« Le judaïsme face au CPE... »

BILLET DU 26 MARS 2006
publié le mercredi 29 mars 2006
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Bonjour,

Cela fait plusieurs semaines que la France connaît une crise sociale majeure à travers le bras de fer qui oppose le Gouvernement aux étudiants et lycéens et plus généralement à présent, aux salariés. A vrai dire c’est un grand classique en France. Dès qu’un gouvernement, quel qu’il soit engage une réforme qui a trait au statut des étudiants ou des salariés il est confronté, inexorablement, à de vives réactions. Devaquet en 1986, Balladur en 1994, Juppé en 1995, Fillon la même année et Ferry en 2003. Tous ont du reculer, pour certains démissionner. La France sans ses manifestations salariales et ses mouvements de grève ne serait plus tout à fait la France ! L’exception française ce sont ses sacro-saints « acquis sociaux ». La journée de mobilisation de mardi s’annonce massive et nul ne peut présager de l’avenir du Premier ministre et des décisions qu’il prendra au-delà de cette date.

La question que nous pouvons nous poser est la suivante : Existe-t-il une lecture juive du CPE ? Vous pouvez penser qu’a priori nos textes séculaires, de la Torah en passant par le Talmud ne sont pas en mesure d’apporter la moindre réponse ou réflexion face à cette problématique....et pourtant ! La Torah stipule deux principes fondamentaux : le premier est l’obligation pour chacun de travailler, contrepartie inaliénable du Shabbath. Il n’est pas question de 35 heures ou d’une semaine de cinq jours de travail mais d’une semaine qui compte six jours travaillés. Le Travail est en cela une Mitsvah, un commandement positif. Deuxième principe énoncé dans la Torah, le travailleur journalier doit être payé en numéraire au terme de sa journée de travail. C’est comme souvent le Talmud qui détaille les principes fondamentaux de la Torah. Le Traité Baba Metsia est on ne peut plus explicite. Ainsi trouve t-on cette idée qui semble contredire les principes qui régissent le CPE, je cite ici notre bon vieux Talmud dans le texte : « Si l’employeur n’a pas le droit de mettre fin sans motif à l’emploi d’un salarié avant l’échéance du contrat, le salarié, lui, peut démissionner à tout moment, y compris au beau milieu de la journée ; clause qui, par extension, lui reconnaît le droit de grève » (TB BM 77a). Ainsi si l’on devait apporter une réponse au CPE à la lumière de notre Tradition ce serait un « non » sans équivoque. Un salarié ne peut être licencié durant la durée de son contrat de travail que si l’employeur est à même de fournir un motif. On comprend cependant, que plus que la lettre, c’est l’esprit qui motive les Maîtres du Talmud. Dans le judaïsme, les droits du salarié sont toujours plus nombreux que ceux de l’employeur. La protection de l’employé est une nécessité religieuse car sans cette protection l’employé peut se retrouver sans travail et donc enfreindre, bien malgré lui, le principe essentiel de l’obligation de travailler. On pourrait penser que le judaïsme se soucie de l’homme en tant que personne, c’est certainement vrai mais ce n’est pas tout. La précarité n’est rien d’autre qu’une menace de se trouver dans l’impossibilité de donner sens au Shabbath en étant dépourvu de travail le reste de la semaine. Si l’on cherche une réponse juive au malaise actuel, elle se résume en ces mots-ci : la paix sociale. A chacun de tout mettre en œuvre pour y parvenir.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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