Hanokh LEVIN

publié le samedi 22 avril 2006
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BIOGRAPHIE

Né à Tel-Aviv en décembre 1943, Hanokh Levin est mort prématurément d’un cancer en août 1999. Il est l’auteur d’une œuvre considérable qui comprend des pièces de théâtre, des sketches, des chansons, de la prose et de la poésie. Également metteur en scène, il a monté la plupart de ses propres pièces. Cofondateur de l’Association des auteurs dramatiques israéliens, il a milité pour l’amélioration du statut et des droits du dramaturge dans son pays. Il a participé à la création de la revue Teatron et, jusqu’à sa mort, a fait partie de son comité de rédaction.

Fils d’une famille pratiquante, elle-même issue d’une prestigieuse lignée de rabbins hassidiques de Pologne, Levin reçoit d’abord une éducation religieuse. Il grandit dans un quartier modeste du sud de Tel-Aviv, où son père tient une épicerie. Il a douze ans lorsque celui-ci meurt et qu’il est obligé de quitter l’école. Il terminera ses études secondaires tout en travaillant comme livreur. Levin accède à l’âge d’homme dans l’Israël des années soixante, dans une société marquée par de profonds clivages entre ceux qui sont nés dans le pays et les nouveaux immigrants, entre les riches et les pauvres, entre les Séfarades et les Ashkénazes, entre les Juifs et les Arabes. Ces clivages ne font que s’aggraver après la guerre des Six-Jours, époque à laquelle il fait ses débuts comme dramaturge. L’atmosphère si particulière de Tel-Aviv dans laquelle il a baigné, enfant et adolescent, constituera une part non négligeable de son inspiration.

Levin commence sa carrière comme auteur satirique. Ses premiers textes paraissent dans le journal des étudiants de l’université de Tel-Aviv où il poursuit des études de philosophie et de littérature (1964-1967). Ses premières pièces sont, elles aussi, des satires où il tourne en dérision et dénonce l’ivresse de la victoire qui s’est emparée de la population juive d’Israël au lendemain de la guerre de 1967. Il est l’un des rares à anticiper les conséquences tragiques que risque d’entraîner l’occupation prolongée des territoires conquis et à mettre en garde ses concitoyens. En août 1968 est monté le spectacle de cabaret satirique Toi, moi et la prochaine guerre, dans une mise en scène d’Edna Shavit, et en mars 1969, Ketchup, dans une mise en scène de David Levin, son frère. Mais ce n’est qu’à la suite du scandale soulevé par La Reine de la baignoire, montée à Tel-Aviv en avril 1970 au théâtre Caméri, dans une mise en scène de David Levin, qu’il accède à la notoriété. Sous la pression du public, le spectacle est retiré de l’affiche au bout de 19 représentations.

Parallèlement aux pièces politico-satiriques, et marquant en fait le début d’une nouvelle forme d’écriture dramatique, la pièce Salomon Grip est créée en 1969 au Théâtre ouvert dans une mise en scène de Hillel Nééman. Salomon Grip est la première d’une série de comédies centrées autour de la famille et du quartier qui mettent en scène les aspirations et les vicissitudes de personnages insignifiants, coincés dans leur vie de couple, coincés dans leur HLM. Cependant, Héfetz (Théâtre de Haïfa, 1972), par exemple, peut aussi bien être interprété comme une métaphore de la société israélienne - Fogra, la « jeune première », a 24 ans, comme l’État d’Israël à l’époque - que comme une pièce sur l’humiliation inhérente à la condition humaine. Dans la même veine, on peut citer : Yaacobi et Leidental (Caméri, 1972), La Jeunesse de Vardélé (Caméri, 1974), Kroum l’Ectoplasme (Caméri, 1975), Popper (Caméri, 1976), Marchands de caoutchouc (Caméri, 1978), Sur les valises (Caméri, 1983), Une laborieuse entreprise (Habima, 1989), L’Indécis (Caméri, 1990), Hops et Hopla (Caméri, 1991), La Femme de nos rêves (Khan, 1994), La Putain de l’Ohio (Caméri, 1997), Ceux qui marchent dans l’obscurité (Habima, 1998).

En 1979, avec Mise à mort, montée au théâtre Caméri, apparaît une autre direction dans l’écriture dramatique de Levin : les pièces mythologiques. Ces pièces reposent soit sur de grands mythes de la culture occidentale - Les Souffrances de Job (Caméri, 1981), La Grande Prostituée de Babylone (Caméri, 1982), L’Enfant rêve (Habima, 1993), Bouches bées (Caméri, 1995), Décapitation (Habima, 1996) -, soit sur une relecture des tragédies grecques, en particulier celles d’Euripide - Les Femmes perdues de Troie (Caméri, 1984), Tout le monde veut vivre (Caméri, 1985) ; dernière pièce écrite par Levin avant sa mort, Les Pleurnicheurs (Caméri, 2000) propose une nouvelle lecture de l’Agamemnon d’Eschyle. Tout en s’efforçant de créer une tragédie moderne et de conférer à la souffrance humaine une forme théâtrale actuelle, Levin engage, dans ces pièces, un dialogue avec les principaux symboles et les structures fondamentales de la culture occidentale. Dernière pièce qu’il a mise en scène, Requiem (Caméri, 1999) s’inscrit dans cette lignée : inspirée de trois récits de Tchékhov, elle révèle la mort sous différents aspects. Cependant, par-delà cette division malgré tout schématique entre spectacles politico-satiriques, comédies et pièces mythologiques, une analyse approfondie révèle une constance des thèmes et une même vision philosophique de l’existence humaine.

Levin fait ses premières armes de metteur en scène avec Yaacobi et Leidental (Caméri, 1972). Par la suite, il dirigera 21 de ses pièces - jamais celles des autres - souvent avec les mêmes comédiens et la même équipe de scénographes, costumiers, éclairagistes, musiciens et chorégraphes. Avec eux, il inventera un langage théâtral qui ne ressemble à aucun autre. Feu d’artifice de mots et d’images scéniques, expression d’un grand amour du théâtre et de tous ceux qui y participent, ses spectacles sauront intégrer le travail des différents créateurs rassemblés autour de lui.
Levin laisse derrière lui une œuvre foisonnante qui compte 56 pièces (dont 32 ont été montées de son vivant), deux recueils de prose, L’Éternel Malade et la Bien-Aimée et Homme debout derrière une femme assise, deux recueils de sketches et de chansons, Il s’en fiche, l’Oiseau et Le Gigolo du Congo, ainsi qu’un recueil de poèmes, La Vie des morts. En 1999, au cours de la dernière année de sa vie, il a veillé à l’édition complète de son œuvre.
Nurit Yaari
Traduit de l’hébreu
par Jacqueline Carnaud

Bibliographie française


Théâtre choisi I, comédies.
(Coédition Maison Antoine Vitez)
Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz
Ces comédies décrivent le combat quotidien de petites gens, dans l’espace restreint de la maison ou du quartier, microcosme de la société tout entière.
Yaacobi et Leidental, à l’humour ravageur, propose un spectacle de cabaret métaphysique, avec musique et chanson.
Kroum l’Ectoplasme rentre au pays. Il n’a rien vu, rien appris, rien vécu, si ce n’est la conviction que les humains sont définitivement classables en deux catégories : ceux qui savent profiter de la vie et ceux qui en sont incapables.
Une laborieuse entreprise. Après trente ans de vie commune, Yona Popokh décide de quitter sa femme. Il prend cependant soin de dresser un constat d’échec lucide et d’un humour cinglant.
Coédition Maison Antoine Vitez - 176 pages - 18,50 €

Théâtre choisi II, pièces mythologiques.
(Coédition Maison Antoine Vitez)
Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz et Jacqueline Carnaud
Levin se tourne ici vers le mythe, le rituel et surtout la tragédie antique pour tenter de créer une tragédie moderne, où la condition humaine se donne à voir comme théâtre de la cruauté, comme une mise à mort sous les yeux des spectateurs.
Les Souffrances de Job. À travers la tragédie de Job, Levin nous renvoie l’image d’un monde qui accepte l’inacceptable. Un monde où il n’y a pas de Dieu et où l’humanité n’a que de vaines paroles à offrir face à l’injustice.
L’Enfant rêve. Père et mère sur le berceau de leur enfant. De cette image idyllique surgissent l’horreur et la cruauté gratuite qui les transforment en réfugiés, avec pour bagages la souffrance, l’humiliation et le désespoir.
Ceux qui marchent dans l’obscurité. Trois personnages errent dans la nuit avec les certitudes des désespérés. Ils traînent derrière eux leurs morts, croisent leurs doubles et tentent de s’en remettre au Bon Dieu qui ne donne pas de réponse.
Coédition Maison Antoine Vitez - 240 pages - 21,50 €

Théâtre choisi III - Pièces politiques et satires

(Coédition Maison Antoine Vitez)
Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz et Jacqueline Carnaud
L’œuvre dramatique de Hanokh Levin est indissociable d’une critique acerbe de la réalité politique, sociale et culturelle de l’État d’Israël. Avec une perspicacité peu commune, Levin n’a cessé de mettre en garde ses concitoyens contre les conséquences délétères d’une occupation prolongée des territoires conquis. Son engagement politique, exprimé à travers le théâtre au lendemain de la guerre de 1967, ne cessera d’évoluer, de pair avec son écriture dramatique.

Dans Shitz, l’auteur dénonce l’affairisme qui s’est emparé de certains secteurs de la société israélienne au cours de la guerre d’usure, et décrit la douloureuse prise de conscience de la vulnérabilité du pays qui a suivi la guerre de 1973.
Les Femmes de Troie. Adaptation libre des Troyennes d’Euripide. L’auteur, réagissant à la guerre du Liban, monte l’inanité de la guerre et prend ostensiblement, comme son illustre prédécesseur, le parti des vaincus.
Meurtre, tragédie moderne. L’auteur, sur fond d’Intifada, poursuit son infatigable combat pour la cause pacifiste.
Satires sont des extraits de textes de Hanokh Levin qui contient : Représailles de printemps ; La Veuve ; La Paix ; Le Sacrifice d’Isaac ; Reine de la salle de bains ; La Pose de la première pierre ; Mobilisation .

C’est avec le cabaret satirique que Levin fait ses premières armes sur la scène. Puisant dans les références culturelles du peuple juif et dans la mémoire collective d’Israël, Levin brocarde la notion de « guerre juste » et s’en prend aux valeurs que le pays, plongé dans un conflit sans fin, en est venu à tenir pour sacrées : la force, l’héroïsme, le sacrifice. Les extraits de satires présentés dans ce livre témoignent d’un humour mordant et d’une critique sans concession des vainqueurs.
Coédition Maison Antoine Vitez - 224 pages - 19,50 €

Théâtre choisi IV - Comédies grinçantes
(Maison Antoine Vitez)
Ce nouveau volume se compose de trois pièces représentant autant de variations autour du thème de la mort.

Le Soldat ventre-creux, fable sur la guerre ou variation sur le thème d’Amphitryon... sans Amphitryon. Après Plaute, Molière, Kleist et Giraudoux, Levin s’approprie le personnage de Sosie pour poser la question de l’identité volée, bafouée, revendiquée.

Funérailles d’hiver, conte cruel et fantastique où deux familles, voulant fuir une mauvaise nouvelle pour sauver un événement joyeux, se dévoilent dans leur égoïsme le plus féroce et tentent d’accéder à un bonheur qui, forcément, leur échappera.

Sur les valises, comédie chorale. Dans un quartier laissé pour compte d’une grande ville se croisent de petites gens dont les vies sont rythmées par une succession de besoins élémentaires qu’ils ont du mal, par incapacité fondamentale, à satisfaire. Lorsque la mort emporte l’un deux, ils continuent de s’occuper de choses insignifiantes, sans jamais parvenir à dire ou faire ce qu’ils voudraient vraiment.

Ces pièces mettent en scène des personnages éminemment “levinien”, des petites gens confrontées à leur incapacité à être heureux. Levin nous le raconte dans une langue ou se mêle provocation, humour et poésie. La mort permet ici à Levin de souligner la vanité des préoccupations quotidiennes de ses personnages incapable de s’affranchir de leur médiocrité et d’accéder au bonheur.
Coédition Maison Antoine Vitez - 224 pages - 18,50 €


Chez d’autres éditeurs :

Yaacobi et Leidenthal, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, coédition Théâtre des Treize Vents / Maison Antoine Vitez, 1994.
Marchands de caoutchouc, traduit de l’hébreu par Liliane Atlan, coédition Théâtre des Treize Vents / Maison Antoine Vitez, 1994.

Ses traductrices


Laurence Sendrowicz
Comédienne en Israël, s’est ensuite consacrée à l’écriture dramatique : Trez pas, je suis pacifiste (Théâtre de Beit Lessin, 1982), Vendu (France-Culture, 1991), Versus ou L’Histoire clarifiante de la famille Eglevau (Théâtre du Chaudron, 1991), Echec et Mat (Théâtre de Beit Lessin, 1992), Comme un Tango (lecture publique au théâtre des Cinquante, 1999), Emile et Raoul, 2001. Traductrice de théâtre et de littérature hébraïque contemporaine : Batya Gour, Yoram Kaniuk, Shifra Horn, Zeruya Shalev, David Grosman et Hanokh Levin, dont la pièce Yaacobi et Leidenthal a été créée en France par Michel Didym au Festival d’Avignon 2000.
En 2005, elle a présenté un cabaret Levin, Que d’espoir ! au Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes.

Jacqueline Carnaud
Coauteure de deux manuels d’hébreu contemporain, L’Hébreu au présent (Maisonneuve et Larose, vol. 1, 1978, vol. 2, 1982), rédactrice en chef de la revue TransLittérature de 1992 à 2003, elle est traductrice d’anglais et d’hébreu. Elle a traduit une quarantaine d’ouvrages, notamment en histoire, sciences humaines, philosophie (dont Bernard Lewis et Noam Chomsky) et des pièces de théâtre pour France-Culture. Elle enseigne également au DESS de Traduction littéraire professionnelle de l’université Paris VII.



David Levy
webmaster




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