« Ilan Halimi... »

BILLET DU 19 FEVRIER 2006
publié le dimanche 19 février 2006
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Bonjour,

La souffrance et le deuil, après l’assassinat dans les conditions que nous connaissons, du jeune Ilan Halimi, se trouvent amplifiés par le malaise qui traverse la communauté juive. Il faut certes se garder de spéculer sur les motifs de ce crime en ne nous laissant pas entrainer dans le flot de la médiatisation qui permet de suivre heure par heure les avancées de l’enquête policière. En matière d’information, la communauté juive est bien placée pour savoir qu’il faut faire la part des choses et ne pas suivre la meute journalistique.

Le malaise était perceptible dans les synagogues ce Shabbath. La prière nous a peut être permis de canaliser une colère palpable et une interrogation renouvelée : Et si ce crime était motivé par l’antisémitisme ! Le journal « Le Monde » a révélé qu’une des personnes placée en garde à vue avait affirmé que le gang choisissait des « cibles juives ». On pourra toujours dire que cela est sans rapport avec une idéologie antisémite et qu’il s’agissait plutôt, selon un vieux fantasme, de cibler des personnes qui parce qu’elles appartiennent à la communauté juive sont forcement fortunées. Mais alors, et je me fais ici le relai de ce que la plupart d’entre-nous pensent dans la communauté et que j’ai entendu à maintes reprises, pourquoi s’être acharné durant 24 jours sur un jeune homme dont on savait que la famille ne serait pas en mesure ni de payer la rançon demandée ni même de réunir ces fonds ? Cette question est obsédante et il ne nous appartient pas de nous substituer ni à la police ni à la justice dans une pareille enquête. Il nous faut être patients et entourer de notre affection la famille d’Ilan.

Ce que je ne comprends pas, même en mesurant la sensibilité de cette affaire, c’est le silence assourdissant de nos hommes politiques. Pas une seule déclaration, pas une seule manifestation ne serait-ce que de courtoisie auprès de la famille et de la communauté juive qui attendent des propos de nature à les rassurer et a pacifier l’atmosphère dans laquelle nous sommes plongés. Seul le Président du CRIF, à la faveur d’un appel au calme, a adressé quelques propos de circonstance. Il lui faudra demain soir, lors du diner du CRIF, être le véritable porte parole d’une communauté juive qui entend son appel au calme et accepte la raison, pour autant qu’elle se sente entendue auprès des représentants de la République. Il est inenvisageable que ce diner ne débute autrement que par un temps de silence en la mémoire d’Ilan Halimi. On ne pourra pas se réjouir de la diminution des actes antisémites et dans le même temps passer sous silence, ou au détour d’une simple phrase convenue, le martyre d’un des nôtres. Car Ilan, je le prétends, est mort « Al Kiddoush Hashem », en martyre de notre religion. Son appartenance à la communauté juive n’a fait qu’exacerber la haine de ses ravisseurs puisque la presse a souligné que le chef du gang proférait des insultes antisémites par téléphone au père du jeune Ilan. La motivation première n’était peut-être pas antisémite, la haine qui a conduit à cette barbarie, en revanche, l’était. L’identité des deux jeunes femmes de 24 ans a été révélée, Audrey Lorleach et Murielle Izouard. Leur nom ne semble pas accréditer la thèse d’une « jeune femme maghrébine » comme annoncé dans un premier temps, ce qui en dit long sur la façon dont les médias entendent dramatiser une situation, au risque de la rendre explosive, par des informations inexactes.. Il s’agit alors d’un fait divers, un de plus, sur une insécurité galopante. On voudrait presque croire en cette thèse d’une violence aveugle, reflet d’une certaine société. Laissons le soin au CRIF de porter l’inquiétude et la vigilance de la communauté juive auprès des autorités de notre pays.

Permettez-moi de conclure ce « billet » par l’observation de certains symboles. La captivité d’Ilan s’est déroulée dans une cité qui est adossée au cimetière de Bagneux et à quelques dizaines de mètres à peine d’un des carrés israélites. Son âme aura probablement rejoint ses ancêtres avant sa mort lundi dernier jour de Tou Bishevat, le nouvel an des arbres, lui qui portait ce prénom dont la traduction est précisément : l’arbre. Puisse le souvenir d’Ilan nous être une source de bénédiction et puisse t-il désormais reposer en paix.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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