Parasha Tsav 5766

Chabbath 8 avril 2006 - 10 Nissan 5766 - Début : De 19 h 08 à 19 h 23 - Fin : 21 h 18
publié le mercredi 5 avril 2006
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CHABBAT HAGADOL Lecture de la Torah : Lévitique VI, 1 - VIII, fin : Suite des préceptes sur les sacrifices. Investiture des prêtres. Haphtara : MALACHIE III, 4 - fin du livre : Le grand jour final. Dans certaines communautés, celle de la Sidra : JEREMIE VII, 21 - VIII, 3 et IX, 22-23 : Sans une véritable fidélité à D.ieu dans la vie, le culte n’a pas de valeur.

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Commentaires sur la Torah :

« Un feu continuel sera entretenu sur l’autel, il ne devra point s’éteindre.(Lévitique VI, 6) »

Le feu qui brûlait sur l’autel recueillant l’offrande des sacrifices, devait être entretenu régulièrement. Il ne devait jamais s’éteindre, même pas le chabbat. Il en était de même pendant les déplacements des Hébreux, tout au long de leur séjour des quarante années passées dans le désert. Aussi, pendant les déplacements, on couvrait les braises d’une sorte de garde-feu, ainsi qu’il est écrit : « Ils ôteront les cendres de l’autel, et ils étendront sur l’autel un drap de pourpre... (Nombres IV 13)

Ce feu permanent évoque aussi la flamme toujours dévorante du SINAÏ (Exode XXIV, 17) ou encore le buisson ardent, là où commença la mission de MOÏSE (Exode III, 2). Quant aux prêtres, ils avaient pour mission d’entretenir ce feu sur l’autel et de ne pas s’en remettre au miracle divin.

L’auteur du SEFER HA’HINOUKH précise que sans attendre spécialement le feu sacré provenant du ciel, il était ordonné aux prêtres d’entretenir le feu profane allumé par les hommes. Ce rituel en lui-même revêt une importance particulière. Il apparaît ainsi comme indépendant des préceptes relatifs aux sacrifices, autrement dit, même de nos jours où le Temple et ses rites n’existent plus, cette notion de feu sacré reste toujours d’actualité.

L’allumage a pour but, selon ce même auteur, de cacher le côté miraculeux que représente le feu céleste. D’autre part, l’homme est récompensé en fonction de la sollicitude qu’il apporte à l’accomplissement de l’ordre divin, sans qu’il soit autorisé d’en restreindre ou d’y ajouter quoi que ce soit. Selon l’enseignement de nos sages, l’exactitude minutieuse dans la réalisation des MITZWOTH est donc destiné à former l’être et à lui permettre d’atteindre son équilibre.

IBN EZRA voit dans le verset cité un ordre d’entretenir le feu durant le jour, car la première fois il a été dit : « Ordonne à AARON et à ses fils ce qui suit : Ceci est la règle de l’holocauste. C’est le sacrifice qui se consume sur le brasier de l’autel, toute la nuit jusqu’au matin ; le feu de l’autel y doit brûler de même. » (Lévitique VI, 2). Ceci implique donc l’entretien permanent du brasier durant la nuit, et explique la fin du verset.

Nous savons aussi que le feu est identifié à la Loi, ainsi qu’il est écrit : « Mes paroles sont comme le feu. » (JEREMIE XXIII, 29). La Loi, elle non plus ne s’éteindra jamais. « Le péché n’éteint pas le feu de la Loi, mais il éteint le mérite qui est appelé « lampe de D.ieu - NER HACHEM », et l’âme du pécheur demeure alors dans les ténèbres. Car la Loi est la nourriture de l’esprit, tandis que celle de l’animal se limite à du pain, du vin, de la viande et à toutes sortes de végétaux. L’homme doit savoir limiter son corps en se privant de cette nourriture animale autant que possible. » (ZOHAR sur TSAV).

Rabbi ‘HIYAH est d’avis que le feu perpétuel, c’est le feu d’ISAAC, tandis que le bois de l’autel rappelle le mérite d’ABRAHAM qui apporta du bois pour la ligature de son fils (AKEDAH). C’est pour cette raison que la RIGUEUR change en CLEMENCE lorsque les prêtres, descendants d’ABRAHAM et d’ISAAC, offrent les sacrifices. C’est donc en vertu de l’acte de piété et d’abnégation d’ABRAHAM que nous apprenons que le sacrifice peut rapprocher l’homme de son Créateur. Ces deux personnages bibliques nous ont donné une belle leçon quant à la manière d’offrir sa vie pour le Créateur.

Une telle option reste encore valable de nos jours. Elle permet de donner un sens toujours renouvelé et actuel à la notion de sacrifice, sans en avoir le caractère sanguinaire qu’il avait autrefois. On vient ainsi nous rappeler de quelle manière nous devons maintenir la flamme du Judaïsme. Elle est réellement pour nous, le feu perpétuel, qui brûle en nous, et qui est capable de nous rapprocher de D.ieu, véritable source de toute lumière. Bien souvent dans le passé et même de notre temps, des hommes ont été capables de défendre leur foi religieuse, au besoin en sacrifiant leur vie ici-bas, pour mériter la vie future promise à ceux qui mettent une Foi absolue dans le D.ieu d’ISRAËL. C’est l’enseignement toujours permanent que nous suggère l’étude de ces chapitres du Lévitique, dont la lecture au premier degré pourrait nous apparaître anachronique ou inutile.

HAPHTARA :

En complément à la paracha relatant les lois sacrificielles et les règles appliquées aux prêtres, la haphtara lue dans certaines communautés inspirée du prophète JEREMIE vient essentiellement nous mettre en garde contre la méconnaissance de la signification profonde des sacrifices. Certes, ils n’ont plus cours de nos jours comme nous venons de le dire plus haut, mais les rabbins du Talmud nous invitent à les étudier le mieux possible pour nous préparer au jour où ils seront rétablis dans leur plénitude. Il ne faut pas perdre de vue que les législateurs qui ont établi les règles destinées à instaurer le culte divin ont eu pleine conscience des dangers pouvant résulter d’une conception erronée de la véritable piété exigée par D.ieu.

En effet, le prophète JEREMIE qui eut la douleur d’être contemporain de la destruction du premier Temple, s’en prend à ses contemporains qui cherchent à déformer le sens réel qu’il convient de donner au culte sacrificiel. Il n’admet pas que l’on puisse se contenter du simple geste consistant à offrir des sacrifices, alors que par ailleurs on n’hésite pas à fouler aux pieds et à négliger d’autres prescriptions religieuses toutes aussi importantes et vitales.

En disant : « Joignez vos holocaustes à vos sacrifices et mangez-en la chair » (Jérémie VII, 21), JEREMIE nous fait comprendre qu’il serait inutile de brûler des animaux, simples victimes, en l’honneur de D.ieu, si en même temps on se contente d’adopter une attitude extérieure sans résonance profonde sur le comportement général du fidèle. (RADAK).

De manière très sévère, JEREMIE avait déjà exprimé cette même idée. Il disait : « Eh quoi ! vous allez voler, tuer, commettre des adultères, faire de faux serments..... puis vous venez vous présenter devant moi en vous écriant : « nous sommes sauvés ! » pour pratiquer encore toutes ces mêmes abominations. » La lecture de ce passage nous renvoie immédiatement à tout ce que nous observons de nos jours où les mêmes défauts sont constatés , sans que leurs auteurs n’aient de scrupules, croyant que par une application rigoureuse de certains rites, par la récitation minutieuse des prières et par l’étude constante des textes traditionnels, ils peuvent s’estimer en règle vis-à-vis de leur conscience et vis-à-vis de Celui qui juge avec un autre regard que celui des simples mortels que nous sommes. L’on voit ainsi combien l’admonestation de JEREMIE garde toute son actualité face aux dérives de notre société.

Nous pouvons apprécier la qualité des mises en gardes lancées par le prophète. A la fin de notre haphtara en effet, nous lisons le passage suivant : « Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, que le vaillant ne se glorifie pas de sa vaillance, que le riche ne se glorifie pas de sa richesse ! Que celui qui se glorifie se glorifie uniquement de ceci : d’être assez intelligent pour me comprendre et savoir que je suis l’Eternel, exerçant la bonté, le droit et la justice sur la terre, que ce sont ces choses-là auxquelles je prends plaisir. » (Jérémie IX, 22 - 23)

Ainsi à la lecture de ce passage biblique, nous comprenons mieux la pensée de JEREMIE. Il vit avec son temps. Il tient à rappeler à ses contemporains - et son message reste toujours présent pour notre époque — que le droit et la justice seront à jamais les fondements du peuple juif, principes auxquels nous resterons indéfectiblement attachés.

DROIT et JUSTICE - TSEDEK ou MICHPAT constituent en effet le fondement du peuple juif. Ils balisent également le chemin qui mène vers D.ieu, cette voie qu’avait osé emprunter face au paganisme de son époque, le patriarche ABRAHAM, ce patriarche dont se réclament tant de croyants issus du monothéisme biblique et qui visiblement ont trahi son message. Nous sommes placés face à deux principes fondamentaux de toute société bien organisée. Pour le Judaïsme, il s’agit de mettre en pratique des devoirs essentiels dont l’application donne toute sa valeur et son contenu à l’existence humaine, quelle que soient les options philosophiques ou religieuses adoptées.

Mais il ne faut jamais perdre de vue que l’application de ces principes que sont le « droit et la justice », dans une société ou « la force semble l’emporter sur le droit », il n’est que de voir les votes successifs émis à l’O.N.U. condamnant systématiquement ISRAËL face aux pays arabes, pour savoir que ces principes dépendent avant tout d’une connaissance réelle et authentique de D.ieu.

Aussi, les biens terrestres, parmi lesquels nous plaçons les puits de pétrole agissant sur les positions des dirigeants de pays producteurs, les qualités humaines, souvent déformées par des intérêts personnels et égoïstes, si tout cela n’est pas mis au service désintéressé de ces idéaux que représentent le droit et la justice, on ne peut espérer le progrès de l’humanité. C’est donc par une sérieuse remise en cause de la manière de mettre en pratiques ces principes fondamentaux que l’on peut réellement se targuer d’être proches de D.ieu pour avoir toutes les qualités requises justifiant le titre « d’homme de bien ». Tel est le message profond que nous laisse le prophète JEREMIE. On ne le méditera jamais assez.

HAPHTARA généralement lue le CHABBAT HAGADOL : Dans la plupart des communautés de rite achkenaz et dans nombreuses communautés de rite sefarade, c’est au prophète MALACHIE que l’on se réfère. On se pose souvent la question à propos des souffrances endurées par les Justes et l’on s’interroge également sur la réussite apparente de l’impie ou du méchant. On peut relever ces interrogations dans certains passage de cette haphtara. Nous lisons en effet : « Vous avez parlé ainsi : « C’est une chose vaine de servir D.ieu : que gagnons-nous à observer son culte, à cheminer tristement dans la crainte de l’Eternel-Cebaot ? Et à présent, nous estimons heureux les impies : vraiment ils sont solidement établis, ceux qui font le mal ; oui, ils ont tenté D.ieu, et ils sont demeurés sains et saufs. (verset 14)

C’est là le point central de notre lecture, au moment où nous nous apprêtons à célébrer la fête de PESSA’H. Elle comporte des rites minutieux, notamment avec la disparition dans nos demeures de toute trace de pain levé, de produits ayant des traces de fermentation. Les principes d’interdiction nous sont rappelés à plusieurs reprises dans la Torah. Comme à toutes les époques et jusqu’à nos jours, leur observance a constamment soulevé des interrogations de la part de ceux cherchant soit à relâcher leur pratique religieuse, soit de la part de ceux qui voulaient purement et simplement abandonner leur foi ancestrale. Il y eut même pire, puisque nous avons connu des périodes durant lesquelles, soit par la persuasion, soit par la contrainte, on a tenté de nous faire renoncer à notre Foi.

MAIMONIDE s’était déjà arrêté au passage biblique cité plus haut. Selon lui, certains penseurs ont conclu à partir du manque apparent de bon ordre et de justice que nous pouvons souvent constater dans la marche du monde, que D.ieu ne veille pas strictement aux destinées humaines. Mais, dit-il, ils n’ont pas réfléchi que l’homme, doté du libre-arbitre et de la réflexion, doit savoir qu’il seul responsable de ses conditions d’existence. S’il subit des malheurs, ont ne peut pour autant en conclure que la justice divine puisse être mise ne cause. (Guide des Egarés, Livre III, chapitre XIX).

Nous ne pouvons malgré tout ignorer que nous sommes dans un système où prévaut un ordre social mal équilibré semblant réussir aux impies et aux malhonnêtes, ceux qui sont sans aucun scrupule face aux plus démunis. La crise actuelle en France, liée au fameux contrat de première embauche, le C.P.E., peut en partie s’expliquer par les arrière-pensées des politiques et des législateurs, ne communiquant pas suffisamment sur les changements de société dont nous sommes à la fois les acteurs et les victimes.

Tout devrait normalement rentrer dans l’ordre quand viendra l’ère messianique dont la fête de PESSA’H est la préfiguration. Celle-là annonce l’instauration future d’un ordre social parfait, où règnera la justice et l’égalité, dont pourront jouir les croyants ayant accepté de suivre les principes de la loi divine. Pour l’heure, inspirons-nous surtout de cette maxime de Rabbi JUDAH HANASSI, le codificateur de la Michna nous enseignant ceci : « sois aussi attentif à observer une mitzwa d’apparence facile que difficile, car tu ne connais pas la valeur de la récompense qui s’attache à l’observance des prescriptions religieuses. » (ABOTH - chapitre II, michna 1).

Notre rôle actuel consiste donc simplement à servir D.ieu en aspirant à réaliser notre perfectionnement moral. Aussi, devons-nous savoir que PESSA’H est une invitation à extirper de notre cœur et de nos maisons toute trace de levain et toute forme de mal, et mériter ainsi la délivrance finale.

A quelques jours de PESSA’H, nous souhaitons à nos lecteurs de passer d’agréables et bonnes fêtes, dans la joie et la sérénité, sans oublier les plus démunis qui auront leur place à notre table. En raison de cette période de fêtes, nous adresserons notre commentaire hebdomadaire de la double paracha de TAZRIA - METSORAH pour le chabbat 29 avril prochain ‘HAG SAMEAH ve KACHER



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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