Parasha michpatim 5766

Chabbath 25 février 2006 - 27 Chevath 5766 - Début : 18 h 07 - Fin : 19 h 12
publié le lundi 20 février 2006
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Lecture de la Torah : Exode XXI, 1 - XXIV, fin : Lois civiles et pénales, religieuses et morales ; l’alliance. 2ème rouleau : Exode XXX, 11 - 16 : Le demi-sicle. Haphtarah : II Rois XII, 1 - 17. Sephardim, dès XI, 17 : Réparation du Temple à l’époque du roi JOAS.

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Commentaires sur la Torah :

Après avoir vécu l’événement fondamental que représentait pour Israël et l’ensemble des nations le don de la Torah au Mont Sinaï, et plus particulièrement la promulgation des Dix Commandements que nous avons lus dans la paracha YITHRO, celle de cette semaine MICHPATIM, mettra davantage l’accent sur les relations harmonieuses devant exister entre les hommes. La première nous indiquait surtout l’importance que nous devons attacher à notre soumission à D.ieu, en nous interdisant notamment l’adoration de toute autre forme de divinité et en insistant particulièrement sur le D.ieu Unique, Créateur de l’Univers, et qui fit sortir nos ancêtres de l’esclavage d’Egypte.

A présent, il sera essentiellement question de nos relations avec nos semblables. Si la société antique prévoyait qu’il y ait des maîtres et des esclaves, la situation réservée à ces derniers devait se faire dans le respect de la dignité humaine. Tout devait se dérouler dans des conditions de stricte justice à l’égard de tout être humain. L’ensemble de ces règles se trouve donc contenu dans une série de commandements dictés par D.ieu à MOÏSE, auxquels le peuple juif restera soumis à jamais, avec pour obligation de les enseigner et de les faire partager un jour par toutes les nations.

Dans notre paracha, nous avons relevé un passage très significatif de la manière par laquelle ISRAËL a accepté et s’est engagé à tout mettre en œuvre pour que soient réalisés ces commandements divins. Nous lisons en effet : « Et il (MOÏSE) prit le livre de l’Alliance et le lut aux oreilles du peuple. Et ils dirent : « Tout ce que D.ieu a dit, nous le ferons et nous le comprendrons. (Exode XXIV, 7) Connaissant la nature humaine, on peut s’étonner de l’ordre dans lequel sont placés ces deux verbes. En général, avant de réaliser quelque chose, on cherche d’abord à en comprendre le but, le sens.

Or ici, c’est le contraire qui s’est produit. Sans attendre de comprendre à fond le sens des commandements divins, ISRAËL s’est spontanément engagé à les mettre en pratique puis ensuite à les comprendre par l’étude et l’approfondissement. Nous savons que, selon l’enseignement des Pirké Aboth, chapitre II, michna 5 : « l’ignorant ne peut être véritablement pieux ». En effet, la dévotion machinale ou superstitieuse de l’ignorant ne constitue pas la vraie piété. Si celle-ci est raisonnée et éclairée, elle reste conforme aux principes de la religion. On peut d’ailleurs se demander, en observant certains extrémismes religieux poussant au fanatisme, s’ils sont véritablement inspirés par une connaissance profonde et sincère des bases religieuses.

Il est intéressant de noter un passage du Talmud Chabbat 88 a ou nous apprenons ceci : « Rabbi ELAZAR a enseigné : « Lorsque ISRAËL a dit d’abord « nous ferons » et ensuite seulement « nous comprendrons », une voix céleste s’est fait entendre et a dit : « qui a révélé à Mes enfants le secret dont les anges se servent ? » Selon ce qu’exprime le verset de Psaumes CIII, 20 : « Ses anges, les vaillants de la force, qui accomplissent Sa parole pour entendre la voix de Sa parole ». Cela signifie que les anges accomplissent la volonté divine et ensuite ils écoutent. C’est l’attitude autrefois adoptée par le peuple d’Israël. On cite souvent cet enseignement du Talmud pour souligner le mérite d’Israël d’avoir accepté d’accomplir la Torah avant même d’en comprendre le détail d’application.

La vie entière se passerait avant d’entreprendre pratiquement la réalisation de la Torah, s’il fallait d’abord s’assurer de l’acquisition du savoir et de la compréhension. Il faut donc admettre que l’engagement d’Israël à accomplir ce que D.ieu nous a demandé dépasse le comportement ordinaire des hommes, tant est grand notre désir de servir le Très-Haut, avec toute la sincérité possible. Nous savons bien que l’accomplissement des mitsvoth non accompagné de la ferveur de l’esprit de la Loi serait comme un corps sans âme. Notre force secrète réside donc dans le fait que nous avons su donner priorité à l’acte, sans pour autant négliger la pensée.

Sur le verset de la paracha ayant fait l’objet de ce commentaire, il est intéressant de noter l’explication du Rabbi de KOTZK. Il nous dit : « Nombreux sont les Sages dans le monde, les chercheurs ou les philosophes ayant tenté de percer le mystère divins. Ils n’obtiennent comme résultats de leurs recherches que ce que leur permet leur esprit limité et leur possibilités de compréhension. Mais ISRAËL est un peuple de saints, disposant de moyens spécifiques et parvenant à dépasser leurs limites intellectuelles au point d’égaler les anges. Ceci n’est possible que grâce à leurs actions et à leur réalisation des commandements divins. C’est bien ce que le peuple hébreu a voulu exprimer au pie du Sinaï : « Nous ferons et nous comprendrons »

HAPHTARA :

Le thème de la Haphtara n’a aucun rapport direct avec le texte de la paracha. En effet, comme chaque année, à l’approche de POURIM et jusqu’à PESSA’H nous lirons des textes prophétiques spéciaux en liaison avec ces deux célébrations et les enseignements qu’ils nous inspirent. Notre Haphtara est toujours lue le chabbat précédant le nouveau mois de ADAR, dans lequel se situe la fête de POURIM. Le second rouleau de la Torah que nous utiliserons cette semaine nous permettra de relire le passage du livre de l’Exode demandant à chacun de verset au Temple un demi-sicle (CHEKEL) destiné d’abord au recensement du nombre des Israélites dans le désert. (Exode XXX, 11 à 16). Les sommes recueillies annuellement étaient destinées à payer le sacrifice bi-quotidien offert au nom de toute la communauté. Ce prélèvement marquait aussi la solidarité de tout le peuple.

Plus tard, à l’époque des Rois d’Israël, l’un d’entre eux, JOAS (836 - 797 avant l’ère vulgaire), ayant constaté que le Temple était mal entretenu, alors que son entretien incombait normalement aux Prêtres, insista pour que chacun contribue au financement des travaux de réfection. Il donna donc l’ordre suivant :

« que les prêtres prennent cet argent, chacun auprès des gens de sa connaissance, et qu’ils réparent eux-mêmes les dégradations du Temple, partout où il s’en trouvera. » (II Rois XII, 6). On retrouve davantage de précision quant à cet ordre royal dans II Chroniques XXIV, 5. Là nous apprenons que le roi du user de tout son pouvoir pour convaincre ses sujets d’avoir à exécuter ses ordres, ce qui ne se fait pas sans difficultés.

Il est curieux de constater que malgré la gravité de la situation et l’importance de la cause à défendre, l’entretien du Temple ne suscita pas au départ l’enthousiasme du peuple. Le roi imagina donc le principe de la mise en place d’un tronc, dans lequel tous les fidèles verseraient leur obole, et là les résultats furent nettement plus positifs.

Au cours des siècles, dans toutes les communautés on a maintenu cette tradition de faire appel à la générosité des fidèles pour l’entretien des bâtiments communautaires, scolaires, au moyen de dons ou de cotisations généralement fixés selon les ressources propres à chacun. Mais on peut parfois constater une certaine désaffection de la part des fidèles lesquels, comme aux temps anciens ne veulent pas toujours assumer leurs obligations pour la préservation des lieux sacrés ou des institutions pieuses. Aussi, nos Maîtres jugent-ils nécessaire de nous rappeler ceci : « Grands sont les mérites de ceux qui savent que donner, c’est finalement recevoir en retour de la part de Celui à qui nous devons l’existence et touts nos biens. »

A l’approche de POURIM, nous sommes donc rappelés à nos devoirs religieux, en songeant notamment que le miracle d’autrefois a permis à nos ancêtres d’échapper au danger de destruction, et que c’est donc dans nos maisons de prières et dans nos écoles que nous apprenons à vénérer D.ieu et à Lui rendre grâces pour les bienfaits dont il ne cesse de nous combler.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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