« Haro sur le juge... »

BILLET DU 12 FEVRIER 2006
publié le lundi 13 février 2006
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

Ayons l’honnêteté de le dire, nous avons tous suivis en direct ou en différé l’audition du jeune magistrat Fabrice Burgaud, mercredi dernier dont les médias se sont faits les relais d’une façon exponentielle. Je songeais en regardant les images, toutes proportions gardées, à ce jour du 11 septembre 2001 où, dans l’après-midi, les grands présentateurs du journal télévisé faisaient leur apparition inhabituelle pour présenter un événement spectaculaire.

On a tout dit sur l’affaire d’Outreau. Le désarroi des acquittés à jamais détruits dans leur vie, le visage d’une justice que nous découvrions en tant que citoyens et surtout en tant que justiciables et puis cet homme, « le petit juge » en référence à l’affaire du petit Grégory livré dans l’arène médiatique et qui nous inspirait à la fois une certaine forme de compassion et beaucoup de colère. De la compassion pour l’homme seul qui depuis le début a été dépassé par un dossier pour lequel il n’était pas taillé et qui, inexorablement, s’est embourbé, entrainant avec lui des hommes et des femmes confrontés à l’injustice. Compassion parce que la confrontation était inégale et que très vite, les téléspectateurs se sont rendus compte que ce jeune homme, sous des airs d’élève appliqué, ne pouvait pas être seul responsable d’un système qui l’avait, sans aucun contrôle, investi d’un dossier dont seul un magistrat aguerri aurait pu démêler les ficelles. Mais nous avons aussi ressenti de la colère devant cet homme qui à aucun moment n’a tourné son regard vers les victimes, vers ses victimes. Il aurait suffi qu’il se lève et demande pardon. Il ne l’a pas fait. Ses hésitations, ses tâtonnements, ses explications ubuesques n’ont fait que le discréditer plus encore.

Non Burgaud ne représente pas la justice française. Il est, tout au plus, l’incarnation d’une grande machine en panne. On ne confie pas à un jeune interne en chirurgie une opération à cœur ouvert tout comme on ne met pas entre les mains d’un jeune détenteur d’un permis de conduire une Formule 1. On ne peut pas taxer un homme d’inexpérience si l’on ne lui donne pas les moyens d’acquérir, de façon encadrée et dans le temps, l’expérience nécessaire à l’exercice de cette haute fonction. Rendre la justice est probablement l’exercice humain le plus complexe et exigeant. C’est accepter d’être pénétré du doute, c’est accepter de considérer le justiciable dans sa condition d’être humain, c’est accepter d’être faillible et de se remettre en question. Un juge du Siège est seul, certes, mais doit rendre des comptes à la société dans son ensemble. La Bible dénonce l’époque « apocalyptique » où les juges se mettent en position d’être jugés. Plus que quiconque, l’on attend du magistrat honnêteté, impartialité et rigueur. C’est de tout cela dont a manqué Fabrice Burgaud. Il n’était pas non plus l’élève modèle qu’il prétendait être, la procédure a été piétinée à de nombreuses reprises, ses complicités douteuses avec le Procureur ne répondaient à aucune logique judiciaire. Si le magistrat instructeur dirige l’enquête de police, il n’est pas l’enquêteur. Or il s’est transformé tantôt en policier, tantôt en expert autoproclamé et souvent, trop souvent en Procureur.

Cette justice fait peur mais elle n’est pas représentative de la justice de notre pays. Burgaud devrait être, mais cela ne se fera pas, destitué de ses fonctions et révoqué. Il serait alors la victime expiatoire d’un système qui pourrait alors retrouver un peu de crédibilité au sein de la collectivité. La Commission parlementaire fait un travail qui relève de la salubrité publique. Le rapporteur a été juste. J’ai pour ma part simplement été surpris par la façon dont les membres de la Commission avaient de solliciter l’avis du jeune magistrat sur les réformes nécessaires de la Loi. Il a prouvé son incapacité à la rendre, on est effrayé à l’idée qu’il puisse directement ou indirectement la réformer.

Il faudra très vite tourner cette page et faire que les justiciables que nous sommes éprouvent du respect et de la crédibilité envers leur justice et ceux qui la rendent.

Bonne fête de Tou Bishevat, Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



David Levy
webmaster




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables