« Le CRIF...enfin »

publié le jeudi 23 mars 2006
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Bonjour,

Le CRIF, Conseil Représentatif des Institutions juives de France, aura 63 ans dans quelques semaines. De Léon Meiss à Roger Cukierman, ils sont neuf présidents à s’être succédés à la tête de l’organisation qui représente dans sa diversité les juifs de France. Le CRIF développe son action autour de trois objectifs prioritaires que sont la lutte contre l’antisémitisme, le racisme et toutes formes d’exclusion, le soutien envers l’Etat d’Israël et la recherche d’une solution pacifiste au Proche-Orient, et la préservation de la mémoire de la Shoah.

Toutes les grandes institutions juives françaises religieuses ou pas sont représentées au sein du CRIF. Charge à l’institution représentative de relayer un message unitaire de la communauté juive française dont on connaît les différences. Autant dire que la tâche n’est pas aisée et que l’on trouvera toujours à redire sur une représentativité que l’on peut juger toute relative. Le crime odieux d’Ilan a été l’illustration de la mésentente entre le CRIF et ce qu’il est convenu d’appeler la « base », c’est-à-dire les 600.000 juifs de France dont la voix ne porte pas. Alors que la communauté juive était horrifiée et contenait son émotion dans l’attente de paroles fortes du Président du CRIF, le diner annuel rassemblait les élites politiques de la France. Il aura fallu attendre trois semaines pour qu’enfin Roger Cukierman écrive un communiqué intitulé « La France en danger » et dans lequel, sans concession, sans langue de bois, il interpellait ces mêmes élites les mettant face à leurs responsabilités.

Présider le CRIF est probablement la fonction la plus ardue que l’on puisse imaginer pour un responsable communautaire. Car il ne suffit pas seulement de faire une synthèse des attentes des juifs de France mais aussi et surtout prendre des décisions qui mécontenteront certains dans l’intérêt du plus grand nombre. Chacun comprendra que le rôle du Président du CRIF n’est pas d’entrer dans le bureau d’un Ministre pour en découdre mais de faire entendre raisonnablement, et parfois fermement, une voix dont on saura qu’elle sera entendue. Le CRIF est respecté et écouté. Il est l’intermédiaire privilégié des autorités françaises. Il accompli son rôle actif de lobbying. Ce mot, très accepté dans le monde anglo-saxon, peine à se faire admettre en France. Le lobbying est important, il consiste à faire connaître des attentes qui ne seraient pas relayées autrement et à faire avancer des causes qui seraient négligées. En demandant au Président de la République que la lutte contre l’antisémitisme soit une cause nationale, au même titre que la lutte contre le cancer ou la lutte contre la délinquance routière, le CRIF est dans son rôle.

Il faut saluer la très importante initiative du CRIF qui consiste à élargir sa représentation en créant « les amis du CRIF ». Par une simple adhésion, chacun peut devenir un acteur de la communauté juive française, faire entendre sa voix et comprendre les véritables enjeux actuels de la communauté juive française. Cette année, pour la première fois, se tiendra une Université d’été qui réunira les élus du CRIF ainsi que les adhérents des « amis du CRIF ». Il est urgent d’y adhérer si l’on entend lutter activement contre l’antisémitisme et témoigner de son soutien envers Israël.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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