« Le SIDA face au Judaïsme... »

BILLET DU 2 AVRIL 2006
publié le mardi 4 avril 2006
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

Depuis avant-hier, la plupart des chaines de télévision et les radios nationales sollicitent la générosité des uns et des autres dans le cadre du désormais traditionnel « Sidaction ». Le but est de récolter des fonds pour aider la recherche face à ce fléau du XXème siècle en espérant que le XXIème siècle puisse voir son éradication. C’est également l’occasion de sensibiliser les téléspectateurs et les auditeurs à la recrudescence de cette maladie ces dernières années et de faire de la prévention l’arme la plus efficace.

On aurait tort de penser que le SIDA est une question qui ne doit pas mobiliser la communauté juive. Certes cette maladie fait partie des grands tabous des différentes religions puisque sa transmission ne peut être que le fait d’un rapport sexuel ou lors d’une injection intraveineuse, généralement durant la prise de drogues. Au début des années 80, lorsque le SIDA est apparu, c’était la maladie des homosexuels, finalement, se disait l’opinion bien-pensante, ils n’avaient que ce qu’ils méritaient. Et puis, rapidement, cette maladie s’est étendue aux hétérosexuels pour devenir une MST, une maladie sexuellement transmissible, parmi les autres maladies.

Le judaïsme s’est toujours montré excessivement « frileux » pour aborder la question. Rares sont les Rabbins qui ont essayé d’apporter une réponse éclairée par la Halakhah qui ne soit pas dogmatique. Car dire que le SIDA est un châtiment divin qui vient punir le pêcheur qui a une conduite dépravée et à risque, est tout sauf une réponse juive, éclairée et pragmatique face à une souffrance qui conduit souvent à l’exclusion sociale et encore vers la mort.

Le rabbin Yitzhak Breitowitz, est un Rabbin dont l’autorité est unanimement reconnue à travers le monde comme étant certainement l’un des plus fins halakhistes en termes d’éthique médicale. Il apporte des réponses que j’aimerais partager avec vous. Tout d’abord il balaye d’un revers de la main l’idée selon laquelle il y aurait des « bons » et des « mauvais » séropositifs ou malades du SIDA. Selon que l’infection est été contractée par une conduite sexuelle à risque ou par transfusion sanguine par exemple. Il s’attache à poser comme priorité la réalité d’une maladie, d’une souffrance, je reprends ici l’une de ses phrases : « Quelque soit la maladie, le SIDA, le cancer, une maladie cardiaque, elle peut ou ne pas être une sanction divine, cela regarde Dieu uniquement et pas nous ». Il cite à l’appui de cette affirmation un fameux passage du Talmud Berakhot dans lequel, Brouhiah, la femme de Rabbi Meir, reprend son mari sur un point précis en lui rappelant le Psaume du Roi David dans lequel il est demandé que ce soit la faute et non le pêcheur, qui soit détruite. Dans cette perspective, c’est le SIDA qui doit être combattu et non pas ceux qui en sont porteurs.

Le rabbin Breitowitz, dans ce long article, évoque ensuite des questions très concrètes. Notamment celle de l’usage du préservatif. Selon lui, si le préservatif ne doit pas dans la Loi juive représenter un moyen de contraception, il doit être utilisé dans tous les cas par un porteur de la maladie. Je le cite encore : « La Torah n’attend pas d’un malade du SIDA de pratiquer une abstinence sexuelle à vie ». Il rappelle au passage que le cadre « normatif » d’une vie sexuelle épanouie se trouve au sein d’un couple marié hétérosexuel. Le rabbin Breitowitz, toujours pragmatique, reconnaît que l’on ne peut contenir souvent les ardeurs sexuelles des jeunes et qu’ils doivent dans tous les cas se protéger par l’usage de préservatifs.

Breitowitz, dans une perspective d’un judaïsme orthodoxe, va plus loin encore en stipulant qu’une personne contaminée peut et doit se rendre au mikvé lorsque cela est nécessaire dans la mesure où le virus ne résiste pas à l’eau et ne présente donc aucun danger de contamination pour les autres utilisateurs du bain rituel.

Autant dire, et ce n’est là qu’un très rapide aperçu de cet article, que le sujet loin d’être tabou se doit d’être abordé et considéré halakhiquement au sein du peuple juif.

C’est pourquoi le Sidaction nous concerne tous et que nous serions inspiré d’appeler le 110 pour faire avancer la recherche et permettre, avec l’aide de Dieu, l’éradication de cette maladie.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables