXXI, 19). On s’habitue de ce fait, à s’en prendre aux prophètes et à parler impudiquement de leur message, ainsi qu’il est dit : « Ils se moquèrent des envoyés de D.ieu....., ils méprisèrent Ses paroles et ils tournèrent en dérision Ses prophètes » (II Chroniques XXXVI, 16). Tel est le train ordinaire des méchants.

« Par contre les propos des hommes de mérite, en ISRAËL, ne portent que sur la Torah et la sagesse. Ainsi, le Saint Béni soit-Il, les soutient-Il et inscrit-Il leurs mérites à leur actif, ainsi qu’il est dit : « Alors ceux qui craignent l’Eternel s’exhortèrent l’un l’autre. L’Eternel écouta et entendit et un livre du souvenir fut écrit devant Lui pour ceux qui craignent l’Eternel et qui respectent Son Nom » (MALACHIE III, 16).

Leçon d’un grand maître qu’il convient de méditer sans cesse, tant ce qu’il nous dit convient à dénoncer les défauts de notre société, toute entière conditionnée par le mensonge, l’hypocrisie, mettant ainsi en cause ceux qui ne peuvent supporter de pareilles attitudes non-conformes à l’esprit et à la lettre de la Torah.

Nous venons de présenter ici le commentaire biblique se rapportant à la Haphtara liée à la double lecture de TAZRIA-MZETSORAH. Toutefois, ce chabbat coïncidant avec ROCH-HODECH, il nous paraît intéressant de faire un bref commentaire du texte du prophète ISAÏE, chapitre 66, constituant la Haphtara lue cette semaine.

Nous savons que le Temple et les sacrifices devaient être pour le peuple juif un moyen d’enseignement puissant, destiné à l’instruction et à guider le fidèle dans la réalisation de ses devoirs religieux. Les lois divines ont pour objet de sanctifier et de sublimer notre existence. Celle-ci doit être inspirée non par l’ascétisme ou la fuite du monde, mais au contraire par la volonté de nous consacrer à la justice et à l’amour du prochain. Aussi, les sacrifices autrefois prescrits n’avaient-ils pour objet que d’offrir notre propre existence toute entière vouée au service de D.ieu. Par suite de la destruction du Temple, ce sont donc principalement nos prières qui viennent exprimer la ferveur de nos cœurs, ce qui ne peut manquer de nous inciter à prêter davantage notre attention à l’accomplissement de nos obligations spirituelles et morales. L’on serait tenté de croire qu’il faille circonscrire la présence divine à une sphère limitée, telle qu’une maison de prières ou d’études. Aussi, le premier verset de notre Haphtara vient-il nettement nous indiquer que l’espace tout entier ne saurait contenir D.ieu. Le prophète ISAÏE nous dit en conséquence : « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied. » (ISAÏE LXVI, 1). Par ce texte, le prophète nous rappelle nos propres dimensions, nous invitant ainsi à accorder à D.ieu la véritable place qui lui revient. Nos maisons, nos palais, nos grandes et belles synagogues, sont vides de sens si nous ne les destinons qu’à notre propre gloire. Par contre, si elles sont réellement destinées à glorifier D.ieu, elles prennent alors une valeur sacrée. Tel est donc le sens de cette Haphtara spéciale que nous lisons en ce Chabbat Roch Hodech.

Nous entrons dans le mois de IYAR durant lequel nous célébrerons le YOM HATSMAOUTH pour marquer le 58° anniversaire de l’Indépendance de l’Etat d’Israël et le YOM YEROUCHALAÏM, destiné à rappeler qu’en juin 1967, à l’issue d’une guerre-éclair imposée par les armées arabes environnantes, la ville de JERUSALEM avec tout ce qu’elle rappelle à notre conscience religieuse, fut libérée et réunifiée. Ces deux anniversaires ne peuvent manquer de nous rappeler que le Gardien d’ISRAËL (Psaume 121) veille sur ISRAËL et le protège ainsi que le pays qu’Il nous a donné en héritage. A nous de nous montrer dignes de cette marque particulière de la Providence.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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