Parasha Vayikra 5766

Chabbath 1er avril - 3 Nissane 5766 - Début : entre 19 h 00 et 19 h 15 - Fin : 21 h 07
publié le lundi 27 mars 2006
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Lecture de la Torah : Lévitique I, 1 - V, fin : Préceptes sur les sacrifices. Haphtara : ISAÏE XLIII, 21 - XLIV, 23 : L’inanité des idoles : « Ce peuple que j’ai formé pour moi, qu’il proclame ma gloire !

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Commentaires sur la Torah :

Nous débutons cette semaine la lecture du troisième livre de la Torah, celui de VAYIKRA - LEVITIQUE. La tradition intitule ce livre TORAH KOHANIM, car il concerne en grande partie les règles que devaient respecter les prêtres, chargés notamment des sacrifices en tous genres autrefois offerts dans le Tabernacle du désert ou dans les deux Temples, à l’époque de leur existence. Il s’agit aussi de questions de pureté, celles-ci étant toujours applicables de nos jours encore. Comme autrefois, les prêtres, les COHANIM gardent encore certaines prérogatives mais aussi certaines restrictions relatives à leur vie privée, interdiction de pénétrer dans un cimetière, d’épouser une femme divorcée ou d’origine non-juive par exemple.

Nous allons nous arrêter à présent sur cette notion de sacrifices, constituant l’essentiel de ce livre. Le livre début par le texte suivant : « Lorsqu’un homme parmi vous offrira un sacrifice à D.ieu... » (Lévitique I, 2) Ce terme de sacrifice est traduit en hébreu par KORBANE, dont l’étymologie signifie se rapprocher. En effet, l’homme, pour réparer une faute, ou pour exprimer sa reconnaissance envers D.ieu, venait offrir un sacrifice. Si c’était à la suite d’une faute, on comprend aisément que s’étant momentanément éloigné de D.ieu, le sacrifice offert de réparation lui permettait à nouveau de se rapprocher.

L’intention de ce verset d’introduction à l’ensemble du Livre nous paraît être la suivante : « Lorsqu’un homme parmi vous sera porté à offrir une offrande, ce sera à D.ieu. Pourquoi cette précision ? Nous savons que depuis les premières générations de l’histoire humaine, existait un comportement religieux du culte de l’offrande. Nos patriarches nous en ont donné des exemples, et bien avant eux, NOE lui-même, à sa sortie de l’arche. Désirant dépasser les temps des idolâtries, la Torah a fini par une sorte de concession, à n’admettre que des sacrifices destinés à D.ieu seul.

Cette exhortation à ne nous tourner que vers D.ieu garde toujours une grande actualité. Jusque dans les temps les plus modernes, un grand nombre d’idolâtries sont masquées par des « idéaux ». Entre les deux termes, on peut aisément déceler une filiation. On a pu se rendre compte que les sociétés humaines ont eu tendance à privilégier une valeur sollicitant la conscience de l’homme, pour finir par l’ériger en absolu, sans que cela donne satisfaction à ses recherches. Du même coup, on perdait de vue l’Unité du Nom de Celui qui est D.ieu, que nous sommes chaque jour invités à proclamer par le premier verset du CHEMA ISRAËL.

Mentionnons à cet égard les verset suivant : « Celui qui sacrifiera à une divinité sera frappé d’interdit. » (Exode XXII, 19) Cela s’applique de toute évidence à nos sociétés contemporaines qui génèrent parfois des idolâtries. La société juive n’en a pas toujours été exempte. On peut donc comprendre combien il était important qu’au début du livre de VAYIKRA, il ait fallu insister sur le principe absolu du monothéisme hébreu : seul le D.ieu Un, qui révèle Son Nom comme garant de l’unité des valeurs, doit être Celui à qui nous réservons notre culte.

On peut s’étonner que cet enseignement nous ait été transmis par MOÏSE, sans que notre liturgie ne fasse allusion à son nom. Pourtant la Torah nous est parvenue grâce à lui. Mais au risque de paraître ingrats à son égard, la Tradition d’ISRAËL n’y fait aucune référence. Nous ne prions jamais en nous adressant au D.ieu de MOÏSE, alors que nous nous adressons au D.ieu des Pères, ceux qui ont été à l’origine de la nation hébraïque, puisque leur nom est mentionné dans la prière par excellence appelée la AMIDAH ou les Dix-Huit bénédictions, lorsque trois par jour nous disons : « D.ieu de nos pères, D.ieu d’ABRAHAM, D.ieu d’ISAAC et D.ieu de JACOB ». Nous n’idéalisons pas un maître exemplaire comme s’il s’agissait d’une idole pour ses disciples de venus ses fidèles.

Nous révérons D.ieu qui s’est révélé par l’intermédiaire de MOÏSE, sans que son rôle de médiateur ne fasse l’objet d’une divinisation. Nous voyons là toute la différence avec d’autres personnages de l’Histoire dont la liste serait trop longue à citer, mais avaient toujours voulu marquer leur passage en s’attribuant toutes sortes de titres, relevant très souvent de la pure mégalomanie.

Qu’il nous suffise de penser à la soirée du SEDER que nous nous allons bientôt revivre. Il s’agit bien, et c’est un devoir religieux comme chacun sait, de célébrer la sortie d’ISRAËL de l’esclavage d’Egypte. Cet événement a fondé la foi d’ISRAËL et son histoire comme collectivité. Malgré le rôle essentiel qu’il a pu jouer dans ces circonstances, il n’est fait aucune allusion au nom de MOÏSE. Nous le comprenons parfaitement quand on sait combien grande fut sa modestie, comme l’atteste la Torah en disant : « Et l’homme MOÏSE était très humble, plus que tout homme sur la face de la terre. » (Nombres XII, 3). Comment ne pas voir en cela une invitation à nous inspirer de son exemple ? Quel que soit notre implication et notre réussite, notamment dans le domaine religieux, ce que nous avons fait c’est pour les autres et non pour en tirer un quelconque avantage ou titre.

En revenant au début de notre paracha, nous constatons dans tous nos livres, que le terme « Il (D.ieu) appela - VAYIKRA èl MOCHE comporte un petit ALEPH à la fin du mot VAYIKRA, comme pour nous donner une preuve supplémentaire de la modestie de ce grand maître qu’était MOÏSE. Il aurait préféré que l’on lise VAYIKAR, voulant dire par là que D.ieu lui était apparu de façon fortuite et restreinte, mais il dut sur l’ordre divin écrire le mot VAYIKRA.

Il convient de préciser toutefois que contrairement à BALAAM dont nous parlerons ultérieurement et à qui D.ieu était également apparu de façon fortuite, chez MOÏSE, une telle apparition rencontrait à chaque instant une ambiance de sainteté, un terrain où s’épanouissait le culte de la piété et de la vertu, ce qui lui valut de la part D.ieu de l’estime et de l’affection. On peut alors comprendre que MOÏSE ne se rendait dans la tente d’assignation, le OHEL MOED, pour y recevoir le message divin que lorsqu’il y était invité. Pour lui nul orgueil, par conséquent. Il estimait simplement qu’il bénéficiait d’un don gracieux du Ciel sans penser que la haute distinction dont il était l’objet était due à ses mérites personnels.

C’est donc ce que nous pouvons retenir de cette lecture si difficile en apparence, des textes du Lévitique, paraissant incompréhensible, mais qui nous permet de nous familiariser encore plus avec la personnalité exceptionnelle de MOÏSE par lequel nous avons reçu cette Loi, la Torah, qui cimente l’unité du peuple juif.

HAPHTARA :

Nous avons précédemment abordé la question de l’idolâtrie. Elle concerne l’homme n’ayant pas encore connu D.ieu et qui a besoin de se raccrocher à une source (illusoire) de réconfort et d’espérance ou l’homme qui a perdu le contact avec son Créateur. C’est donc ISAÏE dont nous tirons le texte de notre Haphtara qui a le mieux tracé le tableau de la vanité de l’idolâtrie et de la perversité des « fabricants d’images. On peut penser là à certains films de cinéma ou de télévision nous présentant des héros que l’on aurait tendance à magnifier et à déifier.

Le prophète dit : « les fabricants d’images sculptées sont tous néant, et leurs beaux ouvrages ne servent de rien ; qui donc va façonner un dieu, mouler une statue, incapables de se rendre utiles ? (ISAÏE XLIV, 9 - 10)

Il flétrit la bêtise humaine, la force du préjugé qui peut entraîner la masse aux pires absurdités sans qu’elle trouve le courage de s’en affranchir. Pour nous, il ne doit donc faire aucune doute qu’en s’attachant à ISRAËL, D.ieu a voulu que nous soyons un peuple exemplaire, témoin constant de D.ieu qui nous a enseigné le droit et l’amour du prochain. Pour rester dans la bonne voie, nous ne devons pas nous laisser séduire par des divinités sans pouvoir. Ce qui compte pour mériter Sa bénédiction, c’est continuer fidèlement à « publier la gloire de D.ieu » (verset 21), sans nous laisser égarer par des sollicitations vaines, futiles et sans réelle signification.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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