Parasha Tetsaveh 5766

Chabbath 11 mars 2006 - 11 Adar 5766 - Début : 18 h 28 - Fin : 19 h 34
publié le mardi 7 mars 2006
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Lecture de la Torah : Exode XXVII, 20 - XXX, 10 : Vêtements et devoirs des prêtres. Deuxième rouleau : Deutéronome XXV, 17 - 19 : Se souvenir d’AMALEK. Haphtara : I Samuel XV, 2 - 34 ; Sephardim, dès XV, 1 : SAÜL contre les Amalécites.

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Commentaires sur la Torah :

La lecture de la semaine dernière, celle de TEROUMA nous indiquait les instructions données par D.ieu à MOÏSE de faire édifier le Tabernacle, le MICHKANE, grâce aux dons apportés par le peuple, de tous les matériaux nécessaire à cette édification. Précisons d’abord et c’est là un cas unique dans toute la Torah, le nom de MOÏSE n’apparaît nullement dans notre paracha. Comme l’explique l’un de nos commentateurs, le célèbre BAAL HATOURIM, cela tient au fait qu’en plaidant la cause du peuple d’ISRAËL au moment où celui-ci avait commis la faute du VEAU D’OR, MOÏSE avait déclaré à D.ieu qu’il préférait être effacé du livre où sont inscrits les hommes, plutôt que de voir disparaître tout son peuple. (Exode XXXII, 22)

C’est donc sans lien apparent avec cette construction, que le début de notre paracha nous parle de l’huile qui devait être utilisée pour l’allumage du candélabre à sept branches. Voici l’ordre donné à MOÏSE : « Pour toi, tu ordonneras aux enfants d’ISRAËL de te choisir une huile pure d’olives concassées, (KATIT LAMAOR) pour le luminaire, afin d’alimenter les lampes en permanence ». (Exode XXVII, 20). Nous trouvons dans ce verset l’origine de la lampe perpétuelle, le NER TAMID qui brille dans nos synagogues, en quelque sorte pour symboliser la présence divine dans tous nos lieux de prières.

D’autres symboles peuvent également apparaître dans un but bien précis, à travers cette prescription ordonnée à MOÏSE. En effet, à diverses reprises, ISRAËL est comparé à l’huile d’olive, tandis que la Torah dont ISRAËL doit être le défenseur, est comparée à la « LUMIERE ». Selon ces rapprochements, le Midrach pose la question suivante : « En quoi ISRAËL est-il comparable à l’huile d’olive ? » Sa réponse est la suivante : « De même que les olives sont sans cesse pressées, écrasées, pour produire une huile de haute qualité, de même ISRAËL, pour être débarrassé de toute scorie, en particulier quand il lui arrive d‘oublier D.ieu, peut être soumis à des épreuves renouvelées que lui infligent ses ennemis. »

Par ce moyen, il est invité à se reprendre lorsqu’il parvient à comprendre que la Providence divine veille sur son existence, au point de lui éviter d’être totalement écrasé, malgré les erreurs dont il s’est rendu coupable. Nous trouvons là la source du particularisme juif. Les maîtres du Midrach nous mettent ainsi en garde en voulant nous faire prendre conscience que notre mission consiste à nous conformer à la Loi de D.ieu, ce qui a pour incidence de nous inviter à ne pas chercher à nous fondre au milieu des nations avec l’unique volonté de nous y faire oublier. Malgré nous, nous sommes toujours rappelés aux dures réalités de l’Histoire, à travers toutes les tentatives de vouloir nous écraser, à l’image de cette huile d’olive finement concassée, pour marquer notre spécificité.

Le particularisme juif que l’on nous reproche à tort, est également mis en relief grâce à un autre midrach. Il cherche à démontrer que de même que l’huile ne peut par nature se fondre totalement à un autre mélange liquide, puisqu’elle finit toujours par remonter à la surface, ainsi ISRAËL est-il capable de résister à toutes les formes de séduction visant à le faire disparaître, malgré les tentatives pernicieuses ou violentes le conduisant à la déjudaïsation, car il refuse de perdre et de renier son identité. Heureusement que l’expérience historique nous montre que nous avons su résister grâce à notre acharnement à vouloir rester fidèles au message du SINAÏ. Nous avons toujours refusé de céder aux tentations nous invitant ou nous forçant à déserter les rangs de la communauté.

Par ailleurs, la Torah est comparée à la lumière, ainsi qu’il est dit : « La mitzwa est un flambeau, la Torah est lumière. » (Proverbes VI, 23). Selon le même texte du midrach cité plus haut, la lumière en question doit être utilisée par nous de manière à éclairer l’univers tout entier par l’enseignement qui s’en dégage. Pour réaliser cette mission grandiose, ISRAËL doit d’abord savoir se dégager de toutes les formes d’emprises étrangères et opposées à son particularisme. Pour cela, il doit maintenir fermement son adhésion à l’authenticité de sa foi en D.ieu, par une stricte application des commandements divins. Pour y parvenir, il lui incombe d’ouvrir les yeux sur tous ses égarements en s’efforçant de les corriger.

Le prophète ISAÏE avait déjà en son temps fustigé ISRAËL pour sa mauvaise conduite, en s’exclamant : « Nous sommes comme des aveugles le long d’un mur, comme des gens privés de leurs yeux, nous marchons à tâtons. » (ISAÏE LIX, 10). Pour conclure ce propos, rappelons ici deux enseignements tirés de la tradition orale. D’une part, nous lisons dans le Talmud MEGUILAH 16 b : « La lumière c’est la Torah. » D’autre part, on nous enseigne ceci au nom de Rabbi MEIR : « De même que la lumière est supérieure à l’obscurité, de même la TORAH est pour nous supérieure à toutes les futilités de la terre. » (KOHELETH RABBAH, chapitre II, 13)

A présent voyons quelques commentaires plus récents à travers les explications portant sur certains versets.

« KATIT LAMAOR » (Exode XXVII, 20 : « Nous savons que les olives dont parle le début de notre paracha sont pilées dans un mortier et non dans une meule, de manière à ne produire aucune scorie. Dès que l’on extrait la première goutte, on introduit les olives dans une meule pour les écraser complètement. La seconde huile ainsi produite ne peut convenir à l’allumage du Candélabre mais peut servir à huiler la chair des animaux offerts en sacrifices, puisqu’il ne s’agit plus d’huile destinée à l’allumage. (RACHI). Quelle en est la raison ? C’est parce que la lumière du Candélabre fait allusion à la TORAH, laquelle requiert une intelligence vive, n’admettant aucune falsification risquant de conduire à l’erreur. De même que les scories rendent troubles les huiles, de même la matérialité trouble la luminosité de l’esprit. Plus on se séparera de la matérialité des choses, plus l’esprit sera clair. C’est la raison pour laquelle il nous a été ordonné d’utiliser de l’huile pure pour l’allumage du candélabre, tandis qu’une huile de moins qualité était utilisable pour les sacrifices qui sont destinés à nous procurer le pardon. Même de l’huile légèrement trouble ne peut invalider le sacrifice, aussi bien que l’homme ayant sollicité le pardon divin, qui malgré tout, n’est pas totalement débarrassé de toute impureté et souillure. » (Admor Rabbi Abraham de SOCHATZOV)

“Tu fabriqueras une plaque d’or pur, sur laquelle tu graveras, comme sur un sceau “Consacré au Seigneur” (Exode XXVIII, 36)

« Le Juste se place toujours entre D.ieu et l’Homme, il relie le monde muet, sombre, à la parole et à la lumière divine. Tous les sens du JUSTE authentique sont destinés à relier le divin à tous les autres univers. Ses besoins, ses désirs, ses penchants, ses méditations, ses actes, ses propos, ses habitudes, ses mouvements, ses peines et ses chagrins, tout cela forme les accords de la musique sacrée, de l’existence divine, qui traverse tous les univers, donnant une voix forte à l’homme, des âmes infinies, des trésors de vie capables d’animer tout ce qui existe, toutes les entreprises de l’hommes, ce qui permet à celui-ci d’assurer un service sacré, car toute sa vie est vouée à la cause divine sacrée. Selon les OROTH HAKODECH du RAV KOOK (1er Grand-Rabbin d’ISRAËL).

HAPHTARAH :

Nous sommes actuellement dans cette période de quelques semaines de préparation à la prochaine fête de PESSA’H, durant lesquelles presque chaque chabbat, portant un nom différent selon le thème de la Haphtara, nous lirons des textes spéciaux de la Torah en rapport avec ces thèmes. Exception est faite pour ce chabbat ZAKHOR qui précède la fête de POURIM nous rappelant le miracle du sauvetage des Juifs de PERSE menacés de destruction totale sous l’instigation du méchant HAMAN. Selon la tradition, celui-ci serait un lointain descendant d’AMALEK considéré comme l’ennemi mortel du peuple d’ISRAËL. Celui-ci avait eu à souffrir immédiatement à sa sortie de l’esclavage d’EGYPTE.

Aussi, devons-nous d’abord procéder à la sortie d’un second rouleau de la Torah nous enjoignant de relire cet épisode biblique, dans lequel il nous est ordonné d’effacer le souvenir d’AMALEK. Dans le texte de notre Haphtara, nous apprenons que le roi SAÜL, premier roi en ISRAËL, a failli par rapport à cette prescription de la Torah indiquée plus haut. Il a cru bon d’épargner les femmes et les enfants amalécites. Le prophète SAMUEL le lui reprochera durement, lui annonçant du même coup qu’il perdrait la royauté.

Pourtant, l’ordre reçu était clair puisqu’il précisait : « Maintenant, vas frapper AMALEK, et anéantissez tout ce qui à lui ; qu’il n’obtienne point de merci ! Fais tout périr, homme et femme, enfant et nourrisson, bœuf, chameau et âne » (I Samuel XV, 3). Ce texte précise bien : « N’aies aucune pitié de lui. » On peut être étonné d’une telle injonction de nature cruelle, quand on connaît l’esprit de tolérance et de miséricorde sur lequel la Torah insiste à maintes reprises. Dans le cas précis d’AMALEK qu’il était prévu de détruire, rappelons qu’en s’attaquant aux Hébreux, ce peuple maudit voulait à travers eux, s’en prendre à D.ieu lui-même, l’ordre divin était donc destiné à l’empêcher de continuer de faire du mal.

Il va sans dire que dans les temps modernes, nous ne saurions imaginer pouvoir porter la main sur qui que ce soit, sauf éventuellement en cas de légitime défense, cette notion étant généralement difficile à prouver. La haine prônée à travers toutes les formes d’antisémitisme et de racisme est sans doute un des aspects actuels représenté par le AMALEK d’autrefois. Son mauvais esprit règne toujours. Ce que l’on doit faire pour l’éradiquer, c’est le combat que nous menons grâce aux lois, aux écrits et discours dénonçant sa nocivité, sans nous croire autorisés de porter la main sur un être humain.

Notre combat est donc d’ordre pacifique, inspiré en cela par notre fidélité aux principes de la Torah, ce qui, tôt ou tard, nous permettra de triompher contre l’esprit du Mal, en nous efforçant de favoriser l’amour entre les êtres humains dont nous savons qu’étant les enfants de D.ieu, ils sont « tous libres et égaux en droits » comme cela figure dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Ayant longtemps été humiliés et asservis, nous savons mieux que quiconque apprécier tout ce que nous ont apporté la Révolution et l’Emancipation.

Continuons donc, fermement à défendre les valeurs de la Torah, sachant qu’AMALEK restera toujours le Mal absolu qu’il convient de faire disparaître, pour que ne revienne jamais « la bête immonde » selon l’expression autrefois employée par Berthold BRECHT, le célèbre dramaturge allemand ayant lui-même eu à souffrir du nazisme, incontestablement d’inspiration amalécite.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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